L’enfer, c’est les autres

Entraide scolaire

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Que pensez-vous de cette citation "l'enfer c'est les autres" ?

Êtes-vous d'accord oui ou non et pourquoi?

Merci pour vos réponses nombreuses…

Cordialement S.
Bonjour,
personnellement, je n'adhère qu'à moitié a cette citation. En effet, les autres, la Société peut faire le mal … mais toutefois, si je le souhaite, je peux faire le mal.
Cette citation appelle a la misanthropie … les autres c'est l'Enfer, d'après moi, la personne disant cela sous entend une fuite de l'enfer donc une solitude complète.
Un simple exemple, vos amis … sont les autres … sont-ils l'Enfer?
Je ne crois pas!
&& Vous qu'en pensez-vous?
Pour une énième fois, sortie du contexte de Huis-clos, cette phrase peut prêter aux plus imbéciles interprétations. Je ne dis pas ça pour vous, JeromeL, mais il faut connaître la philosophie sartrienne pour bien l'interpréter.

https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/6936-lenfer-cest-les-autres.html
Ah. Je ne savias pas que c'etait du Sartre. J'ai honte >.<

Je retire donc ce que j'ai dit si cela peut être jugé "faux" d'après vous.
Il est bien clair que sorti du contexte … cette phrase est assez simpliste.
& bien, à bientôt. PS: Je n'ai aucune connaissance Philosophique pour le moment. Etant en 1ere L :S
JeromeL a écrit :PS: Je n'ai aucune connaissance Philosophique pour le moment. Etant en 1ere L :S
C'est bien pour cela que je ne m'adressais pas à vous en particulier. Mais tant de gens utilisent cette phrase en lui faisant dire tout et rien que ça en devient insupportable, surtout pour un grand amateur de Sartre comme moi.
Bonjour ! J'ai une disseration à rendre sur le sujet "l'enfer c'est les autres", une citation que j'ai donc à problématiser. J'aimerais connaître votre avis concernant l'avancée de mes travaux (surtout dans l'organisation de mon plan afin de savoir si je répond bien à la problématique dégagée par cette citation et si donc je l'ai bien perçue). Merci d'avance ! 😀

Sujet : « l’enfer, c’est les autres » Sartre
Cette citation soulève donc la question de notre rapport à l’autre. Mais tout d’abord, nous devrions définir autrui. Autrui pourrait se définir comme l’autre homme, le prochain, une autre conscience donc un autre sujet ou un autre « moi », mais qui n’est toutefois pas moi. D’autre part, on parle dans la mythologie gréco-latine, de l’enfer comme lieu souterrain, séjour des âmes des morts. Un monde de damnés où les souffrances sont légion et où se retrouvent apeurés, noyés sous leurs pleurs, des hommes coupables de divers maux; depuis le meurtrier condamné aux expiations de l’enfer ad aeternam jusqu’au libidineux, passé par la case purgatoire, à ces hommes coupables d’avoir eu les bonnes intentions dont l’enfer est pavé. En affirmant, que l’enfer, c’est les autres, l’enfer entre dans notre monde, le monde des vivants. L’abîme remonte à la surface terrestre et l’enfer est vécu ici et maintenant, il est notre présent et non ce qui pourrait nous attendre après la mort.
On peut en déduire que ce que l’autre a d’infernal, c’est non seulement sa présence, mais surtout la cohabitation forcée, presque inéluctable, avec lui, dans une promiscuité qui contraint la vue au spectacle de l’horreur morale, de la laideur humaine. Intimité qui ne dure pas moins que l’éternité, puisque l’autre est toujours présent, nous le verrons; mais où les hommes portent le masque. Peut-on alors concevoir que cette réplique de Jean-Paul Sartre « L’enfer, c’est les autres », soit l’expression juste des rapports humains? N’est-elle pas au contraire métaphorique, si bien que ce n’est pas tant l’autre qui pose problème que l’enfer qu’il représente à mes yeux, sachant que cet enfer s’origine dans une culpabilité qui est la mienne?
Autrui n’est t-il que « l’autre moi » qui empêche le plein exercice de ma liberté ou n’en est t-il pas au contraire une condition, avec lequel nous pourrions exercer notre humanité et ainsi espérer sans naïveté établir des relations fondées sur la compréhension, le respect et la bienveillance ?

