Claudel, Partage de midi

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

J'étudie actuellement Partage de Midi de Paul Claudel, et je dois avouer que j'ai vraiment du mal avec son style d'écriture.
J'aurai voulu savoir si certains d'entre vous l'avait lu pour que nous puissions en parler et qu'éventuellement vous puissiez m'éclairer sur certains passages.

Merci pour votre participation,

Bonne journée à vous.
Bonjour Nanie,

J'ai lu le Partage de midi.
Quelles sont tes difficultés ou tes questions ?
Bonjour Jean-Luc et merci de bien vouloir m'aider,

J'ai de grosses difficultés de compréhension surtout par rapport au personnage d'Amalric. Déjà la plupart du temps je ne comprends pas ce qu'il veut dire, ou alors j'ai l'impression qu'il y a plein de sous entendus, mais dans tous les cas je ne vois pas où il veut en venir…

D'après ce que je crois avoir compris il a rencontré Ysé il y a 10 ans et là il la recroise sur un bateau parceque son ami Mésa fait affaire avec De Ciz, le mari d'Ysé ? Il a l'air content de revoir Ysé mais pourtant il lui dit qu'il est heureux de sa situation actuelle tout en lui demandant pourquoi ça n'a pas marché entre eux ?!? Ensuite il n'est plus présent dans l'acte II mais on le revoit dans l'acte III de nouveau avec Ysé et sans explication.

Je m'excuse de vulgariser ainsi Claudel mais je voudrais être sûre de bien comprendre de quoi il retourne.

Je vous remercie de bien vouloir me donner quelques explications surtout si je fais fausse route…
Bonjour Nanie,

Ne t'excuse pas de vulgariser (ou plutôt de rendre vulgaire) ce drame de Claudel. Tu parcours en sens contraire le chemin de Claudel. L'auteur a vécu une aventure coupable avec Rosalie Vetch et il cherche à lui donner ensuite une ampleur mystique. Ysé, c'est la femme fatale, tourment de l'homme pour son salut, depuis la Genèse, c'est Rosalie parée d'une forme d'Yseut. Tu as donc raison de revenir aux aspects sordides originels de ce drame. Les premières conversations sur le bateau dans l'acte I nous confirment d'ailleurs cette ambiance veule et mesquine avant le dépassement et l'envolée finals.

Amalric est un jouisseur, un profiteur, un être méprisable, c'est l'amant vulgaire du vaudeville, celui qui est prêt à faire du commerce avec le mari de celle qu'il désire, celui qui suit bassement ses pulsions, qui cherche à profiter d'un vieux désir rallumé parce qu'une femme recroise son chemin à un moment donné. Il est donc celui qui ne saurait combler le désir d'absolu (et de sécurité) d'Ysé. Elle le quittera d'ailleurs pour rejoindre Mésa à l'acte III.

Je te conseille d'aller voir cette page fort bien rédigée https://www.paul-claudel.net/ ici.

Tu pourrais y trouver des réponses à d'autres questions. Mais je reste à ta disposition pour commenter ce drame étrange, complexe et somptueux.

Comme le lien ne semble pas fonctionner directement, je t'indique le site
https://www.paul-claudel.net/ https://www.paul-claudel.net/
Clique sur oeuvre dramatique, puis sur Partage de midi.
J'avais plutôt l'impression qu'Amalric était celui qui pourrait justement offrir la stabilité à Ysé puisqu'il apparaît comme le seul satisfait sur ses eaux calmes dans l'acte I. Vous me dites pourtant qu'il ne saurait combler le désir d'absolu et de sécurité d'Ysé et que c'est pour cela qu'elle se tourne vers Mésa… pourtant celui-ci ne peut lui offrir non plus ce qu'elle désire puisqu'il me semble qu'il aime Dieu avant la femme…

Merci pour le lien qui m'a apporté un bon éclairage de l'oeuvre.

Jean-Luc, puis-je vous demander si vous êtes étudiant, professeur ou simplement passionné de lettres ?
Bonsoir Nanie,

Ta question appelle la réponse suivante : je suis ou j'ai été les trois, mais dans quel ordre ?
Cherches-tu à savoir si mes réponses sont dignes de confiance, authentifiées par l'institution ? 🙂

Quant à tes objections, elles prouvent ton esprit critique et ta finesse. Donc laissons de côté les étiquettes et entamons une conversation de personnes de bonne compagnie.

