Banque de données - Questions pour l’oral du bac

Entraide scolaire

17 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour
Sur les conseils d'astrance j'ouvre ce post où chacun pourrait déposer le texte sur lequel il a été évalué à l'épreuve orale de français et sa problématique.
Pour moi, ce fut la lettre X, des lettres philosophiques de Voltaire.
Problématique : " Ce texte est-il objectif ? ".

LETTRE X. SUR LE COMMERCE
Depuis le malheur de Carthage, aucun peuple ne fut puissant à la fois par le commerce et par les armes jusqu’au temps où Venise donna cet exemple. Les Portugais, pour avoir passé le cap de Bonne-Espérance, ont quelque temps été des seigneurs sur les côtes de l’Inde, et jamais redoutables en Europe. Les Provinces-Unies n’ont été guerrières que malgré elles; et ce n’est pas comme unies entre elles, mais comme unies avec l’Angleterre, qu’elles ont prêté la main pour tenir la balance de l’Europe au commencement du xviiie siècle.

Carthage, Venise et Amsterdam; ont été puissantes; mais elles ont fait comme ceux qui, parmi nous, ayant amassé de l’argent par le négoce, achètent des terres seigneuriales. Ni Carthage ni Venise, ni la Hollande, ni aucun peuple, n’a commencé par être guerrier, et même conquérant, pour finir par être marchand. Les Anglais sont les seuls; ils se sont battus longtemps avant de savoir compter. Ils ne savaient pas, quand ils gagnaient les batailles d’Azincourt, de Crécy, et de Poitiers, qu’ils pouvaient vendre beaucoup de blé et fabriquer de beaux draps qui leur vaudraient bien davantage. Ces seules connaissances ont augmenté, enrichi, fortifié la nation. Londres était pauvre et agreste lorsque Edouard III conquérait la moitié de la France. C’est uniquement parce que les Anglais sont devenus négociants que Londres l’emporte sur Paris par l’étendue de la ville et le nombre des citoyens; qu’ils peuvent mettre en mer deux cents vaisseaux de guerre, et soudoyer des rois alliés. Les peuples d’Écosse sont nés guerriers et spirituels: d’où vient que leur pays est devenu, sous le nom d’union, une province d’Angleterre? C’est que l’Écosse n’a que du charbon, et que l’Angleterre a de l’étain fin, de belles laines, d’excellents blés, des manufactures, et des compagnies de commerce.

Quand Louis XIV faisait trembler l’Italie, et que ses armées, déjà maîtresses de la Savoie et du Piémont, étaient prêtes de prendre Turin, il fallut que le prince Eugène marchât du fond de l’Allemagne au secours du duc de Savoie; il n’avait point d’argent sans quoi on ne prend ni ne défend les villes. Il eut recours à des marchands anglais: en une demi-heure de temps on lui prêta cinq millions; avec cela il délivra Turin, battit les Français et écrivit à ceux qui avaient prêté cette somme ce petit billet: « Messieurs, j’ai reçu votre argent, et je me flatte de l’avoir bien employé à votre satisfaction. »

Tout cela donne un juste orgueil à un marchand anglais, et fait qu’il ose se comparer, non sans quelque raison, à un citoyen romain. Aussi le cadet d’un pair du royaume ne dédaigne point le négoce. Milord Townshend, ministre d’État, a un frère qui se contente d’être marchand dans la Cité. Dans le temps que milord Orford gouvernait l’Angleterre, son cadet était facteur à Alep, d’où il ne voulut pas revenir, et où il est mort.

Cette coutume, qui pourtant commence trop à se passer, paraît monstrueuse à des Allemands entêtés de leurs quartiers; ils ne sauraient concevoir que le fils d’un pair d’Angleterre ne soit qu’un riche et puissant bourgeois, au lieu qu’en Allemagne tout est prince; on a vu jusqu’à trente altesses du même nom n’ayant pour tout bien que des armoiries et une noble fierté.

