"D’autre…", un partitif barbare ?

Langue française

65 réponses · Page 3 / 4

Volapuk a écrit :« Histoire d'eau ».
Très très joli, merci Volapuk! J'aurais dû donner ce titre au sujet.

En tout cas je vois que la question déchaîne les passions et fait chauffer les plumes, et c'est tant mieux.

Pour résumer, on est à peu près tous d'accord pour dire que:

- la question est vive ("savez-vous bien que vous m'embarrassez?")
- c'est pas joli à l'oreille
- mais certains l'emploient


Verdict, messieurs-dames: je vais prendre mon mal en patience, parce que le bonhomme est tout de même bien bon d'être ainsi aux petits soins pour sa douce, au point de guetter quand son verre est vide.
Par curiosité purement linguistique… De quelle région est originaire "ton bonhomme" ?
Je crois qu'Anne t'a déjà posé la question.
Lucretius a écrit :
Au Québec, on parle une variante du français, dont les particularités ne peuvent valoir comme norme. C'est presque une autre langue.
Une autre langue ? Mazette… Il est vrai - si je me rappelle - que pas plus loin que Bordeaux tu juges déjà l'accent "barbare" ! 😉 Cela dit, quelques variantes de ci de là ne suffisent pas vraiment à faire du québécois une autre langue.

Il est à noter que les ancêtres des actuels Québécois étaient originaires en majorité des provinces de l'Ouest de la France (dont nous sommes également originaires Anne et moi) et que bon nombre de québécismes sont des particularités du vocabulaire et de la syntaxe des dialectes desdites provinces, qui loin du centralisme linguistique de la France se sont trouvées préservées jusqu'à nos jours.

Ne peut-on avoir, pour une même langue, le choix entre plusieurs variantes pour exprimer telle ou telle idée ? Ce sont aussi ces variantes qui font la richesse d'une langue. "D'autre eau" refusé pour cause de syntaxe "inacceptable" ? En français de France bon teint, il ne manque pas d'autres bizarreries syntaxiques, d'autres écarts par rapport à une syntaxe "logique". Seulement, voilà : celles-là ont la chance d'être of-fi-cielles !
Jehan a écrit :Par curiosité purement linguistique… De quelle région est originaire "ton bonhomme" ?
Je crois qu'Anne t'a déjà posé la question.
Vilain mufle ! 😜
Qu'est-ce qui est mufle ?
De demander ça ou de dire "ton bonhomme" ?
Parce que pour l'utilisation de " bonhomme", c'est AristoFan qui a commencé, tout de même… 😉
Lucretius a écrit :[…] Ce n'est pas parce que le dictionnaire donne le sens de "supplémentaire" à "autre", que les deux vont s'équivaloir : il y a un bon usage à faire des définitions données par les lexicographes.
« Le dictionnaire » (les dictionnaires) ne donnent ce sens que récemment : Petit (?) Larousse 2001 et Petit Robert 2009 (selon le jeune et fringant Jehan). Mais pas encore dans le Petit Larousse en 1979, ni dans le Petit Robert en 1989 (livres obsolètes d’un vieux pépé). Vrai glissement de sens ou démagogie éditoriale ?

P.S. Ami Jehan, ne te laisse pas déstabiliser par ce qui n’est que dérapage provocateur. Ce que je qualifie, certes avec beaucoup d'excès, de mufle, c'est l'indiscrète (selon moi !) question sur l'origine du bonhomme d'Aristofan. Une suggestion : Montségur 😜
Putakli a écrit :Vous êtes tous bien savants (cum libro). Je suis plus pratique. Ayant observé qu'après avoir but un café sur le zinc […] (usw.)
Tu t'intéresses trop au foute 😜
Vrai glissement de sens ou démagogie éditoriale ?
A mon avis, ni l'un ni l'autre, mon général.
Simplement une définition plus pointue d'un emploi d' "autre" qui ne doit pourtant pas dater d'hier. Je suis moi-même plutôt étonné que cette nuance de sens ait pu échapper au si précis TLF…
Jehan a écrit :Ce n'est pas vraiment "cum libro" que j'ai appris "d'autre eau"…

