Je réponds un peu en retard (en partie "en défense" de la prépa, mais en partie seulement… encore une fois, les cas comme celui de Jeannay ne sont pas rarissimes, il ne faudrait pas verser dans un quelconque idéalisme, ce que certains élèves et certains professeurs ont tendance à faire trop facilement), beaucoup de choses ont déjà été dites.
Jeannay a écrit :Voici mon témoignage sur l’hypokhâgne, dans les grandes lignes car je constate qu’il est difficile de parler ouvertement de conséquences psychologiques des prépas, d’autant que les étudiants en échec y sont vite marginalisés.
Je crois qu'ici au moins, il est permis d'en parler ouvertement… De plus, mon lycée (à l'extérieur duquel les rumeurs vont d'ailleurs bon train sur les "drames psychologiques" qui s'y passent) organise chaque année une conférence dédiée à ces questions, avec possibilité de rencontrer les infirmières, des médecins, etc. … et les élèves sont assez rares à y répondre présents, à ce que j'en sais. Il y a aussi une tendance à l'autocensure, à la honte devant l'échec, dont l'institution n'est pas totalement responsable (elle n'a rien à gagner des drames qui peuvent arriver en son sein…).
Bien sûr on peut se ménager en prépa quelques pauses dans la journée, et sortir quelques heures le week end, mais sur l’année, est-ce viable pour un jeune ?
Bien entendu qu'il est possible d'organiser correctement son emploi du temps… Pour la majorité d'entre les élèves, c'est viable un an, deux ans, voire trois ans, voire quatre ans, et souvent plus (on a vite fait de travailler autant qu'en prépa quand on entend cumuler plusieurs cursus…). C'est d'ailleurs le lot commun d'autres étudiants (médecine…). Se rajoute à cela l'atmosphère "lycée" et la compétition, qui peut effectivement ne pas plaire.
Suite à la réception de mon premier bulletin de semestre (aux environs de 6 – 11, très irrégulier, pourtant à ma grande surprise, j’étais dans le premier cinquième de la classe…) […]
C'est très étrange que vous soyez dans le premier cinquième de la classe avec une moyenne qui se situe donc probablement aux alentours de 9… dans la plupart des classes que j'ai pu connaître la moyenne de classe se situe entre 9 et 10. Cela dénote de la part de vos professeurs une volonté de ne pas adapter leur barême à la classe, c'est évidemment très décourageant pour les élèves.
[…] achever le plan pour les deux dissert du lendemain […]
Peu pédagogique également (à mon sens toujours). Surcharger les élèves de travail (surtout écrit, surtout à la maison) nuit souvent à la qualité des productions…
« Tu sais, c’est normal de se sentir découragé, mais n’abandonne surtout, pas, tu auras perdu ton année, et tu n’auras pas d’équivalence ». Même discours fataliste et absolument pragmatique chez les professeurs, qui considèrent comme une chance de pouvoir étudier (c’est vrai) en Prépa (à étudier).
Autre chose est d'être pris en prépa (et c'est objectivement une "chance" puisque le cursus est sélectif ou très sélectif à l'entrée), autre chose est de s'y plaire : vous avez le droit à l'erreur, rester dans une filière qui exige une forte motivation que vous n'avez plus et des sacrifices importants que vous ne pouvez plus vous permettre serait une grave erreur. Cela dit, il est vrai qu'il y a des moments plus stratégiques que d'autres pour quitter une classe prépa (le début de semestre étant à mon avis le moment le plus opportun, pour des raisons d'équivalences justement).
L’émulation qui existe dans les classes prépas, est étroitement lié à une compétition plus ou moins avouée.
La compétition existe avant la prépa, en prépa, à l'issue de la prépa, et elle est ressentie diversement par les élèves selon leurs
ego, leur ambition, leur perméabilité à la critique, leur sociabilité et (
last but not least) leur réussite. Elle ne pourrit pas nécessairement les relations entre élèves (dans ma classe, à 15 jours du concours, je n'ai noté aucune animosité ambiante particulière - même s'il n'y a jamais eu un grand climat de fraternité générale non plus).
Il faut savoir que dans chaque classe un bon groupe d’élèves –à Paris en tout cas – possède un ego surdimensionné et un snobisme très déroutant pour le jeune étudiant.
Ce groupe d'élèves, ce sont de "jeunes étudiants" eux aussi… Et ce n'est pas forcément ce groupe-là qui réussit le mieux.
