Qu’est-ce que l’ENS exactement ?

La filière littéraire

75 réponses · Page 1 / 4

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Ce sujet ne m'est pas particulièrement destiné mais je pense qu'il est nécessaire à titre informatif. On parle souvent de l'ENS sur ce forum et en allant voir sur les sites, j'ai trouvé plusieurs précisions. Mais entre ce qui est écrit sur internet et ce qui est vécu par les élèves, il y a, selon moi, une certaine différence. On sait que l'ENS est un établissement supérieur d’élite pour les études prédoctorales et doctorales (graduate school) et un haut lieu de la recherche française. Pour y entrer, on doit faire une prépa mais et après ? Après avoir passé le concours (en supposant qu'on l'ait réussi), que se passe-t-il entre les murs des ENS ? Comment se décompose le cursus ?
Sur le site, on voit différents axes de recherche. Doit-on les prendre tels qu'ils sont ou sont-ils, justement, de simples axes, des "aides" ?
Vous pouvez poser toutes vos questions sur ce sujet et peut-être que quelques-uns d'entre vous pourront y répondre 🙂.

Ginger Ale.
Pour y entrer, on doit faire une prépa mais et après ? Après avoir passé le concours (en supposant qu'on l'ait réussi), que se passe-t-il entre les murs des ENS ? Comment se décompose le cursus ?
Je vais tenter d'être le plus exhaustif possible, mais ce n'est pas gagné, c'est compliqué tout ça !

Pour expliquer, la version longue et analytique :

Pour entrer à l'ENS (Paris) ou à l'ENS LSH (Lyon), il faut effectivement avoir fait deux ans de classe préparatoire littéraire - hypokhâgne et khâgne (ou pas - on peut aussi tenter en candidat libre, mais bon…).

Après avoir réussi le concours, on est admis à l'ENS (100 places : 75 A/L et 25 B/L) ou l'ENS LSH (114 places : Lettres & Arts ; LV ; Sciences Humaines ; SES) pour une durée de 4 ans rémunérés comme fonctionnaire-stagiaire, (1300€/mois) ; on s'engage à réussir tous ses examens sous peine d'être mis un an sans salaire ou d'être expulsé (rare, sauf pour Blum ) ; on s'engage aussi à passer un concours de fonctionnaire de catégorie A ; et de rester 10 ans au service de l'Etat (moins les 4 ans d'études, donc 6 ans).

On va en L3 pour valider la Licence. (L'année d'hypokhâgne équivaut à une L1, l'année de khâgne équivaut à une L2.) On effectue cette année à moitié à l'ENS et à moitié dans une université partenaire de la ville.

On effectue ensuite un Master (de recherche généralement), en deux ans (logique) : M1 puis M2.
On doit ensuite passer un concours de fonctionnaire de catégorie A : généralement l'agrégation ; mais tous les autres sont accessibles (Sénat, Assemblée Nationale, Bibliothèques, ENA, etc.).

Ensuite… fin des études à l'ENS en tant qu'élève-normalien.
- Ou bien on va enseigner (avec l'agrégation : Lycées dans un premier temps, puis CPGE+STS+Université généralement, rarement collège ; ou avec le CAPES Collèges-Lycées généralement, pour certains)
- Ou bien on continue en doctorat, en tant que simple doctorant voire comme allocataire-moniteur normalien - AMN (c'est-à-dire qu'en même temps qu'on prépare sa thèse de doctorat, on enseigne en Université quelques heures - contre salaire bien sûr).
- Ou bien on va faire d'autres études (style IEP, ou ENA).
- Ou bien on va dans le métier dans lequel on a été recruté : certains au lieu de l'agrég passent un concours du Sénat pour travailler dans notre Haute Assemblée, ils s'y dirigent donc l'année suivant le concours. Certains ont passé le concours de bibliothécaire et sont affectés à une bibliothèque, etc. Plein de voies sont possibles.

Pour résumer, la version courte et synthétique :

Classe préparatoire littéraire (HK-KH) : 2 ans.
ENS : 4 ans rémunérés comme fonctionnaire-stagiaire (1300€/mois).
- 1re année : L3 ;
- 2e année : M1 ;
- 3e année : M2 ;
- 4e année : Agrégation (généralement) ou un autre concours de catégorie A.

3 Obligations :
- réussir tous ses examens, sous peine d'être mis un an sans solde (c'est-à-dire sans "salaire", avec l'obligation de le réussir) ;
- rester 10 ans au service de l'Etat (4 ans d'école + 6 ans de fonctionnaire) ;
- passer avec succès un concours de fonctionnaire de catégorie A.