Même si certaines personnes sont irritées, en pratique, elles comprennent malgré tout sans ambiguïté aucune quand on leur demande : "Veux-tu d'autre café ?", et c'est le principal. Alors, le "côté pratique" de votre anecdote récurrente sur Merleau-Ponty et son "autre autre", dans tout ça…
Bien sûr. Avec un petit effort, on peut comprendre presque n'importe quoi dit presque n'importe comment. Mais alors, tu peux remballer ton beau savoir : il ne sert plus à rien.
P.S. Les messages se télescopent ! « Je suis moi-même plutôt étonné que cette nuance de sens ait pu échapper au si précis TLF… » Et c'est la seule conclusion que tu en tires ? 😜
Bien sûr. Avec un petit effort, on peut comprendre presque n'importe quoi dit presque n'importe comment.
Dans le cas de "Veux-tu d'autre café ?", soyons honnêtes : l'effort est des plus minimes, de même que la dose de n'importe quoi…

Et pourquoi parler de mon "beau savoir" ? Je n'avais aucun savoir particulier concernant cette tournure, à laquelle je n'avais jamais réfléchi tant elle me semblait "normale". C'est simplement l'étrange réprobation qu'elle semble susciter chez certain(e)s qui m'a incité à faire le détective…

Et à propos de "beau savoir"… qui le premier a jugé bon de lancer dans le débat les termes de métonymie, de comptable, non-comptable et tutti quanti ?
On se calme ! La question n'est pas celle de l'effort plus ou moins grand qu'il convient de faire pour comprendre ce qui est dit plus ou moins correctement, mais celle de savoir s'il est admissible qu'on puisse dire n'importe quoi n'importe comment du moment que c'est (soi-disant) à peu près compréhensible.

J'ai, dans ma vie professionnelle (mais aussi dans ma vie privée, ce qui est de moindre importance, quoique), continuellement été confronté à ce très désagréable « problème » : jamais le juste mot au juste endroit. Babel. Quand un emprunteur parle de son prêt au lieu de son emprunt, moi, je ne comprends rien. Surtout si mon emprunteur est également, par ailleurs, prêteur, tu me suis ?

Une tasse, ce n'est pas un bol ; une échauguette, ce n'est pas une bretèche ; et autre, ce n'est pas supplémentaire. Sauf laxisme sémantique. Si les mêmes mots, les mêmes expressions, n'ont pas le même sens pour tous, alors, vive le Volapük !
Mais je le dis sans condescendance (excessive !) et sans haine 😜
Jehan a écrit :Par curiosité purement linguistique… De quelle région est originaire "ton bonhomme" ?
Je crois qu'Anne t'a déjà posé la question.
Lucretius a écrit :
Au Québec, on parle une variante du français, dont les particularités ne peuvent valoir comme norme. C'est presque une autre langue.
Une autre langue ? Mazette… Il est vrai - si je me rappelle - que pas plus loin que Bordeaux tu juges déjà l'accent "barbare" ! 😉 Cela dit, quelques variantes de ci de là ne suffisent pas vraiment à faire du québécois une autre langue.
C'est pourquoi j'ai dit "presque". Le nombre de particularités en français du Québec est suffisamment important pour nuire à la compréhension, ce qui est bien le début d'une différenciation entre deux langues. Une chose est de dire que certaines expressions sont normales dans certains dialectes, une autre est de les considérer comme correctes au regard du français normalisé et académique. On peut très bien tolérer d' "autre eau" comme la curieuse singularité d'un patois quelconque, mais pour ma part, ma tolérance n'ira jamais plus loin, je n'abrège pas le partitif parce que cela aurait appartenu au langage soutenu d'avant guerre, et je n'emploie pas "autre" dans le sens de "supplémentaire" avec un indénombrable, à cause d'un article de dictionnaire interprété de manière tendancieuse.
Jehan a écrit :Et le fameux "Je veux d'autre eau" me semble être du même tonneau.
Tout cela est réellement, dit sans ironie, passionnant. Sourions un peu, néanmoins, pour nous reposer de toutes ces considérations très savantes : le rapprochement entre eau et tonneau me fait peur !
Lucretius a écrit :
Je n'emploie pas "autre" dans le sens de "supplémentaire" avec un indénombrable, à cause d'un article de dictionnaire interprété de manière tendancieuse.
Primo : pour ma part, je n'ai pas attendu l'article de dictionnaire en question pour employer "d'autre eau". Mais je viens juste de découvrir que ce faisant (Quelle syntaxe archaïque… C'est correct, au moins ?) 😉 je me conduisais en folklorique et singulier patoisant.

