Qu’est-ce que l’ENS exactement ?
75 réponses · Page 4 / 4
Bonsoir à tous,
envisager de faire du journalisme est-il incohérent/inhabituel/impossible ou autre, après avoir fait l'ENS?
Est-ce que ça s'est déjà vu? Ou bien n'est-ce pas la meilleure voie pour y parvenir?
Merci et bonne soirée
Bonsoir,
Tout peut se faire. J'ai au moins (à ma connaissance) une camarade de promotion qui se destine à cette voie, des anciens élèves sont venus présenter leurs parcours à l'Ecole, dont un journaliste, et je sais que les écoles et centres de formation du journalisme y interviennent régulièrement.
Pensez à Nicolas Demorand, à Raphaël Enthoven, Christophe Barbier… 🙂
Que personne ne vienne protester lorsque le statut de fonctionnaire stagiaire sera supprimé, surtout…
macbland a écrit :Que personne ne vienne protester lorsque le statut de fonctionnaire stagiaire sera supprimé, surtout…
En effet : toujours bien penser à ne pas scier la branche sur laquelle on est assis 🙂
macbland a écrit :Que personne ne vienne protester lorsque le statut de fonctionnaire stagiaire sera supprimé, surtout…
Oui, c'était l'objet de l'intervention que j'avais prévu de faire.
Si certain-e-s travaillent dans le privé ou dans la fonction publique d'Etat après l'ENS, il faut rappeler que ce n'est pas la mission de l'Ecole et que c'est une rupture de l'engagement décennal, sauf si les années dues sont remboursées (ce qui, dans les faits, n'arrive presque jamais : l'ENS ne fait pas respecter la loi).
Ainsi, si d'ancien-ne-s normalien-ne-s sont devenu-e-s journalistes, c'est que c'est bel et bien possible (et l'ENS a même un partenariat avec l'EFJ), mais cela relève, à mon avis, d'une pratique éthiquement condamnable.
Cependant, rassurez-vous, le statut n'en a plus pour longtemps, la direction faisant tout son possible pour le démanteler le plus vite possible ! Bientôt, un normalien admis sur concours pourra choisir entre devenir fonctionnaire-stagiaire ou pas, sans que cela affecte a priori son salaire (qui prendrait alors la forme d'une bourse d'un montant équivalent).
Bref, la casse de la Fonction publique n'épargne pas le 5e arrondissement.
Jeanne-Héloïse a écrit :macbland a écrit :Que personne ne vienne protester lorsque le statut de fonctionnaire stagiaire sera supprimé, surtout…
En effet : toujours bien penser à ne pas scier la branche sur laquelle on est assis 🙂
Il est un peu simpliste de lier les deux questions de l'engagement décennal et du fonctionnariat.
Le premier date de 1801 (Université impériale), le second de 1948.
Les élèves officiers (donc fonctionnaires) de l'Ecole polytechnique n'y sont pas non plus soumis, à ma connaissance.
Je suis personnellement favorable à la suppression du premier, pas du second.
En écrivant cela, je me place un peu dans la ligne de ce que vient d'écrire Hugo : le fait que des normaliens envisagent l'Ecole comme une école de journalisme ou un moyen de financer leurs études à HEC pose quand même un problème… Si la vocation première de l'école se perd (du moins pour certains, et il faut voir dans quelles proportions), il est normal que l'une de ses caractéristiques principales (le statut de ses élèves) soit peu à peu remise en cause ("il ne faut pas s'en étonner", comme dit macbland)… 🙂
Quelques éléments de réponse en vrac, parce que je n'ai pas beaucoup le temps ce soir. L'école est ce que les élèves en font… et le profil de l'école a sensiblement changé depuis 1948, on peut le regretter (je le regrette par certains aspects), mais c'est ainsi…
- Il est normal que la recherche ne plaise pas à tout le monde, c'est une vocation particulière, et aucun normalien n'en a d'expérience auparavant. C'est une conséquence directe et malheureuse de la "vocation généraliste" des CPGE. Il est difficile d'obliger des jeunes dès 20 ans à s'orienter dans ce domaine, sauf à vouloir obtenir des mauvais professeurs et des chercheurs peu motivés. La politique scientifique de l'ENS est de promouvoir de plus en plus la transdisciplinarité, ce qui peut aussi contribuer à retarder encore ce choix. Et il y a aussi des élèves qui arrivent avec une motivation sincère pour la recherche mais abandonnent assez vite devant certains problèmes structurels de l'Université française, dirons-nous… je ne sais pas s'il faut les en blâmer tout de suite.
