Après que… Indicatif ou subjonctif ?

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192 réponses · Page 2 / 10

Joyeux Noël à tous,
Lucretius, si vous avez vu une subordonnée introduite par « après que » au subjonctif – c’est fautif
Je sais qu’on ne trouve pas la grammaire toujours être logique mais ici elle l’est.
Il assassina sa femme peu après que je lui eus offert un cadeau de Noël.
Peu après que je lui eus offert un cadeau de Noël, il assassina sa femme.
Il n’y a aucune raison pour le subjonctif. Il a déjà offert le cadeau – c’est un événement réel suivi par l’assassinat.
Il assassina sa femme peu après que je lui eus offert un cadeau de Noël.
passé simple passé antérieur -l’action a déjà eu lieu.
Wyn
Ce n'est pas l'avis de tous les grammairiens.
L'emploi du subjonctif dans ce cas de figure est encore qualifié d'incorrect par le Robert, mais pour combien de temps ?
Il y a des cas où son emploi peut se défendre.

Le grammairien Wilmet le rappelle : les puristes ont beaucoup crié au loup, ces dernières décennies. Dauzat a parlé de "solécisme", Le Bidois de "faute flagrante", Hanse de "mécanisation aberrante", Laurent de "grave offense à la syntaxe", Pierre-Henri Simon étant allé jusqu'à y voir "le symptôme non négligeable d'un certain dérèglement de l'esprit". Comme le commente Wilmet : bigre !

En 1975, Grevisse donne tout de même des exemples d'emploi du subjonctif chez Gide, Georges Duhamel, François Mauriac, Camus, Jules Roy, Léautaud, Thierry Maulnier, Marcel Brion, Henry Bordeaux, Aragon (Excusez du peu !)… Et il écrit alors en nuançant (c'est moi qui souligne) : "Il conviendrait, en attendant que l'usage se soit nettement déclaré, de tenir pour suspecte la construction de après que avec le subjonctif ".

Vingt ans plus tard, le même Grevisse écrit : "On observe une tendance, surtout forte à partir du deuxième tiers du XXe siècle, à faire suivre après que du subjonctif ". Et il précise: "Cette tendance a fait l'objet de vives critiques. Elle paraît pourtant irrésistible quoique l'indicatif ne soit nullement périmé."

Quand on évoque notamment un fait futur, après tout, il y a toujours une part d'éventualité plus ou moins grande.

Dans "Tu reviendras après qu'il soit parti.", par exemple, le départ n'est pas forcément certain… Et l'emploi du subjonctif n'est pas si absurde.
Jehan a écrit :Dans "Tu reviendras après qu'il soit parti.", par exemple, le départ n'est pas forcément certain… Et l'emploi du subjonctif n'est pas si absurde.
Bonsoir.
Dans cette dernière phrase, rien n'est vraiment certain, puisqu'il s'agit d'une projection dans l'avenir. La logique de système demande l'usage du futur antérieur : "Tu reviendras après qu'il sera parti", et il me semble que cela posera moins de problème que dans le cas de phrases au passé. Parce que dans ce dernier cas, on est obligé d'user du passé antérieur, temps qui a finalement très peu d'emplois et qui meurt de sa belle mort, même s'il n'eût point été achevé par un ministre en exercice sur un plateau de télévision. C'est ce passé antérieur mal maîtrisé qui entraîne l'emploi du subjonctif présent, bien vivant, lui, après "après que". Telle est du moins mon analyse.
Je profite de l'occasion pour me présenter : Frédéric, professeur de lettres classiques en lycée dans l'académie d'Aix-Marseille.
Bonne soirée.
Dans beaucoup de phrases, cependant, après que est réglementairement suivi du passé composé, lequel n'est pas vraiment, lui, un temps tombé en désuétude… Cela n'empêche pas ce passé composé, lui aussi, d'être souvent remplacé par un subjonctif passé. D'ailleurs, la question initiale de ce fil était :
Qu'écririez-vous ?
Après que vous nous ayez donné….
ou bien
Après que vous nous avez donné….
L'explication n'est donc peut-être pas si simple.
Il me semble aussi qu'il y a un problème de temps, mais précisément ce problème concerne celui qui est le plus usité, à savoir le passé composé. En effet, si je dis, "les fourmis danseront après que les araignées seront parties", le déroulement est clair. Nous avons un fonctionnement où le temps simple s'oppose au temps composé. Mais pour peu que la principale soit au passé composé, cela sonne beaucoup moins bien : "les fourmis ont dansé après que les araignées sont parties", car le temps composé ne s'oppose pas à un temps simple. De sorte que le passé composé est victime ici de son succès.
Et dans ces cas, la tentation est grande d'envoyer paître après que :
"Les fourmis ont dansé après le départ des araignées."
et aussi "Les fourmis danseront après le départ des araignées".
Plus élégant, et autant d'informations.
Tout cela sans verbe supplémentaire à conjuguer…
Oui, je suis également partisan de l'élimination d'après que, il est dans ma liste personnelle des proscriptions.
Bonjour,

Et qu'en est-il de l'expression "à ce que" ? Exemple :"vous n'êtes pas mariés à ce que jesache/sais" ?