En France, est marquis qui veut; et quiconque arrive à Paris du fond d’une province avec de l’argent à dépenser, et un nom en ac ou en ille, peut dire: Un homme comme moi, un homme de ma qualité, et mépriser souverainement un négociant. Le négociant entend lui-même parler si souvent avec dédain de sa profession qu’il est assez sot pour en rougir; je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un État, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde.
Très bien.
Voici pour moi, Acte III scène 3 de Lorenzaccio de Musset.

En quoi cet extrait s'inscrit-il dans le drame romantique?

LORENZO
Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? veux-tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette… (Il se frappe la poitrine.) il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil que rattache aujourd'hui mon coeur à quelques fibres de mon coeur d'autrefois ! Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un rocher taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu cramponner mes ongles ? Crois-tu donc que je n'aie plus d'orgueil, parce que je n'ai plus de honte, et veux-tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s'évanouir, j'épargnerais peut-être ce conducteur de boeufs - mais j'aime le vin, le jeu et les filles, comprends-tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie ; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche. J'en ai assez de me voir conspué par les lâches sans nom, qui m'accablent d'injures pour se dispenser de m'assommer, comme ils le devraient. J'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain ; il faut que le monde sache un peu qui je suis, et qui il est. Dieu merci, c'est peut-être demain que je tue Alexandre ; dans deux jours j'aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d'une curiosité monstrueuse apportée d'Amérique, pourront satisfaire leur gosier, et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu'ils agissent ou n'agissent pas, j'aurai dit tout ce que j'ai à dire ; je leur ferai tailler leurs plumes, si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l'Humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marqué en traits de sang. Qu'ils m'appellent comme ils voudront, Brutus ou Erostrate, il ne me plaît pas qu'ils m'oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête en m'entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d'Alexandre : dans deux jours, les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté.
Amphitryon 38, Jean Giraudoux. Acte II, scène 2.
Problématique : "Tu es le premier être vraiment humain que je rencontre". Quelle est la portée de cette phrase dans le texte ?
JUPITER : Tu n’as jamais désiré être déesse, ou presque déesse ?
ALCMÈNE : Certes non. Pourquoi faire ?
JUPITER : Pour être honorée et révérée de tous.
ALCMÈNE : Je le suis comme simple femme, c’est plus méritoire.
JUPITER : Pour être d’une chair plus légère, pour marcher sur les airs, sur les eaux.
ALCMÈNE : C’est ce que fait toute épouse, alourdie d’un bon mari.
JUPITER : Pour comprendre les raisons des choses, des autres mondes.
ALCMÈNE : Les voisins ne m’ont jamais intéressée.
JUPITER : Alors, pour être immortelle !
ALCMÈNE : Immortelle ? À quoi bon ? À quoi cela sert-il ?
JUPITER : Comment, à quoi ! Mais à ne pas mourir !
ALCMÈNE : Et que ferai-je, si je ne meurs pas ?
JUPITER : Tu vivras éternellement, chère Alcmène, changée en astre ; tu scintilleras dans la nuit jusqu’à la fin du monde.
ALCMÈNE : Qui aura lieu ?
JUPITER : Jamais.
ALCMÈNE : Charmante soirée ! Et toi, que feras-tu ?
JUPITER : Ombre sans voix, fondue dans les brumes de l’enfer, je me réjouirai de penser que mon épouse flamboie là-haut, dans l’air sec.
ALCMÈNE : Tu préfères d’habitude les plaisirs mieux partagés… Non, chéri, que les dieux ne comptent pas sur moi pour cet office… L’air de la nuit ne vaut d’ailleurs rien à mon teint de blonde… Ce que je serais crevassée, au fond de l’éternité !
JUPITER : Mais que tu seras froide et vaine, au fond de la mort !
ALCMÈNE : Je ne crains pas la mort. C’est l’enjeu de la vie. Puisque ton Jupiter, à tort ou à raison, a créé la mort sur la terre, je me solidarise avec mon astre. Je sens trop mes fibres continuer celles des autres hommes, des animaux, même des plantes, pour ne pas suivre leur sort. Ne me parle pas de ne pas mourir tant qu’il n’y aura pas un légume immortel. Devenir immortel, c’est trahir, pour un humain. D’ailleurs, si je pense au grand repos que donnera la mort à toutes nos petites fatigues, à nos ennuis de second ordre, je lui suis reconnaissante de sa plénitude, de son abondance même… S’être impatienté soixante ans pour des vêtements mal teints, des repas mal réussis, et avoir enfin la mort, la constante, l’étalé mort, c’est une récompense hors de toute proportion… Pourquoi me regardes-tu soudain de cet air respectueux ?
JUPITER : C’est que tu es le premier être vraiment humain que je rencontre…
Préambule des Confessions de Jean Jacques Rousseau
Problématique : Quelles sont les caractéristiques du projet de Rousseau ?
Intus, et in cute
Je forme une entreprise qui n’eut jamais d’exemple et dont l’exécution n’aura point d’imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.

