Après que… Indicatif ou subjonctif ?

Langue française

192 réponses · Page 8 / 10

Les constructions trop ramassées ne permettent pas toujours de respecter les règles. Il faut choisir entre la légèreté et le respect de la grammaire en évitant ces constructions ramassées.
C'est la même chose si vous voulez coordonner "après" et "avant" avec un infinitif :
Avant et après avoir exercé la profession d'avocat
est une phrase qui ne choque pas particulièrement mais qui est pourtant grammaticalement peu correcte dans la norme grammaticale d'aujourd'hui, puisque, contrairement à l'époque classique, on n'utilise plus guère "avant + infinitif", mais "avant + de + infinitif".
Bonsoir !

Première phrase du premier chapitre de Sur la route, de Jack Kerouac (traduction de Jacques Houbard) :
"J'ai connu Dean peu de temps après qu'on ait rompu ma femme et moi".

Mince. J'avais cru comprendre qu'une telle phrase n'était pas correcte, puisqu'il faudrait dire (selon moi) "après qu'on a rompu". Pour autant, j'ai du mal à croire qu'un livre dont on me rabâche les oreilles depuis si longtemps (certainement à raison) puisse commencer sur une fausse note, dès la première ligne.
Help !

Cordialement.
C'est théoriquement une fausse note. Reste à savoir si cela l'était dans les années 1950.
Je proposerai plutôt : J'ai connu Dean peu de temps après qu'on eut rompu ma femme et moi car après qu'on a… fait une impression bizarre.

Attendre autres avis
La traduction de Jacques Houbard date de 1960. Cette époque était justement celle où les grammairiens commençaient à s'insurger contre la mode alors nouvelle d'employer le subjonctif avec "après que" : Thérive en 1956 (ce solécisme nouveau…), Dauzat en 1954 (De bons écrivains contemporains tombent dans ce travers…), Georgin en 1951 (On trouve de plus en plus "après que" suivi du subjonctif…).
La tournure était donc déjà considérée comme fautive, mais en pleine expansion et probablement bien à sa place dans un roman (que je n'ai pas lu) qui était censé marquer une rupture par le style de vie, le vocabulaire, etc.
Au demeurant, dans la même phrase, on a aussi un emploi de "on" pour "nous", qui n'était pas du goût des grammairiens orthodoxes. Je suppose que tout cela participe à un certain style en accord avec la pensée générale du livre.
Cela dit, le traducteur a délibérément pris des libertés stylistiques que n'imposait pas la phrase en anglais qui est :
“I first met Dean not long after my wife and I split up” , littéralement : "J'ai rencontré Dean pour la première fois pas longtemps après que ma femme et moi nous fûmes séparés". La version de Houbard est quand même plus percutante et conserve la concision de l'anglais. On aurait pu aussi dire "J'ai connu Dean peu après ma séparation d'avec ma femme".
J'ai lu qu'une nouvelle traduction par Josée Kamoun est sortie, basée non plus sur la première version de Kerouac mais sur rouleau original qui a été retrouvé dans des conditions rocambolesques. L'incipit a changé et est :“I first met Dean not long after my father died” traduit par «J'ai rencontré rencontré Neal pas très longtemps après la mort de mon père…». Problème du subjonctif résolu !
@ paulang : le passé antérieur paraît nettement plus correct en effet !
@ lamaneur : votre réponse est extrêmement intéressante et documentée, merci ! J'apprends beaucoup de choses. Pour tout dire, en y prêtant attention depuis peu, j'ai retrouvé cette erreur chez des écrivains contemporains comme Yves Ravey (éditions de Minuit) - erreur délibérée j'imagine, vu le style.
paulang a écrit :C'est théoriquement une fausse note. Reste à savoir si cela l'était dans les années 1950.
Je proposerai plutôt : J'ai connu Dean peu de temps après qu'on eut rompu ma femme et moi car après qu'on a… fait une impression bizarre.

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(traduction de Jacques Houbard)


Il y a également une faute de ponctuation :

"J'ai connu Dean peu de temps après qu'on ait rompu ma femme et moi".

Une virgule aurait été de mise après "rompu"… à moins qu'on les ait rompus !
Il y a en effet sur le net un article dans lequel la virgule figure dans la phrase, mais il semble bien être le seul.
Je ne comprends pas votre justification. Voulez vous dire que la virgule est justifiée par le fait que ma femme et moi ne sont effectivement pas cassés au terme de la séparation ?
Vermillon a écrit :Bonsoir !