Merci d'avance !
"A ce que" est une forme emphatique de la conjonction "que".
Simple subjonctif donc : Que je sache, que tu saches, etc.

Cordialement.
Jehan a écrit :En 1975, Grevisse donne tout de même des exemples d'emploi du subjonctif chez Gide, Georges Duhamel, François Mauriac, Camus, Jules Roy(… )
Vingt ans plus tard, le même Grevisse écrit : (..).
Pardon, mais en 1995, il respirait les pissenlits par la racine depuis quinze ans déjà.
Au temps pour moi…

J'aurais dû préciser que c'était dans le Grevisse (ouvrage) de 1995.
Presque aucun rapport donc avec le Maurice Grevisse (grammairien).
Ça va de soi.
Si ce n'est lui, c'est donc son gendre.

Au fait, on ne respire pas les pissenlits par la racine… on les mange.
Mais c'était un effet de style voulu, n'est-ce pas ? =)
Bonne année à tous,
Je serais reconnaissant de vos réponses à une question qui me dérange.
Il s’agit de la conjonction de temps « après que » - je sais bien qu’il a eu plusieurs questions posées sur cette conjonction.
Selon les règles, le verbe dans la subordonnée introduite par la conjonction « après que » doit être toujours à l’indicatif et doit toujours exprimer l’antériorité dans la subordonnée. C’est à dire que le verbe dans la subordonnée doit exprimer l’antériorité relative au temps du verbe dans la principale.
Dans un autre forum il y avait une phrase
« Deux adolescents s’étaient jetées d’une falaise après qu’une d’elles eut exprimé ses intentions sur un blog. »
Pensez vous que cette phrase soit correcte ou non ?

Dès qu’on commence avec un plus-que-parfait dans la principale, a mon avis il n’est pas possible d’exprimer l’antériorité dans la subordonné.
À mon avis le passé antérieur « eut exprimé » n’est pas plus antérieur que le plus-que-parfait – le passé antérieur exprime l’antériorité relative au passé simple et dans un subordonnée de temps le plus-que-parfait exprime l’antériorité relative à l’imparfait. Moi je suis plus content avec les phrases suivantes.
Deux adolescents se jetèrent d’une falaise après qu’une d’elles eut exprimé ses intentions sur un blog.
Ou
Deux adolescents se sont jetées d’une falaise après qu’une d’elle a eu exprimé ( passé surcomposé) ses intentions sur un blog.

Aussi peut-on employer l'infinitif antérieur avoir exprimé ( quand le sujet est le même dans la principale et le subordonée) pour exprimé l'antériorité à un plus-que-parfait.
"Une adolescent s'est jetée d'une falaise après avoir exprimer ses intentions sur un blog"
Je pense que cette phrase est correcte mais peut-on aussi dire

"Une adolescent s'était jetée d'une falaise après avoir exprimer ses intentions sur un blog"

Merci à l’avance,
Wyn
s’étaient jetées est un imparfait passif. Et je pense que eut exprimé est en fait un plus-que parfait du subjonctif (ou un conditionnel passé 2ème forme), avec une faute sur le "eût".
Vous pouvez utiliser l'infinitif passé, mais surtout le plus-que-parfait comme antériorité de l'imparfait :
« Deux adolescents s’étaient jetées d’une falaise après qu’une d’elles avait exprimé ses intentions sur un blog. »
Je pense que s'étaient jetées est plutôt un plus-que-parfait pronominal qu'un imparfait passif.

Imparfait passif : étaient jetées
Imparfait pronominal: se jetaient

Pour éviter la répétition du plus-que-parfait, pourquoi pas le passé antérieur ?
Personnellement, ça ne me choque pas vraiment.

Deux adolescents s’étaient jetées d’une falaise après qu’une d’elles eut exprimé ses intentions sur un blog.

