Faites-le vous-même(s)

Langue française

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C'est au moment où le participant se considère comme contributeur que le nous régit la situation.
Le contributeur, jusqu'à nouvel ordre, c'est celui qui participe de manière active à un projet collectif, à une entreprise. Ah, la culture d'entreprise ! Quelle belle chose que de savoir quelque chose…

Bon, le roi est donc serviteur de Dieu, le P.D.G. suprême.
S'il dit "nous", c'est parce qu'il met son patron dans le coup ?
Un "nous" de majesté parce qu'il est roi ?
Mais aussi un "nous" de modestie parce qu'il n'est que second chez Dieu & Co ?

Je me demande si tous les grands pontes utilisant le "nous" de majesté se considèrent vraiment comme les brillants (mais modestes) exécutants des projets du Grand Barbu. Si c'est le cas, ça devient grave ! =)
Tartuffe montre de façon détaillée le mode de progression de la connaissance collective dont procède la thèse: 1 égarement général, 2 exploration qui correspond à la recherche dans la thèse, 3 soutenance figurée dans le cinquième acte, troisième scène, où le:
"Je l'ai vu, dis-je", confère l'autorité au propos établi en le distinguant des préjugés.

Si, dans une thèse, on lit "Nous avons consulté les archives", ou "J'ai consulté les archives", le sens est différent. Dans le premier cas, c'est la thèse qui parle d'elle même, présente son mode de construction et s'avance en majesté de façon impersonnelle. Dans le second cas, c'est une incidente explicative qui pourrait aussi bien être mise en note.
Celui qui ne perçoit pas cette différence sera intrigué par ce pluriel auquel il n'est pas accoutumé, mais on peut lui expliquer la nécessité spécifique de la distinction dans un travail qui ne vise pas à donner une opinion mais à établir la vérité.

Cependant certains refuseront de créditer le voyageur ou le chercheur des observations qu'ils ont tirées de leurs recherches ou de leurs voyages, comme fait Madame Pernelle dans la scène citée. C'est malheureusement très fréquent, et aujourd'hui, chaque fois que quelqu'un dit en public "J'ai vu, de mes yeux vu" , des Madame Pernelle se manifestent qui jouent avec la bande en cherchant à produire des échos chez ceux qui participent des mêmes préjugés qu'eux. Mais, ce que le grammairien Wilmet, cité par Jehan appelle "fondre sa voix dans un chœur", et que Madame Pernelle fait, est exactement le contraire de ce que fait un chercheur dans une thèse.
Pour étouffer ces cris d'orfraie, au lieu de s'écrier, comme Orgon "faut-il le rabattre aux oreilles cent fois, et crier comme quatre ?", on peut user du subterfuge de parler du "pluriel de modestie", au lieu du pluriel de majesté. Mais cela revient à mettre sur le terrain de la courtoisie ou de la politesse ce qui ne relève ni de l'arrogance , ni de la modestie, mais de la seule autorité de la vérité qui s'impose à tous, celui qui la découvre, celui qui l'énonce, comme celui qui l'entend.
Celui qui emploierait le pluriel de majesté en disant que c'est un pluriel de modestie me fait penser à un aveugle qui dirait: "Je ne suis pas aveugle, je suis non voyant" car l'expérience de l'aveugle est étrangère à celui qui ne l'est pas, mais qui a l'expérience de ne rien voir en certaines circonstances. En traitant l'aveugle de non voyant, il réduit mentalement l'expérience de celui-ci à ce qu'il peut en comprendre.
Si, dans une thèse, on lit "Nous avons consulté les archives", ou "J'ai consulté les archives", le sens est différent. Dans le premier cas, c'est la thèse qui parle d'elle même, présente son mode de construction et s'avance en majesté de façon impersonnelle.
Une majesté "impersonnelle"… Je ne connaissais pas
ce genre de majesté à l'ego si discret. Encore une lacune comblée.

On notera que le véritable "nous" de majesté n'est guère utilisé, lui, pour tenter d'exposer une quelconque vérité, mais pour enjoindre, ordonner, asséner ses décisions : "Dieu et moi décidons en chœur…L'Etat et moi décidons en chœur… Entendez-vous la grosse voix du chœur ? Obtempérez, manants !" Grosse différence.

Pour l'explication du "nous" de modestie, pas besoin d'étaler sa culture classique et d'aller chercher midi à quatorze heures chez Molière. Il s'agit bien, en fait, de se fondre "impersonnellement" dans l'anonymat du chœur, de relativiser l'importance de son ego dans les recherches exposées, de ne pas présenter ses thèses comme des vérités sorties de son seul cerveau. Ce "nous" rappelle que l’auteur du mémoire, de la thèse ou de l’article n’est pas parti de rien : allusion à ses maîtres, aux travaux des autres auteurs sur lesquels il s’est appuyé, fût-ce pour les contester… Ce peut être aussi une façon d'associer implicitement, par humilité, des collègues à l'étude effectuée, alors qu'on l'a réalisée tout seul ou presque.

L' impersonnel "on" est souvent l'équivalent du "nous".
Et il existe bien aussi un "on" de modestie.
Mais le "on" de majesté, lui, ne doit pas courir les rues.
"le "on" de majesté, lui, ne doit pas courir les rues."………
……"On notera que..".
Cela me semble contradictoire. Mais c'est secondaire.

J'ai dit ce que j'avais à dire aux lecteurs. Jehan aussi. Je ne crois pas utile de polémiquer. C'est aux lecteurs de juger.
"On notera que..".
Et ce "on" à valeur très générale serait un "on" de majesté ?
Y en a, comme ça, qui voient de la majesté partout…

Si j'avais écrit "Il est à noter"… ça aurait été un "il" impersonnel de majesté, aussi ?