Secundo, j'ai toujours le plus grand mal à saisir l'incompatibilité décrétée entre la notion de "supplémentaire", "en plus", et celle d' "indénombrable".
Un supplément d'heures, ça peut se compter. Un supplément d'eau, ça ne peut pas se compter, bien d'accord. Mais il s'agit toujours de supplément : heures supplémentaires comptables, eau supplémentaire non comptable. Je rappelle que "supplémentaire" signifie : "qui constitue un supplément". Quand on propose d'autre eau - ou "davantage d'eau" si tu préfères - l'eau proposée constitue bien un supplément, non ?
Jehan a écrit :Par curiosité purement linguistique… De quelle région est originaire "ton bonhomme" ?
Je crois qu'Anne t'a déjà posé la question.
Il est du Berry. eh oui, cela arrive même à des gens bien 😉
On dirait qu'autre s'utilise aussi avec des non-dénombrables en Belgique :
"Je veux dormir," dit la souris, "et je ne veux pas d'autre musique." "Que dites-vous ?" reprit le grillon. "Vous voulez plus de musique ?
Secundo, j'ai toujours le plus grand mal à saisir l'incompatibilité décrétée entre la notion de "supplémentaire", "en plus", et celle d' "indénombrable".
Un supplément d'heures, ça peut se compter. Un supplément d'eau, ça ne peut pas se compter, bien d'accord. Mais il s'agit toujours de supplément : heures supplémentaires comptables, eau supplémentaire non comptable. Je rappelle que "supplémentaire" signifie : "qui constitue un supplément". Quand on propose d'autre eau - ou "davantage d'eau" si tu préfères - l'eau proposée constitue bien un supplément, non ?
"Supplémentaire" permet de saisir approximativement la nuance d' "autre" quand on dit par exemple "je prendrais bien un autre café". On pourrait dire aussi "je prendrais bien un café de plus", ou "un café supplémentaire". Les deux notions se recoupent ici, mais cela ne signifie pas qu'elles soient identiques, et qu'on puisse en conclure que toutes les fois où on pourra dire "en plus" et "supplémentaire", on pourra aussi dire "autre".

Quand on dit "je prendrais bien un autre café", on peut analyser ainsi : je prendrais un café, qui n'est pas le même que celui que je viens de boire. Il s'agit donc de différencier deux unités, qui quoi que de même catégorie (donc pas tout à fait "autres") se différencient au moins l'une de l'autre par la place dans la succession des consommations.

Le supplément, de son côté, n'implique que l'idée de rajout, qui peut se faire indistinctement sur du dénombré et de l'indénombrable.
Si on dit "je prendrais bien du café en plus", cela n'a pas du tout le même sens que "je prendrais bien de l'autre café". Quand je dis "en plus", la matière du "café" n'est pas scindée par le rajout : la continuité est préservée, j'ai toujours affaire à la même substance. Quand je dis "autre", il m'est impossible de me représenter qu'il s'agit toujours du même café provenant par exemple d'une même carafe, et il est impossible de considérer que ce soit la même substance, alors que c'est pourtant ce qu'on voulait dire.

Les dénombrables se rajoutent les uns aux autres par unités distinctes, donc autres. Mais il n'y a pas d'unité distinctive pour un rajout fait à un ensemble massif, indénombrable (le supplément se mêle à la masse, et ne se distingue pas du reste). C'est pourquoi la synonymie entre "supplémentaire" et "autre" ne fonctionne que de façon partielle, dans le cas des dénombrables.
À propos des dénombrables, tu expliques donc que la ou les unités supplémentaires…
se différencient au moins l'une de l'autre par la place dans la succession des consommations.
Ce qui permet donc le "autre(s)" dans ce cas. D'accord.
Mais pour les indénombrables, le supplément se différencie aussi du café déjà bu par sa place dans la succession des consommations… Alors, le "autre" peut se justifier là aussi, non ? !

À propos des indénombrables, tu expliques que
Le supplément se mêle à la masse, et ne se distingue pas du reste.
Ce qui justifierait selon toi l'impossiblité d'utiliser "autre" après le partitif. Mais quand on propose "d'autre café" à quelqu'un, en quoi ce supplément même pas encore servi se mêlerait-il de façon indifférenciée à la masse du café déjà bu ? !

Ta démonstration est donc très peu convaincante.

Par ailleurs, je remercie AristoFan pour la précision géographique…
Le Berry. Le champ des patois singuliers semble s'élargir.
Et pourquoi pas la Belgique, comme le suggère Anne ?
Astrance a écrit : Le problème demeure le même : "bonne" peut s'appliquer à un indénombrable. Pas "autre". C'est pourquoi je ne pense pas que l'expression ait pu exister même (surtout!) dans un usage "archaïque". C'est une aberration sémantique.
Ah bon ? ! Alors, trouvés grâce à Google Livres, quelques exemples datés.
D'auteurs mineurs ou obscurs, certes, mais absolument pas catalogués patoisants :

Dans une revue de philologie classique belge (tiens !) de 1907 :
"Il demande d'autre vin, se moque de l'amour…"
Charles Valois, 1885 : "N'attendez pas qu'on vous demande d'autre vin.
Vous allez vite chercher huit bouteilles à la cave."

