Votre "coup de foudre" pour la littérature

Littérature

73 réponses · Page 3 / 4

Je t'en pris. En quoi consiste exactement ta recherche, qui me semble en effet tout à fait passionnante? 😉
Je fais une thèse que je dois remettre dans 6 mois et 1/2 sur l'apprentissage de la lecture littéraire en fin du secondaire. Je m'intéresse spécialement à la lecture de récits (romans, nouvelles, depuis le 19e), réalistes au sens large (consistance et vraisemblance du récit), et aux dimensions fictionnelle et esthétique de cette lecture. J'explore l'activité de lecture essentiellement à partir de l'activité littéraire conçue comme des pratiques de discours : écrire, parler de l'écriture, lire, parler de la lecture, parler de la littérature. Au sein de ces pratiques, je m'intéresse particulièrement à la "critique littéraire" par des amateurs de littérature (carnets de lecture sur le net), et à la "posture" de lecteur (dans le discours), confrontées aux réactions d'élèves de la fin du secondaire (terminale) en ZEP, relativement rétifs à l'enseignement de la littérature (en Belgique, il n'y a pas de filière à la fin du secondaire et tout le monde a un cours de français dans lequel on enseigne notamment la littérature). Ces réactions proviennent d'une série d'entretiens menés avec ces élèves.

L'un des axes centraux de cette recherche est d'explorer l'apprentissage de la lecture littéraire sans partir unilatéralement de son enseignement, et d'essayer de tisser les relations entre milieu scolaire et hors scolaire pour la découverte de la littérature. D'où l'intérêt, pour moi, de la question posée dans ce forum.
Shudhakalyan a écrit : Merci également, chère Catblack. Ton commentaire m'intéresse beaucoup et je serais très curieux d'en savoir plus, si ça te convient. Pourquoi avais-tu "tendance à rejeter la lecture" avant tes huit ans ?
Parce que ça ne m'intéressait pas spécialement. J'étais plutôt hyperactive et je ne tenais pas en place; la lecture était une perte de temps. Pourtant, ma mère essayait régulièrement de me transmettre sa passion, mais je refusais catégoriquement préférant plutôt un jouet.
Tu dis :
Je lisais un peu tout ce qui me passait sous la main (comme beaucoup)
Tu peux un peu préciser ? Notamment, je me demande si ça inclut des lectures qui ne sont pas des "histoires", de la fiction.
Hm voyons voir…de huit à onze ans, je lisais des romans jeunesses (que ce soit du Hector Malot, du HP, Mon Bel oranger, etc). Après, de onze à environ treize ans c'était des romans à l'eau de rose (c'était la période où ma mère s'en achetait, donc bon), puis vers treize-quatorze ans ça a été ma période thrillers et policiers (Coben, Marshall, Chattam, Robinson, et d'autres noms qui m'échappent) mais aussi quelques contemporains. A partir de quatorze ans, j'ai commencé à réellement m'intéresser aux classiques, parallèlement j'ai aussi tenté des bouquins de philo. Comme tu peux le constater c'est essentiellement des romans.
Enfin, tu dis :
Depuis je lis presque exclusivement des "classiques" et m'intéresse peu aux auteurs contemporains. 🙂
Tu pourrais expliquer pourquoi ?
Parce que la Littérature est déjà foisonnante que je n'aurai pas assez d'une vie pour en avoir fait le tour. Parce que les auteurs contemporains ne m'attirent pas. J'en ai déjà testé mais ils ne m'ont rien apporté à part de quoi occuper quelques heures. Je sais bien qu'il y a assurément des contemporains qui valent le coup et peut-être les lirais-je un jour, mais en attendant je me concentre surtout sur le début XXème (notamment du côté des Allemands et Autrichiens) et compte aussi rattraper mes lacunes concernant les classiques français dont je me suis très vite désintéressée du moment où j'ai commencé à chercher par moi-même et donc à m'éloigner des lectures de l'école (ce qui est arrivée très vite puisqu'on aborde pas forcément des lectures qui nous donnent envie quand on est en cours, même si ce n'est pas pour autant qu'elles sont "nulles" ou "chiantes").
Merci pour tes belles réponses, Catblack. Je les ai lues très attentivement. Elles dépassent mes attentes De nouveaux témoignages 😀 ?
Bonsoir !
Alors, que dire de la lecture ? Ce fut ma première passion, et certainement la meilleure compagne de mes après-midis d'ennui. Quand j'étais petite, les autres enfants me semblaient dépourvus d'imagination et j'étais assez solitaire. Le CP et l'apprentissage de la lecture s'avérèrent un choc, la découverte la plus importante de ma vie. Au début, comme la plupart des personnes ayant répondu à ce sujet, je ne m'intéressais pas à la "grande" littérature : l'important était pour moi, le contenu du livre et j'ai beaucoup aimé voyager à travers le temps ou dans des univers magiques. Je me souviens cependant très nettement avoir lu Le tour du monde en 80 jours à l'âge de 8 ans et d'avoir beaucoup aimé. Je ne faisais à l'époque pas réellement de distinction entre littérature pour enfants, populaire, contemporaine ou classique.
Je n'ai jamais ressenti d'aversion pour la littérature dite "classique" mais je n'y étais pas poussée pour autant". Je voyais ma mère dévorer les livres d'Histoire, les mémoires et biographies, ce que j'ai aujourd'hui encore moi-même des difficultés à faire (Charles de Gaulle au programme de TL, c'est quand même du lourd 🙂 ). Au collège, les cours de français, qui consistaient surtout en cours de grammaire et d'orthographe, me semblaient ennuyeux à mourir jusqu'en quatrième où l'on a commencé à nous parler des grands auteurs. Beaucoup d'amis me racontèrent à cette période qu'ils avaient dû lire L'assomoir de Zola et qu'ils l'avaient trouvé assommant (un peu facile quand même comme critique). Mais après une très bonne critique qu'une amie de parents me fit de ce même livre, je me suis défié de lire l'auteur que mes amis avaient tant détesté : je commençai avec La fortune des Rougon. J'avais 13 ans, Zola est devenu dès lors mon auteur préféré. Ma passion pour la lecture s'était estompé un peu lors de mon entrée en sixième, elle s'est ravivée et est devenue dévorante. J'ai faim de lire encore et toujours plus. Je veux découvrir de nouveaux auteurs. J'ai ensuite lu Hugo, Musset, Maupassant, Flaubert (oui, j'aime beaucoup le XIXeme) puis Proust. J'ai ensuite découvert le théâtre à l'intermédiaire d'un de mes amis comédien (à l'époque mon prof de théâtre) et grande découverte aussi !
Enfin, j'espère être dans le sujet et ne pas avoir fait trop long 🙂
Bonne soirée.
Merci pour ta réponse, SansQueueNiTete 🙂 J'ai bien cru que ce fuseau s'était déjà tari. Il me parait pourtant, à moi, inépuisable ! Bien sûr, il me sert au plus haut point pour les questions que je me pose dans le cadre de ma recherche, mais il me semble aussi essentiel bien au-delà. Peu importe, à la limite, la façon dont la question est posée. Mais l'essentiel est cette rencontre avec la littérature… Je pense que le sujet importe pour tous ceux qui ont fait l'expérience de cette rencontre et qui aimeraient que d'autres puissent également la faire.

