Bonjour. Voilà, j'ai un petit problème.
Un édifice en ruines, ou une ancienne demeure découverte lors de fouilles archéologiques, doivent être reconstruits. Bien entendu, il s'agit de les remettre à neuf.
Or, si je dit: "les ruines vont être reconstruites", j'ai l'impression que le sens de la phrase ne coïncide pas avec mon intention. Reconstruire des ruines me semble vouloir dire que les travaux vont consister à compléter la construction sous la forme de ruines.
"Le château en ruines va être reconstruit" est un faux-fuyant commode, mais je voudrais savoir si l'expression qui s'inscrit bien mieux dans le reste du texte, à savoir "les ruines vont être restaurées" signifie bien que la maison concernée va être remise à neuf?
Merci et bonne journée.
Intéressante question. De prime abord, effectivement, reconstruire les ruines peut paraître inapproprié. Retournons donc aux dictionnaires. Le Tlf indique notamment :
« I ? Par métonymie - A. ? 1. Au sing. ou au plur. a) ?) Construction ou ensemble d'édifices partiellement ou totalement écroulés ».
Le mot intéressant est « par métonymie ». Si on remplace le mot (ruines), ainsi employé, par sa définition, il semble que rien ne s'oppose à ce qu'on puisse écrire reconstruire ou restaurer les ruines, sans qu'on se croie obligé de comprendre qu'on fabrique de nouvelles ruines à la façon de ce qui se faisait au XIXe siècle. J'ajouterai que si on admet restaurer les ruines, il serait illogique de ne pas accepter reconstruire les ruines.
Enfin, s'il est déjà suffisamment établi dans le texte que la construction est ruinée, il n'est pas indispensable d'écrire : « Le château ruiné va être reconstruit » puisqu'on sait déjà qu'il est ruiné. « Le château va être reconstruit » pourrait alors suffire.
Bonjour Yéochoua,
"Le château eu ruines va être reconstruit" est un faux-fuyant commode, mais je voudrais savoir si l'expression qui s'inscrit bien mieux dans le reste du texte, à savoir "les ruines vont être restaurées" signifie bien que la maison concernée va être remise à neuf?
Pour moi, non…
« Les ruines vont être restaurées » peut tout aussi bien signifier que les ruines vont être consolidées dans leur état, mais le château reste en ruine.
Dire, par exemple, « les ruines vont être
relevées » garantirait le sens d'une reconstruction.
Muriel
Yéochoua a écrit :"Le château eu ruines va être reconstruit" est un faux-fuyant commode
Cette phrase est correcte : le château (qui est en ruines) va être reconstruit. Dans ce cas, ce ne sont pas les ruines qui vont être reconstruites, mais le château.
Outre le sens du mot « ruine(s) », il est encore plus intéressant de rechercher les sens respectifs précis de « reconstruire » et « restaurer ». Le Tlf et le Robert donnent des définitions identiques :
- Restaurer : Mod., ARCHIT., ARTS. [Le compl. désigne une œuvre d'art, un monument anc.] Remettre en bon état en essayant de respecter l'aspect primitif, le style (Tlf).
- Reconstruire : A. ? Construire de nouveau un édifice, un ouvrage d'art (Tlf).
Ainsi, la Frauenkirche de Dresde, détruite en 1945 par les alliés, a été restaurée (reconstruite à l’identique), tandis que l’église de Royan, détruite la même année par les mêmes, n’a été que reconstruite (un édifice moderne en béton remplace une église néogothique du XIXe s.)
Il semble que des confusions proviennent de l’emploi de « restaurer » et « restauration » avec le sens, certes courant, mais néanmoins abusivement restrictif, de « réfection partielle » qui n’est pas celui donné par les dictionnaires.
S’agissant d’une « ancienne demeure découverte lors de fouilles archéologiques », si elle est reconstruite, il s’agira bien d’une restauration (les M.H.et la D.P. veillent, encore que…).
Je résume :
- « Les ruines vont être reconstruites » (ruines étant employé par métonymie pour le château en ruines) signifie seulement qu’un nouveau château sera construit, pas forcément identique à celui qui existait ;
- « Le château en ruines va être reconstruit » a strictement la même signification ;
- « Les ruines vont être restaurées » (avec, à nouveau, emploi métonymique – qu’on peut ne pas aimer mais qui est tout à fait admissible - de « ruines ») signifie stricto-sensu que le château sera, autant que possible, rétabli (reconstruit) dans son état originel.