Première phrase du premier chapitre de Sur la route, de Jack Kerouac (traduction de Jacques Houbard) :
"J'ai connu Dean peu de temps après qu'on ait rompu ma femme et moi".

Mince. J'avais cru comprendre qu'une telle phrase n'était pas correcte, puisqu'il faudrait dire (selon moi) "après qu'on a rompu". Pour autant, j'ai du mal à croire qu'un livre dont on me rabâche les oreilles depuis si longtemps (certainement à raison) puisse commencer sur une fausse note, dès la première ligne.
Help !

Cordialement.
Il me semble que la difficulté ici vient du fait que le passé composé n'implique pas une succession temporelle.
C'est le passé simple qui l'implique.
1° Ma femme et moi rompîmes. Je connus Dean.
2° Ma femme et moi avons rompu. J'ai connu Dean.

Dans le cas 2°, il est difficile de saisir l'ordre temporel des deux affirmations, contrairement au cas 1°.

"Je connus Dean peu de temps après qu'on rompit ma femme et moi" -> Ok
"J'ai connu Dean peu de temps après qu'on a rompu ma femme et moi" ???

En latin aussi, le subjonctif a eu tendance à se substituer à l'indicatif dans les subordonnées (cf https://bcs.fltr.ucl.ac.be/gramm/11.subfonctions.html).

Quoniam gemini erant -> puisqu'ils étaient jumeaux
Quoniam gemini essent -> puisqu'il fussent jumeaux

L'hésitation « subjonctif, mode de l'hypothétique » et « subjonctif, mode de la subordination » ne date pas d'hier. De plus, avec la création du conditionnel, une bonne partie des emplois du subjonctif en tant que « mode de l'hypothétique » a disparu : on ne dit pas « s'il vînt, je fusse content », mais « s'il venait, je serais content ».

De fait, les deux contrastes « réalité / hypothétique » et « affirmation principale / secondaire » sont utiles à l'expression : notre subjonctif est dans l'entre-deux.

Par exemple :
dans « Bien que je sois parti, il est resté », le subjonctif ne marque pas une éventualité, mais un fait avéré, rapporté par une affirmation secondaire, subordonnée à la principale.

On peut donc voir dans la tournure « J'ai connu Dean peu de temps après qu'on ait rompu ma femme et moi », un « subjonctif, mode de la subordination ». Cela permet de rendre plus évident l'ordre qu'il y a entre les deux faits rapportés. Cela permet de mieux marquer ce qui dépend de la conjonction de subordination « après que ».
Bonjour,
Une petite question, malgré la longue discussion qui me précède…

"Un silence qui s’était fait tour à tour assourdissant puis pesant, d’un coup d’un seul, après que cette détonation avait retenti dans la montagne. "

Faut-il dire "eut retenti" ? "avait retenti me gêne à l'oreille, je ne sais pas pourquoi…

Merci
Bonjour,
J'ai un petit souci concernant la concordance des temps en utilisant "après que".

Exemples :

Il s'est fâché après que Lucie ne l'en a pas empêché : d'après ce que j'ai lu sur certains sites, avec le passé composé dans la principale, il faudrait que la subordonnée soit au passé surcomposé. Mais dans cet exemple, ça ne me choque pas que les deux verbes soient au passé composé. Au surcomposé, ça donnerait "ne l'en a pas eu empêché" (?) ce qui ne sonne pas très bien…

Les troupes se retirent après que la guerre est finie. Ici, j'ai un petit souci concernant l'auxiliaire qu'il faut utiliser. Et le temps est correct là ?

Y a-t-il plusieurs possibilités de temps à chaque fois ?

Merci de m'éclairer 😀
Les troupes se retirent après que la guerre est finie. Ici, j'ai un petit souci concernant l'auxiliaire qu'il faut utiliser. Et le temps est correct là ?
Tout va bien.
Il s’est fâché après que Lucie ne l’en a pas empêché ou ne l’en a pas eu empêché
Cela sonne mal d’une façon ou d’une autre. Il faut dire les choses autrement.
Ca sonne mal oui 😞 Mais c'est correct grammaticalement d'utiliser le passé composé alors que ce temps est déjà utilisé dans la principale ?
Je pense que c'est correct… Moins lourd que le passé surcomposé, en tout cas.
Merci 😀 Et il n'y a donc rien à redire concernant l'utilisation d'être avec finir ? Plus j'y réfléchis, plus je me dis qu'avoir sonnerait mieux 😞
Oui, pourquoi pas a fini ?

