Style direct et indirect
18 réponses
Dans la littérature en générale, les dialogues sont fréquents. En parcourant un peu les différentes oeuvres, on peut constater que les paroles des personnages sont reproduites ou racontées. Sans citer d'exemples ici, mais en faisant juste remarquer que certains récits rapportent (presque) tous les dialogues dans un style indirect, d'autres laissent parler les personnages, d'autres encore passent d'un style indirect à un style beaucoup plus "vivant" au fur et à mesure que le roman progresse (le Rouge et le Noir par exemple). Chez Maupassant ou Pagnol, le fait de rapporter les paroles telles qu'elles sont permet de reproduire certaines formes de langages non reconnues pour un texte écrit courant.
Quelle est la règle (s'il y en a une)?
Merci.
Bonsoir Yeochoua,
Je ne pense pas qu'il y ait de règles. Il y a, par contre, des pertes de l'originalité du langage oral quand il est rapporté au discours indirect.
Regarde :
Direct :
— Mais quès qué fait la mère Michel ? hurla-t-il
Indirect :
Il demanda en hurlant ce que faisait la mère Michel.
Tu vois, l'impact n'est pas le même…
Muriel
En effet. Donc, réciproquement, la recherche d'un langage plus soutenu favoriserait le choix du style indirect ?!?
Plus soutenu ?
En l'occurrence, moins vivant, et gommant souvent les particularités parfois pittoresques de la syntaxe, de la diction et du vocabulaire.
Oui, mais, imaginons un instant par exemple une ménagère dont le vocabulaire est juste suffisant choisir un tissu pour capitonner un guéridon chez un marchand qui s'est arrêté avant le certificat d'étude. Pourrait-on leur faire dire des mots comme chatoyant, velouté, pourpre, etc.?
Pourquoi pas ! les « ménagères » ne sont pas que de parfaites idiotes ! Et les marchands non plus !
Ainsi que chez le poissonnier?
« Auriez-vous l'amabilité, cher forain fort utile à la société, d'écailler pour moi cette dorade aux reflets argentés dont la vue évoque le bruit des vagues, et qui, j'espère, il y a peu, voguait encore entre les eaux.»
Elle pourrait… Mais dans la vie courante, elle dira : « Vous me la préparez… ».
J'ai bien entendu légèrement exagéré la manière courante de parler. Mais, si je comprends bien, on peut trouver une style intermédiaire, pas trop populaire et pas trop littéraire et l'employer indifféremment à la forme directe ou indirecte (?!?)
Attention à ne pas trop simplifier. Le style indirect n'est pas le propre d'un niveau de langue soutenu, ni le style direct le propre d'un langage familier.
Ex :
Je t'ai dit cent fois de faire gaffe avec les flics!
Le propre du style indirect est de s'intégrer à un propos qui l'englobe. Dans certains cas, comme dans celui-ci, il ne s'agit pas de restituer le propos tel que, dans toute sa saveur et son intégrité, mais de rappeler la teneur de ce qui a été dit, ici dans le cadre d'un reproche.
Bonsoir, je tenais à avoir votre avis sur un discours rapporté issu de Gil Blas de Santillane :
"Beau projet ! s’écria Fabrice; l’agréable imagination ! Quelle folie de vouloir, à ton âge, te faire pédant !"
Le début du texte était celui-ci - Gil Blas parle à la première personne et rapporte, via un discours indirect (il me semble !) ses propres paroles : "Voilà de belles espérances, repris-je, mon cher Fabrice ; et je t’en félicite. Pour moi, je reviens à mon premier dessein. Je vais convertir mon habit brodé en soutanelle, me rendre à Salamanque, et là, me rangeant sous les drapeaux de l’Université, remplir l’emploi de précepteur. Beau projet ! s’écria Fabrice; l’agréable imagination ! Quelle folie de vouloir, à ton âge, te faire pédant !"
Je pense qu'il s'agit d'un discours indirect libre.
Ce qui me surprend un peu, dans cette phrase, c'est que le point d'exclamation est tantôt suivi d'une minuscule, tantôt d'une majuscule.
Oui, d'autant plus qu'il n'y a pas de guillemets, il ne s'agit pas d'un discours direct ni indirect, je pense !
Mais j'attends l'avis des autres avec impatience !
Tu as raison, laissons s'exprimer les spécialistes.
Bonsoir Jérémy,
Pour moi, c'est du pur style direct (le texte est
là).
L'absence de guillemets était courante avant le XVIIe siècle, mais je ne retrouve pas le lien où je l'avais lu =D…
Muriel
Ce qui veut donc dire qu'une interjection au milieu d'une phrase, même suivie d'un point (d'exclamation ou d'interrogation) n'impose pas de majuscule à la suite de la phrase (!?)
Bonsoir Yéochoua,
Oui, c'est possible. De toute façon, ici, celle qui vous tracasse (la minuscule) est celle de l'incise : on ne met pas de majuscule aux incises, quel que soit ce qui précède : Beau projet ! s’écria Fabrice ; l’agréable imagination ! Quelle folie de vouloir, à ton âge, te faire pédant !
Muriel
Merci, je ne connaissais pas cette règle (mais qu'est-ce qu'on nous a appris à l'école?)