Mésa est le double poétique de Claudel. Il est l'idéaliste, celui qui est épris d'absolu, qui chemine dans la foi, qui cherche à mieux pénétrer dans le mystère de l'homme et de Dieu. C'est l'homme vertical, les pieds sur terre et la tête dans les cieux. Ysé a bien compris que Mésa était l'homme écartelé, mais fidèle à sa vocation, admirable dans ses doutes et la conscience de son péché, et donc digne d'être aimé. Ysé sait l'amour de Mésa impossible en même temps que fort et vrai. La sécurité pour Ysé, c'est d'aimer un homme digne de ce nom, un homme sur qui elle puisse appuyer sa faiblesse…

Amalric est l'homme horizontal, le terrien positiviste et jouisseur, l'aventurier brutal et cynique, le séducteur facile qui voit dans Ysé "une jument de race". Son nom renvoie aux barbares qui ont déferlé sur l'Europe chrétienne. Il ne peut satisfaire le désir profond de la femme appelée à se donner sans retour, et à se dépasser dans l'enfantement.
"J'existe, je vois,
Je ne sue pas, je fume mon cigare, je suis satisfait."
Ce à quoi Ysé répond :
"Moi, Moi, je ne suis pas satisfaite ! - Il faut que j'aille voir les enfants."
Ysé connaît dès le début sa tentation à elle : le désir de se faire servir, de jouir de menus plaisirs, de vivre un amour narcissique, qui pourtant la détourne de sa vocation de femme et de mère… C'est encore Amalric, très perspicace qui affirme "il lui fallait de grands devoirs pour l'attacher"…

Alors ? convaincue…
Bonsoir Jean-Luc,

Convaincue… oui… mais pas encore tout à fait…

Si Ysé cherchait quelqu'un sur qui appuyer sa faiblesse, pourquoi ne s'est-elle pas tournée directement vers Amalric puisqu'elle lui dit "Je me sentais trop faible auprès de vous" ? Et pourquoi, finalement c'est tout de même lui qu'elle a été trouvé quand le pêché et la mort de son mari la hantaient à l'Acte III ? Alors que De Ciz représentait l'ennui et Mésa le pêché, Amalric me paraît représenter la seule solution pour Ysé. Il est stable et solide, n'est-ce pas ce qu'il faut à une femme faible ? Et si Amalric n'était qu'un séducteur, pourquoi se donnerait-il la peine de demander à Ysé des explications quant à la raison pour laquelle elle n'a pas voulu le suivre et faire sa vie avec lui, dix ans plus tôt ?

Je dis tout ça uniquement pour que tu puisses me montrer mes erreurs d'interprétation, car il est évident que Claudel/Mésa n'aurait pas voulu donner le beau rôle au 3ème homme, Amalric… et pourtant… il est celui qui me paraît correspondre le mieux à Ysé…
Quel dommage ! je ne suispas chez moi jusqu'à lundi et n'ai donc pas le texte de Claudel. Sinon, j'aurais très volontiers contribué à ces échanges.
Je crois qu'il faut toujours voir le chrétien épris d'absolu chez Claudel. Mésa attire Ysé vers le haut. On peut y lire Yseult, bien sûr, qui vit un amour coupable mais qui reste dans le "bain" de merveilleux médiéval en dialogue avec des voix qui ne sont pas d'ici-bas.
Bonjour Léah,

Si tu souhaites affiner ton propos à partir de lundi quand tu pourras avoir le texte sous les yeux j'en serai ravie.

Bon week end,

Nanie.
aïe, mon cas est-il si désespéré que ça ? :/

bonne journée à tout le monde
Nanie je suis sincèrement désolée ! d'abord je ne suis rentrée que mardi au lieu de lundi comme prévu ; et je n'arrive pas à remettre la main sur mon livre (que je suis pourtant certaine d'avoir chez moi)
Pour quand est ton devoir ?
Bonjour Léah,

Mon examen est au mois de janvier donc ce n'est pas pressé. J'ai l'impression de ne pas comprendre l'oeuvre comme il faudrait, c'est pour ça que j'avais ouvert cette discussion. Elle m'a déjà apporté de bons éclairages en pointant mes erreurs d'interprétation donc si tu n'as pas le temps de t'occuper de moi je ne t'en voudrais pas 😉

Bonne continuation.
Si si j'ai enfin retrouvé mon livre !
Ça ne sera pas du tout un pensum pour moi que de le relire je m'y mets dès ce soir enfin cette nuit
J'ai relu la Préface rédigée par Claudel lui-même et il me semble qu'il y a là-dedans pas mal d'éléments de réponse ; qu'en penses-tu ?
Bonjour Nanie,

Reprenons notre conversation interrompue.

