Bonjour,
Peut-on faire suivre la locution "être jaloux" par une proposition subordonnée introduite par "que" ?
Par exemple :
"Vous êtes jaloux que je l'ai pêchée" ?
"Je suis jaloux qu'elle soit meilleure que moi" ?
Si oui, le subjonctif s'impose-t-il dans la subordonnée ?
Il faut introduire la conjonctive par de ce que
"Vous êtes jaloux de ce que je l'ai pêchée" ?
"Je suis jaloux de ce qu'elle est/soit meilleure que moi" ?
Le subjonctif ne s'impose pas dans la subordonnée.
Anne345 a écrit :Il faut introduire la conjonctive par de ce que
En toute rigueur, peut-être.
D'un autre côté, rien n'est plus disgracieux que cette lourde locution "de ce que". Personnellement, je ne l'emploie absolument jamais, et je préférerais commettre ce que les puristes appelleraient peut-être une faute en écrivant "jaloux que". J'écris de même sans hésiter "je m'étonne que" (et non "de ce que").
Les classiques étaient moins scrupuleux que nous et préféraient les constructions les plus directes. Corneille eût écrit (a peut-être écrit) "jaloux que". =)
Et lorsque la principale se termine ainsi par un adjectif de "sentiment", le subjonctif est de rigueur dans la complétive :
Vous êtes content, choqué, désolé, étonné, fier, flatté, gêné, heureux, triste, indigné (…) jaloux… que je l'aie pêché.
Je suis content, choqué, désolé, étonné, fier, flatté, gêné, heureux, triste, indigné (…) jaloux… qu'elle soit meilleure que moi.
Ce subjonctif est intéressant: il s'agit moins ici d'une virtualisation du procès - qui a effectivement eu lieu - que d'une interprétation de ce dernier. L'action est reléguée au second plan, elle est envisagée au prisme du "je".
Tout à fait vrai.
Le subjonctif n'est pas forcément le mode du virtuel.
Comme le dit Riegel, "on l'emploie chaque fois que l'interprétation l'emporte sur la prise en compte de l'actualisation du procès, lorsque s'interpose entre le procès et sa verbalisation l'écran d'un acte psychique (sentiment, volonté, jugement) qui empêche le procès d'aboutir à son actualisation totale." C'est-y pas bien dit ?
D'ailleurs, il n'est qu'à voir la pauvreté en temps du subjonctif par rapport à la surabondance de temps de l'indicatif pour comprendre que l'actualisation, ça n'est pas vraiment son truc…
Pour en revenir à la construction après "jaloux", le Robert des difficultés indique "avec la préposition de, devant un nom ou un pronom." Il note comme tout aussi correcte, mais "plus rare" la construction avec que, "suivie du subjonctif" et cite cette phrase de Radiguet : "J'étais jaloux que le bénéfice de cette habitude revînt à Jacques."
Je ne vous ai pas remerciés-iées or vos considérations sur le subjonctif me sont extrèmement précieuses dans le cadre de mon travail, alors merci beaucoup !
Euh je ne trouve pas ça choquant le "être jaloux que "…
De plus, qui d'entre nous dans la vie de tous les jours utiliserait "de ce que"? ok pour l'écrit , mais je pense que le "que" tout court est passable 😉
La question n'est pas de savoir si l'expression est "passable" ou non, mais bien plutôt de s'assurer de sa validité grammaticale. Or, comme énoncé naguère, la tournure est suivie par "de ce que" + subjonctif ! Ne vous étonnez donc pas de ce que je vous en fasse précision 😜.
Ni le TLFi ni le dictionnaire de l'Académie ne semblent connaître la construction "être jaloux que + subj."
Il est donc étonnant de constater que Girodet (Bordas), d'habitude conservateur dans ses choix, prône cette construction et aille jusqu'à déconseiller la construction "normale" avec "jaloux de ce que" :
Construction. Avec de suivi d'un nom : Il est jaloux de ton succès. Avec que suivi du subjonctif : Il est jaloux que tu réussisses (ce dernier tour est assez rare). -- On évitera de construire jaloux avec de ce que suivi de l'indicatif ou du subjonctif.
Je n'ai pas trouvé beaucoup d'exemples classiques avec la construction "jaloux que". Uniquement ce passage de Bossuet :
Car il nous a faits à son image, et il y a de ses attributs dans lesquels il n'est pas jaloux que nous tâchions de lui ressembler ; au contraire, il nous le commande.https://books.google.fr/books?id=brMqAQAAIAAJ&pg=PA75#v=onepage&q&f=falseLamaneur a écrit :Ni le TLFi ni le dictionnaire de l'Académie ne semblent connaître la construction "être jaloux que + subj."
Le Tlfi, sauf erreur, ne cite pas non plus d'exemples avec "Jaloux de ce que"…
Mais
content que, lui, est à la fois reconnu par le Tlfi et par l'Académie.
On ne voit pas pourquoi
jaloux que, lui, serait foncièrement incorrect…
Non, ni Littré non plus. En fait, la construction
"jaloux de ce que" n'est probablement pas très courante mais on en trouve quand même facilement des exemples, outre celui de Bouillet cité dans un autre fil. Notons qu’il est nécessaire de distinguer deux sens de cette construction :
Souvent le « de ce que » s’impose et ne pourrait pas se transformer en simple « que » :
-Il faut bien remarquer que ces Indiens paraissaient beaucoup plus jaloux de ce qu'on faisait aux morts qu'aux vivans.
-On est jaloux de ce qu'on possède , et envieux de ce que possèdent les autres
-Jaloux de ce qu'il est, il prend de tout ombrage
En revanche, cette transformation est possible dans les exemples anciens suivants :
-Il me fit remarquer que dans le moment même qu'il me parloit, MM. de Nevers, de Longueville, de La-Guiche, d'O & de Châteauvieux, jaloux de ce qu'il entretenoit si familiérement un Huguenot, nous observoient malignement d'un coin de la salle…
-L'Amirante, jaloux de ce qu'une affaire aussi importante se traitoit par les instigations du Cardinal, lui en marqua son ressentiment en des termes équivoques, mais si piquants,…
-Mortifié de ce qu'on ne l'avoit pas employé dans cette négociation, où il lui paroissoit si naturel qu'il fut appellé ; jaloux de ce qu'Achmet en recueilloit tout l'honneur,…
Le parallèle avec "content" est intéressant, mais en matière d'usage, ces parallèles sont parfois trompeurs ; ce n'est pas parce que "ça marche" avec un mot que "ça va aussi marcher" avec un autre mot. Du reste, on trouve facilement aussi des attestations classiques de "content de ce que… ", par exemple :
Je vous remercie de vôtre belle lettre du troisiéme de Février. Je suis ravi de ce que vous étes en bonne santé, & bien content de ce que l'affaire de Monsieur Lombard a réüssihttps://books.google.fr/books?id=9oWpGJi5XeIC&pg=PA197#v=onepage&q&f=false
On observe naturellement les deux types de constructions :
Je suis content de ce que j’ai.
Je suis content de ce que tu es venu.Par analogie avec verbe de sentiment+que+subjonctif
Comme Je suis jaloux qu'il aille
Et Je suis content qu'il aille .