Le Petit Robert 2007

Langue française

18 réponses

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Bonsoir !

Récemment, quelqu’un s’est étonné d’y trouver djeun(e), avec le sens de jeune.
J’ai été moi-même surpris d’y lire un chouïa / chouya, avec le sens de « un peu ».
Ne cherchez pas : keuf et meuf y sont déjà aussi.

Je suis stupéfié de voir avec quelle facilité ces mots nouveaux, en l’espèce jeunes ou exotiques, font leur entrée.

Comment s’étonner après cela si on les retrouve dans des devoirs, dans des dissertations, voire dans des thèses ? Le Robert les qualifie de familiers. Qui s’en souviendra en prenant sa plume ?

Cette déferlante – toute relative, nous dira-t-on – m’effraye aussi. Sans doute, il y a déjà eu la Querelle des Anciens et des Modernes, mais on nous fait aussi, à répétition, cadeau de multiples anglicismes, notamment de ce « prime time » que j’exècre. (Tiens, il y est aussi.) Voilà maintenant l’irruption de mots jeunes ou branchés – parfaitement inutiles – qui vont peu à peu défigurer notre dictionnaire traditionnel.

Pour tout dire, je pensais que le Petit Robert aurait fait preuve de plus de retenue.

Je comprends mieux après avoir lu la postface de l’édition 2007.
Je vous en donne des extraits. (Les petites majuscules sont de moi.)

« […] ce dictionnaire mène UN COMBAT CONTRE LA PENSEE UNIQUE et l’expression appauvrie. Il balaie un spectre très large d’usages du français allant de la pensée abstraite et des techniques contemporaines à l’expression spontanée des usages langagiers de cette France qu’on dit d’en bas, alors qu’elle est de partout et de tous. […]
« Ce dictionnaire souhaite réagir contre une attitude nourrie D’UNE IDEOLOGIE, celle d’une NORME SUPERIEURE POUR UNE ELITE, dans une population ainsi hiérarchisée, et dont les usages, lorsqu’ils se distinguent de ce « bon usage », ne suscitent que mépris, dérision ou rejet. Le « bon usage » convenait peut-être à l’Ancien Régime, mais demande sérieuse révision, et ce sont plusieurs usages, plus ou moins licites et que personne ne peut juger « bons » ou « mauvais », qui forment la réalité » d’une langue.
« L’IDEOLOGIE DE L’ELITE, des couches supérieures, ignore superbement ou juge sévèrement, dans l’ignorance TETUE du réel social, tout autre usage que le sien. Au contraire, le Petit Robert est ouvert à la diversité, à la communication plurielle ; il veut combattre le pessimisme intéressé et passéiste des PURISMES AGRESSIFS, comme l’indifférence molle des laxismes. Le français le mérite.
FIN DE CITATION

Je vous demande en quoi nous avions besoin d’y trouver djeune, chouïa et les autres.

A l’inverse, le Petit Robert – c’est lui qui l’écrit – a fait « la suppression des mots les plus rares devenus archaïques ». A vous de vous débrouiller (si vous n’avez pas le TLFI) pour comprendre le vocabulaire de Montaigne et de Rabelais. Comme vous voyez, ces termes, probablement trop intello (celui-ci aussi s’y trouve), n’ont pas pesé lourd dans la balance. J’ose espérer que le marketing n’a pas été le mobile de cette nouveauté. Par contre, je m’interroge sur l’engagement politique d’Alain Rey, car c’est lui qui a signé la postface.

Quel est le bien-fondé de la philosophie qui consiste à opposer les élites aux membres de la France d’en bas ? Au lieu de tirer ceux-ci vers le haut et de leur apprendre notre langue, on en vient à intégrer et à officialiser leurs parlers ? N’est-ce pas du laxisme et de la démagogie ?
La grammaire aussi se veut maintenant descriptive, comme si les normatifs étaient des pestiférés, en tout cas des réactionnaires. (Tiens, voilà réac qui a fait son entrée ! Au fait, c’est bien facile d’arriver ainsi à 60.000 mots.)

Loin de moi l’idée de mépriser ces parlers parallèles, il y en a toujours eu, y compris dans les parlers régionaux. Ce qui me choque, c’est de les voir pénétrer dans un dictionnaire de langue qui constitue une référence majeure dans l’enseignement du français.

Il aurait été plus simple et plus respectueux d’en faire un nouveau « dictionnaire du français non conventionnel ». Ou d’attendre cinquante ans, le temps de s’assurer qu’ils ne seraient pas des feux de paille ?