J'aimerais savoir où tu en es maintenant dans ton parcours, à quel niveau. La variété des personnes qui répondent fait la richesse de ces réponses (si Catblack passe encore par là, je me pose aussi la question pour elle 😉 ).

J'ai trouvé un autre fuseau avec une question similaire autour de "Ce que la littérature a changé dans votre vie" : https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/20563-ce-que-la-lecture-a-change-dans-votre-vie-p3.html

Pour l'instant, ce fuseau-ci contient moins de réponses que les deux autres (20 pour celui sur "Votre "coup de foudre" pour la littérature" - https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/20377-votre-coup-de-foudre-pour-la-litterature.html - et 10 pour celui que je viens d'évoquer, si l'on ne tient compte que de celles qui évoquent la découverte de la littérature), mais les réponses sont beaucoup moins précises et développées qu'ici.

Par ailleurs, il n'y a encore aucun garçon qui a fait part de son expérience. Ceux-ci aiment peut-être moins parler de leur expérience personnelle. Dès que le sujet porte sur la nature ou la valeur de la littérature, ils semblent en tout cas s'impliquer davantage (cf. "Ce que la littérature a changé dans votre vie").

J'aimerais partager quelques premiers constats ou réflexions rapides, par rapport auxquels chacun peut se situer.

La lecture de livres grand public (comme Harry Potter) ou de littérature enfantine ou de jeunesse semble régulièrement un bon préalable pour l'accès à la littérature. Non pas qu'elle y mène, car elle ne suffit pas, mais elle précède généralement la découverte de la littérature. La BD peut aussi jouer ce rôle ou, plus largement, la lecture en général, et le monde des livres.

C'est un des points qui me préoccupent vraiment. C'est-à-dire, le rapport entre le scolaire et le non-scolaire dans la découverte et la diffusion de la littérature. Il semble y avoir toutes sortes de profils, et c'est ce qui est passionnant. Mais ce qui me frappe, c'est que si l'on apprend à lire à l'école, on ne découvre pas nécessairement la littérature à l'école. En tout cas au sens fort. Au sens où devoir lire une œuvre littéraire pour l'école n'est pas nécessairement le déclic qui fait aimer la littérature, pour ceux qui ont effectivement cette espèce de "coup de foudre". C'est très frappant dans ton témoignage, SansQueueNiTete, mais les autres expériences vont aussi dans ce sens.

Un autre point, sans doute plus complexe, qui me pose question, c'est l'importance et la place des "classiques". La plupart, comme SansQueueNiTete (c'est vraiment un nom terrible 😀 ), utilise le terme avec précaution. Et néanmoins, il semble que les classiques soient le meilleur indice qu'on a vraiment découvert "la littérature", et pas seulement une littérature grand public, la littérature de jeunesse ou encore des contemporains dont la valeur semble sans doute plus discutable. Toutefois, ces oppositions occultent peut-être un rapport à la littérature qui s'éloigneraient des classiques. Bien sûr, la notion est floue - et c'est peut-être mieux ainsi. Mais peut-on dire qu'Artaud, Giono, Bataille ou Simon, par exemple et en vrac, soient des classiques ? Pas au sens, sans doute, de Molière, Hugo ou Proust.

Le facteur temps est sans conteste important. D'où l'opposition "classiques" vs "contemporains". Toutefois, cela ne s'arrête pas là. Disons que le statut d'un contemporain, "classique" ou non, est indécidable, puisque le temps changera peut-être la reconnaissance qu'on lui accorde (dans un Larousse du début du XXe, Anatole France est largement plus important que Mallarmé). Mais c'est sans doute pour le XXe siècle que la question a le plus de force, et que le facteur temps n'est plus décisif. Proust et Céline semblent être des "classiques" alors que c'est moins clair pour Artaud, Montherlant, Mauriac ou Simon, pour prendre des auteurs différents dont l'importance semble très discutable.

