Le poète est-il un voyant ?
26 réponses · Page 1 / 2
Bonjour à toutes et à tous.
J'ai découvert ce forum, qui m'a l'air très animé, pendant que je recherchais un peu d'aide pour ma dissertation de français. Celle-ci sera ma première à composer dans cette matière, et je viens réclamer un peu d'aide pour bien la commencer.
Voici le sujet de la dissertation :
D'aucuns ont présenté le poète comme un voyant. Et vous ?
Bon …, j'avoue que je ne suis pas très inspirée, et quand j'ai vu ça … je me suis dit que mes vacances allaient être gâchées 😉
Je dois en effet rendre ce devoir dans trois semaines, et je compte m'y prendre dés maintenant.
Alors, étant donné que c'est ma première dissertation, je ne sais vraiment pas comment m'y prendre, par où commencer, quelles parties, … Je ne veux pas non plus une dissertation toute faite, mais je viens solliciter votre aide pour m'éclairer un peu.
Merci d'avance.
Il faut de toute façons partir de Rimbaud. Lui-même s'est déclaré "voyant" à un moment de son parcours, mais pas tout le temps. Il faut donc commencer par s'informer là-dessus.
D'accord, merci pour ce conseil, je l'ignorais !
Si quelqu'un a autre chose … je ne serai pas contre 😉
Merci encore Putakli.
J'ai effectué des recherches depuis ,et je ne vois pas trop sur quels exemple de texte m'appuyer à part les lettre de Rimbaud dites du "Voyant" de 1871, et encore je ne sais pas si c'est un exemple pertinent ;(
Si quelqu'un pouvait m'aider en ce qui concerne les exemples, j'en serais très reconnaissant !
Bonjour,
Tu peux tenter ta chance
ici.C'est peut-être un peu difficile, mais un très grand exemple de cela nous vient d'Allemagne. Les romantiques allemands (dont beaucoup de fruvollendeten = romantiques excessifs) ont cette vision du poète qui consiste à le voir comme un mage, un intermédiaire entre Dieu et le cosmos. Cela est surtout vrai pour des poètes comme Novalis, Hölderlin, Jean Paul, Wackenroder, et tous les poètes-naturephilosophen inspirés par la Naturephilosophie de Schelling notamment. On peut consulter entre autres deux odes de Hölderlin : "Vocation du poète" et "Courage du poète".
Bonjour,
En complément des pistes de 76man, tu peux examiner certains poèmes français du livre VI "Au bord de l'infini" des
Contemplations où Hugo se transforme en voyant comme dans "Ce que dit la bouche d'ombre…"
Regarde cette discussion
ici.Bonsoir.
Hölderlin, Hugo: suggestions tentantes, mais attention à ne pas confondre "voyant" et "prophète". Être "voyant" à la façon de Rimbaud, ce n'est pas voir au-delà ou par-delà, c'est voir autrement. Pour s'en convaincre, lisez Une saison en enfer:
"Je m'habituai à l'hallucination simple: je voyais très franchement une mosquée à la place d'une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d'un lac; les monstres, les mystères; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi.
Puis j'expliquai mes sophismes magiques avec l'hallucination des mots!
Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit."
Au contraire de Hugo qui, surtout dans ses dernières années, rêve de dévoiler la contexture suprême de l'univers et de tutoyer l'absolu, Rimbaud n'a aucune révélation à faire. Sa "voyance" est purement poétique.
Cordialement.
JLP.
Certes, mais sans aller jusqu'à confondre "voyant" et "prophète", je ne ferais pas une distinction tranchée, car le poète n'est tout de même pas un peintre. Si le poète, supposé "voyant", ne prophétise pas, il ne dessine pas non plus, mais évoque, et ce que son évocation entraîne regroupe des sensations et produit une impression sur son auditeur ou son lecteur, mais ne lui donne généralement pas des repères, seulement une ambiance.
Je pense qu'on peut faire glisser l'idée de voyant de Rimbaud à Bonnefoy, sans trahir l'idée. J'irais même jusqu'à Oscar Wilde pour dire qu'il apporte une structure de sensibilité qui filtre sa perception, et qu'il peut la proposer un peu à la manière dont on propose une morale: essayez la donc et dites moi ce que vous en pensez, si vous trouvez que son usage apporte de l'aisance et de l'harmonie dans votre vie, et finalement un peu de bonheur.
En ce sens, on peut dire que presque tous les poètes sont des voyants, Lamartine, Heredia, et même Victor Hugo, par exemple dans l'usage qu'il faut de l'antithèse.
Merci beaucoup pour vos réponses qui me sont d'une grande aide ! 🙂
Alors, si je m'appuie sur Hugo, ou Hölderlin je ne risque pas d'être un peu hors-sujet, comme le dit Jean-Luc Picard ?
Tout dépend de l'acception que vous faites du terme "voyant".
Putakli a écrit :(suggestions plus ou moins plausibles, Bonnefoy nettement plus que Wilde…)
En ce sens, on peut dire que presque tous les poètes sont des voyants (…)
C'est justement le problème: il ne faut pas diluer le sujet, mais chercher ce qu'il porte de spécifique.
Cela dit, tout dépend aussi du niveau d'études où l'on se trouve. En Seconde ou en Première, j'accepterais à la rigueur des simplifications que je sanctionnerais à Bac + 3.
(Je suis ne qu'en première 🙂 )
Je vais réfléchir à tout ça, et essayer de construire un plan.