On m’objectera que rien ne m’oblige à acheter le Petit Robert. Sans doute. Mais rien ne m’oblige non plus à me taire devant ce que je considère comme une déviance. Je suis d’autant plus à l’aise, pour le dire, que je ne fais pas partie de l’élite, ni des couches supérieures de la société.

Qu’en pensez-vous ?

Bonnes fêtes à toutes et à tous, ainsi qu’à vos familles.
Je vous souhaite une année pleine de bonheur et de joie ; et ici même, une année d’enrichissement littéraire.

Edy
Bonsoir Edy,

Le vieil intello de service vous dit bravo pour la mercuriale que la jeunesse à la mode appellera plutôt avoir les boules (Est-ce dans le petit Chose ? ). Normal en ce temps de Noël ! me direz-vous.
Ce qui m'émerveille, c'est que nous pouvons comprendre les djeunes alors que la réciproque n'est pas forcément avérée.
Quant au petit Robert, qui emboîte le pas à Larousse, il justifie simplement son appellation : nous pourrons désormais le dénommer Robert le petit ou Robert le diable. Toute allusion à un antécédent historique est délibérée.

Bonne fêtes à tous !
Bonsoir

Oui Edy, c'est moi qui ait lancé le "djeun" sur un autre fil de ce forum, mais suite à votre point de vue ci-dessus, il a été question aussi au mois de septembre d'une vive réaction (bien sûr des mêmes!) contre la définition que Le Robert donnait de la colonisation.

Nos "phares" du Robert essaient sans doute de se rattraper pour ne pas perdre trop de clients. Mais avec des références pareilles (keuf, beuf, djeun, nike…) on aura du mal à surnager et pourtant je ne veux pas mourir idiot parce que c'est la mode.
Bonnes fêtes
@
Pour vous réconforter, le dico en ligne de notre chère vieille Dame du quai Conti
https://academie.atilf.fr/9/
Bonjour à tous,

Moi, je sais pourquoi tous ces mots djeuns' ont été introduits… C'est parce que les auteurs pensent que les parties de Scrabble sont trop courtes !!!
Ben oui… avec des mots traditionnels, en quelques "réglettes", l'affaire est faite ! et cela ne fait pas marquer beaucoup de points en comparaison du travail de réflexion que demande la confection desdites réglettes !
Alors qu'avec les nouveaux vocables, de quatre ou cinq lettres en moyenne, les parties vont considérablement s'allonger pour le plaisir de tous !!!
La preuve ?
Eh bien ! regardez-les ces nouveaux mots : de nombreux "J" ; "W" ; "K" ; "Z" ; "Q" les composent… Ce sont bien les lettres les plus "chères", non? Vous voyez que j'ai raison !!! c'est évident !!!

Un seul remède pour sortir ces "mots qui n'en sont pas" du dictionnaire : ne mettre, au Scrabble, qu'un point à J ; W ; K ; Z et Q… et tout rentrera dans l'ordre en 2008 !

Joyeux Noël !

Muriel
Bonjour,

J'applaudis au coup de gueule de Edy car je partage entièrement son analyse.
Inutile de demander vers quelle idéologie doit pencher le responsable de ce "petit" dictionnaire.
Le nivellement par le bas, cela ne vous rappelle-t-il pas un sujet récent sur l'apprentissage de la grammaire ?
Ce monsieur Robert-le-petit doit sans nul doute appartenir au même sérail que celui des "pédagogistes" que je fustigeais dans ma réponse et qui ont tant fait de mal à notre belle langue.
Je lis régulièrement un grand quotidien national et suis aussi effaré que Edy de noter l'appauvrissement général, les fautes de grammaire grossières et l'inévitable franglais ou emprunts dévoyés de l'anglais. Le dernier à la mode étant "le people".
Heureusement que notre Académie veille au grain.
Néanmoins, je vous souhaite de très joyeuses fêtes.
Je ne suis pas d'accord avec vous Edy ni avec tout les autres. Je partage tout a fait ce qui est dit dans la postface du robert.
Je pense pas que c'est en rajoutant quelques mots qu'on va ruiner notre parler traditionnel qui vous tient tant à coeur. Comme vous l'avez si bien dit les mots seront écrits comme familiers ( ce qui est par ailleurs normal ), je pense contrairement à vous qu'on peut, et que particulièrement les jeunes arriveront à faire la différence et à ne pas les mettre dans leurs dissertations. Le dictionnaire que j'ai chez moi comporte déjà plusieurs centaines de mots familiers et d'injures populaires, et pourtant je me dis pas, tient c'est dans le dictionnaire je vais le mettre dans ma dissertation. Non, je pense que reconnaitre ce parler, c'est reconnaitre cette culture, reconnaitre ces jeunes justement. Si on commence à parler de démagogie, on arrête tout et on ne fait plus rien. Les "bobos" qui vont dormir sur les quais de seine pour soutenir les SDF, c'est peut être démagogique comme acte mais en tout cas ils le font. Reconnaitre qu'il n'y a pas qu'une élite sur terre et par dessus le marcher que son langage, je trouve ca bien. Il ne faut pas voir en ces mots un danger pour la langue francaise.
Puis bon l'alternative de faire un dictionnaire ne comportant que ces mots je trouve ca perfide, d'un coté un accepte de classer vos mots dans un livre, mais d'un autre coté, on vous laisse à l'écart…