Bien sûr, il y a des gens « bien » partout, cependant, sur 50 personnes, l’ambiance est très vite clanique. Tout le monde s’observe, de 8h à la dernière kholle de la journée.
Qu'il y ait une ambiance "clanique" (repli sur soi) et un climat de suspicion généralisé (chacun faisant "attention", dans les deux sens du terme, aux autres) me semble un peu contradictoire ; s'intéresser aux résultats de quelqu'un part parfois (pas toujours, je l'admets bien volontiers) d'une réelle bonne intention, ou d'un désir légitime de se "rassurer" (voire de s'assurer que tel ou tel élève n'est pas un "fou", un "extra-terrestre" comme on l'entend souvent… ce qui n'est pas propice à une bonne compréhension entre les élèves).
Je ne pense pas que les kholles et les attitudes dégradantes d’une minorité (rappelons le, l’esprit prépa est le fait d’une minorité de profs !) d’enseignants puissent forger une carapace utile pour la vie active.
J'ai du mal à voir ce que vous reprochez aux khôlles (je veux dire, au principe même des interrogations orales, et non aux enseignants dont il est question ensuite). De plus "l'esprit prépa", si tant est qu'il existe et qu'il soit unique (ce dont je doute…) n'est malheureusement pas que le fait d'enseignants, comme vous l'avez souligné plus haut.
Les jeunes se lancent à corps perdu dans ce genre d’études, à défaut de vocation professionnelle (à 18 ans est-ce décriable ?) mais à grand renfort d’ambition. Cependant la connaissance est une affaire personnelle, tout comme la (les) culture(s)… bref c’est encore un autre sujet.
Il est sans doute préférable de sentir une vocation, même peu précise, avant de s'engager dans un cursus exigeant comme celui-ci. Il est utile de faire preuve d'ambition également. Opposer prépa et "culture" me semble enfin un peu simpliste : la prépa ne prétend fournir que des connaissances de base et un entraînement aux travaux universitaires, nécessaires pour la réussite de concours qui sont avant tout généralistes, pour la poursuite de hautes études et l'acquisition d'une culture personnelle réelle et profonde (ce qui de toute façon ne se fait pas dans les deux premières années de l'enseignement supérieur).
Le jeune homme à décidé de partir en fac étudier une matière (langue orientale) que la prépa ne proposait absolument pas pourtant ce fut très décrié par les professeurs, qui se signaient d’une croix devant un gâchage d'étudiant (qui coule actuellement des jours passionnés dans son universités et arrivera sans doute au même but que ses anciens camarades et enseignants… prof)
Même si la réaction des professeurs est visiblement excessive, leur rôle est aussi d'inciter au réalisme… l'enseignement des langues orientales n'est pas le secteur le plus porteur et les débouchés sont faibles, surtout si l'on a pas suivi d'autre cursus (en russe par exemple, deux postes à l'agrégation tous les deux ans auparavant, et supression pure et simple de l'agrégation de russe à compter de cette année, CAPES maintenu tous les deux ans lui aussi). Votre "sans doute" est pour le moins optimiste (sans vouloir mettre en question le bien-fondé de la décision de votre ami).
banana a écrit :Nos profs ne nous mettent pas du tout la pression et je travaille à mon rythme. Si je n’ai pas le temps de faire une dissertation ou une version, je vais voir le prof en question pour lui dire que je le fais dès que possible. Et il n’y a pas de problème.
Je ne suis pas certain que la tendance inverse, que vous décrivez, soit très bénéfique (même si elle est évidemment préférable à ce que décrit Jeannay). Un devoir maison n'a de sens qu'accompagné d'une échéance fixe ; il est parfois compréhensible qu'on ne puisse pas tout faire dans les temps, mais je ne suis pas sûr que ce soit une raison pour systématiser la chose… et de plus ce genre de tolérances d'un professeur vis-à-vis d'une partie des élèves génère souvent, d'expérience, des frustrations voire des dissensions au sein de la classe (et notamment de "l'autre partie" qui estime s'être pliée aux consignes).
pleonasme a écrit :Ceux qui témoignent, ce serait indiscret de vous demander dans quelle prépa vous êtes/étiez ? Ça peut faire toute la différence…
Je plussoie, en ajoutant que ces différences ne se réduisent pas au clivage Paris / province, "grands lycées" / "petits lycées", etc.
Cordialement.