Moi seul. Je sens mon cœur et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m’a jeté, c’est ce dont on ne peut juger qu’après m’avoir lu.

Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime, quand je l’ai été : j’ai dévoilé mon intérieur tel que tu l’as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l’innombrable foule de mes semblables ; qu’ils écoutent mes confessions, qu’ils gémissent de mes indignités, qu’ils rougissent de mes misères. Que chacun d’eux découvre à son tour son cœur aux pieds de ton trône avec la même sincérité, et puis qu’un seul te dise, s’il l’ose : Je fus meilleur que cet homme-là.
Moi, "Fable ou histoire" , in Les Châtiments de Victor Hugo.

Problématique
: En quoi le poème justifie-t-il le choix du titre fait par l'auteur ?
Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
Un singe d'une peau de tigre se vêtit.
Le tigre avait été méchant, lui, fut atroce.
Il avait endossé le droit d'être féroce.
Il se mit à grincer des dents, criant : « Je suis
Le vainqueur des halliers, le roi sombre des nuits ! »
Il s'embusqua, brigand des bois, dans les épines ;
Il entassa l'horreur, le meurtre, les rapines,
Egorgea les passants, dévasta la forêt,
Fit tout ce qu'avait fait la peau qui le couvrait.
Il vivait dans un antre, entouré de carnage.
Chacun, voyant la peau, croyait au personnage.
Il s'écriait, poussant d'affreux rugissements :
Regardez, ma caverne est pleine d'ossements ;
Devant moi tout recule et frémit, tout émigre,
Tout tremble ; admirez-moi, voyez, je suis un tigre !
Les bêtes l'admiraient, et fuyaient à grands pas.
Un belluaire vint, le saisit dans ses bras,
Déchira cette peau comme on déchire un linge,
Mit à nu ce vainqueur, et dit : « Tu n'es qu'un singe ! »
Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, poème "La Chevelure"


Comment fonctionnent les correspondances poétiques dans ce poème ?


(Correspondances : mélange entre les sensations (synesthésies) ou mélange entre une ou plusieurs sensations dans le monde spirituel ex: "Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?")



Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour ! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé !

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps ! toujours ! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
"La mort des amants" in Les Fleurs du mal de Baudelaire.
Problématique : "La mort est-elle vraiment synonyme de fin pour le poète?"

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réflechiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Dom Juan et le Festin de Pierre, Molière (IV-6)
Problématique : Dans quelle mesure dom elevir est elle un personnage tragique?
D. ELVIRE. C'est ce parfait et pur amour qui me conduit icy pour vostre bien, pour vous faire part d'un avis du Ciel, et tâcher de vous retirer du precipice où vous courez. Oüy, D. Juan, je sçay tous les déreglemens de vostre vie, et ce mesme Ciel qui m'a touché le coeur, et fait jetter les yeux sur les égaremens de ma conduite, m'a inspiré de vous venir trouver, et de vous dire de sa part que vos offences ont épuisé sa misericorde, que sa colere redoutable est preste de tomber sur vous, qu'il est en vous de l'éviter par un prompt repentir, et que peut-estre vous n'avez pas encore un jour à vous pouvoir soustraire au plus grand de tous les malheurs. Pour moy, je ne tiens plus à vous par aucun attachement du monde. Je suis revenuë, graces au Ciel, de toutes mes foles pensées, ma retraite est resoluë, et je ne demande qu'assez de vie pour pouvoir expier la faute que j'ay faite, et meriter par une austere penitence le pardon de l'aveuglement où m'ont plongée les transports d'une passion condamnable ; mais dans cette retraite, j'aurois une douleur extrême qu'une personne que j'ay cherie tendrement, devînt un exemple funeste de la Justice du Ciel, et ce me sera une joye incroyable, si je puis vous porter à détourner de dessus vostre teste l'épouvantable coup qui vous menace. De grace, D. Juan, accordez-moy pour derniere faveur cette douce consolation, ne me refusez point vostre salut, que je vous demande avec larmes, et si vous n'estes point touché de vostre interest, soyez-le au moins de mes prieres, et m'épargnez le cruel déplaisir de vous voir condamner à des supplices éternels.
Dom Juan , Molière (acte I- scène 2)
Problématique : en quoi cette scène montre que Dom juan est un libertin?"
Une Vie, Maupassant. Chap.14.

