Certes. Mais que cela ne vous empêche pas de préciser le fond de votre pensée surtout. Bonjour,
Comme promis, je reviens poster quelques remarques, à la suite des interventions de Hugo, macbland et Nevermore. Je m’étais donné quelques jours pour rassembler mes idées et quelques informations… C’est un peu long parce que je ne suis pas entrainée à la synthèse… Comme je ne connais pas bien le système, je vais sans doute faire des erreurs de jugement et formuler des remarques « simplistes » (Arthur 😉 ) bref, enfoncer pas mal de portes ouvertes…
Après recherches et renseignements, et je ne peux que le regretter, la question de la souffrance (psychologique et physique) mérite bel et bien d’être posée. Elle est encore (trop) tabou. Je mets ici une adresse pour qui ne la connaitrait pas ou l’aurait égarée :
Relais Etudiants Lycéens
60 rue des Grands moulins, 75013 PARIS
tél : 01 45 83 89 15.
Un accueil spécifique est réservé aux élèves des classes préparatoires, les consultations sont prises en charge par l’assurance maladie.
Pour la province, je ne sais pas.
Pour faire suite aux interventions…
Je ne m’attarderai pas sur la contribution de
macbland, même si elle a l’intérêt de rappeler que, dans certains cas, ce système est
efficace : la classe préparatoire est bien vécue (autant qu’elle peut l’être dans un système qui impose aux élèves une énorme charge de travail dans un temps court - moins de deux années séparent l’entrée en prépa du 1er concours), et l’issue est heureuse puisque le succès aux concours récompense les efforts. Disons pour simplifier que l’on se trouverait là dans le 1er cas évoqué par Hugo. On aimerait lire plus souvent ce type de témoignage.
La contribution de
Hugo apporte un éclairage différent, plus « nuancé » en effet. Après une lecture rapide, j’allais rédiger un paragraphe sur la déprime voire la dépression post-intégration pour une autre frange de normaliens, dont j'avais entendu parler (pas seulement pour l'ENS d’ailleurs, mais pour toutes les grandes écoles… notamment en écoutant ceci :
https://www.diffusion.ens.fr/index.php?res=conf&idconf=533). On comprend bien toute la difficulté du retour à une vie "normale", après deux ou trois années pendant lesquelles LE concours accapare l'esprit (et le corps !). Là encore le parallèle avec l'enfantement (je vous assure pourtant que je ne suis pas obstétricienne !) saute aux yeux : la dépression
post partum est un phénomène bien connu des médecins. La femme, qui a vécu un phénomène physiquement et émotionnellement très intense, doit ensuite se réapproprier son corps, et celui-ci doit retrouver un fonctionnement "normal" (Polo, cette fois, c'est bien
Doctissimo 😉) et cela se fait assez difficilement pour certaines.
Mais aujourd’hui c’est plutôt cette phrase écrite par Hugo, qui attire mon attention :
Je persiste à penser que le système à l'heure actuelle des classes prépas littéraires est profondément malsain
Hugo est normalien (et je suppose satisfait de l’être, et c’est normal), le propos ne peut donc être dicté par l’aigreur. Donc, cette position mériterait, selon moi, une explication. J’y réfléchis aussi. Et l’intervention de Nevermore pourrait fournir un début d’explication.
Que nous dit
Nevermore? Si je la suis bien, elle se pose surtout la question du
sens de la classe préparatoire (question qui pourrait être « travailler autant et dans cet esprit a-t-il encore un sens ? ») pour les élèves qui, à un moment de leur parcours au sein de ces classes (que ce soit en hypo ou en khâgne) font le constat qu’ils n’auront pas le concours, malgré tous leurs efforts, et alors même qu’ils ont joué le jeu (le problème est différent pour les élèves plus « détendus » et/ou qui n’auraient dès le départ pas eu l’objectif de la réussite au concours quoique… Lohelia nous rappelle que même dans ce cas, des problèmes peuvent demeurer). Avec le découragement qui va avec, et plus grave, le risque de perdre confiance en ses capacités. C’est la situation courante des étudiants des classes préparatoires dites « moyennes / supérieures » (i.e. qui « produisent » des « sous-a » et des admissibles, et exceptionnellement des admis), mais c’est aussi celle des élèves des classes préparatoires réputées (LLG, H4, voire Le Parc) s’ils se retrouvent dans la deuxième moitié du classement. Car, faut-il le rappeler, tous les élèves d’H4 et LLG n’intègrent pas, loin de là. Le cas des « petites » classes préparatoires, et notamment de celles qui ne sont pas classées, est un peu différent, et les motivations de celles et ceux qui y entrent aussi (la question du sens se pose moins, car dans ce cas, on se prépare surtout et d’emblée à aller à l’université et si l’on vise « plus haut », on a intérêt à changer de prépa).
On peut toujours répondre qu’à ceux-là, il reste le but de l’admissibilité (qui, je crois le comprendre, est en soi un titre qui ouvrirait quelques portes) ou même la sous-admissibilité (pour la même raison, cf. Lohelia qui nous confirme que c’est une ligne intéressante sur un CV).
On pourrait aussi lui répondre « BEL », mais elle nous dit, et je le pense aussi, que les établissements n’offrent pas des formations qui s’inscrivent dans l’exact prolongement de ce qui se fait en khâgne : c’est particulièrement vrai pour les écoles de traduction, pour les écoles de commerce, etc. Le débouché, ainsi, pourrait être vécu comme une solution de secours, un plan B ou même C, qui aurait pu être obtenu par une autre voie que la prépa d’ailleurs.