Possibilités :
- faire un doctorat ;
- réussir l'agrég plus facilement ;
- passer un an ou deux à l'étranger ;
- intervertir les années 3 et 4 (très courant, mais avec les réformes actuelles, ça tend à s'uniformiser vers la disposition que j'indique) ;
- et plus si affinités…

Précisions : pourquoi l'agrégation est-elle souvent le concours le plus choisi par les Normaliens ?
1) Certains normaliens souhaitent devenir prof de lycée ou de classe prépa.

L'agrégation permet d'avoir moins d'heures de cours, et un meilleur salaire qu'avec le CAPES, ce qui n'est pas négligeable. L'agrégation permet aussi d'évoluer et d'avoir un poste dans les CPGE, ou les STS (Sections de Techniciens Supérieurs préparant aux BTS), ce que ne permet pas le CAPES. L'agrégation évite, généralement, (mais les exceptions sont nombreuses) le passage dans un collège. L'agrégation ouvre les portes de l'Université. (Avec un CAPES, on peut aussi enseigner à l'université, mais c'est beaucoup plus rare et plus difficile !)

2) Mais beaucoup souhaitent devenir Maître de Conférence ou Professeur d'Université - pourquoi l'agrégation alors, étant donné qu'il ne faut avoir qu'un doctorat, officiellement ?

1re raison : pouvoir faire son doctorat…

En effet, dans les disciplines scientifiques (ou économiques, ou de gestion, enfin toutes sauf littéraire), il ne faut que le doctorat… C'est déjà bien assez, un bac +8. En revanche, dans les disciplines littéraires, si vous n'avez pas l'agrégation, on vous dit qu'il n'y a plus de place… Qu'on ne recrute plus de doctorants… Que votre dossier n'est pas assez bon… Ou alors, on vous prend mais on vous colle un directeur de thèse mauvais. Conclusion : c'est horrible et l'agrégation devient une condition officieuse pour pouvoir être admis en doctorat et le réaliser correctement.

2e raison : obtenir un job.

Une fois le doctorat fini - pour un étudiant classique - le type souhaite se faire embaucher dans une université, en tant que Maître de Conférence. Les universités examinent donc les dossiers de tous les candidats, et ne retiennent que les meilleurs.
- D'une part, l'agrégation fait extrêmement bonne impression sur un CV : on démontre ses talents de généraliste en tant qu'agrégé, et de spécialiste en tant que docteur. On montre également ses capacités disciplinaires face à un concours de très haut niveau.
- D'autre part… Et c'est plus embêtant… Depuis quelques années - disons 5 ans - les universitaires qui recrutent de nouveaux MC ne prennent que les dossiers qui mentionnent une agrégation : pourquoi ? Beaucoup de candidats, peu de postes… Il faut faire un tri. L'agrégation est un moyen de faire un tri : tout le monde ne l'a pas.

3e raison : OBTENIR UN JOB (bis) !

Il est fréquent qu'une fois votre doctorat fini, et votre candidature au poste de maitre de conférence examinée, on vous réponde que le poste a été attribué à un autre candidat. Résultat : vous êtes sans rien. Non ! Car l'agrégation que vous avez passé 3-4 ans plus tôt, et que vous avez gelé pour faire votre doctorat, reste en votre possession. Vous activez donc la carte "agrégation" et on vous affecte dans un établissement secondaire (lycée dans le meilleur des cas, et si vous n'avez pas de chance, bienvenue au collège).

En espérant avoir été assez précis, et assez clair !

Cordialement.
Merci pour ce résumé très précis 😀. Au moins, là, c'est clair, net et concis. Les élèves de l'ENS sont principalement destinés à devenir profs ou chercheurs donc.
Ginger Ale a écrit :Merci pour ce résumé très précis 😀. Au moins, là, c'est clair, net et concis. Les élèves de l'ENS sont principalement destinés à devenir profs ou chercheurs donc.
Merci. 😀

C'est exact, les ENS forment les meilleurs enseignants-chercheurs du pays ! C'est leur fonction première, après tout.