Je me demande s'il y aurait une sorte de parcours du type : littérature de jeunesse ou grand public ou lecture en général d'ouvrages non littéraires > lecture des "classiques" > lecture de grands auteurs en fonction de son panthéon personnel. Au fond, ce que je discute, c'est de savoir si pour ceux qui ont découvert la littérature, les "grands auteurs" sont uniquement les "classiques". Je pense que non, et beaucoup de fuseaux du site le montrent largement, bien que je ne les aie pas encore suffisamment parcourus, mais les témoignages sur la découverte de la littérature pourrait le laisser croire. Ce qui serait "normal" si le type de parcours que j'évoquais est fréquent…

Voilà mes petites réflexions au passage. Je note aussi que les témoignages de ce fuseau font la part belle (voire exclusive) au roman, ce que j'ai tendance à faire moi-même… mais d'autres fuseaux évoquent largement la poésie, par exemple. Je suis aussi très intéressé par les influences de personnes de notre entourage, hors du milieu scolaire. Et par un rapport ambivalent très net à l'école : les lectures obligatoires peuvent souvent décourager, mais en même temps, un prof remarquable joue souvent un rôle clé, et plus largement, plusieurs apprécient les explications littéraires reçues en classe.

Artanis a très bien pointé ça dans sa propre expérience :
Ce n'est pas tout à fait la même lecture obligatoire, Le viel homme et la mer, c'était chez nous, avec un contrôle à la clé. Chrétiens de Troyes, c'était une étude de l'oeuvre et c'est cela que j'ai aimé.
Shudhakalyan a écrit :Par ailleurs, il n'y a encore aucun garçon qui a fait part de son expérience. Ceux-ci aiment peut-être moins parler de leur expérience personnelle. Dès que le sujet porte sur la nature ou la valeur de la littérature, ils semblent en tout cas s'impliquer davantage (cf. "Ce que la littérature a changé dans votre vie").

Hé bien, je m'y mets de bon coeur, mais avec un peu de retard 😉…


J'ai appris à lire à l'âge de 4 ans (grâce à mes parents), et à partir de là, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, comme les journaux, les notices de médicaments (sans rien y comprendre d'ailleurs) et bien sûr les aventures de Lucky Luke, qui sont les seules bandes dessinées, que j'ai appréciées dans ma vie !!!
Au primaire, mes lectures favorites étaient - ça peut paraître étrange mais c'est vrai - la Bible (pour enfants), le Bescherelle de conjugaison (oui, oui, mais mine de rien, ça fait rêver 😂, ahh la force d'imagination… ), auxquels je ne touche presque plus à présent, les romans policiers (Doyle,Christie,Leroux), les nouvelles fantastiques (Hoffmann,Maupassant) et les Harry Potter.
Pendant ma scolarité, j'ai été un grand chanceux (et le seul de l'établissement !) à ne pas avoir eu de professeurs permanents en français (avec des remplaçantes, qui partaient au bout de deux ou trois semaines, on ne sait pas pourquoi alors qu'on mettait la moitié de l'année pour les dénicher). J'ai lu un peu de tout, en me rendant à la bibliothèque municipale. Au collège, c'était surtout des romanciers, et pendant les deux premières années du lycée, je ne lisais que de la poésie, de la tragédie classique ou de la philosophie. En terminale, rien.
A présent, beaucoup de critiques et de théoriciens (et de philosophes, historiens, géographes,etc.), forcément à cause des études, mais il n'empêche que je lis encore des grands classiques (Hugo Les Misérables, Proust A la recherche du temps perdu, Joyce Ulysse)…
On parle très peu de littérature étrangère (oui, ce n'est pas le bon topic mais bon…) mais je n'en fais la découverte qu'à présent, ce qui est tardif ( au secondaire ça se résumait à Shakespeare, Chaucer, Wilde, Goethe, Cervantès, Dante, Miller), et désolant…Je préfère donc lire maintenant dans la langue de l'auteur en question…

La lecture n'a jamais été une véritable passion, dans la mesure où je savais que j'en perdrais le goût un jour, et qu'elle risquerait de tendre dans l'excès inverse (le dégoût), si par exemple je l'associais à autre chose qu'à elle-même (si elle cessait d'être une simple cueillette de pavots somnifères)…


Voilà voilà 😉 …
Vive les réactions tardives 🙂 Merci LuckyLuke.
LuckyLuke a écrit : La lecture n'a jamais été une véritable passion, dans la mesure où je savais que j'en perdrais le goût un jour, et qu'elle risquerait de tendre dans l'excès inverse (le dégoût), si par exemple je l'associais à autre chose qu'à elle-même (si elle cessait d'être une simple cueillette de pavots somnifères)…
Ce beau final m'intrigue… Tu cites pourtant des références si nombreuses que tu sembles être un grand lecteur ? N'est-ce pas le cas ? Et ton propos implique-t-il que maintenant tu as perdu le gout de la lecture ?
Par ailleurs, vu la variété fascinante de tes lectures, considères-tu qu'il est judicieux de parler, dans ton expérience, d'une "découverte de la littérature" à un moment donné, ou pas vraiment ? Est-ce une distinction qui a du sens pour toi ? Comment vois-tu ça ?

J'aimerais aussi en savoir plus sur ce que tu dis à cet endroit de la lecture comme "cueillette de pavots somnifères"

LuckyLuke a écrit :On parle très peu de littérature étrangère (oui, ce n'est pas le bon topic mais bon…) mais je n'en fais la découverte qu'à présent, ce qui est tardif ( au secondaire ça se résumait à Shakespeare, Chaucer, Wilde, Goethe, Cervantès, Dante, Miller), et désolant…Je préfère donc lire maintenant dans la langue de l'auteur en question…
Peux-tu préciser ce que tu lis maintenant et dans quelle langue ? En fait, d'après ce que j'ai vu, les questions qui portent sur la lecture en général (quel est votre roman préféré, etc.) sont plutôt posées dans la catégorie "littérature française" (et pas dans "Littérature et esthétique générale" qui prend tout de suite une allure plus philosophique), c'est pour ça que j'ai choisi celle-là, mais je pense que dans ce fuseau, il ne faut en effet pas dissocier les deux… Au risque de m'être trompé de catégorie…

Tu dis plusieurs fois "à présent" - pourrais-tu préciser où tu en es dans ton parcours ?
LuckyLuke a écrit : J'ai appris à lire à l'âge de 4 ans (grâce à mes parents)
Cela montre que même mon affirmation précédente sur le fait qu'on apprend à lire à l'école était un peu surfaite 😜 … On peut donc dire dans ton cas que tu as appris hors de l'école, c'est ça, non ?

