Jehan a écrit :[…] il semble bien que nul Grevisse, aussi pointilleux soit-il, ne signale cet usage comme explicitement fautif… Qui ne dit mot consent ! 😜 […]
C’est bien ce qui fait qu’il y a controverse et que cette discussion existe. Pardonne-moi de me citer (mon 1er message dans cette discussion) : « les grammaires et les dictionnaires disent ce qu’il faut dire/écrire, ce qu’on peut dire/écrire, ce qu’on trouve chez les auteurs (qui ne sont pas à l’abri des fautes les plus grossières), jamais ce que l’on ne peut pas écrire… » et remplaçons « jamais » (qui est un peu excessif) par « rarement ».
Peuvent-ils faire autrement ? La liste des fautes possibles, qu'il s'agisse d'orthographe ou de sens, est si grande que, quelque attention qu'on y prête, on aura toujours la surprise d'en trouver de nouvelles.
Je vais donner un exemple, en exagérant lourdement pour bien me faire comprendre 😜. Soit le mot
café. Les dictionnaires indiquent tous, sans doute, que cela peut signifier aussi bien la graine du caféier, ces graines torréfiées, la boisson obtenue par infusion des grains de café torréfiés et moulus, une tasse remplie de cette boisson, le lieu public où l’on consomme des boissons.
Supposons que certains croient utile de préciser que le mot ne peut pas désigner l'arbre lui-même (pas si idiot :
myrtille, par exemple, désigne aussi bien l'arbuste que ses fruits). Je ne pense pas qu’un seul aille jusqu'à prendre la précaution de dire qu’il serait fautif d’appeler « café » du bouillon ou de la purée =). Alors, qui ne dit mot consent ? 😜 😜
Je ne pense pas qu’un seul aille jusqu'à prendre la précaution de dire
qu’il serait fautif d’appeler « café » du bouillon ou de la purée.
Certes, mais si tu connais quelqu'un qui commet cette faute,
présente-le moi, je serai ravi de le connaître… 🆒
En revanche, il n'est pas besoin de chercher beaucoup pour trouver nombre d'utilisateurs des prétendus incorrects "d'autre café" ou "d'autre eau"…
Et quoi que tu dises, si cette tournure si employée était fautive syntaxiquement, il y a belle lurette que les ouvrages de référence - Grevisse, Robert des Difficultés, et toute la troupe de "Ne dites pas mais dites" - si diserts sur les tournures syntaxiques douteuses, l'auraient épinglée d'une manière ou d'une autre…
Il est tout de même étrange que dans notre pays de grammairiens puristes et pinailleurs si prompts à donner des leçons de savoir-écrire, personne ne semble avoir cru bon jusqu'ici de clamer sa réprobation bien sentie.
Il aura fallu attendre ce forum littéraire.
C'est la gloire ! =)
Bonjour à toutes et à tous.
Je viens apporter ma petite contribution à l'ouvrage que vous avez construit en rebondissant sur le premier message de ce forum.
Depuis quelques jours ma moitié me reproche l'utilisation de l'expression "d'autre café", "d'autre vin" et lui préfère "encore du café" ou bien "encore du vin".
Orgueilleux et borné, mes recherches se sont naturellement tournées vers ce forum et, bien qu'il soit admis par tous que nulle réponse n'a été trouvée, je voudrais juste vous signaler que je suis, moi aussi, originaire du Berry…
Bien à vous tous,
Si, par hasard, d'autre femme, voire d'une autre femme, était mis en rapport avec encore de la même…..
Bonjour,
"Je veux d'autre café" : originaire de l'ouest, j'utilise moi aussi cette expression et je vous en propose la décomposition suivante qui, peut-être, réconciliera les deux parties du débat.
Ce que je veux : un peu de ce café (indénombrable) identique à celui que j'ai bu, mais servi à nouveau. Ce sera donc un café autre, différent de celui que j'ai bu qui n'existe plus.
Ce qui est "autre", ce n'est pas le café indénombrable qui est contenu dans la cafetière (qui est le même, du même type) mais ce café une fois versé dans ma tasse comparativement au précédent, et qui est UN.
De ce café autre, j'en veux une partie indéfinie : en effet, je ne demande pas UN autre café, qui impliquerait un café complet, une unité pleine, une tasse standard. De cet autre café à venir, je veux une partie seulement. Cela pourra être une demi-tasse, ou les trois-quarts… le partitif s'applique donc non pas à un indénombrable, mais par anticipation à ce café unique que je commande. Je veux une partie d'un nouveau café. "De" est donc le partitif d'une quantité dénombrable à venir.
C'est donc une expression complémentaire et différente de :
-"je veux encore du café" qui n'impose pas de limite et puise dans la masse indénombrable "du café"
- je veux d'autres cafés (un nombre indéfini d'unités pleines)
Puisque ce n'est pas une quantité standard, cette expression ne s'emploie pas au… café, où l'on commandera un café.
"D'autre café" s'emploie dans un contexte privé, familial, où l'on peut laisser indéterminée la quantité de café à verser.
Voilà pour la quantité. Du côté de la "qualité" de la demande, cette expression apporte aussi certaine nuance :
"Je veux encore du café" semble insister sur la répétition du vouloir, je "veux encore". Et le café est cet ensemble indéfini, sans qualité ("du café"). On répète la même chose que précédemment, sans surprise.
"Je veux plus de café" semblerait indiquer qu'on en a pas eu assez, qu'on est insatisfait.
Dans "je veux d'autre café", c'est sur ce "café autre" qu'est mis l'accent. De cet autre café, de ce café-là, j'en veux! Il est différent, donc apporte une nouveauté. Le désir semble plus fort et le café… meilleur!! 🙂
Pour conclure, je dirai de la même façon "d'autre eau" (car il s'agit d'une partie d'un autre verre d'eau). Mais je ne dirai pas "d'autre parfum" par exemple, ne voyant pas alors à quoi s'applique le partitif "de".
Qu'en pensez-vous ?