L'ENS LSH avait publié un sondage au début de l'année, sur le devenir de leurs élèves : 86% (il me semble, je ne suis plus certain) sont Enseignants-Chercheurs (c-à-d Maitres de Conférences, ou Professeur d'Université). Le reste se répartit principalement entre les profs de CPGE, de Lycées et diverses autres activités… certains sont même dans le privé maintenant.
Loin de moi l'idée de vouloir minimiser l'importance de l'ENS, mais je tiens juste à préciser, qu'il est possible d'obtenir l'agrégation et d'être enseignant-chercheur sans être passé par l'Ecole Normale Supérieure…Et ceux qui n'y ont pas été ne sont pas automatiquement moins bons que ceux qui y ont fait leurs études, ça me paraît un peu radical comme jugement…

Voilà 😜
Comateen a écrit :Loin de moi l'idée de vouloir minimiser l'importance de l'ENS, mais je tiens juste à préciser, qu'il est possible d'obtenir l'agrégation et d'être enseignant-chercheur sans être passé par l'Ecole Normale Supérieure…Et ceux qui n'y ont pas été ne sont pas automatiquement moins bons que ceux qui y ont fait leurs études, ça me paraît un peu radical comme jugement…

Voilà 😜
Oui oui ! Évidemment que oui ! Je ne dis heureusement pas le contraire ! Les normaliens sont minoritaires dans l'Enseignement Supérieur ! Mais c'est plus difficile d'y arriver, il faut le reconnaître.

Je ne portais pas de jugement, je mentionnais des faits qui ne viennent pas de moi, mais de la réputation des ENS.
Oui, je sais bien 😉 mais c'est juste que j'en ai un peu marre de lire toujours que "sans l'ENS, point de salut" (je caricature mais c'est à peu près ça, le discours actuel) mais je ne parle pas spécialement de ce que tu dis, Tenno, qui est d'ailleurs juste concernant les débouchés proposés par l'ENS !
Quelques précisions :

- Les informations données par Tenno ne valent que pour les élèves-fonctionnaires stagiaires, recrutés sur concours à l'issue (généralement) d'une CPGE. Eux seuls sont rémunérés pour leurs études, ont le statut de normalien (avec le prestige qui va avec :/) et sont astreints à l'engagement décennal. Ils sont aussi logés en priorité à l'école (c'est même normalement une obligation, sauf à être marié, mais en pratique l'ENS tolère des externes). Les élèves "admis à préparer le diplôme de l'ENS" ne passent normalement que trois ans à l'école.

- Les élèves qui intègrent en khûbe (à peu près 50%) ou en bikhârré entrent en général en M1 lors de leur première ENS. Ils passent donc souvent leur première année de thèse (si ils en font une, bien entendu) à l'ENS. Par ailleurs, jusqu'à cette année 2009, les élèves avaient le choix de passer l'agrégation en deuxième ou troisième année (pour les khûbes ; en troisième ou quatrième année pour les khârrés).

- La répartition des cours entre l'ENS et les autres établissements est très variable (certains choisissent de ne suivre des cours qu'à l'ENS - des khûbes en général). Seules quelques heures de cours hebdomadaires doivent obligatoirement être suivies à l'ENS (pas plus de deux ou trois si on est fainéant !). Les élèves peuvent fréquenter tous types d'établissements d'enseignement (écoles de commerce, universités, grands établissements…). Chaque année, l'élève-fonctionnaire stagiaire élabore un plan d'études avec l'aide d'un enseignant-chercheur de l'école, choisi par lui comme tuteur.

- La principale spécificité des ENS est la formation à la recherche par la recherche, et ce dès la première année. Les élèves participent à des séminaires de recherche, sans considération de leur niveau. Les ENS sont constituées par des départements d'enseignement ET des centres de recherches CNRS attachés à l'école.

- Les élèves passent aussi en majorité une partie de leur cursus à l'étranger.

- Les anciens élèves bénéficient enfin de certains privilèges, notamment l'accès gratuit et à vie, et le prêt (très généreux…) à la bibliothèque de l'école.

- A Ulm, les élèves peuvent s'orienter dans tous les domaines offerts par l'école (y compris les sciences… sciences cognitives notamment), la pluridisciplinarité est encouragée et même nécessaire pour obtenir le diplôme de l'ENS (qui n'est pas indispensable en soi). A LSH, les études sont déterminées par l'option du concours, et interfèrent moins entre elles.
Il est aussi plus facile pour les normaliens de changer de spécialité en cours de route : par exemple, ceux qui arrivent à intégrer en allemand et en philo (ce qui n'est déjà pas une mince affaire), et qui passent finalement leur Master et leur agreg dans une spécialité qui offre plus de postes…

A noter aussi que les normaliens sont déclarés admissibles d'office au Capes s'ils sont inscrits au concours. :/
Pourrait-on un peu parler de l'ENC aussi ? Quelles sont les différences avec les ENS ? Y a-t-il également un engagement au service de l'Etat ? Quels débouchés ? Etc…
La précision de Lysdanslavallée est valable surtout pour Ulm…

Et en effet, la réussite au concours d'entrée vaut admissibilité au CAPES (dans n'importe quelle matière), mais il faut souligner que les normaliens sont généralement rares à le passer (ce n'est pas encouragé par l'école).