- Dans certains départements fréquentés par les littéraires (je pense particulièrement au DSS et au DEC), l'enseignement et la recherche publique ne sont pas des débouchés aussi naturels qu'en sciences de l'Antiquité ou en histoire, et les cursus sont moins axés sur cette perspective (plus de cours, stages obligatoires, pas ou peu de travail de recherche à rédiger). La création de la série B/L est d'ailleurs postérieure à la fonctionnarisation, alors même qu'il existait déjà des écoles recrutant l'administration économique (ENSAE, et aujourd'hui ENSAI).
- Il y a effectivement des élèves qui ne font même pas l'effort de découvrir la pratique de la recherche. C'est certainement dommage, là encore, mais c'est un peu vain de vouloir forcer. Et c'est une conséquence de la BEL, puisque ces élèves sont en général aussi étudiants à Sciences Po ou en école de commerce, même si le phénomène existait avant. Les élèves font ce qu'ils veulent de leur salaire, que voulez-vous, il m'est assez indifférent de savoir s'ils financent leur scolarité à HEC en même temps que l'ENS ou après l'ENS… Il n'y a pas de système d'"écoles d'application" de l'ENS comme il en existe pour Polytechnique, ces doubles cursus sont donc assez compréhensibles.
- L'engagement décennal n'est pas qu'un obstacle à ceux qui veulent rejoindre le privé. Il pose aussi problème à tous ceux qui veulent faire une thèse dirigée (et financée) à l'étranger. Et obliger les élèves à faire leur thèse en France, cela tire le niveau vers le bas, notamment dans certaines disciplines rares. Cela peut pousser aussi des élèves à s'engager dans une thèse par défaut (80 % des normaliens s'y engagent encore), ce n'est pas forcément une dépense utile et peut-être une charge pour les écoles doctorales. Cela peut aussi être pénalisant - toujours en théorie - pour un recrutement en sortie immédiate de thèse (comme professeur ou post-doc). Au sein de la scolarité ENS, les échanges à l'étranger (congés sans traitement) sont de plus limités à deux ans. Ce n'est pas tant que ça pour se bâtir une expérience et un réseau internationaux.
- De nombreux états européens subventionnent leurs meilleurs éléments académiques à la même hauteur, certes en général avec un statut différent. Je n'en connais aucun qui impose en revanche des contreparties aussi importantes, et ces "superboursiers" sont loin de se destiner forcément aux carrières de la recherche ou de l'administration d'état. Leur état leur fait tout simplement confiance pour représenter leur pays, quoi qu'ils deviennent ensuite. Je ne suis pas sûr qu'une différence de statut pendant quatre ans justifie l'engagement décennal.
- Et pour ajouter une expérience plus personnelle, je suis actuellement en congé à l'étranger, sélectionné et financé entièrement par le pays d'accueil (environ à hauteur de mon salaire précédent de normalien), alors que je n'ai pas la nationalité du pays. Je n'ai et n'aurai absolument aucune obligation en retour vis-à-vis des Pays-Bas : le royaume considère simplement que les meilleurs étudiants étrangers venant aux Pays-Bas (et, en sens inverse, les meilleurs étudiants néerlandais partant dans des établissements étrangers) contribuent au rayonnement culturel du pays et de ses universités.
Bonjour,
Bien. Je vois que mes remarques que vous qualifiez de "simplistes" vous obligent à de longs développements (dont je vous remercie néanmoins). Je m'étonne d'ailleurs que ce long message, tout comme le précédent, me semble adressé en particulier : il ne me semble pas en effet avoir exprimé un avis très différent (et encore, de manière moins catégorique !) que les autres intervenants. Je répondrai brièvement, en deux points, et pour la dernière fois sur ce forum, je vous rassure…
1/ Sur la forme… Loin de moi l'idée de "blâmer" les jeunes normaliens qui ne s'orienteraient pas vers la recherche ! D'ailleurs, il n'est pas dans mes habitudes de "blâmer" qui que ce soit. Je n'ai pas non plus l'habitude de qualifier les interventions des autres de "simplistes" : j'attache beaucoup d'importance à la cordialité des échanges et au respect d'autrui, à une certaine humilité aussi. Je précise que je suis venue sur ce forum en juin chercher des réponses personnalisées à des questions précises, et j'ai d'ailleurs été très satisfaite - bien au-delà de mes espérances - de la qualité de l'écoute et du conseil de la personne que j'ai contactée en privé - elle se reconnaîtra - et je l'en remercie encore, très vivement. Tout récemment encore, j'ai joué les intermédiaires pour des questions relatives à une orientation (en l'histoire de l'art), et j'ai été bien accueillie, et bien renseignée : merci encore. Entre ces deux démarches, je me suis un peu attardée sur ce forum, il est vrai, et j'y ai fait quelques remarques, sincèrement, toujours dans le souci de ne blesser personne et, au mieux de conseiller, un peu (dans la mesure de mes moyens, et de mon expérience - je suis assez âgée).