On pourrait encore lui répondre qu’elle peut "cuber" (avec toutefois le risque que nous rappelle l’histoire de Nathalie). J’ai effectivement lu que des « cubages » avaient été de très bonnes expériences, mais que d’autres s’étaient avérés inutiles et « destructeurs ».
On pourrait, enfin, lui conseiller de présenter un dossier à l’ENS en vue d’une admission en tant qu’étudiante (cas de Polo, mais attention, dans un esprit qui est celui de la diversification des profils à l’ENS, n’a-t-on pas plus de chances dans ce cas si l’on sort de l’université, je n’en sais rien, je pose juste la question)…
Enfin, elle peut prétendre à une double licence, voire un double master, partir à l’étranger, etc.
Donc objectivement, elle peut trouver une issue favorable. C’est
subjectivement que le problème semble se poser, pour "supporter" et terminer dans de bonnes conditions sa prépa : car la vocation des classes prépa de cette catégorie est AVANT TOUT de préparer à l’ENS ; l’attitude des professeurs est sans doute calée sur cet objectif, et leur notation aussi (une note en prépa, c’est encore d'après ce que je comprends « voici ce que vous auriez obtenu au concours », et Lohelia nous dit que la notation est encore trop calée sur le concours « ancienne version », l’actuelle notation au concours ayant pour but d’assurer un plus grand nombre d’admissibles ; ce qui pourrait aboutir à des résultats parfois surprenants – et assez peu lisibles pour qui ne connaît pas le système : un « mauvais » dossier de prépa (« sales notes » et appréciations en rapport) et… une « sous-a » ou même une admissibilité.
Ces derniers développements me font penser que le vrai problème est que la prépa est d’abord (historiquement) un mode de
sélection (et de classement) des élèves, avant d’être un mode de
formation au sens large (on y forme oui, mais dans un certain esprit parce que dans un certain but : décrocher une des rares places aux ENS). Le classement qui y est pratiqué permettrait d’identifier les futurs normaliens autant que les futurs exclus du concours, sauf accident ou miracle, toujours possible (et cela est sans doute surtout vrai dans les moyennes/grandes prépas, il me semble avoir lu ici même que
grosso modo, le classement des concours blancs dans les grands lycées donnait une bonne idée de celui des admis à l’ENS). Les enseignements y restent assez calés sur les épreuves du concours (en langues par ex.), le travail demandé aussi. Et la pression augmente au fur et à mesure que l’on approche du concours… C’est ce qui nourrit le plus sans doute le reproche de « formatage » des esprits et des savoirs. S’il s’agissait uniquement de former (et éventuellement de donner un examen à la fin), je crois qu’il n’y aurait plus de problème – mais… plus de classe préparatoire non plus, juste des classes sélectives, peuplées d’élèves travailleurs et curieux, ayant envie d’apprendre et de continuer à le faire après la prépa, avec enthousiasme, sans penser « concours », classement, etc. La conciliation de ces deux objectifs, sélectionner et surtout former (ou plutôt commencer à former puisque nous parlons ici d’un niveau qui va de bac +1 à +3), me semble pourtant réalisable, mais elle nécessite sans doute une vraie prise de conscience au sein même des établissements (proviseur, professeurs) mais aussi des parents, et des élèves eux-mêmes. Elle est particulièrement nécessaire (le nombre de places à l’ENS n’a pas augmenté, quand celui des étudiants accédant au baccalauréat et désireux de poursuivre leurs études, lui, a explosé). Multiplier les classes prépa, c’est bien, mais c’est aussi prendre le risque de créer plus d’exclus des concours (et donc de tristesse et de frustration). Sauf à considérer que les établissements de la BEL sont un débouché naturel de la prépa, au même titre que l’ENS, mais alors ce sont les exercices faits en prépa, les modes d’évaluation, et les comportements qui y règnent parfois (les « machines » dont parle Nevermore, les remarques des professeurs relevées par Lohelia, etc) qui ne sont plus adaptés…
Sur cette question du changement, j’ai trouvé un document très émouvant écrit par un ancien de LLG qui n’a pas réussi le concours de Normale après trois années en classe préparatoire. Outre le constat 1/ que ce n’est pas un raté 2/ qu’il en a même gardé son humour 3/qu’il a aimé autant que détesté être en prépa 4/ qu’il a été marqué par son passage en prépa au point d’en écrire ces pages avec beaucoup de détails et de sensibilité, ce qui frappe est selon moi que ce qu’il décrit de ces classes en 1968 aurait sans doute (mot pour mot, à part le fait que 1968 oblige, le concours fut reporté) pu être écrit à propos de ces classes en 2011.
https://www.volkovitch.com/F01_01.htmhttps://www.volkovitch.com/F01_02.htm
N’étant malheureusement pas « qualifiée » pour en dire plus et de manière plus constructive, je pense que je n’interviendrai plus sur ce sujet… Mais je le trouve très
important, c’est pourquoi j’ai souhaité y participer.
Bonne journée 🙂
Edit : Comme je suppose qu'il y a pas mal d'erreurs, de mauvaises interprétations de ma part, etc, n'hésitez pas à me reprendre, à compléter, etc.