Après tout, il y a bien cohabitation d'un imparfait et d'un passé antérieur dans ces vers de Hugo (mais ce n'est pas un plus-que-parfait, je vous l'accorde) :

" Dès qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'œil était dans la tombe et regardait Caïn."
Entre deux verbes aux passé, l'un ou l'autre peut exprimer l'antériorité. En revanche, le passé antérieur se justifie ici par l'aspect accompli qu'il exprime, puisque, une fois en bas de la falaise, il n'est bien entendu plus possible de s'exprimer sur un blog ou quoi que ce soit d'autre.
Le passé antérieur a même l'immense avantage d'être plus mélodieux à l'oreille car de même prononciation que le fameux subjonctif tellement utilisé, à tort, qu'il est "vulgarisé"…
Maria F a écrit :Bonjour,

Et qu'en est-il de l'expression "à ce que" ? Exemple :"vous n'êtes pas mariés à ce que jesache/sais" ?

Merci d'avance !
Bonsoir,
en tous les cas, "jusqu'à ce que" entraîne le subjonctif, lui.
Donc, il serait assez 'logique d'entendre' : "à ce que", également avec le subjonctif. Qu'en pensez-vous?
Anne345 a écrit :s’étaient jetées est un imparfait passif. Et je pense que eut exprimé est en fait un plus-que parfait du subjonctif (ou un conditionnel passé 2ème forme), avec une faute sur le "eût".
Vous pouvez utiliser l'infinitif passé, mais surtout le plus-que-parfait comme antériorité de l'imparfait :
« Deux adolescents s’étaient jetées d’une falaise après qu’une d’elles avait exprimé ses intentions sur un blog. »
bonsoir,
Pour la forme passive, c'est le sujet qui subit l'action.
'Etaient jetées', pourquoi pas, mais "s'étaient jetées" insinue qu'elles ont fait l'action (ce qui est le cas, soit), mais donc, ce n'est pas de la forme passive si elle font l'action, mais active.
Cependant, la présence du 'se' signifierait la voix pronominale…
Bonjour, d'ordinaire on se doit de citer ses références lorsqu'on apporte une réponse à une question comme celle-ci.
Toutefois, sans pouvoir exactement vous en citer, je suis absolument formel sur le fait d'employer l'indicatif dans ce cas, soit "après que vous m'avez…", tout comme on dit : "je vous rendrai le livre immédiatement après que j'en aurai terminé la lecture". Bon, le problème est que cette forme "orthodoxe" est peu connue et difficile à employer dans une conversation, sans voir votre(vos) interlocuteur(s), prendre la mine d'une poule qui aurait trouvé un cure-dent. Bon, puisque formel, j'accepte que l'on me tape sur le bout des doigts, si je dis des bêtises.
Bonjour.

Voici ce que j'écrivais sur ce même fil, voici deux ans,
le jour de Noël :
L'emploi du subjonctif dans ce cas de figure est encore qualifié d'incorrect par le Robert, mais pour combien de temps ?
Il y a des cas où son emploi peut se défendre.

Le grammairien Wilmet le rappelle : les puristes ont beaucoup crié au loup, ces dernières décennies. Dauzat a parlé de "solécisme", Le Bidois de "faute flagrante", Hanse de "mécanisation aberrante", Laurent de "grave offense à la syntaxe", Pierre-Henri Simon étant allé jusqu'à y voir "le symptôme non négligeable d'un certain dérèglement de l'esprit". Comme le commente Wilmet : bigre !

En 1975, Grevisse donne tout de même des exemples d'emploi du subjonctif chez Gide, Georges Duhamel, François Mauriac, Camus, Jules Roy, Léautaud, Thierry Maulnier, Marcel Brion, Henry Bordeaux, Aragon (Excusez du peu !)… Et il écrit alors en nuançant (c'est moi qui souligne) : "Il conviendrait, en attendant que l'usage se soit nettement déclaré, de tenir pour suspecte la construction de après que avec le subjonctif ".

Vingt ans plus tard, le même Grevisse écrit : "On observe une tendance, surtout forte à partir du deuxième tiers du XXe siècle, à faire suivre après que du subjonctif ". Et il précise: "Cette tendance a fait l'objet de vives critiques. Elle paraît pourtant irrésistible quoique l'indicatif ne soit nullement périmé."

Quand on évoque notamment un fait futur, après tout, il y a toujours une part d'éventualité plus ou moins grande.

Dans "Tu reviendras après qu'il soit parti.", par exemple, le départ n'est pas forcément certain… Et l'emploi du subjonctif n'est pas si absurde.
Et pourtant, si l'on remplace après que par quand, il n'y a plus de doute…
Ce qui souligne a contrario qu'en choisissant "après que" plutôt que "quand", le locuteur laisse la porte ouverte à un doute sur la certitude de la venue… Un doute parfois générateur de subjonctif !