Bonjour,
Avec les verbes
restaurer et
reconstruire, j'ai l'impression que c'est le pluriel «
les ruines » qui gêne le sens.
Dans le cas d'une métonymie
ruines =
château (c'est-à-dire un seul bâtiment), j'emploierais le mot au singulier :
-
la ruine va être reconstruite ;
- la ruine va être restaurée.
Avec le participe
relevé, je conserverais le pluriel :
-
Les ruines vont être relevées.Relever […]
2. En partic.
[…]
b) [Le compl. d'obj. désigne une construction démolie ou tombée en ruines] Reconstruire. Relever des fortifications, un mur, des remparts, des ruines. La plupart de ces maisons à cinq étages, hideuses et malsaines (…) sont tombées en ruines et n'ont pas été relevées (A. FRANCE, Pierre bl., 1905, p. 264).
[…]
TLFi :relever
Muriel
Curieux. Au singulier, ça fait penser à l'expression:
« C'est la ruine. »
Même avis. Le singulier me gêne, mais c'est sans doute parce que l'on est habitué à écrire "ruines" au pluriel en parlant d'un bâtiment délabré, et au singulier dans son deuxième sens, anéantissement, effondrement (d'une fortune par exemple).
Il est pourtant correct d'écrire "la ruine d'un château"
TLF.
La ruine d'un château, ne serait-ce pas celle du châtelain, ou de la famille aisée qui y vivait?
Quelques remarques contributives.
1 - Le Grand Robert (2e édition - 1985) fait précéder les définitions « Débris d'un édifice ancien dégradé ou écroulé ; ensemble d'édifices écroulés, dégradés » de l'indication « Généralement au pluriel ». Le singulier n'est par conséquent pas exclu. Aussi, non seulement il est correct d'écrire « la ruine d'un château », mais encore l'est-il tout autant d'écrire « un château en ruine ». Des amis archéologues- castellologues écrivent indifféremment les deux (personnellement, toutefois, je n'emploie que le pluriel).
2 - La ruine d'un château, ce n'est pas forcément la ruine de son propriétaire, sauf si c'est son seul bien et qu'il n'y a ni assurances ni subventions pour entreprendre la reconstruction.
3 - Sans vouloir fâcher Muriel, un château, ce n'est pas forcément un seul bâtiment. Pour les châteaux forts, en particulier, j'allègue sans vérifier mais sans trop de risques de me tromper que ce n'est pas le cas le plus fréquent (enceinte(s), bâtiments divers accolés à celle(s)-ci, donjon pas toujours mais assez souvent détaché, et même aussi la chapelle, présence éventuelle d'une basse-cour avec ses propres bâtiments…).
4 - Je trouve excellent le verbe relever proposé par Muriel. Attention toutefois : son sens est seulement reconstruire, et non reconstruire à l'identique. Tout dépend donc de la nature de la reconstruction et du degré de précision informative que l'on entend donner.
5 - Par définition, une restauration ne peut porter que sur des éléments détruits ou endommagés.
Une reconstruction, au contraire, peut très bien concerner un édifice encore en état d’être utilisé, sous réserve évidemment qu’il soit préalablement démoli.
Une reconstruction peut même être effectuée en un emplacement autre que celui d’origine. Ainsi, le village d'Oradour-sur-Glane a-t-il été reconstruit, après la guerre, à l'écart du village détruit en 1944 et dont les ruines ont été conservées en l'état.
J.M. Pérouse de Monclos, dans « Architecture, méthode et vocabulaire » (Éditions du Patrimoine – 3e éd. 2002) donne cette définition : « Construction d’un édifice en remplacement d’un autre pour le même usage. » Les notions d’identique et d’emplacement ne sont pas évoquées.
Je continue mes recherches sur ce sujet très intéressant, pas aussi simple qu'on pourrait le croire. J'en donnerai le résultat en essayant de ne pas dire trop de bêtises, ce qui arrive toujours très vite car on ne se méfie jamais assez. La discussion et la confrontation des idées me sont profitables. Merci à ceux/celles qui y prennent part. Et à Yeoshua qui a posé cette question.