Je respecte vos avis bien sur, on est en démocratie je n'ai fait qu'évoquer le mien. En tout les cas bonne fêtes a tous et joyeux noel.
Bonjour,
Je suis de l'avis de vive-le-bac.
Peut-être est-ce dû à une différence de génération, mais j'accepte totalement l'arrivée de ces mots dans le dictionnaire. (et pourtant je ne les emploie quasiment jamais)
Le français est une langue vivante, et elle le montre bien. Alors de quoi se plaint-on?
Par contre, je trouve regrettable d'enlever les termes archaïques qui font néanmoins partie de notre culture.
Quant à cela :
Le nivellement par le bas, cela ne vous rappelle-t-il pas un sujet récent sur l'apprentissage de la grammaire ?
J'ai envie de répondre que j'approuve totalement le nivellement vers le bas (en particulier dans mon sujet sur l'apprentissage des langues vivantes, sujet où seul vive-le-bac a répondu, d'ailleurs…) mais que le terme est mal approprié ici. En quoi l'entrée de nouveaux mots baisserait-elle le niveau?
L'erreur d'employer un mot trop familier dans une dissertation peut arriver, mais je pense que la plupart des jeunes peuvent faire la différence. (surtout entre "jeune" et "djeune") Et parmi tous les mots du dictionnaire, ce ne sont pas ceux-la qui seront les plus employés dans les dissertations mais plutôt des expressions comme "brute de décoffrage".
Sinon, (toujours comme vive-le-bac 😉) je n'ai fait que donner mon avis et je comprends parfaitement votre réaction…
Sur ce, passez de bonnes fêtes de fin d'année
Eh bien moi, je partage les deux opinions précédentes, à ceci près que je suis d'accord pour enlever les archaïsmes. La langue évolue, le dictionnaire aussi. Tant qu'on ne brûle pas les anciennes éditions, ça ne pose aucun problème. Moi qui pensais que la querelle des Anciens et des Modernes était terminée depuis trois siècles…

Sur ce, joyeux Noël à tous !
vive-le-bac:) a écrit :Je pense pas que c'est en rajoutant quelques mots qu'on va ruiner notre parler traditionnel qui vous tient tant à coeur. Comme vous l'avez si bien dit les mots seront écrits comme familiers ( ce qui est par ailleurs normal ), je pense contrairement à vous qu'on peut, et que particulièrement les jeunes arriveront à faire la différence et à ne pas les mettre dans leurs dissertations ces mots.
Ce que dénigre Edy je pense, c'est que la justice des mots n'est pas établie ; la "mercuriale" est donc légitime dans le sens où, d'un côté nous avons de nouveaux mots, de l'autre, les quelques mots qui parsèment les textes de Montaigne et de Rabelais disparaissent…
Jérémy a écrit :Ce que dénigre Edy je pense, c'est que la justice des mots n'est pas établie ; la "mercuriale" est donc légitime dans le sens où, d'un côté nous avons de nouveaux mots, de l'autres, les quelques mots qui parsèment les textes de Montaigne et de Rabelais disparaissent…
L'usage est impitoyable…
La question n'est pas de déterminer s'il faut ou s'il ne faut pas faire entrer de nouveaux mots, supprimer ou non des archaïsmes… mais avec quel discernement.

Mon avis est que dans les domaines langagiers, il vaut mieux se montrer plutôt conservateur, prendre son temps et ne pas succomber au couperet d'un usage capricieux.
Bonsoir

A mon humble avis, je viens de vérifier :
Le petit robert, DE LA LANGUE FRANCAISE

donc …
s'il veut répertorier le "tout venant" il faut qu'il change de titre et ne pas induire en erreur sur la valeur des mots présentés.

Mais le mercantillisme ne doit pas être étranger à ces manoeuvres.

@
"Tout venant"… valeur… que de mépris !

La langue française, ce n'est pas que la langue des Salons et de la vieille dame du quai Conti.