Merci encore pour ce premier témoignage masculin 🙂
Shudhakalyan a écrit : Ce beau final m'intrigue… Tu cites pourtant des références si nombreuses que tu sembles être un grand lecteur ? N'est-ce pas le cas ? Et ton propos implique-t-il que maintenant tu as perdu le gout de la lecture ?
Par ailleurs, vu la variété fascinante de tes lectures, considères-tu qu'il est judicieux de parler, dans ton expérience, d'une "découverte de la littérature" à un moment donné, ou pas vraiment ? Est-ce une distinction qui a du sens pour toi ? Comment vois-tu ça ?
Si je prends la conception commune de "grand lecteur", comme celui qui a lu ou qui lit beaucoup, il me paraît clair que je n'en suis pas un. Il n'y a pas vraiment eu de "découverte de la littérature" à un moment donné, mais plusieurs découvertes successives et différentes, qui tiennent au caractère même protéiforme de la littérature. Mais lorsqu'on découvre quelquechose, on a conscience de faire une découverte, ce qui n'était pas le cas lors de mes premières lectures.
Voilà qui m'amène à parler de la lecture elle-même…

Shudhakalyan a écrit : J'aimerais aussi en savoir plus sur ce que tu dis à cet endroit de la lecture comme "cueillette de pavots somnifères"
Je suis désolé pour l'usage d'une métaphore assez maladroite et pour les délires que je vais développer (mais que je ne suis évidemment le premier à penser) …La lecture elle-même est une cueillette de mots ; et ces mots renvoient à l'essence intime des choses, qui dépasse la réalité du monde. Les mots sont justement les "pavots somnifères", qui sont à la base des psychotropes et qui nous permettent de nous évader dans un (des) autre(s) espace(s). Et bien sûr, cette cueillette entraîne la dépendance d'où "la passion de la littérature" ou le "goût de la lecture"…Que la lecture ait de bons et/ou mauvais effets sur la mentalité, cela ne m'intéresse pas.
En revanche, ce qui m'importe davantage, c'est ce à quoi on associe la lecture. Les gens disent, y compris moi, que la lecture leur permet de vaincre l'ennui, la solitude ou que la littérature leur permet de mieux comprendre le monde : c'est une quête (et/ou une lutte) personnelle. Mais la littérature n'est pas alors une passion proprement dite, sinon elle se suffirait à elle-même. Cela n'empêche pas que la passion de la littérature puisse découler de cette quête ou de cette lutte.
Mais d'une part, comme toute passion, la passion de la lecture/littérature est éphémère. Il y a un moment où elle ne se suffira pas à elle-même. Elle peut survivre, mais il faudra chercher autre chose. D'autre part, si vous associez cette passion à une chose, à un souvenir, à une personne, le jour où vous éprouverez de la haine, de l'hostilité, du dégoût pour cette chose associée, il est inévitable que la passion de la lecture soit vouée à la même inclination. C'est ce que je pense, ça peut être discutable, mais ce sont les précautions que j'ai prises contre la littérature…

Shudhakalyan a écrit : Peux-tu préciser ce que tu lis maintenant et dans quelle langue ? Tu dis plusieurs fois "à présent" - pourrais-tu préciser où tu en es dans ton parcours ?
Je m'excuse d'avance si je donne l'impression d'étaler mes lectures mais en anglais, Wright et Keats ; en allemand, Schiller et Wolf ; enfin en latin, Virgile. Je mène plusieurs lectures de front…Je suis effectivement dans la filière pluridisciplinaire qu'est la prépa, ce qui "m'oblige" à des lectures variées.

Shudhakalyan a écrit : Cela montre que même mon affirmation précédente sur le fait qu'on apprend à lire à l'école était un peu surfaite 😜 … On peut donc dire dans ton cas que tu as appris hors de l'école, c'est ça, non ?
Oui, j'ai eu la chance d'avoir des parents attentifs 🙂 …

Lucky Luke
Merci, LuckyLuke, pour ces excellentes précisions 🙂

Sébastien.
Bonsoir !

Pour répondre à tes interrogations, je pense qque si les gens ont du mal à employer les grands mots genre "classique" ou "grande littérature", c'est bien parce que bien qu'on puisse faire une distinction nette entre le grand roman et le roman de gare, il existe quand même pas mal de nuances entre les deux et la limite n'est pas très claire.
Je pense, tout comme toi, que ne peuvent pas être considérer comme grands auteurs seulement les auteurs dits de grands "classiques" et qu'effectivement, "le facteur temps" doit jouer son rôle. J'ai eu des expériences très agréables, et de très bonnes surprises en lisant des oeuvres contemporaines peu connues.

Pour ce qui est de mon parcours, j'étais l'année dernière en Première Scientifique : j'avais arrêté de lire avec l'impression de ne plus en avoir envie. En fin de compte, je crois que les sciences me déprimaient et que le fait de ne plus lire m'a enfoncée. Cette année, je suis repassée en Terminale Littéraire et ça se passe très bien : j'ai recommencé à lire avec autant de voracité que possible. De plus, j'ai découvert la philosophie et je m'intéresse maintenant aux essais et écrits de philo.