Problématique : Quelles sont les particularités de l'épilogue au roman ?
Elle restait debout sur le quai, l'œil tendu sur la ligne droite des rails qui fuyaient en se rapprochant là-bas, au bout de l'horizon.

De temps en temps elle regardait l'horloge. - Encore dix minutes- Encore cinq minutes - Encore deux minutes - Voici l'heure. Rien n'apparaissait sur la voie lointaine. Puis tout à coup elle aperçut une tache blanche, une fumée, puis au-dessous un point noir qui grandit, grandit, accourant à toute vitesse. La grosse machine enfin, ralentissant sa marche, passa, en ronflant, devant Jeanne qui guettait avidement les portières. Plusieurs s'ouvrirent ; des gens descendaient, des paysans en blouse, des fermières avec des paniers, des petits-bourgeois en chapeau mou. Enfin elle aperçut Rosalie qui portait en ses bras une sorte de paquet de linge. Elle voulut aller vers elle, mais elle craignait de tomber tant ses jambes étaient devenues molles. Sa bonne, l'ayant vue, la rejoignit avec son air calme ordinaire ; et elle dit : « Bonjour madame ; me v'là revenue, c'est pas sans peine ». Jeanne balbutia : « Eh bien ? » Rosalie répondit : « Eh bien, elle est morte c'te nuit. Ils sont mariés, v'là la petite. » Et elle tendit l'enfant qu'on ne voyait point dans ses langes.

Jeanne la reçut machinalement et elles sortirent de la gare, puis montèrent dans la voiture.

Rosalie reprit : « M. Paul viendra dès l'enterrement fini. Demain à la même heure, faut croire. » Jeanne murmura : « Paul… » et n'ajouta rien.

Le soleil baissait vers l'horizon, inondant de clarté les plaines verdoyantes, tachées de place en place par l'or des colzas en fleur et par le sang des coquelicots. Une quiétude infinie planait sur la terre tranquille où germaient les sèves. La carriole allait grand train, le paysan claquant de la langue pour exciter son cheval.

Et Jeanne regardait droit devant elle en l'air dans le ciel que coupait, comme des fusées, le vol cintré des hirondelles. Et soudain une tiédeur douce, une chaleur de vie traversant ses robes, gagna ses jambes, pénétra sa chair ; c'était la chaleur du petit être qui dormait sur ses genoux.

Alors une émotion infinie l'envahit. Elle découvrit brusquement la figure de l'enfant qu'elle n'avait pas encore vue : la fille de son fils. Et comme la frêle créature, frappée par la lumière vive, ouvrait ses yeux bleus en remuant la bouche, Jeanne se mit à l'embrasser furieusement, la soulevant dans ses bras, la criblant de baisers. Mais Rosalie, contente et bourrue, l'arrêta. « Voyons, voyons, madame Jeanne, finissez ; vous allez la faire crier ». Puis elle ajouta, répondant sans doute à sa propre pensée : « La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit. »
Lettre 20 des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos :
En quoi ce texte est une critique des moeurs de la société?
Lettre XX

De la Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont

Paris, ce 19 août 17**.