Journal de pharmacie et de chimie, 1887 : "L'on veut d'autre eau-de-vie…"
Eugène Nyon, 1807 : "Veux-tu d'autre vin ? Je t'en donnerai."
Et plus près de nous :
Paul Savatier, 1972 : "- Voulez-vous d'autre café ? demande Marthe à Antoine. - Merci, ma tante."
Guy Lavigne, 2005 : "- Voulez-vous d'autre café, monsieur ? - S'il vous plaît, Irène."
Jehan a écrit :À propos des dénombrables, tu expliques donc que la ou les unités supplémentaires…
se différencient au moins l'une de l'autre par la place dans la succession des consommations.
Ce qui permet donc le "autre(s)" dans ce cas. D'accord.
Mais pour les indénombrables, le supplément se différencie aussi du café déjà bu par sa place dans la succession des consommations… Alors, le "autre" peut se justifier là aussi, non ? !

À propos des indénombrables, tu expliques que
Le supplément se mêle à la masse, et ne se distingue pas du reste.
Ce qui justifierait selon toi l'impossiblité d'utiliser "autre" après le partitif. Mais quand on propose "d'autre café" à quelqu'un, en quoi ce supplément même pas encore servi se mêlerait-il de façon indifférenciée à la masse du café déjà bu ? !
Dans un bar, on me proposera un autre café, et non pas d'autre café : on raisonne à l'unité. Une tasse de café s'ajoute à une autre.

Dans le deuxième emploi, avec partitif (je prendrais bien du café en plus) je supposais une autre situation : en famille, il y a une carafe pleine de café, qu'on verse. Par exemple ma tasse n'est pas assez pleine, et je veux en prendre en plus. Dans le premier cas, le café (c'est à dire, la tasse de café) n'est pas la même, et dans le second cas, il s'agit toujours de la même substance. La quantité globale peut varier selon les apports, mais l'unité reste. Une tasse, et une autre tasse, ça fait deux. Mais du café en plus de ce que j'ai déjà, ça fait toujours du café : le même, d'ailleurs. Le supplément de café fait donc partie, dès l'origine, de l'ensemble du café (c'est pourquoi on parle de partitif). Le café que j'ai bu, et celui que je boirai, forment une et même chose. Si on décompose "du café", on arrive au sens de "portion de café", mais que se passe-t-il si on fait de même avec "d'autre café"? On obtient portion de l'autre café . Or je veux bien une autre portion, mais du même café. Il y aurait un sophisme à considérer que deux parts d'un gâteau, c'est la même chose que deux gâteaux. On a certes un supplément de gâteau dans les deux cas, mais dans un cas il s'agit d'un autre gâteau, et dans l'autre il s'agit toujours du même, mais divisé en deux.
Tu constateras bien, Jehan, si tu n'es pas de mauvaise foi, la différence entre les deux phrases suivantes : "je prendrais bien du café en plus" et "je prendrais bien de l'autre café". Dans cette dernière phrase, on comprend qu'il y a deux sortes de cafés : par exemple une carafe de robusta, une autre d'arabica.
Ce qui est étrange, c'est que tu comprendras "je prendrais bien d'autre café" comme ayant le sens de "je prendrais bien du café en plus". On ne peut donc pas considérer ici le "de" comme l'équivalent de l'article partitif qui se serait simplifié devant un adjectif pour des raisons d'élégance, puisque le sens n'est pas le même. Par ailleurs si on met un autre adjectif à la place d'autre : "je prendrais bien de bon café", la phrase fonctionne encore moins bien.
Je ne vois donc pas comment analyser d'autre café en isolant "de" ou "autre" ; et je dois supposer qu'ils forment un tout solidaire, une sorte de locution figée, qui doit sans doute sa naissance à une série de confusions. Des usages épars relevés ici et là n'empêchent pas la tournure d'être fautive, et de procéder de gauchissements multiples. Il me parait préférable d'éviter de l'employer, d'autant qu'il est possible d'exprimer la même chose beaucoup plus correctement, y compris dans le sud-ouest.
Jehan a écrit :[…] trouvés grâce à Google Livres, quelques exemples datés.
D'auteurs mineurs ou obscurs, certes, mais absolument pas catalogués patoisants […]
Cela ne prouve pas grand-chose. Nous savons tous que les meilleurs écrivains font ce qu’il est convenu d’appeler des « fautes ». Grevisse, quand il en relève (ce qui est assez fréquent), les considère prudemment soit comme une transgression volontaire, soit comme une étourderie pardonnable en raison de la notoriété de leur auteur… Cela ne suffit pas à justifier les mêmes errements quand ils ne sont plus que le fait des locuteurs… ordinaires 😜 .
Pour les dialogues rapportés en style direct, c’est encore moins probant. Dans chacun des cas, l’auteur n’a peut-être (sans doute) fait que reproduire, volontairement et dans un souci de réalisme, les pratiques langagières (fussent-elles fautives) qu’il prête à ses personnages.
Mais il semble bien que nul Grevisse, aussi pointilleux soit-il, ne signale cet usage comme explicitement fautif… Qui ne dit mot consent ! 😜 J'attends toujours une référence en ce sens d'une quelconque autorité langagière. Je trouve qu'elle se fait attendre…

