Extrait du premier chapitre de l'Education sentimentale de Flaubert :
"Ce fut comme une apparition :
Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l’éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu’il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda. […]
Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait."
Je suis troublé par les passages en gras.
Moi, j'aurais dit "une peau brune d'une telle splendeur" parce que je trouve choquante la juxtaposition de "cette" et de "sa". On dirait qu'il connaît la femme depuis un certain temps, mais qu'il découvre pour la première fois que sa peau brune est splendide, comme dans la phrase :
Jamais il n'avait vu la splendeur de sa peau brune.
Or ce n'est pas du tout le cas ! Le héros découvre la femme qui va le troubler toute sa vie.
Jamais je n'ai vu son visage (parce qu'il s'agit d'une femme qui porte une burka) : on comprend que la personne qui parle connaît la femme mais n'a jamais pu distinguer ses traits. Si en revanche on lui montre un visage appartenant à un parfait inconnu, elle dira :
Je n'ai jamais vu ce visage
Si on affirme :
Je n'ai jamais vu l'ovale de son visage on semble signifier que l'on remarque pour la première fois que le visage d'une personne connue (représentée par l'adjectif possessif : sa=d'elle) a un ovale particulier.
Mais Flaubert combine l'adjectif démonstratif et le possessif ! Comme dans :
Jamais je n'avais vu cet ovale son visage bien-aimé.
Cette finesse des doigts que la lumière traversait me gêne pour la même raison que "cette splendeur de sa peau brune" : il me semble qu'il y a un excès de déterminants. J'aurais dit : "Des doigts aussi fins, au point qu'on avait l'impression que la lumière eût pu les traverser".
J'ai conscience que mes propres versions sont nettement moins belles que ce qu'a écrit le maître. Reste que j'ai du mal à me faire à ce type de construction, à savoir
CE+NOM+ADJ POSS+NOM
Voici un pastiche :
Jamais je n'avais goûté cette précision de sa traduction, la justesse de ses termes, cette perfection des métaphores qui chantaient sur la page blanche du manuscrit.
"Ce fut comme une apparition :
Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l’éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu’il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda. […]
Jamais il n’avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait."
Je suis troublé par les passages en gras.
Moi, j'aurais dit "une peau brune d'une telle splendeur" parce que je trouve choquante la juxtaposition de "cette" et de "sa". On dirait qu'il connaît la femme depuis un certain temps, mais qu'il découvre pour la première fois que sa peau brune est splendide, comme dans la phrase :
Jamais il n'avait vu la splendeur de sa peau brune.
Or ce n'est pas du tout le cas ! Le héros découvre la femme qui va le troubler toute sa vie.
Jamais je n'ai vu son visage (parce qu'il s'agit d'une femme qui porte une burka) : on comprend que la personne qui parle connaît la femme mais n'a jamais pu distinguer ses traits. Si en revanche on lui montre un visage appartenant à un parfait inconnu, elle dira :
Je n'ai jamais vu ce visage
Si on affirme :
Je n'ai jamais vu l'ovale de son visage on semble signifier que l'on remarque pour la première fois que le visage d'une personne connue (représentée par l'adjectif possessif : sa=d'elle) a un ovale particulier.
Mais Flaubert combine l'adjectif démonstratif et le possessif ! Comme dans :
Jamais je n'avais vu cet ovale son visage bien-aimé.
Cette finesse des doigts que la lumière traversait me gêne pour la même raison que "cette splendeur de sa peau brune" : il me semble qu'il y a un excès de déterminants. J'aurais dit : "Des doigts aussi fins, au point qu'on avait l'impression que la lumière eût pu les traverser".
J'ai conscience que mes propres versions sont nettement moins belles que ce qu'a écrit le maître. Reste que j'ai du mal à me faire à ce type de construction, à savoir
CE+NOM+ADJ POSS+NOM
Voici un pastiche :
Jamais je n'avais goûté cette précision de sa traduction, la justesse de ses termes, cette perfection des métaphores qui chantaient sur la page blanche du manuscrit.