Ah ! fripon, vous me cajolez, de peur que je ne me moque de vous ! Allons, je vous fais grâce : vous m’écrivez tant de folies, qu’il faut bien que je vous pardonne la sagesse où vous tient votre Présidente. Je ne crois pas que mon Chevalier eût autant d’indulgence que moi ; il serait homme à ne pas approuver notre renouvellement de bail, et à ne rien trouver de plaisant dans votre folle idée. J’en ai pourtant bien ri, et j’étais vraiment fâchée d’être obligée d’en rire toute seule. Si vous eussiez été là, je ne sais où m’aurait menée cette gaieté : mais j’ai eu le temps de la réflexion, et je me suis armée de sévérité. Ce n’est pas que je refuse pour toujours ; mais, je diffère, et j’ai raison. J’y mettrais peut-être de la vanité, et, une fois piquée au jeu, on ne sait plus où l’on s’arrête. Je serais femme à vous enchaîner de nouveau, à vous faire oublier votre Présidente ; et si j’allais, moi indigne, vous dégoûter de la vertu, voyez quel scandale ! Pour éviter ce danger, voici mes conditions.

Aussitôt que vous aurez eu votre belle dévote, que vous pourrez m’en fournir une preuve, venez, et je suis à vous. Mais vous n’ignorez pas que dans les affaires importantes, on ne reçoit de preuves que par écrit. Par cet arrangement, d’une part, je deviendrai une récompense au lieu d’être une consolation ; et cette idée me plaît davantage ; et de l’autre, votre succès en sera plus piquant, en devenant lui-même un moyen d’infidélité. Venez donc, venez au plus tôt m’apporter le gage de votre triomphe : semblable à nos preux chevaliers qui venaient déposer aux pieds de leur dame les fruits brillants de leur victoire. Sérieusement, je suis curieuse de voir ce que peut écrire une prude après un tel moment, et quel voile elle met sur ses actions, après n’en avoir plus laissé sur sa personne. C’est à vous de voir si je me mets à un prix trop haut ; mais je vous préviens qu’il n’y a rien à rabattre. Jusques-là, mon cher vicomte, vous trouverez bon que je reste fidèle à mon chevalier, et que je m’amuse à le rendre heureux, malgré le petit chagrin que cela vous cause.

Cependant si j’avais moins de mœurs, je crois qu’il aurait dans ce moment un rival dangereux ; c’est la petite Volanges. Je raffole de cet enfant : c’est une vraie passion. Ou je me trompe, ou elle deviendra une de nos femmes les plus à la mode. Je vois son petit cœur se développer, et c’est un spectacle ravissant. Elle aime déjà son Danceny avec fureur ; mais elle n’en sait encore rien. Lui-même, quoique très amoureux, a encore la timidité de son âge, et n’ose pas trop le lui apprendre. Tous deux sont en adoration vis-à-vis de moi. La petite surtout a grande envie de me dire son secret ; particulièrement depuis quelques jours je l’en vois vraiment oppressée, et je lui aurais rendu un grand service de l’aider un peu : mais je n’oublie pas que c’est un enfant, et je ne veux pas me compromettre. Danceny m’a parlé un peu plus clairement ; mais, pour lui, mon parti est pris, je ne veux pas l’entendre. Quant à la petite, je suis souvent tentée d’en faire mon élève ; c’est un service que j’ai envie de rendre à Gercourt. Il me laisse du temps, puisque le voilà en Corse jusqu’au mois d’octobre. J’ai dans l’idée que j’emploierai ce temps-là, et que nous lui donnerons une femme toute formée, au lieu de son innocente pensionnaire. Quelle est donc en effet l’insolente sécurité de cet homme, qui ose dormir tranquille, tandis qu’une femme, qui a à se plaindre de lui, ne s’est pas encore vengée ? Tenez, si la petite était ici dans ce moment, je ne sais ce que je ne lui dirais pas.

Adieu, vicomte ; bonsoir et bon succès : mais, pour Dieu, avancez donc. Songez que si vous n’avez pas cette femme, les autres rougiront de vous avoir eu.
Molière : le Misanthrope
Acte IV scène 3

En quoi est-ce un dialogue de sourd ?
CÉLIMÈNE, ALCESTE.

