Bonjour,
En cette époque des vacances, nous entendons à répétition le fameux : "Je suis parti à la mer". Ou "Je suis partie à Londres" etc.
Or cette manière a longtemps été considérée comme fautive. On ne part "pour" et non "à". Si on est parti à Vienne, c'est qu'on évoque le jour où l'on est parti de Vienne…
Quelqu'un ressent-il quelque chose à propos de ce farouche débat ?
J'ignorais que le combat fût farouche.
Je suis toujours partie à l'école et jamais pour l'école.
Quant à partir à Vienne, les puristes pourront dire que c'est une forme incorrecte, mais pas qu'elle signifie le contraire.
M. Littré a quand même bien vieilli : qui utilise encore partir avec l'auxiliaire avoir ?
"Partir à" et non seulement "partir à point" (qui est une toute autre histoire) est bel et bien entré dans l'usage, je sais.
D'ailleurs, à l'oreille, c'est souvent plus harmonieux. "Parti à la pêche" sonne mieux que "Parti pour pêcher" ou même que "Parti pêcher" qui serait déjà meilleur.
Mais dès qu'il s'agit d'un lieu, si on "part à", il me semble qu'on est déjà à l'aube de ne plus y être…
Pour "partir" avec l'auxiliaire avoir, je ne l'entends pas non plus beaucoup en France. Mais si vous allez en Acadie ou lisez les auteurs acadiens, parmi lesquels Antonine Maillet (prix Goncourt) est sûrement la plus connue, vous l'entendrez tous les jours et à toutes les trois lignes…
P.-s.: d'ailleurs, encore, cet auxiliaire avoir, on le retrouve aussi dans certains emplois bien typés, si on y pense bien. Mais les seuls qui me viennent à l'esprit n'ont pas trait au sens premier de partir (se déplacer), met au sens de "mettre en route", "commencer": "Il a parti le bal…" "J'ai parti la machine…"
C'est vrai, les dictionnaires indiquent bien que seul "partir pour" est admis par les puristes… Tout en reconnaissant, à l'instar du TLF, que
"les autres constructions sont fréquentes dans la langue usuelle et chez de nombreux auteurs" :
? Partir à + subst. déterminé. Partir à l'école, au front, à la pêche, à la campagne. Toutes les heures, il dut se relever pour donner au bébé des cuillerées d'eau sucrée tiède. Ça ne l'empêcha pas de partir le matin au travail comme à son habitude (Zola, Assommoir, 1877, p.472).
De toute manière, un CC de lieu introduit par
à ne désigne pas forcément le lieu où l'on se trouve… Il peut bien indiquer aussi le lieu où l'on va, même si l'on n'est pas encore arrivé.
Aucune confusion possible de sens entre les CC de "partir", puisque le lieu du départ est introduit par
de, et le lieu de destination par
à :
Je pars de Vienne si je la quitte.
Je pars à Vienne si je m'y rends.
Quant à l'emploi transitif de
partir, il est relevé par le TLF, mais semble particulier au Canada :
Rem. Empl. trans., région. (Canada). Mettre sur pied, fonder, lancer, organiser. Partir un commerce, un magasin, une revue; partir une discussion. Ça t'intéresserait, toi, de t'associer avec moi, on partirait un petit moulin à scie dans mon village (R. Lemelin).