Ceci pour vous rassurer sur mes intentions et l'esprit dans lequel je suis intervenue sur ce site (il me semble que cette petite mise au point était nécessaire).
2/ Sur le fond maintenant, de la discussion qui nous occupe… Je n'ai pas grand chose à ajouter : je n'ai exprimé qu'une idée très banale (et je veux bien l'admettre, simpliste) selon laquelle une organisation quelle qu'elle soit, si elle veut survivre et se développer doit certes s'adapter, mais aussi "démontrer" son utilité et affirmer sa spécificité : si elle perd peu à peu ce qui la distingue (pour l'ENS, la formation à la recherche et à l'enseignement), il y a fort à parier qu'elle finira par disparaître, en tout cas sous sa forme actuelle. Je ne sais pas si ces évolutions sont à craindre (j'ai quand même ma petite idée). Je n'ai pas envie d'entrer dans ce débat, du moins pas ici.
Je vous souhaite une bonne continuation.
J.-H.
Bonjour,
Sur ces questions de statut des normaliens (et énarques) et du pantouflage, on me fait passer à l'instant le supplément "Universités et grandes écoles" du journal Le Monde, daté du 17 novembre 2011, p. 11 :
(titre) "Faut-il encore payer les futurs énarques ?"
(sous-titre) "Les écoles de la fonction publique comme l'ENA, l'Ecole normale supérieure ou Polytechnique rémunèrent leurs étudiants. Une exception française qui ne fait plus l'unanimité".
Un petit encadré est titré "Quitter l'ENS sans rien rembourser", et semble confirmer les dires d'Hugo…
Je n'ai pas eu le temps d'en lire plus.
Bien à vous.
J.-H.
Oui. Hugo pourra en dire davantage, mais clairement, la logique actuelle de destruction de la fonction publique et de réduction des dépenses publiques (qui vont de pair) risque de faire disparaître le statut de fonctionnaire-stagiaire. Quant au traitement, il serait remplacé par des bourses… En tout cas, si Monique Canto-Sperber (rappelons au passage que le-la directeur-trice d'une ENS est nommé-e par décret du Président de la République) est encore là en 2012-2013, cela se fera à coup sûr.
@macbland
C'est tout à fait ça… Selon les rumeurs persistantes, MCS n'en a plus pour très longtemps à la tête de l'ENS, elle devrait avoir une "promotion" et diriger carrément PSL (Paris Sciences Lettres)… Une manière de la sortir par le haut après le mouvement social de l'an dernier. Ce qui est sûr, c'est que le statut de fonctionnaire-stagiaire est menacé à court terme, en donnant la possibilité aux gens qui intègrent de choisir entre ce statut, et celui où une bourse de même montant que le salaire serait octroyée durant la scolarité, mais sans contrepartie…On voit bien où ça mène.
Tenno a écrit :misterheal a écrit :Bonjour,
en lisant la conversation depuis le début, il me semble avoir compris qu'il est possible d'intégrer l'ENS sans passer de concours ? Dans quelles conditions cela est-il possible ?
Merci.
Bonjour,
Arthur précisera sûrement, mais tu peux intégrer l'ENS comme étudiant au diplôme.
Cela te fait suivre les mêmes cours que les normaliens, sauf que tu ne perçois pas de traitement (=salaire), et que tu n'es pas fonctionnaire-stagiaire, etc.
En gros, tu n'as, du normalien, que la formation universitaire et aucun avantage.
Cordialement.
C'est faux. On entend par "Normalien" les étudiants admis à l'ENS à l'issue de l'un des 3 processus de sélection (concours, sélection sur dossier, ou selection internationale). Tous les normaliens suivent le meme cursus et obtiennent le diplome de l'ENS. La seule différence c'est que les normaliens élèves (sélectionnés sur concours) étant obligé de signer un engagement décennal, perçoivent en contre partie une rémunération.
Pourquoi signaler ça partout ? :/ Comme dit ailleurs, le statut a changé récemment, donc tous les posts plus anciens sont à corriger, vous risquez de vous amuser longtemps.