Emploi des majuscules dans les titres d’œuvres

Langue française

195 réponses · Page 9 / 10

Oui, je pense qu'elle est valide : Les Pauvres Gens, donc.
Les Pauvres Gens de Victor Hugo.
Il me semble que c'est la seule possibilité qui fait consensus.
En effet, ça répond à la règle.
Confirmation chez Gallimard : Les Pauvres Gens (de Dostoïevski).
Je n’ai pas trouvé d’image du manuscrit de Victor Hugo.
Il est bien possible qu’il ait utilisé des majuscules.
Dans l’édition de La Légende des Siècles (collection La Pléiade), il est écrit :  « LES PAUVRES GENS».
J'ignore aussi comment Hugo a écrit son manuscrit, mais le saurait-on que ce ne serait pas obligatoirement une indication pertinente, car les règles de la typographie moderne ne sont pas forcément celles du XIXe siècle, et en plus, les manuscrits ne respectent pas nécessairement la typographie des imprimés. La plupart des éditions d'époque que je vois sur la Toile écrivent comme la Pléïade le titre entièrement en capitales.
Néanmoins, je trouve, dans un curieux bouquin de 1862, la forme Les Pauvres gens, qui n'est plus la forme aujourd'hui recommandée :
https://books.google.fr/books?id=E9NWb0hAwgUC&pg=PA81#v=onepage&q&f=false
Merci.
J'ignore aussi comment Hugo a écrit son manuscrit, mais le saurait-on que ce ne serait pas obligatoirement une indication pertinente
Tout de même je crois qu'il serait préférable de suivre cette indication. Car, au fond, quelle raison valable aurait-on d'écrire Les Pauvres Gens plutôt que Les pauvres gens, si l'auteur lui-même n'en a pas usé ainsi ?
Hou là, vaste sujet !

Dans les notes de La Pléiade, je vois souvent qu'il y a eu des corrections :
- par rapport à tel ou tel manuscrit : souvent il y a plusieurs manuscrits, avec des passages rayés, biffés, réécrits, supprimés, des notes en marge, etc,
- par rapport aux différentes éditions imprimées, qu'elles soient officielles ou pirates, quand les imprimeurs ont commis des coquilles involontaires ou même parfois ont cru bon d'apporter leur patte,
- et, pour les manuscrits les plus anciens, même si ici le cas n'est pas pertinent, on ne compte pas les erreurs de recopie, les passages illisibles, les interprétations, les ajouts… et les néologismes !

Il apparaît que l'éditeur doit faire des choix ; les correcteurs et autres secrétaires de rédaction font les meilleurs choix possibles en essayant d'être fidèles aux originaux dont ils disposent, sans toutefois transgresser les règles d'orthographe, de conjugaison, de syntaxe ou de typographie dont on pense qu'elles étaient en vigueur à l'époque de l'écriture du manuscrit.
J’ai épluché (un peu) ce matin les manuscrits de Victor Hugo conservés par la BNF. (Pour Les Châtiments et La Légende des siècles). Une vraie prise de tête… 🙂
Entre les ratures et l’encre effacée…
Je suis arrivée à lire : Souvenir de la nuit du quatre. (Sans majuscules). Par ailleurs : La Fin de Satan…
Mais que l’écriture de Victor Hugo est belle!
Le Bon usage, § 101 :
Pour éviter l’arbitraire (pourquoi l’article défini est-il traité autrement que l’article indéfini ?) et les discordances* l’usage le plus simple et le plus clair est de mettre la majuscule au premier mot seulement, quel qu’il soit :
Barrès , La grande pitié des égl. de France (Brunot, Pensée, p. 634). |..] La formule [= le roman rustique] est reprise dans tout l’Occident : La petite Fadette de George Sand […] (M.-Fr. Guyard, Littér. comparée, p. 47).**
* Voir pour les titres d'oeuvres au § 101 du Bon usage.
** Pour respecter les règles concernant le droit de citation, j'ai limité le nombre d'ex. donnés par le "Grevisse".