Enfin, je suis bien d'accord que si le facteur scolaire peut quelquefois être peu influent, un très bon professeur peut vous amener à aimer sa matière. J'aimais déjà la lecture lors de mon entrée en quatrième mais j'ai appris à aimer les cours de français grâce à une excellente prof. J'ai aussi une cousine qui aime lire depuis qu'un de ses profs lui a fait découvrir Le Comte de Monte-Cristo de Dumas. J'aime lire; cependant, je n'ai pas le même degré d'affinité avec tous les livres et on peut dire que les mémoires de Charles de Gaulle, cette année, risquait de profondément m'ennuyer mais j'ai l'impression que mon prof de litté va gérer.

Enfin, voilà. J'espère avoir répondu à certaines de tes questions.
Bonne soirée.
Bonjour,
Excellente idée cet échange… et les interventions sont intéressantes.

Après LuckyLuke, je me propose d'être le deuxième garçon à surmonter la pudeur, ou quoi que ce soit, qui nous empêche de nous mettre à nu…

J'ai une mémoire franchement médiocre qui m'empêche d'être précis comme d'autres l'ont été sur ce que j'ai lu et à quel âge. Je peux cependant dire qu'aussi loin que me portent mes souvenirs, j'ai toujours lu, et même, que plus loin je remonte, plus je lisais. Je lisais, et ma mère me lisais, Jules Vernes, Terry Pratchett (« Le grand livre des Gnomes ») et probablement nombre d'autres dont je ne me souviens plus. Puis je me souviens avoir dévoré tous les Arsène Lupin (mon homonyme) de Maurice Leblanc, puis Agatha Christie, Stayman et John le Carré. Après cela, le Comte de Monte Cristo et les Trois Mousquetaires. Je passais plusieurs heures à lire tous les jours.
C'est vers cette époque que j'entre en secondaire et que commencent les - honnies soient-elles - lectures obligatoires. Si je ne m'abuse, je n'ai jamais terminé aucune de ces lectures pour le cours de français. Je ne sais pas exactement pourquoi, mais j'étais incapable de lire ce que l'on me demandait de lire. Ce qui est pire, c'est que j'avais mauvaise conscience de lire autre chose entretemps. Pendant deux/trois ans, cela m'a presque complètement empêché de lire pendant la période scolaire. Pendant les vacances, je lisais beaucoup : beaucoup de nouvelles fantastiques : Jean Ray, Maupassant, et, bien sûr, Mary Shelley (Frankenstein ou le Prométhée Moderne, que j'ai lu à l'époque en français).
Ensuite, j'ai trouvé une astuce pour les lectures obligatoires : j'ai chaque fois lu un autre livre du même auteur, ce qui satisfaisait mon désir d'apprendre à connaitre les grands auteurs et m 'évitait le blocage que je connaissait précédemment: Au lieu de lire l'Étranger de Camus, j'ai lu la Peste, au lieu du Candide, j'ai lu Rome Sauvée de Voltaire, au lieu de l'école des Femmes j'ai lu le L'école des Maris (avec une satisfaction ironique intense) ; J'ai Tué au lieu de l'Or de Cendrars, etc. et enfin Salambo au lieu de L'éducation sentimentale en rhétorique.
Je m'émerveillais alors, de cette littérature remarquable et j'avais comme envie de le l'accaparer toute entière. Mais paradoxalement, je perdais du plaisir de lire à mesure que je gagnais du plaisir d'avoir lu. Et petit à petit, j'ai commencé à peiner à lire. Ce n'est qu'en finissant un livre, ce qui me demandait de vrais efforts que j'avais vraiment envie de le lire, et éventuellement, je le relisais avec plaisir (comme ce fut le cas pour Salambô).
En revanche, vers la fin de mes secondaires et en entrant à l'université (en philologie classique), je découvre dans la littérature du milieu du XXe des lectures extrêmement variées qui me ravissent à nouveau: le théâtre (Ionesco, De Ghelderode, Anouilh, Beckett, Jarry), certains auteurs de l'Oulipo : Quenaud et Perrec, en particulier ; les romans de Boris Vian et ceux de Marguerite Duras (dont je dois la découverte à ma professeur de français en dernière année, même si j'ai lu l'Amant, au lieu du Ravissement de Lol V. Stein)

Pour résumer, et c'est assez curieux, je me rends compte en écrivant ceci (je t'en rends grâce, ô Shudhakalyan) que, paradoxalement, je suis très attiré par les grands noms, mais plus une œuvre est institutionnalisée en tant que Classique, plus il m'est pénible de la lire, le pire étant les lectures obligatoires… ce qui ne m'empêche pas de les apprécier énormément après les avoir lus. Et je crois que c'est cela qui m'a conduit naturellement vers la littérature de la moitié du XXe où il n'y pas encore à proprement parler de Classiques, mais déjà des grands noms.
Enfin, malgré ce que j'ai pu laisser paraitre, c'est à l'école secondaire (par le truchement du déplacement opéré sur les lectures obligatoires) que j'ai découvert en grande partie la littérature.

Si tu as des questions, n'hésite pas (et il est probable que tu en aies, vu la relative illisibilité de cette contribution…).

