Bonsoir !
Récemment, quelqu’un s’est étonné d’y trouver djeun(e), avec le sens de jeune.
J’ai été moi-même surpris d’y lire un chouïa / chouya, avec le sens de « un peu ».
Ne cherchez pas : keuf et meuf y sont déjà aussi.
Je suis stupéfié de voir avec quelle facilité ces mots nouveaux, en l’espèce jeunes ou exotiques, font leur entrée.
Comment s’étonner après cela si on les retrouve dans des devoirs, dans des dissertations, voire dans des thèses ? Le Robert les qualifie de familiers. Qui s’en souviendra en prenant sa plume ?
Cette déferlante – toute relative, nous dira-t-on – m’effraye aussi. Sans doute, il y a déjà eu la Querelle des Anciens et des Modernes, mais on nous fait aussi, à répétition, cadeau de multiples anglicismes, notamment de ce « prime time » que j’exècre. (Tiens, il y est aussi.) Voilà maintenant l’irruption de mots jeunes ou branchés – parfaitement inutiles – qui vont peu à peu défigurer notre dictionnaire traditionnel.
Pour tout dire, je pensais que le Petit Robert aurait fait preuve de plus de retenue.
Je comprends mieux après avoir lu la postface de l’édition 2007.
Je vous en donne des extraits. (Les petites majuscules sont de moi.)
« […] ce dictionnaire mène UN COMBAT CONTRE LA PENSEE UNIQUE et l’expression appauvrie. Il balaie un spectre très large d’usages du français allant de la pensée abstraite et des techniques contemporaines à l’expression spontanée des usages langagiers de cette France qu’on dit d’en bas, alors qu’elle est de partout et de tous. […]
« Ce dictionnaire souhaite réagir contre une attitude nourrie D’UNE IDEOLOGIE, celle d’une NORME SUPERIEURE POUR UNE ELITE, dans une population ainsi hiérarchisée, et dont les usages, lorsqu’ils se distinguent de ce « bon usage », ne suscitent que mépris, dérision ou rejet. Le « bon usage » convenait peut-être à l’Ancien Régime, mais demande sérieuse révision, et ce sont plusieurs usages, plus ou moins licites et que personne ne peut juger « bons » ou « mauvais », qui forment la réalité » d’une langue.
« L’IDEOLOGIE DE L’ELITE, des couches supérieures, ignore superbement ou juge sévèrement, dans l’ignorance TETUE du réel social, tout autre usage que le sien. Au contraire, le Petit Robert est ouvert à la diversité, à la communication plurielle ; il veut combattre le pessimisme intéressé et passéiste des PURISMES AGRESSIFS, comme l’indifférence molle des laxismes. Le français le mérite.
FIN DE CITATION
Je vous demande en quoi nous avions besoin d’y trouver djeune, chouïa et les autres.
A l’inverse, le Petit Robert – c’est lui qui l’écrit – a fait « la suppression des mots les plus rares devenus archaïques ». A vous de vous débrouiller (si vous n’avez pas le TLFI) pour comprendre le vocabulaire de Montaigne et de Rabelais. Comme vous voyez, ces termes, probablement trop intello (celui-ci aussi s’y trouve), n’ont pas pesé lourd dans la balance. J’ose espérer que le marketing n’a pas été le mobile de cette nouveauté. Par contre, je m’interroge sur l’engagement politique d’Alain Rey, car c’est lui qui a signé la postface.
Quel est le bien-fondé de la philosophie qui consiste à opposer les élites aux membres de la France d’en bas ? Au lieu de tirer ceux-ci vers le haut et de leur apprendre notre langue, on en vient à intégrer et à officialiser leurs parlers ? N’est-ce pas du laxisme et de la démagogie ?
La grammaire aussi se veut maintenant descriptive, comme si les normatifs étaient des pestiférés, en tout cas des réactionnaires. (Tiens, voilà réac qui a fait son entrée ! Au fait, c’est bien facile d’arriver ainsi à 60.000 mots.)
Loin de moi l’idée de mépriser ces parlers parallèles, il y en a toujours eu, y compris dans les parlers régionaux. Ce qui me choque, c’est de les voir pénétrer dans un dictionnaire de langue qui constitue une référence majeure dans l’enseignement du français.
Il aurait été plus simple et plus respectueux d’en faire un nouveau « dictionnaire du français non conventionnel ». Ou d’attendre cinquante ans, le temps de s’assurer qu’ils ne seraient pas des feux de paille ?
On m’objectera que rien ne m’oblige à acheter le Petit Robert. Sans doute. Mais rien ne m’oblige non plus à me taire devant ce que je considère comme une déviance. Je suis d’autant plus à l’aise, pour le dire, que je ne fais pas partie de l’élite, ni des couches supérieures de la société.
Qu’en pensez-vous ?
Bonnes fêtes à toutes et à tous, ainsi qu’à vos familles.
Je vous souhaite une année pleine de bonheur et de joie ; et ici même, une année d’enrichissement littéraire.