Pour Ysé, l'aventure humaine et le destin se construisent au travers de trois hommes.

De Ciz est le mari falot et traficoteur, il était l'illusion du bonheur facile.

Amalric correspond à une autre tentation : l'amour charnel complaisant satisfait, sans dépassement. Amalric n'éprouve jamais le sentiment d'une faute. Amalric ne permet pas au destin de la femme de s'épanouir.
A l'acte III, Ysé est très consciente de son choix réducteur et matérialiste avec Amalric :
« Et je me suis accrochée à toi, et je pensais que tu étais la vie et que tu me sauverais et que je pourrais vivre avec toi
Sainement et honnêtement, sincèrement, raisonnablement. »
Amalric se montre lâche et méprisable quand il fouille les poches de Mésa et lui dérobe son laissez-passer. Ysé a pressenti que pour Amalric la vie matérielle l'emportera sur tout, y compris sur son amour pour la femme.

Mésa, c'est l'amour charnel coupable. Mais c'est aussi une fenêtre ou une porte sur le destin de l'homme qui ne s'arrête pas à la réalité immédiate et temporelle. Mésa ouvre sur la transcendance et un amour qui peut être sublimé, qui appelle au dépassement. Mésa, c'est l'amour exigeant. Il revêt à la fin son sacerdoce de prêtre tandis qu'Ysé devient l'initiatrice et la médiatrice. Chacun accomplit sa vocation.

La « faiblesse » est pour Claudel de se contenter de la finitude de la vie, de se montrer infidèle à sa vocation (au chemin de Dieu dont les desseins sont impénétrables).
J'ai justement envoyé un courriel à Nanie pour l'inviter à continuer la discuss !
Ce que j'ai relevé aussi dans les premières scènes c'est l'insistance sur la lumière de Midi ; ainsi que les paroles d'Ysé "je ne suis pas satisfaite" qu'elle répète plusieurs fois…
Il est vrai que les "apartés" de Claudel sont parfois déroutants
MESA
Il a des mains agréables
(Car les choses sont comme une vache
Qui sait ne pas se laisser traire quand elle veut)

et aussi les rejets
-je repense à la remarque du début de Nanie par rapport à l'écriture de Claudel
N'oublions pas qu'il est aussi poète !
Bonjour Jean-Luc et Léah,

Tout d'abord je souhaitais vous remercier pour vos réponses à la lumière desquelles j'ai relu le Partage de Midi qui m'a paru beaucoup moins obscur.

Un point continue cependant de me gêner : je ne comprends toujours pas pourquoi c'est Ysé (dont on ne peut pas dire que l'attitude soit véritablement vertueuse dans l'oeuvre) qui seule peut permettre le salut de Mésa, et pourquoi ce dernier ne pouvait atteindre Dieu sans son concours…

Merci pour votre aide,

Meilleurs voeux pour 2007.

Nanie.
Ah ! la femme comme intercesseuse (hum je suis pas certaine de ce féminin zarbi) intercessrice (?)
Parce que sans doute Mesa représente le salut de Ysé… Je ne crois pas que la vertu compte beaucoup dans l'aptitude à être attracté par le divin. Bouddha était-il un prince vertueux ? Claudel lui-même était-il un homme vertueux ?

Bonne Année chère Nanie et on poursuit la lecture avec toi !
Ah ! la femme comme intercesseuse (hum je suis pas certaine de ce féminin zarbi) intercessrice (?) […]
Bonjour Léah :
REM. Le féminin intercesseuse serait normal, mais n'est pas attesté.
(Le Grand Robert)
Pas attesté ? Maintenant, si ! 🙂
Tu peux y aller, après tout, y en a bien qui parlent de bravitude…

Mais ne t'en sers pas pour tricher au scrabble, c'est déloyal.