Arsène Re-Bonjour
Je voulais juste rajouter deux ou trois choses par rapport à la dernière intervention de SansQueueNiTete - c'est vrai que c'est un joli surnom! - concernant les "classiques" et la "grande littérature": Pour moi, il se cache quelque chose de très différent derrière ces deux termes :
Un classique est une oeuvre de "grande littérature", c'est certain, mais pour être dit "classique", il faut que la reconnaissance qui lui est accordée soit institutionnalisée. Un auteur est classique quand on considère qu'il est normal de l'avoir lu. En outre, un classique est souvent sensé être représentatif d'une période, d'un mouvement, etc. et c'est à ce titre, je crois, qu'intervient le temps : la "sélection" des classique vient après une classification et une périodisation, ce qui est impossible pour la littérature contemporaine: Il faut quelques générations d'enseignants pour que se fasse un tri et une uniformisation de la matière à enseigner.
En revanche la "grande littérature" est une notion qui me semble de nature plus personnelle: cela dépend surtout, à mon sens, de la manière dont on aborde une œuvre et dont on en sort, même s'il me semble vrai que toutes les œuvres ne peuvent pas être lues comme littérature. Je pense que ce qui définit le mieux la littérature comme je la conçois c'est "l'après-lecture". Comme je le disais tout à l'heure, il y a une chose que l'institutionnalisation des classique n'a pas enlevé comme plaisir chez moi: c'est l'envie de lire ledit classique une fois que je l'ai fini
Voilà pour ces quelques réflexions…
C'est l'été !! 😀
Les vacances pour plusieurs, la mer, la plage… Et pour d'autres, un bon moment pour revenir sur un excellent échange de forum 😜
J'espère que SansQueueNiTete repassera par ici pour prendre acte du plaisir que j'ai pris à découvrir ses précisions… Bien que je n'aie pas réagi il y a 3 mois (honte sur moi ! ; diantre, comme le temps passe !), j'en avais tout de suite pris bonne note.

J'ai aussi découvert la belle intervention d'Estragon, encouragée peut-être par le ravivement du site ! J'espère que l'été verra une nouvelle vague d'échanges sur cet inépuisable sujet : à vos plumes - euh claviers ! Qui d'autre pour nous conter son expérience de la découverte de la lecture et de la littérature ?

En tout cas, grâce à Estragon, un 2e garçon.

La première phrase qui m'a marqué :
plus loin je remonte, plus je lisais.
Au fond, ce sujet étant évolutif, j'aurais presque envie de demander à tous ceux qui peuvent fournir le témoignage de leur propre expérience : qu'est-ce qui fait que, dans certains cas, on lit de moins en moins, voire on perd le gout de la lecture ? SansQueueNiTete a aussi évoqué quelque chose de ce genre :
j'avais arrêté de lire avec l'impression de ne plus en avoir envie.
Que se passe-t-il à cet endroit-là, c'est intriguant !

Pour en revenir à un autre nœud complexe de l'affaire, qui est clair dans l'expérience d'Estragon, il est aussi difficile de penser le rapport aux lectures obligatoires - qui peuvent bien sûr être en lien avec le fait de perdre le gout de la lecture. D'un côté, elles peuvent avoir le désastreux effet de dégouter de la lecture, d'un autre il semble que sans elles on passe difficilement à la lecture soit des "classiques", soit, d'une façon ou d'une autre, d'œuvres littéraires plus complexes, plus recherchées. Il me semble que les lectures d'Estragon le montrent bien…

Sur ce même thème, je trouve, cher Estragon, cette partie de ton témoignage tout à fait phénoménale :
Ensuite, j'ai trouvé une astuce pour les lectures obligatoires : j'ai chaque fois lu un autre livre du même auteur, ce qui satisfaisait mon désir d'apprendre à connaitre les grands auteurs et m 'évitait le blocage que je connaissait précédemment: Au lieu de lire l'Étranger de Camus, j'ai lu la Peste, au lieu du Candide, j'ai lu Rome Sauvée de Voltaire, au lieu de l'école des Femmes j'ai lu le L'école des Maris (avec une satisfaction ironique intense) ; J'ai Tué au lieu de l'Or de Cendrars, etc. et enfin Salambo au lieu de L'éducation sentimentale en rhétorique.
Autre paradoxe important de la lecture de textes littéraires dans cette précision, une nouvelle fois remarquable :
je perdais du plaisir de lire à mesure que je gagnais du plaisir d'avoir lu
Il semble en effet que le "plaisir de lire" se métamorphose quand on passe à des textes plus complexes qui, par nature, demandent plus d'effort…

Par ailleurs, Estragon, toujours en suivant le fil de ton témoignage, maintenant que tu n'es plus tenu à l'obligation scolaire (moi je devais lire L'Amant de Duras et je n'ai jamais pu le lire vraiment, je me suis amusé à tourner le récit en ridicule… c'est dire si je comprends ta difficulté face aux lectures obligatoires), je te recommande chaudement Le ravissement de Lol V Stein… pourtant une de mes obligations universitaires en Lettres. Curieusement, pour ma part, je n'ai pas subi de la même façon le poids des lectures obligatoires en secondaire et à l'université. Je suppose que cela vient du fait qu'à l'université il y a une autre démarche de choix… Penses-tu, Estragon, que je devrais reprendre la lecture de L'Amant 🙂 ?

Un autre paradoxe que tu soulèves encore, Estragon (donc je t'en rends aussi grâce 😜) :
plus une œuvre est institutionnalisée en tant que Classique, plus il m'est pénible de la lire, le pire étant les lectures obligatoires…
On voit ainsi que le poids de " l'obligation" ne se réduit pas à l'obligation scolaire. Il y a un passage de Barthes qui m'a toujours fait rire, mais je ne sais plus trop où et je ne peux que le citer de mémoire, dans lequel Barthes s'insurge lui-même contre les textes qu'il "faut" lire. On est en 1974 environ (dans Le Bruissement de la langue peut-être) et Barthes cite entre parenthèses : "(La Princesse de Clèves, L'anti-Œdipe)". Cette juxtaposition entre le célèbre classique romanesque du 17e et un ouvrage de philosophie récent (de Deleuze et Guattari, publié en 1972) qui avait alors un succès certain est extrêmement drôle. Et révèle que même un grand intellectuel et grand lecteur "reconnu" ressent encore cette "pression", cette obligation de lire… En même temps, c'est aussi elle qui fait qu'on lit, et notamment les classiques… C'est donc fort difficile et c'est la raison pour laquelle, la stratégie d'Estragon par rapport aux obligations du secondaire est remarquable… Mais par rapport aux classiques en général, c'est déjà plus complexe. Même si Estragon propose aussi une "alternative" : les grands noms du XXe… qui eux-mêmes pourraient renvoyer aux grands écrivains qui les ont précédés, ce qui permettrait peut-être d'avoir d'autres "incitations" qui ne ressemblent plus à une obligation institutionnelle.

