Balzac, Le Lys dans la vallée - Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules…
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Bonjour,
Je suis élève de seconde, je dois faire un commentaire composé traitant sur un extrait de "Le Lys dans la Vallée" de Honoré de Balzac (il s'agit de l'extrait de la recontre avec Mme Mortsauf).
Le plan est le suivant :
En ce qui concerne le premier point (pardon mais je suis inculte), j'ai juste pu dire :
" Balzac décrit cette femme, Mme de Mortsauf comme étant la plus grande passion de sa vie → Balzac est amoureux. Il l'a décrit comme un adolescent voyant une femme/étant amoureux d'une femme pour la première fois.
Ce récit, écrit à la première personne du singulier (focalisation interne) fait appaître le portrait de Mme de Mortsauf à travers la vision limitée de Balzac. Cette vision est à la fois réduite aux élements qu'il découvre progressivement et déformée par les sentiments qu'il éprouve.
Il passe sans transitions de ses désirs/rêveries à une action le poussant à la concrétisation de ses sentiments.".
Que pourrai-je dire plus, quant au portrait de cette Mme de Mortsauf ?
Merci d'avance,
zrootz
Bonjour,
Avec l'extrait, ce serait plus facile de t'aider.
Ce que tu rapportes est un bon début.
Mais tu commets une erreur en confondant le personnage et l'auteur.
Ce n'est pas Balzac qui est amoureux de Mme de Mortsauf.
En revanche Balzac a pu s'inspirer de son expérience pour créer Félix de Vandenesse et Mme de Mortsauf dont le nom mériterait comme souvent chez Balzac une réflexion approfondie.
Oui je crois qu'il s'est inspiré de Delphine de Girardin (mais c'est flou, il faudrait que je fasse une recherche)
Zrootz tu as raison de souligner que Madame de Mortsauf est vue par le regard de Félix, le portrait n'est donc pas "objectif"
Merci, j'ai fini la première partie et je suis en train de faire la seconde partie (PS: merci d'avoir préciser pour Félix, dans l'extrait du texte, ce n'était aps précisé !).
Je posterai ce que je fais, ainsi que l'extrait lui même dans la soirée !
Voici le passage
Puis tout à coup je rencontrai la femme qui devait aiguillonner sans cesse mes ambitieux désirs, et les combler en me jetant au coeur de la Royauté. Trop timide pour inviter une danseuse, et craignant d'ailleurs de brouiller les figures, je devins naturellement très grimaud et ne sachant que faire de ma personne. Au moment où je souffrais du malaise causé par le piétinement auquel nous oblige une foule, un officier marcha sur mes pieds gonflés autant par la compression du cuir que par la chaleur. Ce dernier ennui me dégoûta de la fête. Il était impossible de sortir, je me réfugiai dans un coin au bout d'une banquette abandonnée, où je restai les yeux fixes, immobile et boudeur. Trompée par ma chétive apparence, une femme me prit pour un enfant prêt à s'endormir en attendant le bon plaisir de sa mère, et se posa près de moi par un mouvement d'oiseau qui s'abat sur son nid. Aussitôt je sentis un parfum de femme qui brilla dans mon âme comme y brilla depuis la poésie orientale. Je regardai ma voisine, et fus plus ébloui par elle que je ne l'avais été par la fête; elle devint toute ma fête. Si vous avez bien compris ma vie antérieure, vous devinerez les sentiments qui sourdirent en mon coeur.
Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies: le brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l'esprit. Après m'être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. Cette femme poussa un cri perçant, que la musique empêcha d'entendre; elle se retourna, me vit et me dit: "Monsieur?" Ah! si elle avait dit: "Mon petit bonhomme, qu'est-ce qui vous prend donc?" je l'aurais tuée peut-être mais à ce monsieur! des larmes chaudes jaillirent de mes yeux. Je fus pétrifié par un regard animé d'une sainte colère, par une tête sublime couronnée d'un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos d'amour. Le pourpre de la pudeur offensée étincela sur son visage que désarmait déjà le pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe, et devine des adorations infinies dans les larmes du repentir. Elle s'en alla par un mouvement de reine. Je sentis alors le ridicule de ma position; alors seulement je compris que j'étais fagoté comme le singe d'un Savoyard. J'eus honte de moi. Je restai tout hébété, savourant la pomme que je venais de voler, gardant sur mes lèvres la chaleur de ce sang que j'avais aspiré, ne me repentant de rien, et suivant du regard cette femme descendue des cieux. Saisi par le premier accès charnel de la grande fièvre du coeur, j'errai dans le bal devenu désert, sans pouvoir y retrouver mon inconnue. Je revins me coucher métamorphosé.
et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête.