ALCESTE
Ô Ciel! de mes transports, puis-je être, ici, le maître?

CÉLIMÈNE
Ouais, quel est, donc, le trouble, où je vous vois paraître?
Et que me veulent dire, et ces soupirs poussés,
1280 Et ces sombres regards que, sur moi, vous lancez?

ALCESTE
Que toutes les horreurs, dont une âme est capable,
À vos déloyautés, n'ont rien de comparable:
Que le sort, les démons, et le Ciel, en courroux,
N'ont, jamais, rien produit de si méchant que vous*.

CÉLIMÈNE
1285 Voilà, certainement, des douceurs que j'admire.

ALCESTE
Ah! ne plaisantez point, il n'est pas temps de rire,
Rougissez, bien plutôt, vous en avez raison*:
Et j'ai de sûrs témoins* de votre trahison.
Voilà ce que marquaient les troubles de mon âme,
1290 Ce n'était pas en vain, que s'alarmait ma flamme:
Par ces fréquents soupçons, qu'on trouvait odieux,
Je cherchais le malheur qu'ont rencontré mes yeux:
Et malgré tous vos soins, et votre adresse à feindre,
Mon astre me disait, ce que j'avais à craindre:
1295 Mais ne présumez pas que, sans être vengé,
Je souffre le dépit de me voir outragé.
Je sais que, sur les vœux, on n'a point de puissance,
Que l'amour veut, partout, naître sans dépendance;
Que jamais, par la force, on n'entra dans un cœur,
1300 Et que toute âme est libre à nommer son vainqueur.
Aussi ne trouverais-je aucun sujet de plainte,
Si, pour moi, votre bouche avait parlé sans feinte;
Et, rejetant mes vœux dès le premier abord*,
Mon cœur n'aurait eu droit de s'en prendre qu'au sort.
1305 Mais, d'un aveu trompeur, voir ma flamme applaudie,
C'est une trahison, c'est une perfidie,
Qui ne saurait trouver de trop grands châtiments:
Et je puis tout permettre à mes ressentiments.
Oui, oui, redoutez tout, après un tel outrage,
1310 Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage:
Percé du coup mortel dont vous m'assassinez,
Mes sens, par la raison, ne sont plus gouvernés;
Je cède aux mouvements d'une juste colère,
Et je ne réponds pas de ce que je puis faire.

CÉLIMÈNE
1315 D'où vient, donc, je vous prie, un tel emportement*?
Avez-vous, dites-moi, perdu le jugement?

ALCESTE
Oui, oui, je l'ai perdu, lorsque dans votre vue
J'ai pris, pour mon malheur, le poison qui me tue,
Et que j'ai cru trouver quelque sincérité
1320 Dans les traîtres appas dont je fus enchanté.

CÉLIMÈNE
De quelle trahison pouvez-vous, donc, vous plaindre?

ALCESTE
Ah! que ce cœur est double, et sait bien l'art de feindre!
Mais, pour le mettre à bout, j'ai des moyens tout prêts:
Jetez ici les yeux, et connaissez vos traits*;
1325 Ce billet découvert, suffit pour vous confondre,
Et, contre ce témoin, on n'a rien à répondre.

CÉLIMÈNE
Voilà, donc, le sujet qui vous trouble l'esprit?

ALCESTE
Vous ne rougissez pas, en voyant cet écrit?

CÉLIMÈNE
Et par quelle raison faut-il que j'en rougisse?

ALCESTE
1330 Quoi! vous joignez, ici, l'audace, à l'artifice?
Le désavouerez-vous, pour n'avoir point de seing*?

CÉLIMÈNE
Pourquoi désavouer un billet de ma main?

ALCESTE
Et vous pouvez le voir, sans demeurer confuse
Du crime dont, vers moi, son style vous accuse?

CÉLIMÈNE
1335 Vous êtes, sans mentir, un grand extravagant.

ALCESTE
Quoi! vous bravez, ainsi, ce témoin convaincant?
Et ce qu'il m'a fait voir de douceur pour Oronte,
N'a, donc, rien qui m'outrage, et qui vous fasse honte?

