Lamaneur a écrit :On les analyse en bloc, mais je trouve qu'il n'y a aucune difficulté à les analyser comme le propose Hwang.
Je ne vois pas de réelle différence d'analyse, sur le fond, pour le "ce que" de :
Je demande ce que tu fais.
et celui de :
J'aime ce que tu fais.
ou de :
Ce que tu fais m'intéresse.
"que" est bien à l'origine, dans les trois cas, le pronom relatif qui a pour antécédent "ce".
Dussé-je reconnaître que ton interprétation de "
ce que" est ambitieuse, elle s'avère malheureusement partiale autant que partielle. D'abord, Hwang n'a jamais estimé semblables les deux propositions compléments "je demande
ce que tu fais" et "j'aime ce
que tu fais". D'autant plus que toute tentative de rapprochement analytique, si simple soit-il, n'est point, que je sache, envisageable. Par rapprochement analytique simple, j'entends les trois niveaux d'analyse grammaticale (mots), logique (proposition) et sémantique, qui, appliqués à la première phrase complexe "je demande ce que tu fais", mettent parfaitement en relief pourquoi ici le mot
"ce" est inanalysable.
Dans le premier, l'assemblage
ce que est jugé comme une expression
figée. Celle-ci est pourvue d'une fonction (C.O.D, Attribut, Sujet réel) et ne pourrait donc être décomposée en "ce" démonstratif neutre et en "que" relatif, telle que tu l'affirmes. Il en résulte que le pronom
ce est non un élément subordonné (C.O.D) au verbe principal
demander, mais plutôt un impératif relevant de l'interrogation indirecte liée.
S'agissant de l'analyse logique, les résultats semblent encore plus satisfaisants. D'autant que la proposition interrogative indirecte "je demande
ce que tu fais" se trouve placée dans la dépendance du verbe
demander et remplit ici la fonction de c.o.d. Il s'ensuit que le complément du verbe, y compris le pronom ce, peut être remplacé par le pronom personnel neutre "le" et la phrase devient : Je le demande. En l'occurrence, il me paraît insuffisant que soit écartée l'analyse du pronom ce, puisque rien n'empêche que celui-ci soit le véritable c.o.d du verbe
demander et l'antécédent de la relative
Que fais (que demandé-je ? ce). C'est justement par la dimension
sémantique du verbe demander, troisième niveau d'analyse, que cette réflexion est mieux justifiée.
La proposition interrogative, l'avons-nous dit, s'appuie sur un élément support, de forme principalement verbale, à condition qu'il soit de sens nettement interrogatif, ainsi que le précise Grevisse au § 1102, édition 12 (épargne-moi tes remarques Jehan). Selon cette perspective, le verbe doit impliquer
l'ignorance ou l'incertitude, entre autres, soit par
sa valeur sémantique (ignorer, s'interroger, se demander,
demander) ou par sa construction négative (
je ne sais pas si ce projet est viable) ou interrogative (
Pensez-vous si Amine est sérieux). Par conséquent, la proposition interrogative
ce que tu fais est sentie comme un élément subordonnée au verbe demander et le pronom démonstratif
ce demeure
inanalysable 🙄