C'est d'ailleurs l'usage suivi par des grammairiens aussi éminents que M. Grevisse, A. Goosse dans le Bon usage et J. Hanse.
Par ailleurs, j'ai indiqué ici que non seulement il convient d'éviter la "majusculite" mais qu'il faut n'employer la majuscule que quand il existe vraiment une sérieuse raison de l'utiliser, puisqu'elle constitue une exception par rapport à la minuscule.
Donc, Les pauvres gens… ?
Tu fais comme tu veux, mais Roméo n'a évidemment cité que la partie qui l'intéresse de l'article du Bon Usage (oups, du Bon usage), lequel rappelle, avant sa conclusion personnelle et d'ailleurs raisonnable, les usages variés en la matière, dont le plus fréquent est celui qui été décrit plus haut dans ce fil. Cet usage fréquent est celui des typographes, celui qui est donné dans le Lexique des règles typographiques en usage à l'imprimerie nationale et dans le Ramat typographique. En la matière, la tradition des typographes compte un peu plus que les sentiments personnels de MM. Grevisse, Hanse et Goosse, même si je comprends bien leur logique.
Je peux opter pour Les Pauvres Gens ? 🙂
YES ! mais c'est mieux avec des guillemets ou l'italique !
Moi, j’opte pour « LES PAUVRES GENS », comme dans mon livre. 😉
Ils méritent bien des tas de majuscules !
« Les Pauvres Gens »
ou
Les Pauvres Gens,

choix définitif à La Pléiade si l'on considère que Gallimard utilise les services de correcteurs compétents… 😉
- Il convient de veiller à ne pas confondre les majuscules avec les capitales.

- Dans mon précédent message, j'ai fait part de la solution qui a ma préférence (mettre une majuscule uniquement au premier mot quelqu'il soit), notamment pour les raisons judicieuses invoquées par Grevisse, Goosse et ]Hanse* et celles que j'ai ajoutées.
* Ainsi que d'autres, par ex., Karine Germoni, Majuscules, abréviations et symboles., De Boeck, 2013, p. 108. J'ai indiqué ces raisons dans mon précédent envoi.
Pour tous ces éminents grammairiens, c'est la solution la meilleure et suivie dans leurs ouvrages. (A noter que Hanse donne, entre autres ex. : Le bon usage, et non Le Bon Usage ou Le Bon usage.)
Cela nous amènerait à écrire : "Les pauvres gens.
N.B. Je n'aperçois pas pourquoi les auteurs du Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale et du Ramat de la typographie (Aurel Ramat et Anne-Marie Benoit) devraient servir plus de référence, en France, que les quatre grammairiens cités ci-dessus.

L'honnêteté me conduit toutefois à signaler que de non moins éminents grammairiens comme Riegel, Pellat et Rioul (cf. leur grammaire - sic - 5e éd., p. 171) écrivent : "Dans un groupe nominal, le Déterminant initial, l'Adjectif antéposé et le premier substantif prennent la majuscule : La Divine Comédie." Cela nous conduirait à écrire : Les Pauvres Gens.

Cependant, que dit l'Académie française dans ses "Questions de langue" ?
Majuscules dans les titres d’œuvres
Dans tous les titres d’œuvres, le premier terme au moins (ainsi bien sûr que les noms propres) prend la majuscule.
Si le titre commence par un article défini, le premier nom qui suit cet article ainsi que les adjectifs et adverbes le précédant éventuellement prennent la majuscule : Les Misérables, Les Très Riches Heures du duc de Berry, Le Petit Chaperon rouge, Le Vilain Petit Canard.
[…]
Le 2e alinéa devrait nous faire choisir : Les Pauvres Gens.
https://www.academie-francaise.fr/questions-de-langue#47_strong-em-majuscules-em-strong


Mais qu'en est-il dans les faits ?
= Germoni, op. cit., p. 110. En gras dans le texte. :
"L'usage de la majuscule [dans les titres] peut varier d'un auteur ou d'un imprimeur à l'autre. Il dépend du nivellement que les scripteurs établissent entre les mots selon trois critères qui peuvent se combiner : leur nature grammaticale ; leur place dans le titre ; le poids sémantique et le relief que les scripteurs désirent leur conférer."
= Hanse (Nouveau dictionnaire des difficultés de la langue française, 3e éd., p. 536) :
Titres d'ouvrages. Hésitation quand on les cite ; l'usage actuel tend vers une simplification. On peut ne mettre la majuscule qu'au premier mot seulement (et aux noms propres qui interviennent dans le titre).
Il y a donc une évolution de l'usage vers la solution préconisée par Grevisse, Goosse et Germoni.