Quel est l'intérêt d'acheter un dictionnaire "2007" pour y retrouver les mots de 1607 (qui n'ont guère changé) sans ceux de 2007 ?
Bonjour

C'est mon dernier message sur ce sujet:

Bonjour,

J'ai dit :
Le petit robert, DE LA LANGUE FRANCAISE
et tout se résume dans le titre. Si on veut panacher les définitions de la langue française il ne faut pas placer ce titre et trouver autre chose.

J'espère que l'Académie française qui est citée restera attentive aux dérives, et pour ma part je suis farouchement opposé à toute intrusion des mots sans rapport avec nos origines linguistiques. J'estime (mais je ne parle qu'en mon nom) qu'il est inutile d'y ajouter ces onomatopées et autres mots. Ne remplaçons pas les archaïsmes par des "néologismes étrangers" ou autres barbarismes.


Un manuel de langue française doit présenter correctement le français ou sinon créer un nouveau manuel sans tromper l'acheteur sur la marchandise. La langue française n'est pas que la langue des salons mais ce n'est pas une raison suffisante pour qu'elle devienne la langue sans racine.
Je vous dit à nouveau, au revoir sur ce sujet.
@
Bonsoir à tous

Peut-être du fait de mon âge, je balance entre les 2 avis qui s'opposent à ce sujet.

J'ai été également très étonnée par le large éventail de mots répertoriés dans le Robert.
Y trouver "Chouïa" ne me surprend pas tellement il est répandu, mais "djeune" qui est un très jeune mot (daté de 1998) je ne le connaissais pas. Combien est-il répandu pour mériter d'être répertorié? S'il ne l'est pas assez je penche pour l'idée que Le Robert le répertorie à la fin dans une partie "parler populaire".
Mais il est intéressant que le petit Robert, lui-même, incite les gens à découvrir ces mots pour que la langue reste vivante. Tout autant que les très vieux mots - que j'hésite parfois à apprendre tellement ils sont vieux ! - sont intéressants à garder…

Mais un des problèmes est que le Robert ne spécifie pas le degré de familiarité d'un mot et son étendue! la date d'apparition ne suffit pas!
Si vous regardez à "jeune" vous trouverez "Fam. djeune" : il est donc précisé qu'il est familier, idem pour l'expression "un coup de jeune" : "Fam. un coup de jeune". Rien ne précise lequel des 2 est le plus répandu, le plus français…. C'est très génant et ça montre qu'un dictionnaire ne vous apprend pas la langue, de la même façon qu'un livre de recettes ne vous apprend pas la cuisine !

Sur ce, je vous souhaite une très bonne année, riche en mots de toutes origines!
Bonjour à tous,

Ayant, cette année, le robert 2007 comme bible et livre de chevet (relatif à mes études), j'ai eu tout le temps de l'étudier. Je suis contre l'intégration de ces nouveaux mots. Si encore, ils définissaient une notion à laquelle on n'a pas donné de nom, pourquoi pas. Mais combien avons nous de mots différents pour définir un "keum", un "keuf"…? Quand aux mots archaïques, je n'ai pas vraiment d'avis là dessus, certains sont plaisants à utiliser, d'autres ne servent, il faut le dire, à rien.
Mais j'ai relevé autre chose aussi qui m'indigne! Les "fausses" définitions. En effet, le premier exemple qui me vient à l'esprit est celui de "achalandé". La vrai définition de ce mot, et le larousse des dificultés de la langue française vous le confirmera, est "Qui a beaucoup de chalands, de clients". Mais le robert 2007 a trouvé essentiel d'ajouter une deuxième définition à ce mot "Qui est bien approvisionné en marchandises" usage qui, precise-t-il, est critiqué… Ou, pourrait-on dire, érroné! Un deuxième exemple avec "avatar", dont la vraie définition est "Incarnation du dieu Vichnou ou d'autres divinités de la religion hindoue" ou "Changement, transformation ou métamorphose d'une personne ou d'une chose qui en a déjà subi d'autres" et la définition erronée est "Ennui, changement survenu à la suite de péripéties, incidents". Je trouve ça aberrant de mettre dans un dictionnaire les faux sens de certains mots! Heureusement que le larousse des difficultés de la langue française est là pour lever le doute!

Bonnes fêtes à tous 😉

justine
Cela revient à se demander si ce sont les gens qui doivent s'adapter au vocabulaire du dico ou le dico qui doit s'adapter au vocabulaire des gens! et ensuite définir quelles gens?…

Si le Robert pèche par excés de modernisme, le Larousse, lui, tient à peine compte de la nouvelle orthographe….bref, vaut mieux avoir les 2 !