Ionesco, La Cantatrice Chauve, scène 8

Entraide scolaire

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je suis en 1ere L et avec une amie nous devons faire un commentaire littéraire de la scène 8 de La Cantatrice Chauve. Nous avons déjà trouvé notre plan:

I Une fable parodiée
1. Une fable (codes et ressemblances)…
2. …mais aussi une parodie de fable
II Fonction de cette parodie

Comme vous le voyez, nos savons à peu près ce que nous allons mettre dans notre première mais nous rencontrons quelques problèmes en ce qui concerne la 2e partie. Nous n'avons aucune idée de ce que pourrait être la fonction de la parodie des fables de Ionesco. Notre professeur(e?) de littérature nous a dit que Ionesco n'écrivait rien sans "but" précis mais nous n'avons aucune idée de la raison pour laquelle il parodie les fables de la Fontaine.
Cela nous aiderait vraiment d'avoir quelques réponses parce que nous sommes vraiment bloquées à cette partie de notre commentaire. Merci d'avance!
SCÈNE 8 (extrait)
LES MÊMES, LE CAPITAINE DES POMPIERS

Le pompier (Il a, bien entendu, un énorme casque qui brille et un uniforme).
Bonjour, Mesdames et Messieurs.
(Les gens sont encore un peu étonnés. Mme Smith, fâchée, tourne la tête et ne répond pas à son salut.)
Bonjour, Madame Smith. Vous avez l’air fâché.

Mme SMITH
Oh !

M. SMITH
C’est que, voyez-vous… ma femme est un peu humiliée de ne pas avoir eu raison.

M. MARTIN
II y a eu, Monsieur le Capitaine des Pompiers, une controverse entre Madame et Monsieur Smith.

Mme SMITH, à M. Martin.
Ça ne vous regarde pas ! (A M. Smith.) Je te prie de ne pas mêler les étrangers à nos querelles familiales.

M. SMITH
Oh, chérie, ce n’est pas bien grave. Le Capitaine est un vieil ami de la maison. Sa mère me faisait la cour, son père, je le connaissais. Il m’avait demandé de lui donner ma fille en mariage quand j’en aurais une. Il est mort en attendant.

M. MARTIN
Ce n’est ni sa faute à lui ni la vôtre.

LE POMPIER
Enfin, de quoi s’agit-il ?

Mme. SMITH
Mon mari prétendait…

M. SMITH
Non, c’est toi qui prétendais.

M. MARTIN
Oui, c’est elle.

Mme. MARTIN
Non, c’est lui.

LE POMPIER
Ne vous énervez pas. Racontez-moi ça, Madame Smith.

Mme. SMITH
Eh bien, voilà. Ça me gêne beaucoup de vous parler franchement, mais un pompier est aussi un confesseur.

LE POMPIER
Eh bien ?

Mme SMITH
On se disputait parce que mon mari disait que lorsqu’on entend sonner à la porte, il y a toujours quelqu’un.

M. MARTIN
La chose est plausible.

Mme SMITH
Et moi, je disais que chaque fois que l’on sonne, c’est qu’il n’y a personne.

Mme. MARTIN
La chose peut paraître étrange.

Mme SMITH
Mais elle est prouvée, non point par des démonstrations théoriques, mais par des faits.

M. SMITH
C’est faux, puisque le pompier est là. Il a sonné, j’ai ouvert, il était là.

Mme. MARTIN
Quand ?

M. MARTIN
Mais tout de suite.

Mme SMITH
Oui, mais ce n’est qu’après avoir entendu sonner une quatrième fois que l’on a trouvé quelqu’un. Et la quatrième fois ne compte pas.

Mme MARTIN
Toujours. Il n’y a que les trois premières qui comptent.

M. SMITH
Monsieur le Capitaine, laissez-moi vous poser, à mon tour, quelques questions.

LE POMPIER
Allez-y.

M. SMITH
Quand j’ai ouvert et que je vous ai vu, c’était bien vous qui aviez sonné ?

LE POMPIER
Oui, c’était moi.