I/Autrui restreint ma liberté et mon champ d’action

1. L'opinion commune: ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui
Ce qui caractérise, à son premier stade, la psyché infantile, c'est l'absence du sens des limites qui fait que le nourrisson ne se distingue pas de son environnement extérieur. C'est l'état narcissique dans lequel Narcisse n'a pas encore appris que le reflet qu'il contemple est le sien. La psyché se socialise à partir du moment où elle commence à reconnaître autrui comme une source autonome de désir qui n'existe pas pour être à son service. Que ce soit là le réquisit minimal pour vivre en société peut être concédé sans problème. Mais, en faisant de la formule, "ma liberté s'arrête là où commence celle d'autrui" le modèle de toute socialisation possible, l'opinion commune va encore plus loin car elle reprend inconsciemment à son compte une certaine anthropologie, celle de l'idéologie dominante du libéralisme qui pourra être soumise à la discussion et à la critique.

2. la soumission aux règles sociales
Cependant, on peut aussi voir l'acte moral comme la manifestation de la peur du regard d'autrui. La conscience morale viendrait alors uniquement d'une soumission à la règle sociale, par peur de la punition ou du jugement d'autrui.
C'est notamment l'idée illustrée par Sartre dans Huis Clos. Le jugement perpétuel porté par le regard d'autrui est une véritable contrainte, une source de peur qui oblige à l'acte moral.L'enfer n'est donc pas un lieu de torture physique, comme les personnages le pensent au début, mais le lieu du jugement implacable d'autrui porté sur nous. C'est Inès qui comprend le principe de cet enfer particulier : « Le bourreau, c'est chacun de nous pour les deux autres ».
Tout au long de la pièce, les personnages cherchent à échapper à leur passé et à leurs fautes. Mais ils en sont incapables à cause du regard accusateur des deux autres, auquel ils ne peuvent se soustraire pour l'éternité. « L'enfer, c'est les autres » ne signifie pas que le rapport avec autrui est nécessairement empoisonné, mais qu'il est une source de peur qui oblige à la soumission.
Autrui me renvoie en effet une image de moi-même et peut ainsi me faire ressentir la honte.
Sartre la décrit d'ailleurs comme le sentiment originel de l’existence d’autrui. Par exemple, lorsque je regarde par le trou de la serrure, ce geste provoque en moi un frisson car j’ai imaginé quelqu’un qui me voyait en train de regarder par le trou de la serrure. Je me suis vu tel qu’autrui me voit, comme l’objet que je suis pour autrui. La honte est honte de soi devant autrui.
Autrui est un scandale car je ne le fais pas exister tandis qu’il a le pouvoir de me figer en un être (vulgaire, fière, timide, …) que je ne suis pas. Le regard d’autrui m’expose, me rend faible et fragile, me rend objet pour lui :
“S’il y a un Autre, quel qu’il soit, où qu’il soit, quels que soient ses rapports avec moi… J’ai un dehors, j’ai une nature; ma chute originelle c’est l’existence de l’autre” (L’Etre et le Néant)

3. L'interdépendance mutuelle, une condamnation
Cette interdépendance mutuelle, créée par la nécessité du regard d'autrui, peut être vue de manière très négative.
Dans Huis Clos (1944), Sartre met en scène trois personnages qui se retrouvent en enfer après leur mort. Intervient alors la célèbre réplique : « L'enfer, c'est les autres ». En effet, le drame des trois personnages est leur impossibilité d'échapper aux autres, malgré le mal causé par leurs regards. Ils sont devenus inséparables et interdépendants les uns des autres : même quand la porte est ouverte, ils ne peuvent sortir du salon où ils sont retenus. Sartre montre ainsi que la nécessité absolue du regard d'autrui est comme une condamnation à ne pas pouvoir être seul.

II/Autrui une condition de la connaissance de soi
1. autrui nécessaire pour la conscience de soi
En effet, si autrui peut faire apparaître en nous le sentiment de honte, ce dernier peut finalement nous être bénéfique puisqu'il traduit en effet une prise de conscience de soi.
Le seul moyen de défense que l’homme a à sa disposition est de transformer autrui, à son tour, en objet. Il faut se délivrer d’autrui, lui échapper pour se réapproprier soi-même et le monde qu’autrui lui vole. La conscience invente ce subterfuge pour continuer à exister en tant que sujet. Or autrui tente de résister à cette tentative de subordination. Ce qui ouvre une véritable lutte des consciences, dans laquelle je ne peux être reconnu par autrui que si je parviens à l’objectiver.