En tout cas, merci Arsène ! (c'est seulement après toutes mon message de réponse que j'ai vu ton prénom 😜 )

Vivement d'autres découvertes de la lecture et de la littérature ! Et bel été à tous !!

Sébastien.
Shudhakalyan a écrit : J'aimerais savoir où tu en es maintenant dans ton parcours, à quel niveau. La variété des personnes qui répondent fait la richesse de ces réponses (si Catblack passe encore par là, je me pose aussi la question pour elle 😉 ).
Je n'avais pas vu la réponse, désolée ! Qu'entends-tu par là ?
Pas de problème 🙂
Je voulais juste savoir où tu en étais dans ton parcours : es-tu encore aux études, si oui, à quel niveau ; ou bien as-tu fini tes études, voire es-tu retraitée, etc. 😜 Bref, juste pour me faire une idée d'où tu te situes par rapport à ta découverte de la littérature.

Séb.
Ah d'accord. x)
Je suis étudiante, j'entre en L3. Donc je suis toute jeune et mes connaissances littéraires sont encore bien maigres. 🙂
Merci 😀 J'en profite pour rappeler à tous les 2 questions que je posais, à partir d'une recherche sur l'apprentissage de la littérature :

1/ Comment avez-vous découvert et apprécié la littérature ?

2/ Quel rapport y a-t-il entre votre passion pour la littérature et votre passion pour la lecture ?

(Avez-vous d'emblée aimé la lecture en général et la lecture littéraire ou l'un s'est fait avant l'autre ou votre amour pour la littérature ne se confond pas avec votre goût pour d'autres lectures ?)

Voilà…

Sébastien.
Bonjour à tous,
Et bien, tes questions me semblent effectivement plus qu'intéressantes et les réponses que les autres ont donné le sont tout autant !

Et bien, d'après certains souvenirs qui me reviennent quand j'ouvre les Fables de la Fontaine, ( sorte de réminiscence à la Proust ), j'ai découvert la lecture très tôt, vers l'âge de 5-6 ans ; en ne comprenant pas spécialement de quoi il en retournait à chaque fois, mais en m'évadant de la petite salle de classe où j'étais. Il m'a paru aussi que les romans policiers étaient une façon de s'exercer l'esprit aux complexités de la vie ; m'avait particulièrement frappé Le mystère de la chambre jaune. Cette découverte m'avait fortement marqué, mais je crois que le véritable goût pour la littérature s'est développé, pour moi, en 4ème grâce à un enseignant et à ses commentaires sur Candide et sur un Coeur simple. Grands classiques qui m'ont réellement plongé dans cet univers.

Puis, au lycée, j'ai essayé de me perfectionner autant que possible ; naviguant d'Homère à Ovide, de Mme de La Fayette à Proust, d'Agrippa d'Aubigné à Mallarmé et de Racine à Beckett.
L'intérêt ( je parle d'intérêt et pas de passion ) pour la littérature à mis plus de temps à se développer que celui pour la lecture ; je pense, comme certains l'ont très bien dit, qu'il faut piocher les mots, quelques mots dans des livres qui renvoient à soi-même, quelques phrases qui comme toute oeuvre d'art, nous permettent de nous découvrir nous même, de nous retrouver seul face à notre capacité d'imagination. Peut-être peut-on comparer cela à la métaphore kantienne, des nuages, suffisamment indéterminé pour laisser place à plusieurs formes.
J'ai toujours préféré, comme LuckyLuke l'affirme aussi, lire les oeuvres étrangères dans la langue d'origine ; cela donne sûrement une immersion plus profonde, et même si les idées sont les mêmes, je trouve que le passage à d'autres langues permet même une liberté plus grande, une différenciation des cultures. Beckett affirmait bien, que pour lui écrire en français était un moyen de se détacher d'une trop grande maîtrise de sa langue maternelle, qui était l'anglais ; je pense que l'analogie est pertinente avec la lecture, l'écarter de sa langue maternelle permet de voir autre chose, et de imaginer d'autre chose, et cela me fait revenir à la première question, en affirmant que c'est cette littérature étrangère qui m'a fait vraiment découvrir, comprendre ce qu'étaient ces mots sur ces feuilles de papier.

Ayant été accepté en prépa, j'aurais, peut-être le temps de réfléchir à tout cela dans les années à venir, en essayant toujours de garder une certaine distance nécessaire avec les livres, pour garder un intérêt primordial entre la littérature et la lecture.
Je crois que je suis légèrement sorti du sujet, pardonnez moi ces élucubrations. En tout cas, les questions sont très pertinentes et pleines de sens.
Merci Wilde01 ! C'est toujours aussi passionnant d'avoir les témoignages de chacun.

J'aurais envie de précisions par rapport à toute une série de choses que tu dis et qui m'intriguent… D'abord, j'aimerais beaucoup en savoir plus sur la lecture en classe de Fables de La Fontaine que tu évoques, à 5-6 ans… Ça se passait comment ?
Puis les romans policiers, tu les lisais pour toi ? Vers quel âge ? Et notamment Le mystère de la chambre jaune, tu te souviens de quand tu l'as lu ?

Tu évoques les commentaires d'un enseignant en 4e qui t'ont donné le gout de la littérature. Tu peux préciser ? Quel genre de commentaires ? En quoi te donnaient-ils le gout de la littérature ?