M. MARTIN
Vous étiez à la porte ? Vous sonniez pour entrer ?

LE POMPIER
Je ne le nie pas.

M. SMITH, à sa femme, victorieusement.
Tu vois ? J’avais raison. Quand on entend sonner, c’est que quelqu’un sonne. Tu ne peux pas dire que le Capitaine n’est pas quelqu’un.

Mme SMITH
Certainement pas. Je te répète que je te parle seulement des trois premières fois puisque la quatrième ne compte pas.

Mme MARTIN
Et quand on a sonné la première fois, c’était vous ?

LE POMPIER
Non, ce n’était pas moi.

Mme MARTIN
Vous voyez ? On sonnait et il n’y avait personne.

M. MARTIN
C’était peut-être quelqu’un d’autre ?

M. SMITH
II y avait longtemps que vous étiez à la porte ?

LE POMPIER
Trois quarts d’heure.

M. SMITH
Et vous n’avez vu personne ?

LE POMPIER
Personne. J’en suis sûr.

Mme MARTIN
Est-ce que vous avez entendu sonner la deuxième fois ?

LE POMPIER
Oui, ce n’était pas moi non plus. Et il n’y avait toujours personne.

Mme. SMITH
Victoire ! J’ai eu raison.

M. SMITH, à sa femme.
Pas si vite. (Au Pompier.) Et qu’est-ce que vous faisiez à la porte ?

LE POMPIER
Rien. Je restais là. Je pensais à des tas de choses.

M. MARTIN, au pompier.
Mais la troisième fois… ce n’est pas vous qui aviez sonné ?

LE POMPIER
Si, c’était moi.

M. SMITH
Mais quand on a ouvert, on ne vous a pas vu.

LE POMPIER
C’est parce que je me suis caché… pour rire.

Mme. SMITH
Ne riez pas, Monsieur le Capitaine. L’affaire est trop triste.

M. MARTIN
En somme, nous ne savons toujours pas si, lorsqu’on sonne à la porte, il y a quelqu’un ou non !

Mme SMITH
Jamais personne.

M. SMITH
Toujours quelqu’un.

LE POMPIER
Je vais vous mettre d’accord. Vous avez un peu raison tous les deux. Lorsqu’on sonne à la porte, des fois il y a quelqu’un, d’autres fois il n’y a personne.

M. MARTIN
Ça me paraît logique.

Mme MARTIN
Je le crois aussi.

LE POMPIER
Les choses sont simples, en réalité. (Aux époux Smith.) Embrassez-vous.

Mme SMITH
On s’est déjà embrassé tout à l’heure.

M. MARTIN
Ils s’embrasseront demain. Ils ont tout le temps.

[…]
Pourquoi parles-tu d'une parodie de fable si tu ne sais pas quoi mettre dans cette partie ? =)
Si j'ai bien compris, c'est le grand II qui lui pose problème…
Non pas tant la parodie, mais la fonction de cette parodie.
Oui, c'est bien la deuxième partie qui nous pose problème. On sait que dans la première on va parler des codes de la fable détournés au profit de la parodie.
C'est savoir pourquoi Ionesco a parodié les fables qui nous dérangent. Vous n'avez pas une petite idée?
Je suis l'ami d 'Ellestouflo, et on galère vraiment là…
Quelqu'un pourrait-il nous envoyer un element de réponse, une bouée de sauvetage?
Il y a en fait plusieurs parodies d'apologues, chacune ayant une mission plus particulière.
La première finalité est évidemment le comique : comique de l'absurde (il faudrait dire non-sense comme dans les œuvres de Lewis Caroll), pensée toute faite, piques, défaut des leçons implicites, fausse logique, critique du merveilleux, accumulations et labyrinthe des associations d'idées… D'une manière générale, parler pour ne rien dire apparemment comme dans les réunions de la bonne société.
Mais comme dans tout apologue, il existe (ici de manière ironique) une leçon de vie :
- incapacité du langage à rendre compte de la réalité,
- critique du langage comme support d'une logique absente de la réalité,
- vacuité de la pensée symbolique,
- critique du langage comme tentative de prise de pouvoir sur autrui…