2. regard de l’autre nécessaire à la connaissance de soi
Le regard d'autrui est indispensable pour se construire soi-même. On le voit dans la détresse des marginaux, rejetés par la société et ignorés. C'est pourquoi on préfère souvent être détesté plutôt qu'ignoré. Le regard d'autrui est en effet indispensable, à la fois pour la conscience de soi et pour la connaissance de soi. Il joue en quelque sorte un rôle de miroir pour la conscience.
« Pour obtenir une vérité quelconque sur moi, il faut que je passe par l'autre. »
L'existentialisme est un humanisme, Jean-Paul Sartre, 1945
Pourquoi le regard et la reconnaissance d'un Autre sont-ils si essentiels ? Si on recherche sans cesse la reconnaissance dans le regard d'autrui, c'est parce qu'on le voit non pas comme un objet mais comme un sujet, donc un égal. C'est pourquoi il faut distinguer « autre », qui désigne tous les éléments extérieurs à soi (même le monde des objets), de « autrui » (ou l'Autre). Autrui est en quelque sorte un autre moi.

2. on ne peut pas penser sans les autres
Le solipsisme est l'attitude de douter de l'existence de tout le monde extérieur et de n'affirmer que l'existence du moi.
Le dialogue de l'âme avec elle-même. Il semble que, même seul, l'esprit ait besoin de dialoguer pour clarifier ses pensées. Pour Platon, penser seul revient à un « dialogue intérieur et silencieux de l'âme avec elle-même ». On le voit au quotidien : même lorsqu'on pense seul, on ne peut pas s'empêcher de s'interpeller, de se poser des questions rhétoriques, etc. Comme le dialogue avec autrui, le dialogue intérieur donne une richesse à la pensée. Ainsi, même en admettant que penser seul est possible, on voit que la pensée nécessite toujours une confrontation.

III/ Autrui nécessaire pour développer pleinement mon humanité

1. L'impossibilité d'un monde sans autrui
L'histoire de Robinson Crusoë, racontée par Daniel Defoe, prouve l'impossibilité d'un monde sans autrui (Robinson Crusoë, 1719). Le naufragé qui se retrouve isolé sur son île déserte s'empresse de reconstruire une altérité, en créant un journal ainsi qu'en perpétuant les habitudes sociales de l'Angleterre contemporaine (par exemple, le dimanche reste un jour non travaillé et consacré à la Bible). Le livre montre donc le besoin qu'a l'homme d'un système social et d'une altérité.
Michel Tournier, qui reprend cette histoire dans Vendredi ou les limbes du Pacifique, insiste tout particulièrement sur cet aspect. Le système mis en place par Robinson sur son île est bancal : on ne peut être à la fois prêtre et paroissien, gouverneur et gouverné, etc. Le héros, privé d'une altérité, sombre dans la « souille » et voit sa propre personnalité désagrégée (il ne se lave plus, ne se nourrit plus, passe son temps à dormir, etc.). Le livre évoque donc l'impossibilité de rester un humain civilisé dans un monde où l'altérité n'existe plus.
« Autrui, pièce maîtresse de mon univers… Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon univers personnel. Je sais ce que je risquerais en perdant l'usage de la parole, et je combats de toute l'ardeur de mon angoisse cette suprême déchéance. Mais mes relations avec les choses se trouvent elles-mêmes dénaturées par ma solitude. »
Vendredi ou les limbes du Pacifique, Michel Tournier, 1967
L'autre est donc une médiation nécessaire entre soi et soi, une condition à la conscience de soi et à la connaissance de soi.

2. La solitude à l'état de nature
Pour certains, l'état naturel de l'homme est la solitude, et la solitude peut signifier le bonheur. Rousseau décrit l'état de nature dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755). Dans cet état fictif, les hommes vivaient seuls, sans souci d'autrui, et avaient pour seule préoccupation la satisfaction de leurs besoins naturels. Pour Rousseau, dans cet état de nature l'homme était solitaire et heureux. Même si l'état de nature n'a jamais existé, Rousseau l'évoque pour montrer que les vices ont en fait été créés par la société.
L'état de nature est un concept de philosophie politique créé par les théoriciens du contrat à partir du XVIIe siècle, pour désigner la situation dans laquelle l'humanité se serait trouvée avant l'émergence de la société, et particulièrement avant l'institution de l'État et du droit positif.

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