Sublissime, n'est-il-pas ?
Ce n'est pas le passage en entier, le voici précisément (et merci de l'avoir 😉)
Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies: le brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l'esprit. Après m'être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en y roulant ma tête. Cette femme poussa un cri perçant, que la musique empêcha d'entendre; elle se retourna, me vit et me dit: "Monsieur?" Ah! si elle avait dit: "Mon petit bonhomme, qu'est-ce qui vous prend donc?" je l'aurais tuée peut-être mais à ce monsieur! des larmes chaudes jaillirent de mes yeux. Je fus pétrifié par un regard animé d'une sainte colère, par une tête sublime couronnée d'un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos d'amour. Le pourpre de la pudeur offensée étincela sur son visage que désarmait déjà le pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe, et devine des adorations infinies dans les larmes du repentir. Elle s'en alla par un mouvement de reine
Tu demandes que dire de plus sur ce portrait, mais tu as très bien trouvé que
Cette vision est à la fois réduite aux élements qu'il découvre progressivement et déformée par les sentiments qu'il éprouve.
Il faut donc développer cette argumentation
Voici les arguments que j'ai actuellement (éléments en +) :
La femme, en particulier le haut du corps est décrite dans les moindres détails. Pour cela, il utilise des procédés de mytominies ("Je mehaussai tout palpitant pour voir le corsage et fus completement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze".)
Balzac utilise des ALLITERRATIONS (en maj) pour la description. Dans la première phrase, on peut compter 23 occlusives : "Mes yeux fuRent Tout_à Coup fraPPés Par De Blanches éPaules reBondies sur lesQuelles j'aurai voulu Pouvoir me rouler, Des éPaules légerement rosées Qui semblaient rougir Comme si elles se Trouvaient nues Pour la Première fois, De Prodigues éPaules Qui avaient une ame […]".
On peut contsater la répétition du mot "Epaule". Comment s'apelle ce procédé de répétition ?
C'est une action très brève qui permet la description de ce passage ("Tout à coup frappé"). Cette description n'aurait pas été si Madame de Mortsauf n'avait pas été si belles aux yeux de Félix.
On peut conclure que Balzac/Félix est émerveillé/épousouflé (?) par la beauté de cette femme.
II - Le point de vue que l'auteur a adopté pour son récit
C'est un récit àpoint de vue interne (= focalisation interne) → c'est une biographie.
Ce récit est écrit à la première personne du singulier.
Le portrait de Mme de Mortsauf apparait à travers la vision limitée de du narrateur. Cette vision est à la fois réduite aux éléments qu'il découvre progressivement ("Epaules légérement rosées", "Epaules nues pour la première fois", "Partagées par une raie", "Une gorge chastement couverte d'une gaze" → On progresse dans la découverte du corps de Mme de Mortsauf.)
et déformée par les sentiments qu'il éprouve → C'est une vision subjective.
Cependant, je sèche pour le 3ème point : III - En quoi ce texte est-il révelateur du comportement d'un héros romantique.
Peut-être pourriez-vous m'aider à définir qu'est-ce qu'est un héros romantique pourrait m'éclairer ?
Merci beaucoup !
Bonjour,
Mais c'est bien trouvé !
Je pense que tu as voulu écrire métonymies.
Pour les épaules, tu as une répétition qui trahit l'attirance exclusive du regard, une focalisation sur cette partie du corps.
Je vais te livrer quelques impressions personnelles et quelques pistes supplémentaires qui te permettront peut-être de répondre à tes dernières questions :
Comment expliques-tu cette focalisation sur les épaules et sur la gorge ?
Que ne voit pas le jeune homme ? En quoi est-ce étonnant ?
Quel est le mouvement général du regard ? Que trahit-il chez l'observateur ?
Examine la comparaison des seins et son développement.
Comment est rendu le portrait d'une femme entre sensualité et idéal inaccessible ?
Description, portrait et récit : en quoi le récit complète-t-il le portrait ?
Etudie les couleurs et les formes, essaie de les rattacher au titre du roman.
Que peux-tu imaginer pour la suite du roman ?