CÉLIMÈNE
Oronte! Qui vous dit que la lettre est pour lui?

ALCESTE
1340 Les gens qui, dans mes mains, l'ont remise, aujourd'hui.
Mais je veux consentir qu'elle soit pour un autre,
Mon cœur en a-t-il moins à se plaindre du vôtre?
En serez-vous, vers moi, moins coupable en effet?

CÉLIMÈNE
Mais, si c'est une femme à qui va ce billet,
1345 En quoi vous blesse-t-il? et qu'a-t-il de coupable?

ALCESTE
Ah! le détour est bon, et l'excuse admirable,
Je ne m'attendais pas, je l'avoue, à ce trait:
Et me voilà, par là, convaincu tout à fait.
Osez-vous recourir à ces ruses grossières:
1350 Et croyez-vous les gens si privés de lumières?
Voyons, voyons, un peu, par quel biais, de quel air,
Vous voulez soutenir un mensonge si clair:
Et comment vous pourrez tourner, pour une femme,
Tous les mots d'un billet qui montre tant de flamme?
1355 Ajustez, pour couvrir un manquement de foi,
Ce que je m'en vais lire…

CÉLIMÈNE
Il ne me plaît pas, moi.
Je vous trouve plaisant, d'user d'un tel empire,
Et de me dire, au nez, ce que vous m'osez dire.

ALCESTE
Non, non, sans s'emporter, prenez, un peu, souci
1360 De me justifier les termes que voici.

CÉLIMÈNE
Non, je n'en veux rien faire; et, dans cette occurrence,
Tout ce que vous croirez, m'est de peu d'importance.

ALCESTE
De grâce, montrez-moi, je serai satisfait,
Qu'on peut, pour une femme, expliquer ce billet.

CÉLIMÈNE
1365 Non, il est pour Oronte, et je veux qu'on le croie*,
Je reçois tous ses soins, avec beaucoup de joie,
J'admire ce qu'il dit, j'estime ce qu'il est;
Et je tombe d'accord de tout ce qu'il vous plaît.
Faites, prenez parti, que rien ne vous arrête,
1370 Et ne me rompez pas, davantage, la tête.

ALCESTE
Ciel! rien de plus cruel peut-il être inventé:
Et, jamais, cœur fut-il de la sorte traité*?
Quoi! d'un juste courroux je suis ému contre elle,
C'est moi qui me viens plaindre, et c'est moi qu'on querelle!
1375 On pousse ma douleur, et mes soupçons à bout,
On me laisse tout croire, on fait gloire de tout;
Et, cependant, mon cœur est, encore, assez lâche,
Pour ne pouvoir briser la chaîne qui l'attache,
Et pour ne pas s'armer d'un généreux mépris
1380 Contre l'ingrat objet dont il est trop épris!
Ah! que vous savez bien, ici, contre moi-même,
Perfide, vous servir de ma faiblesse extrême,
Et ménager, pour vous, l'excès prodigieux
De ce fatal amour, né de vos traîtres yeux*!
1385 Défendez-vous, au moins, d'un crime qui m'accable,
Et cessez d'affecter d'être, envers moi, coupable;
Rendez-moi, s'il se peut, ce billet innocent,
À vous prêter les mains, ma tendresse consent;
Efforcez-vous, ici, de paraître fidèle,
1390 Et je m'efforcerai, moi, de vous croire telle.