Edy
Récemment, quelqu’un s’est étonné d’y trouver djeun(e), avec le sens de jeune.
J’ai été moi-même surpris d’y lire un chouïa / chouya, avec le sens de « un peu ».
Ne cherchez pas : keuf et meuf y sont déjà aussi.
Je suis stupéfié de voir avec quelle facilité ces mots nouveaux, en l’espèce jeunes ou exotiques, font leur entrée.
Comment s’étonner après cela si on les retrouve dans des devoirs, dans des dissertations, voire dans des thèses ? Le Robert les qualifie de familiers. Qui s’en souviendra en prenant sa plume ?
Cette déferlante – toute relative, nous dira-t-on – m’effraye aussi. Sans doute, il y a déjà eu la Querelle des Anciens et des Modernes, mais on nous fait aussi, à répétition, cadeau de multiples anglicismes, notamment de ce « prime time » que j’exècre. (Tiens, il y est aussi.) Voilà maintenant l’irruption de mots jeunes ou branchés – parfaitement inutiles – qui vont peu à peu défigurer notre dictionnaire traditionnel.
Pour tout dire, je pensais que le Petit Robert aurait fait preuve de plus de retenue.
Je comprends mieux après avoir lu la postface de l’édition 2007.
Je vous en donne des extraits. (Les petites majuscules sont de moi.)
« […] ce dictionnaire mène UN COMBAT CONTRE LA PENSEE UNIQUE et l’expression appauvrie. Il balaie un spectre très large d’usages du français allant de la pensée abstraite et des techniques contemporaines à l’expression spontanée des usages langagiers de cette France qu’on dit d’en bas, alors qu’elle est de partout et de tous. […]
« Ce dictionnaire souhaite réagir contre une attitude nourrie D’UNE IDEOLOGIE, celle d’une NORME SUPERIEURE POUR UNE ELITE, dans une population ainsi hiérarchisée, et dont les usages, lorsqu’ils se distinguent de ce « bon usage », ne suscitent que mépris, dérision ou rejet. Le « bon usage » convenait peut-être à l’Ancien Régime, mais demande sérieuse révision, et ce sont plusieurs usages, plus ou moins licites et que personne ne peut juger « bons » ou « mauvais », qui forment la réalité » d’une langue.
« L’IDEOLOGIE DE L’ELITE, des couches supérieures, ignore superbement ou juge sévèrement, dans l’ignorance TETUE du réel social, tout autre usage que le sien. Au contraire, le Petit Robert est ouvert à la diversité, à la communication plurielle ; il veut combattre le pessimisme intéressé et passéiste des PURISMES AGRESSIFS, comme l’indifférence molle des laxismes. Le français le mérite.
FIN DE CITATION
Je vous demande en quoi nous avions besoin d’y trouver djeune, chouïa et les autres.
A l’inverse, le Petit Robert – c’est lui qui l’écrit – a fait « la suppression des mots les plus rares devenus archaïques ». A vous de vous débrouiller (si vous n’avez pas le TLFI) pour comprendre le vocabulaire de Montaigne et de Rabelais. Comme vous voyez, ces termes, probablement trop intello (celui-ci aussi s’y trouve), n’ont pas pesé lourd dans la balance. J’ose espérer que le marketing n’a pas été le mobile de cette nouveauté. Par contre, je m’interroge sur l’engagement politique d’Alain Rey, car c’est lui qui a signé la postface.
Quel est le bien-fondé de la philosophie qui consiste à opposer les élites aux membres de la France d’en bas ? Au lieu de tirer ceux-ci vers le haut et de leur apprendre notre langue, on en vient à intégrer et à officialiser leurs parlers ? N’est-ce pas du laxisme et de la démagogie ?
La grammaire aussi se veut maintenant descriptive, comme si les normatifs étaient des pestiférés, en tout cas des réactionnaires. (Tiens, voilà réac qui a fait son entrée ! Au fait, c’est bien facile d’arriver ainsi à 60.000 mots.)
Loin de moi l’idée de mépriser ces parlers parallèles, il y en a toujours eu, y compris dans les parlers régionaux. Ce qui me choque, c’est de les voir pénétrer dans un dictionnaire de langue qui constitue une référence majeure dans l’enseignement du français.
Il aurait été plus simple et plus respectueux d’en faire un nouveau « dictionnaire du français non conventionnel ». Ou d’attendre cinquante ans, le temps de s’assurer qu’ils ne seraient pas des feux de paille ?
On m’objectera que rien ne m’oblige à acheter le Petit Robert. Sans doute. Mais rien ne m’oblige non plus à me taire devant ce que je considère comme une déviance. Je suis d’autant plus à l’aise, pour le dire, que je ne fais pas partie de l’élite, ni des couches supérieures de la société.
Qu’en pensez-vous ?
Bonnes fêtes à toutes et à tous, ainsi qu’à vos familles.
Je vous souhaite une année pleine de bonheur et de joie ; et ici même, une année d’enrichissement littéraire.
Edy