A propos, en ce qui concerne le plan, je pense que ma première partie sera destinée à expliquer pourquoi je présente moi aussi le poète comme un voyant, en m'appuyant sur tous ces exemples (Hugo, Rimbaud, …), mais je ne vois pas trop pour la seconde partie.
Faut-il, pour la seconde partie, que je me mette en "désaccord" et que je dise pourquoi le poète n'est pas forcément un voyant ? Ou ce n'est pas ça du tout qu'il faut faire ? (je rappelle qu'il s'agit de ma première dissertation, désolé si je pose autant de question )
Ne raisonne pas d'emblée en termes de plan. =)
Il faut d'abord réfléchir concrètement, à partir de ce que tu connais comme poésie. Puis, chercher non pas le plan le plus élégant formellement mais celui qui permet de dire ce qu'il y a d'intéressant à dire.
Quand tu fais une dissertation littéraire, interdis-toi de penser "plan" durant la première demi-heure. Car, en décidant trop vite, tu te fermes des horizons et tu risques de te lancer sur une fausse piste.
Pour ce sujet, ce n'est pas très difficile: tu connais sûrement des tas de poésies, et dans le nombre, beaucoup se moquent complètement d'être "voyantes". La poésie peut être pittoresque (beauté des bois et des champs…), sentimentale, tragique, etc.
Un auteur du 17e siècle n'aurait même pas compris ce que Rimbaud veut dire, ou l'aurait qualifié de "visionnaire", terme péjoratif à cette époque ("qui a des visions, qui est perdu dans des chimères").
Donc, réfléchis aux autres conceptions possibles de la poésie, et tu finiras par trouver un plan, d'autant plus facilement que tu l'auras moins cherché.
Voici la deuxième définition de "
voyant" par le TLFi :
Personne qui connaît ce qui est caché au commun des mortels, ce qui est hors de portée des sens naturels et de la raison. Synon. visionnaire, devin.
On peut voir dans cette définition un certain prophétisme qui se rapproche de Hugo et Hölderlin. Voyant est aussi celui qui voit au-delà et utilise la poésie pour le dire.
Dans une deuxième partie, on peut dire que le poète peut aussi être pragmatique, réaliste; par exemple, "Melancholia" de Hugo est tout ce qu'il y a de réaliste : le travail des enfants au XIXe est loin d'être une quête du divin ou bien de l'ineffable.
76man a écrit :Voici la deuxième définition de "voyant" par le TLFi :
Personne qui connaît ce qui est caché au commun des mortels, ce qui est hors de portée des sens naturels et de la raison. Synon. visionnaire, devin.
Je ne conteste pas la définition, juste son application à Rimbaud: "voyant" n'a pas chez lui ce sens de "devin".
Cela dit, on peut plus ou moins élargir, selon que le travail porte sur Rimbaud lui-même, ou prend seulement sa phrase comme prétexte pour une réflexion plus générale. Dans ce cas, Hugo et Hölderlin sont les bienvenus. =)
Jean-Luc Picard a écrit :Je ne conteste pas la définition, juste son application à Rimbaud: "voyant" n'a pas chez lui ce sens de "devin".
Cela dit, on peut plus ou moins élargir, selon que le travail porte sur Rimbaud lui-même, ou prend seulement sa phrase comme prétexte pour une réflexion plus générale. Dans ce cas, Hugo et Hölderlin sont les bienvenus. =)
Oui tout à fait. Mais je pense qu'on ne fait pas faire de dissertation sur la poésie rimbaldienne en 1ère. Ou alors les choses ont changé très rapidement 😉
Bonjour Fugie. J'ai lu:
Je ne suis qu'en première.
Loin d'être un handicap, pour la poésie, c'est presque une chance. Je crois que les poètes ne me contrediraient pas, et sûrement pas le Rilke écrivant les lettres publiées sous le titre de "Lettres à un jeune poète".
Je m'étais amusé autrefois à tester quelques dizaines de personnes sur les deux vers, très connus de Verlaine:
"Dans le vieux parc, solitaire et glacé,
Deux formes ont, tout à l'heure, passé."
en demandant quel était le mot qui n'était pas écrit, mais néammoins présent à la rime, comme inhérent à son fonctionnement poétique.
Les non bacheliers trouvaient tout de suite; les bacheliers ne trouvaient pas. Cela ne veut pas dire que ceux-ci ne sachent pas des choses que les premiers ignorent, mais la réciproque est quelque peu vraie quand on s'acharne par trop à développer la fonction déductive au détriment de la compréhension intuitive.
Il faut le savoir et en prendre son parti,
le sien, naturellement. Pour le problème de la deuxième partie, dans le cas où Rimbaud occuperait une place principale dans la première, je verrais assez bien figurer Théodore de Banville, parce qu'il est un grand inspirateur de Rimbaud, tout en n'était pas du tout un "voyant". Simple suggestion.
Putakli a écrit :Je m'étais amusé autrefois à tester quelques dizaines de personnes sur les deux vers, très connus de Verlaine:
"Dans le vieux parc, solitaire et glacé,
Deux formes ont, tout à l'heure, passé."
en demandant quel était le mot qui n'était pas écrit, mais néammoins présent à la rime, comme inhérent à son fonctionnement poétique.
Vous pouvez traduire, pour ceux que leurs diplômes ont rendus sourds à la poésie?
Entre glacé et passé, il y a glissé.