Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance - Utopie ou contre-utopie ?

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
J'étudie le livre W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec, je suis en première L.

Je sais que cette autobiographie est très peu connue et rarement étudiée à l'école.

Après une étude du chapitre XII, (c'est à dire faire quatre lectures analytiques en une semaine juste pour justifier les textes qu'elle a marqué sur notre descriptif de lecture) notre professeur a dit qu'il s'agissait d'une utopie alors que la plupart des élèves de ma classe pensaient qu'il s'agissait d'une contre-utopie car cela cacherait une dénonciation des camps nazis.

Il est vrai qu'après quelques recherches il y a des doutes donc j'aimerait avoir votre avis.

voici l'extrait:
Il y aurait, là-bas, à l'autre bout du monde, une île. Elle s'appelle W.Elle est orientée d'est en ouest; dans sa plus grande longueur, elle mesure environ quatorze kilomètres. Sa configuration générale affecte la forme d'un crâne de mouton dont la mâchoire inférieure aurait été passablement disloquée. Le voyageur égaré, le naufragé volontaire ou malheureux, l'explorateur hardi que la fatalité, l'esprit d'aventure ou la poursuite d'une quelconque chimère auraient jetés au milieu de cette poussière d'îles qui longe la pointe disloquée du continent sud-américain, n'auraient qu'une
chance misérable d'aborder à W. Aucun point de débarquement naturel ne s'offre en effet sur la côte, mais des bas-fonds que des récifs à fleur d'eau rendent extrêmement dangereux, des falaises de basalte, abruptes, rectilignes et sans failles, ou encore, à l'ouest, dans la région
correspondant à l'occiput du mouton, des marécages pestilentiels. Ces marécages sont nourris par deux rivières d'eau chaude, respectivement appelées l'Omègue et le Chalde, dont les détours presque parallèles déterminent sur un court trajet dans la portion la plus centrale de l'île, une
micro-mésopotamie fertile et verdoyante. La nature profondément hostile du monde alentour, le relief tourmenté, le sol aride, le paysage constamment glacial et brumeux, rendent encore plus merveilleuse la campagne fraîche et joyeuse qui s'offre alors à la vue : non plus la lande
désertique balayée par les vents sauvages de l'Antarctique, non plus les escarpements déchiquetés, non plus les maigres algues que survolent sans cesse des millions d'oiseaux marins, mais des vallonnements doux couronnés de boqueteaux de chênes et de platanes, des chemins
poudreux bordés d'entassements de pierres sèches ou de hautes haies de mûres, de grands champs de myrtilles, de navets, de maïs, de patates douces.
En dépit de cette clémence remarquable, ni les Fuégiens ni les Patagons ne s’implantèrent sur W. Quand le groupe de colons dont les descendants forment aujourd’hui la population entière de l’île s’y établit à la fin du XIXe siècle, W était une île absolument déserte, comme le sont encore la plupart des îles de la région ; la brume, les récifs, les marais avaient interdit son approche ; explorateurs et géographes n’avaient pas achevé, ou, plus souvent encore, n’avaient même pas entrepris la reconnaissance de son tracé et sur la plupart des cartes, W n’apparaissait pas ou n’était qu’une tache vague et , sans nom dont les contours imprécis divisaient à peine la mer et la terre.
Voila merci de m'aider.
Au revoir à tous et bonne journée Bon je crois que personne n'a de réponse à cette question. Je désespère.
en fait il faut tout simplement nuancer: au début dans ton extrait w est effectivement une utopie (pratique du sport, cadre paradisiaque…) puis plus la description se précise plus elle évolue pour devenir de plus en plus violente (on peut penser par exemple aux règles des Jeux,présentées en plusieurs temps) et débouche sur la description finale du camp en lui même, l'utopie s'est donc finalement inversée. Voilà, j'espère que ça répond à ta question…
On peut très clairement le deviner au vu de l'époque ! Dis-toi bien que les récits utopiques qui s'ancrent dans le XXe Siècle se renversent le plus souvent en son inverse ! Les écrivains prennent conscience du caractère totalitaire de certains récits utopiques et proposent des œuvres dans lesquels le monde n'est que le plus parfait aboutissement d'une société déshumanisée. Elles mettent en évidence la distance entre le parfait et son inscription dans le réel : rechercher le parfait est vain et destructeur !
Comme quelqu'un l'a dit plus haut c'est une utopie qui s'inverse au fur et à mesure du roman, de façon d'abord imperceptible, puis qui ne fait aucun doute, et c'est pour ça que l'effet perçu par le lecteur est si dérangeant ; en cela, Perec est tout à fait efficace.
Si tu veux convaincre ta prof que ce n'est plus une utopie, fais-lui lire la dernière page. & puis même ce que Perec dit avant, dans les parties "souvenir d'enfance" dans lesquelles il raconte son enfance pendant la guerre, comment il a perdu ses parents, comment sa mère a fini dans un camp… C'est aussi l'intérêt d'alterner "w" et le "souvenir d'enfance", il peut ainsi lier les deux implicitement. Mais c'est quand même étrange que ta prof ne s'en rende pas compte, on en vient même à se demander si elle a lu le livre ou si elle connaît un peu Perec…
Je pense que c'est clairement une dystopie dans la mesure où c'est un des procédé même de ce genre d'imiter l'utopie de More pour brosser tout d'abord un aperçu de la nouvelle utopie que l'auteur propose, avant de renverser la perspective, de retirer le voile et de "dévoiler" la réalité totalitaire qui se cache derrière chaque utopie (voir notamment la ferme des animaux de Orwell). Perso, W je l'ai lu assez rapidement, pour le loisir, donc il y a surement pas mal de choses qui m'ont échappé, mais la référence au nazisme, comme 1984 fait référence au stalinisme, est évidente.