Jean-Luc a écrit :Bonjour,
Comment expliques-tu cette focalisation sur les épaules et sur la gorge ? Une attirance particulière sur une partie du corps que la femme met en évidence, peut-être ?
Que ne voit pas le jeune homme ? En quoi est-ce étonnant ? Le jeune homme se moque du regard de la femme : elle ne l'a surement pas vu. Il agit dans son seul interet
Quel est le mouvement général du regard ? Que trahit-il chez l'observateur ?
Examine la comparaison des seins et son développement.
Comment est rendu le portrait d'une femme entre sensualité et idéal inaccessible ?
Description, portrait et récit : en quoi le récit complète-t-il le portrait ?
Etudie les couleurs et les formes, essaie de les rattacher au titre du roman.
Que peux-tu imaginer pour la suite du roman ?
Je vais revoir toutes ces questions. J'avais pas pensé à mélanger le titre (Le Lys dans la vallée) à cette description !
Je vous tiens informé de mes nouvelles avances !
Merci !
Bonjour,
La focalisation sur les épaules et la gorge trahissent le désir fou de Félix, un désir désordonné qui va le pousser à un comportement agressif. Pour Félix, l'inconnue est d'abord un objet sexuel avant d'être une personne… Ensuite l'image de la femme va évoluer entre objet de plaisir et mère, entre tentation et idéal…
Compare avec ce poème de Baudelaire
XIX. - La géante
Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante,
Comme aux pieds d'une reine chat voluptueux.
J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux;
Deviner si son coeur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux;
Parcourir à loisir ses magnifiques formes;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,
Lasse, la font s'étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.
Qu'est-ce qu'un héros romantique ? quelqu'un qui se livre avec enthousiasme à l'excès de ses passions et des mouvements de son cœur. L'attitude extrême du héros romantique : le suicide (Ruy Blas, Chatterton, Lorenzaccio…)
Merci Léah !
Cependant, pour toutes tes questions Jean-Luc, pour la question "Etudie les couleurs et les formes, essaie de les rattacher au titre du roman.", la fleur de Lys correspondrait-elle au corsage de la femme, et de sa poitrine ?
Bonjour,
Le lys est la fleur virginale, symbole de pureté, c'est ausi la fleur royale.
Le salut à la Vierge Marie comprend cette invocation : "Beauté de tous les cœurs, Lys de la Très Sainte Trinité, Salut !".
La couleur blanche est répétée deux fois dans ce portrait. Mme de Mortsauf (celle qui mourra pure) est donc le Lys de la vallée, l'idéal amoureux de Félix. Cette vocation est en train de naître au milieu du rose et des courbes, connotations du désir charnel…
Merci bien Jean-Luc !
Il me reste plus qu'à recopier le tout au propre et à trouver une introduction, et une conclusion.
Pour l'introduction je pensais résumer ce que j'allais étudier dans le texte à travers les differentes parties, et pour conclure ouvrir le sujet sous une autre perspective, quelque chose tu genre "Il aurait était interressant de connaître le point de vue de Mme de Mortsauf quant aux regards de Félix, faciné par cette beauté féminine…".
Qu'en pensez-vous ?
Très bien pour la conclusion !
Dans le très beau film adapté du roman, Delphine Seyrig est invariablement vêtue de blanc…
Bonsoir,
Pour ouvrir le sujet sous une autre perspective, tu peux retenir ton idée "Il aurait était intérressant de connaître le point de vue de Mme de Mortsauf quant aux regards de Félix, fasciné par cette beauté féminine…".
Mais il serait peut-être plus intéressant d'élargir au thème de la première rencontre et du coup de foudre si constant dans la littérature sentimentale en insistant sur l'originalité de Balzac qui exploite le coup de folie, l'impulsion sensuelle incontrôlée.
Oui un bel exemple : la première rencontre de Frédéric et de Madame Arnoux
Cefut comme une apparition…
@Jean-Luc
Bonsoir,
Pourrais-tu développer ce que tu avances (je n'ai alors jusqu'à là jamais lu un extrait ou un roman de Balzac !)
J'ai aussi mis, lors du developpement que Felix agissait en héros romantique → il se moque des sentiments de Mme de Mortsauf et se fit seulement à ses désirs (synonyme d'egoïsme).
Merci d'avance !
Le héros romantique c'est un peu plus qu'un keum égoïste !