Quant à l'ENC, on peut en parler, bien sûr, mais dans un sujet à part s'il te plaît. Les chartistes étant aussi fonctionnaires-stagiaires, ils ont les mêmes droits et mêmes devoirs : traitement mensuel, contre engagement décennal.
Et qu'est ce que recouvrent précisément les "sciences cognitives" SVP ?
https://www.cognition.ens.fr/
Les enseignements sont les suivants :

- Philosophie de l'esprit.
- Philosophie du langage.
- Philosophie des sciences.
- Psychologie cognitive.
- Linguistique théorique.
- Modèles physico-mathématiques et informatiques.
- Neurosciences cognitives.
- Sciences sociales (approches cognitives).

Le département regroupe les centres de recherche CNRS suivants :

Institut Jean Nicod :
- Langage, communication et cognition.
- Nature et rôle des contenus mentaux.
- Perception et action : contenus non conceptuels.
- Société, culture et cognition.

Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique :
- Acquisition précoce du langage.
- Bilinguisme.
- Dyslexie.
- Langage et fonctions cognitives supérieures.
- Plasticité cérébrale et fonctionnelle du langage.

Institut d'histoire et de philosophie des sciences et des techniques (avec le département de philosophie) :
- Philosophie et histoire de la logique et des mathématiques.
- Philosophie et histoire de la biologie et de la médecine.
- Philosophie des systèmes complexes.
- Philosophie et histoire de la psychologie.

Audition : psychophysique, modélisation, neurosciences :
- Traitement du signal acoustique.
- Organisation des scènes auditives.
- Perception des attributs auditifs.
- Traitement temporel des suites sonores.

Laboratoire de neurosciences cognitives :
- Architecture cognitive et organisation fonctionnelle des mécanismes neuronaux impliqués dans la planification de l'action.
- Contrôle moteur et voies sensorimotrices.
- Système cérébral de la perception / production de la parole.
- Fonctions exécutives centrales et cortex préfrontal.
- Bases cérébrales de la cognition sociale.

Equipe de neuropsychologie interventionnelle :
- Aphasiologie.
- Maladie de Huntington, striatum.
- Troubles du langage et de la cognition sociale.
- Troubles de la désignation.

Unité de neuroimagerie de recherche :
- Plasticité cérébrale en relation avec la fonction normale, apprentissage et récupération des fonctions cognitives.
- Vieillissement cérébral.
- La perception et ses désordres.
- L'action et ses désordres.
- La cognition et ses désordres : attention, mémoire, langage mnésique.
- Emotion et troubles de l'émotion.

Groupe de neurosciences théoriques :
- Modélisation des représentations neurales de l'information sensorielle et motrice.
- Codage distribué et architecture fonctionnelle.
- Plasticité à long terme et implications pour l'apprentissage perceptif.

Equipe de linguistique théorique :
- Phonologie.
- Syntaxe.
- Sémantique.
- Pragmatique.
- Mécanismes mentaux sous-jacents à la compétence linguistique.
- Processus d'acquisition. (Source : plaquette de présentation de l'ENS. Elle est aussi disponible sur internet).
C'est donc un département ouvert à la fois aux littéraires (surtout aux linguistes), aux scientifiques et aux praticiens (concours F/S pour les élèves-médecins).
Arthur a écrit :La précision de Lysdanslavallée est valable surtout pour Ulm…
Ca vaut aussi tout à fait pour LSH Lyon. C'est en tout cas curieux, car effectivement, les normaliens n'ont pas vocation à passer le Capes.
Oups, j'ai été peu clair : je voulais parler de la possibilité de changer de cursus, par rapport à sa spécialisation du concours d'entrée.
Arthur a écrit :Oups, j'ai été peu clair : je voulais parler de la possibilité de changer de cursus, par rapport à sa spécialisation du concours d'entrée.
Je parlais également du changement de cursus qui est tout à fait possible à Lyon aussi (je ne dis pas que c'est courant, mais c'est en tout cas le cas de plusieurs personnes que je connaîs).
simple curiosité : un changement de département ENS Lyon-ENS LSH est-il possible ?
Pour l'instant non, puisque ces deux écoles sont séparées. Du reste, ce n'est pas vraiment la politique de l'école, même si les choses tendent à changer…

A noter que dès le 1er janvier 2010 ces deux écoles devraient être fusionnées : https://www.ens-lyon.fr/ . Cela devrait donc devenir négociable…
merci pour ces infos 😉
salut! meussier l'étudiant,je ne viens pas pour apprendre le russ,mais je voulais savoir quelles sont les conditions à remplir pour entrer à l'ENS
que faut-il faire: un concours ou une simple inscription!!!!!!