= Le bon usage, § 101 :
Dans les titres de livres , de revues, de journaux, de films, etc., qui sont normalement imprimés en italique, on met d’habitude une majuscule au premier mot, de quelque nature qu’il soit.
Le plus retentissant de ses manifestes, De l’Allemagne (Thibaudet, Hist. de la litt. fr. de 1789 à nos jours, p. 48).[…]
Beaucoup d’auteurs (ou imprimeurs) mettent en outre la majuscule au premier nom, ainsi qu’à l’adjectif qui le précède immédiatement : […] Toute La Petite Infante de Castille (H. Clouard,…).
Dès lors, retenir l'usage dominant (habituel) selon le "Grevisse" conduirait à Les pauvres gens, suivi par la graphie Les Pauvres Gens.

Ma conclusion : en ce qui concerne la construction art. défini + adj. + nom (qui nous intéresse tout particulièrement ici), on est en présence de deux possibilités qui sont défendues par de grands noms : soit Art. + Adj. + Nom., soit Art. + adj. + nom.
Personnellement, je penche pour la seconde solution (==> Les pauvres gens), pour la pertinence des arguments invoqués par d'imminents grammairiens à l'appui de celle-ci ; mais je comprends que l'on puisse préférer la position adoptée notamment par l'Académie française et la Grammaire méthodique du français (==> Les Pauvres Gens).
Pour tous ces éminents grammairiens, c'est la solution la meilleure et suivie dans leurs ouvrages.
Encore heureux qu'ils tâchent de suivre la solution qu'ils conseillent ! Cela dit, pour Grevisse, en dehors de la liste bibliographique finale, il ne suit pas vraiment ses prescriptions puisqu'il abrège autant que possible les titres des œuvres citées. Hanse a une bibliographie beaucoup plus courte en tête, d'où émergent quand même Le Grand Robert et le Petit Robert.
À noter que la longue bibliographie du Robert historique utilise la solution traditionnelle.
A noter que Hanse donne, entre autres ex. : Le bon usage, et non Le Bon Usage ou Le Bon usage.
Mais il écrirait en principe, comme je l'ai fait plus haut, "un article du Bon usage".
Je n'aperçois pas pourquoi les auteurs du Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale et du Ramat de la typographie (Aurel Ramat et Anne-Marie Benoit) devraient servir plus de référence, en France, que les quatre grammairiens cités ci-dessus.
Que les grammairiens s'occupent de grammaire et les typographes de typographie, et les vaches seront bien gardées !
Ajoutons que la même règle générale est donnée par Raymond Jacquenod dans la Ponctuation maîtrisée. Peut-être faut-il opposer une tradition belge à une tradition franco-suisse ?
J'ajoute que la position unanime belge est récente. Par exemple, dans Problèmes de langage, jolie série de livres de Grevisse, les éditions Duculot citent comme ouvrage du même auteur : Le Bon Usage, Grammaire française, avec des Remarques sur la langue française. Toutes les citations dans le livre suivent l'ancien usage : La Femme pauvre, Le Désert de Bièvres, Le Temps, retrouvé, Le Père humilié, etc. Même chose pour Hanse, dont la première édition du célèbre Dictionnaire utilisait : Elle et Lui, Les Plaisirs et les Jeux, Le Petit Chose, La Nouvelle Journée, etc. En revanche, dans Façons de parler, de 1971, André Goosse utilise déjà sa façon d'écrire les titres et nul doute que c'est sous son influence que les autres ouvrages ont suivi.

Dernière précision : cette question me paraît en vérité sans grande importance et chacun trouve son bonheur où il veut.
des arguments invoqués par d'imminents grammairiens à l'appui de celle-ci
On les attend, ces grammairiens imminents ! 😉
Pour ma part, je me bornerai à répondre à cela :
Que les grammairiens s'occupent de grammaire et les typographes de typographie, et les vaches seront bien gardées !
Comme si les règles d'emploi de la majuscule ne ressortissaient pas aussi à la compétence des grammairiens ! 🙂
On les attend, ces grammairiens imminents !
Pas moi. Cela, à vrai dire n'a que peu d'importance.