CÉLIMÈNE
Allez, vous êtes fou, dans vos transports jaloux,
Et ne méritez pas l'amour qu'on a pour vous.
Je voudrais bien savoir, qui* pourrait me contraindre
À descendre, pour vous, aux bassesses de feindre:
1395 Et pourquoi, si mon cœur penchait d'autre côté,
Je ne le dirais pas avec sincérité?
Quoi! de mes sentiments l'obligeante assurance,
Contre tous vos soupçons, ne prend pas ma défense?
Auprès d'un tel garant, sont-ils de quelque poids?
1400 N'est-ce pas m'outrager, que d'écouter leur voix?
Et puisque notre cœur fait un effort extrême*,
Lorsqu'il peut se résoudre à confesser qu'il aime,
Puisque l'honneur du sexe, ennemi de nos feux,
S'oppose, fortement, à de pareils aveux;
1405 L'amant, qui voit, pour lui, franchir un tel obstacle,
Doit-il, impunément, douter de cet oracle:
Et n'est-il pas coupable, en ne s'assurant pas,
À ce qu'on ne dit point, qu'après de grands combats*?
Allez, de tels soupçons méritent ma colère,
1410 Et vous ne valez pas que l'on vous considère:
Je suis sotte, et veux mal à ma simplicité,
De conserver, encor, pour vous, quelque bonté;
Je devrais, autre part, attacher mon estime,
Et vous faire un sujet de plainte légitime.

ALCESTE
1415 Ah! traîtresse, mon faible est étrange pour vous!
Vous me trompez, sans doute*, avec des mots si doux:
Mais, il n'importe, il faut suivre ma destinée,
À votre foi, mon âme est toute abandonnée,
Je veux voir, jusqu'au bout, quel sera votre cœur:
1420 Et si, de me trahir, il aura la noirceur.

CÉLIMÈNE
Non, vous ne m'aimez point, comme il faut que l'on aime*.

ALCESTE
Ah! rien n'est comparable à mon amour extrême;
Et, dans l'ardeur qu'il a de se montrer à tous,
Il va jusqu'à former des souhaits contre vous.
1425 Oui, je voudrais qu'aucun ne vous trouvât aimable,
Que vous fussiez réduite en un sort misérable,
Que le Ciel, en naissant, ne vous eût donné rien,
Que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien,
Afin que, de mon cœur, l'éclatant sacrifice,
1430 Vous pût, d'un pareil sort, réparer l'injustice:
Et que j'eusse la joie, et la gloire, en ce jour,
De vous voir tenir tout, des mains de mon amour.

CÉLIMÈNE
C'est me vouloir du bien, d'une étrange manière!
Me préserve le Ciel, que vous ayez matière…
1435 Voici Monsieur Du Bois, plaisamment, figuré.
Alors, mon bac français était l' année dernière.
Je suis tombé sur L' Huître de Ponge.
En quoi L' Huître est-elle poétique?
L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.

A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en-dessus s’affaissent sur les cieux d’en-dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords.

Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner.
Pour ma part je suis tombée sur le poème Elle était déchaussée, elle était décoiffée des Contemplations de Victor Hugo avec pour problématique Comment cette rencontre amoureuse est-elle poétiquement mise en scène?
Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants;
Moi qui passait par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis: Veux-tu t'en venir dans les champs?

Elle me regarde de ce regard suprême
Qui reste à le beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis: Veux-tu, c'est le mois où l'on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds?

Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive;
Elle me regarda pour le seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh! comme les oiseaux chantaient au fond des bois!

Comme l'eau caressait doucement le rivage!
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans les yeux et riant au travers.
Pour ma part je suis tombée sur la tirade de Sganarelle, dans la scène d'exposition de Dom Juan de Molière. La question était: "Quel sens donner à ce début de pièce", une question relativement globale qui m'a permie de tenir 10 minutes ;D
Je suis tombé sur le chapitre 3 de Candide. Ma problématique :

"En quoi l'oxymore boucherie héroïque résume-t-il cet extrait ?"
Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu’il n’y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d’abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d’hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d’abord un village voisin ; il était en cendres : c’était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles, éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros, rendaient les derniers soupirs ; d’autres, à demi brûlées, criaient qu’on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.
Candide s’enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l’avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants, ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n’oubliant jamais mademoiselle Cunégonde.
Bonjour! 🙂
Moi je suis tombée sur le poème Vénus Anadyomène de Rimbaud écrit en 1870!
Problématique: En quoi ce poème est-il une Parodie?
Vénus Anadyomène

Comme d'un cercueil vert en ferblanc, une tête
De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D'une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates
Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l'essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L'échine est un peu rouge, et le tout sent un goût
Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu'il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;
– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d'un ulcère à l'anus