Pour Lucretius : je ne suis pas de mauvais foi.

Je trouve intéressant de pouvoir doser le qualitatif et le quantitatif…

Je prendrai d'un autre café (une certaine quantité d'un café d'une qualité "autre", différente de celle du café déjà bu ou déjà proposé, sans plus de précision.) Ici, le sens de "autre", privilégie l'altérité, sens originel de l'adjectif comme il se doit.

Je prendrai de l'autre café. (une certaine quantité de cet autre café, bien défini, de qualité différente). Ici, le sens de "autre", privilégie également l'altérité, sens originel de l'adjectif, et ne suggère toujours pas que ce café vient forcément en supplément d'un premier.

Je prendrai d'autre café (une certaine quantité supplémentaire de café, n'importe lequel). Ici, l'altérité "qualitative" est en veilleuse : qu'il s'agisse de café de même qualité ou de café de qualité différente, peu importe. Le "autre" exprime surtout que la prise de café souhaitée succède à une précédente prise.
Les propos de Grévisse ne me semblent pas s'appliquer au cas qui nous occupe, je reprends ce que tu as cité :
Grevisse 1975.
Quand le nom est précédé d'un adjectif, au lieu de du, de la, de l', des, on emploie, selon la syntaxe rigide, le simple de servant d'article partitif ou indéfini :
Manger de bonne viande.
Pour boire de bon vin, assis près d'un bon feu. (HUGO)
Au singulier, de bon pain, de bonne soupe s'écrivent parfois encore, mais sont inusités dans la langue parlée; les tours normaux sont: du bon pain, de la bonne soupe.
Grevisse 1980
[Devant des noms précédés d'un adjectif…] La langue littéraire recherchée emploie parfois de pour du, de la, de l':"Pour entendre de bonne musique" (SARTRE).
Je pense que dire : je veux d'autre café, et je veux de bon café, ne procède pas du tout des mêmes causes. Si on peut entendre à l'oral aujourd'hui "d'autre café" (toi, Anne et Aristofan l'attestent), "de bon café" relève d'un langage très soutenu, très littéraire, et totalement désuet. Comment une tournure autant tombée dans l'oubli pourrait influencer les tournures de gens qui ne sont pas particulièrement lettrés, et qui dans aucun autre cas, n'abrègeraient le partitif?

La typologie que tu fais ensuite pour donner les diverses nuances de sens va dans le sens de mon argumentation, à savoir que "d'autre" est senti comme un ensemble en soi, qui diverge du partitif normal, et qu'on ne peut ramener aux propos de Grévisse.

Enfin, tu ne tiens pas compte de l'objection principale, à savoir précisément, qu'il devient impossible de considérer qu'il y a un sens partitif si on analyse cette locution bizarrement formée. Pour considérer qu'il y a bien partitif (et donc prélèvement d'une portion sur un tout massif et uni), il faudrait faire complètement changer "autre" de sa signification fondamentale, ou alors supposer que "autre" porte en fait sur un autre mot, qui est absent. "Une autre portion de café", mais dans un autre ordre, et avec quelques mots en moins, donne bien "d'autre café". Tu pourras bien dire que "autre" indique simplement qu'il s'agit du café suivant, mais comment expliquer le "de"? On ponctionne une partie du café suivant? Il y a un café, un autre qui suit, et je prélève à cet autre? Est-ce vraiment çà qu'on voulait dire?