Une question générale importante serait de savoir comment, dans ton expérience, tu distingues "lecture" et "littérature" ? Je sais que cette distinction vient de ma question, mais comme tu l'utilises fort, j'aimerais savoir quel sens elle a pour toi et par rapport à ton expérience.

En outre, ce qui m'intrigue aussi, c'est quand tu distingues "intérêt" et "passion" à propos de la littérature. Un peu plus haut tu parlais de gout. Tu peux préciser ? Qu'en est-il ? À la fois dans ton parcours et aujourd'hui ?

Je t'avoue que j'ai particulièrement apprécié ce passage dans ton intervention :
je pense que l'analogie est pertinente avec la lecture, l'écarter de sa langue maternelle permet de voir autre chose, et de imaginer d'autre chose, et cela me fait revenir à la première question, en affirmant que c'est cette littérature étrangère qui m'a fait vraiment découvrir, comprendre ce qu'étaient ces mots sur ces feuilles de papier.
Du coup, j'aurais encore envie que tu nous éclaires sur ton point de vue : que sont justement "ces mots sur ces feuilles de papier" ? Par ailleurs, si tu pouvais en profiter pour nous donner des exemples de tes expériences en littérature étrangère, ce serait génial. En passant, félicitation pour ton admission en prépa (pour autant que je situe bien ce que c'est dans le système français, puisque je suis de Belgique 😉 ).

À +.

Séb.
Adorant parler de tout cela, donner des précisions me ravit !
Concernant ces Fables, c'est assez simple à vrai dire. Comme la plupart des élèves de primaire, j'ai dû apprendre " Le Corbeau et le Renard ", pour le réciter devant toute la classe. Mais, une phrase de mon enseignante de l'époque m'a beaucoup intrigué, c'était quelque chose du genre : ces fables ont l'air faciles, mais elles cachent beaucoup plus de choses que cela ( là je suis quasiment sûr de l'expression, depuis elle m'a toujours intriguée ) " il faut apprendre à lire entre les lignes. " Et j'ai effectivement tenté de lire une bonne partie des fables, en essayant de comprendre ce que cela pouvait signifier. Je me rends compte, maintenant, que ça a eu beaucoup d'influence sur moi depuis aujourd'hui.

Les romans policiers c'étaient plutôt vers la 6ème, pour moi ! Mais c'est en 5ème, quand les enseignants nous ont fait passer le film du Mystère de la chambre jaune, que j'ai lu ce livre et que j'ai vraiment commencé à m'y intéresser. Cependant, j'ai un peu perdu cet amour pour ce genre de roman, n'ayant plus trop le temps d'en lire !

Maintenant, je vais aborder quelque chose qui me tient vraiment à coeur, et qui a été le point de départ des études que j'ai poursuivi. Cet enseignant de 4ème était un des hommes les plus drôles que je connaisse, un enfant de un corps d'homme de 50 ans. Du genre extrême gauche, ses commentaires étaient très influencés égalité entre les Hommes…Il nous a donc faire lire Candide, et la première chose qu'il nous a fait remarquer est cette phrase : " Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. ", en insistant sur l'ironie et en faisant une grande satyre sur les riches…Et là, j'ai compris que la littérature pouvait dénoncer, allait plus loin qu'une simple histoire. C'est, en partie, en ça que je la différencie de la lecture. La littérature comporte beaucoup de couches successives, comme un arbre à la façon cartésienne, et est en quelque sorte, une chose qui s'affirme ( ce qui peut totalement être nuancé ), universellement. Alors que la lecture, c'est plus un acte personnel où l'on élague l'arbre qu'est la littérature, pour n'en garder que ce qui se rapporte à notre expérience personnel, que ce qui nous captive, on apprend à se connaître, comme Lucky Luke l'a dit, c'est une quête personnelle.

Et bien, je pense que la passion, c'est quelque chose qui nous dévore et qui peut prendre le pas sur nous, dans une acceptation un peu simpliste, trop de lecture peut, parfois, tuer la lecture. Je préfère " intérêt ", car ça a une dimension plus active, et plus maitrisée.

Je t'avoue que j'aurais du mal à expliciter ce que sont ces mots sur les feuilles, des idées à l'attention d'autres personnes, un lien entre un écrivain et son lecteur, ou simplement une succession de mots, qui font sens, qui forment une histoire et qui divertissent, voire une recherche de soi comme je l'ai déjà dit…Compliqué, compliqué.
En littérature étrangère, ce qui m'a le plus plu et que j'ai déjà cité, c'est principalement, l'oeuvre Fin de partie, d'abord écrite en français puis traduit en anglais, par l'auteur lui-même et la comparaison des deux est je pense très pertinente et permet de se faire une idée sur comment on peut transformer une idée justement…La valeur des mots est-elle la même ? Le sens est-il différent ? La traduction est-elle vraiment singulière… ? Pleins de questions philosophiques, très difficiles à répondre ! Autrement, je pense qu'en anglais, il y a Mrs Dalloway de Virginia Woolf, Les nouvelles d'E. Alan Poe, certains romans d'Orwell…Et Oscar Wilde bien sûr ! Après, en allemand je n'ai pas lu énormément de choses, je conseillerais plus Les souffrances du jeune Werther de Goethe, ou des romans de Stefan Zweig. Dernière langue que je peux lire, l'espagnol, où là le choix est grand, de Carlos Ruiz Zafon, a Federico Garcia Lorca en passant par Cervantés et Goytisolo. Mais tant de choses me restent inconnues, je ne suis pas de ce qu'on appelle un grand lecteur…Je lis bien sûr, en me laissant emporter par ce qui me plaît.

Merci beaucoup pour ces félicitations, la prépa me permettra encore de découvrir énormément de choses encore ignorées.
Wilde01.