Mais Les troupes se retirent une fois la guerre finie, ça résoudrait tout ! 😉
araneomorphae a écrit :Ca sonne mal oui 😞 Mais c'est correct grammaticalement d'utiliser le passé composé alors que ce temps est déjà utilisé dans la principale ?
Il est difficile de répondre dans l'absolu ; l'emploi précis des temps et des modes sert à traduire finement la pensée ; il doit donc se décider sur une phrase bien construite, qui a un sens, ce qui n'était pas le cas de la phrase proposée.
Le subjonctif, encore le subjonctif, toujours le subjonctif 🙂
Certains trouvent en effet que le subjonctif est lourd mais parfois il convient de l'employer pour donner à la phrase un côté…poétique et littéraire.
Mais je vous remercie pour toutes les réponses que vous avez écrites !

Oui, Lamaneur, vous avez raison. Je cherche toujours à comprendre et à maîtriser les subtilités et les difficultés de la langue française. Mais je sais que la plupart de ceux que je vois au quotidien pensent que c'est un travail de prétentieux et de perfectionniste. En réalité, ce sont simplement des personnes qui, visiblement, n'ont pas la curiosité ni la motivation pour faire ce petit travail certes difficile mais fort intéressant !

J'ai cependant une autre question. Jean-Marie le Pen a-t-il commis une faute dans cette phrase ?

"Je ne suis pas ici, même si c'est l'accusation qui parle après que je sois parti, je ne suis pas ici dans un procès."

Il est évident que ce qui m'intéresse ici ce ne sont pas ses idées politiques mais bien son français. On me dit, et je le pense aussi, que Jean-Marie Le Pen maîtrise la langue française. Je veux simplement savoir s'il commet une faute en employant le subjonctif au lieu de l'indicatif après "après que" ou si sa langue a fourché - auquel cas on parlerait de lapsus linguae.

Merci d'avance.
En principe, "après que" appelle l'indicatif, mais maintenant, tout ou presque est permis.
https://www.cnrtl.fr/definition/apr%C3%A8s
Voir au 35.

B.− Après que, loc. conj.
− Suivi de l'ind. :
− Suivi du subj. :
35.
Voir aussi 36, 37, 38, et bien sûr le très fourni paragraphe Rem. (remarque) qui les suit, même s'il n'est pas toujours limpide .

Les écrivains du début du XX[sup]e[/sup] siècle n'ont pas attendu maintenant pour se permettre parfois le subjonctif….
Wesley a écrit :"Je ne suis pas ici, même si c'est l'accusation qui parle après que je sois parti, je ne suis pas ici dans un procès."
[…]
Je veux simplement savoir s'il commet une faute en employant le subjonctif au lieu de l'indicatif après "après que" ou si sa langue a fourché - auquel cas on parlerait de lapsus linguae.
Oui, ce serait une faute selon les conceptions les plus rigoristes mais comme le montrent les messages précédents et tout le fil, la question divise et l'usage moderne semblait, jusqu'il y a peu, plus nettement en faveur du subjonctif que de l'indicatif, malgré les hauts cris des grammairiens orthodoxes. Mais il semble que le combat pour l'indicatif ait repris un peu de poil de la bête ; sans qu'on sache trop pourquoi, certains avertissements des grammairiens finissent parfois par influencer la presse. Ça a été le cas pour le régime transitif de "pallier" qu'on retrouve dans la presse alors qu'il semblait avoir disparu, et c'est peut-être le cas pour l'indicatif après "après que", qu'on revoit aussi plus couramment qu'à une certaine époque. D'ailleurs, c'est un peu l'impression que donne la lecture du graphique Ngram :
https://ibb.co/is36Ve
Le "après qu'il a" est repassé devant le "après qu'il ait" dans les années 90 !
Pour en revenir à la phrase examinée, on peut juste s'étonner que son auteur, d'habitude attentif aux subtilités du français et gourmand d'en orner ses phrases, n'ait pas choisi l'indicatif. Mais ce n'est pas vraiment une faute.