Ce + verbe être + (que ?) + de + infinitif

Langue française

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour,

Soit la phrase suivante:

- Selon la Cour, ce serait une grave erreur (que) "d'assimiler la légitimité à la seule volonté souveraine".

Je n'arrive pas à déterminer si le "que" est approprié ou non. La phrase semble se lire sans le "que", mais ce n'est pas vraiment une explication!

Si ce qui est entre guillemets est une subordonnée sujet ou une subordonnée en apposition à "ce", dois-je en déduire que le "que" est obligatoire? Remarquez que mon postulat de base est possiblement erroné!

Merci de m'aider!

Pompom
Je ne crois pas que ce "que" soit rigoureusement obligatoire, mais je trouve que la phrase coule mieux avec. Grammaticalement, le sujet est "ce", mais c'est un "ce" qui n'a de sens que par rapport au groupe infinitif qu'il annonce, et que j'analyserais donc comme terme complétif du sujet. C'est sans doute ce qui peut justifier la présence habituelle du "que".
Puisqu'on peut effectivement le supprimer, disons que c'est un que explétif.

Le d' lui-même, s'il n'est pas supprimable ici, est cependant une simple béquille rendue nécessaire par la postposition du groupe "assimiler la légitimité (…)". Il disparaît d'ailleurs dans l'antéposition :
Assimiler la légitimité (…), ce serait une grave erreur.

Le groupe infinitif ne semble donc pas être une subordonnée.
"Que" n'est pas ici un subordonnant, en effet, mais je ne sais pas si on peut l'appeler "explétif". Comme il disparait si on antépose le groupe infinitif, je vois en lui comme un rappel du démonstratif.
On pourrait trouver ce que dans un emploi similaire devant un simple substantif.
C'est une drôle de chose que l'amour.
On pourrait dire :
C'est une drôle de chose, l'amour.

Mais là, une pause est nécessaire, marquée par la virgule. Le "que" semble rétablir une continuité artificielle, là où l'ordre perturbé de la phrase imposerait normalement des heurts.
911 — Infinitif sujet.

a) Quand l’infinitif est en tête, il peut être introduit ou non par de (voir § 232, b).
Sans de : Passer comme un troupeau, les yeux fixés à terre, / Et renier le reste, est-ce donc être heureux ? (Musset, Poés. nouv., Espoir en Dieu.) — Avec de (surtout pour les faits particuliers) : Et de penser à toi me soutiendra (Gide, Retour de l’enf. prodigue, p. 234).

b) Avec un attribut (notamment pour le mettre en évidence), on peut rejeter le sujet à la fin, en le suppléant par un ce (ou cela) redondant devant la copule (§ 702, c).

Lorsque ce sujet est un infinitif, il est introduit par de, par que de (littéraire), parfois (à l’imitation des classiques) par que.
De : C’est beau d’être la puce d’un lion (Hugo, H. qui rit, II, i, 10). — C’est le propre du génie de découvrir la splendeur des choses (France, Étui de nacre, p. 164).

Que de : C’est imiter quelqu’un que de planter des choux (Musset, Prem. poés., Namouna, II, 9). — Ce serait une faute que de s’en servir autre part (Littré, s. v. à, 29°). — C’est une grande force pour un homme politique que de bien écrire (Maurois, Chantiers américains, p. 65). — C’est horrible que de haïr (Mauriac, Asmodée, II, 4). — Ce n’est pas grand’chose que d’aimer un être (Camus, Peste, p. 317).R1

Que : Est-ce diminuer une chose qu’en montrer les difficultés ? (J. et J. Tharaud, Petite histoire des Juifs, p. 253.) —
(Grevisse)
Lucretius a écrit : "Que" n'est pas ici un subordonnant, en effet, mais je ne sais pas si on peut l'appeler "explétif". Comme il disparait si on antépose le groupe infinitif, je vois en lui comme un rappel du démonstratif.
Je l'ai appelé "explétif" parce qu'il peut disparaître même si le groupe infinitif est postposé, sans modification du sens :
"Ce serait une grave erreur d'assumer la légitimité…"
Selon Grevisse cité par Anne, que de serait simplement plus littéraire que la simple béquille de.
Une pure coquetterie pas vraiment fonctionnelle, donc.
Vous m'êtes vraiment d'une grande aide. J'ai tellement cherché…

Merci infiniment à vous tous! C'est ma première question sur ce forum et je suis renversée par votre vitesse de réaction!

Bonne fin de journée!

PomPom
Jehan a écrit : Je l'ai appelé "explétif" parce qu'il peut disparaître même si le groupe infinitif est postposé, sans modification du sens :
"Ce serait une grave erreur d'assumer la légitimité…"
Selon Grevisse cité par Anne, que de serait simplement plus littéraire que la simple béquille de.
Une pure coquetterie pas vraiment fonctionnelle, donc.
Jehan, bonjour,

A ton avis, dans "qu'est-ce que c'est que cet individu" ,
est-ce que ce que est un explétif ?

Merci d'avance.
Je dirais un que explétif :
Qu'est-ce que c'est que cet individu ?
Qu'est-ce que c'est, cet individu ?
Remplacer une conjonction par une parataxe reviendrait à prouver que la conjonction est explétive ?
Oui, en toute rigueur, c'est vrai qu'on ne peut l'enlever ici sans mettre une virgule…
Je n'étais pas sûr à cent pour cent d'avoir répondu avec justesse…
J'utilisais le conditionnel ! 🙂
Alors, dans le cas présent, pour votre part, comment qualifieriez-vous ou définiriez-vous que dans cette phrase ?
Euh… rien…
D'ailleurs ce ne serait pas une conjonction mais un relatif. Les avis sont toujours partagés sur les "ce que" et autres…