Les mots qui fâchent
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Bonjour Izazie,
Dans mon métier (conseil d'entreprise), on s'occupe beaucoup des décisions. Le concept est tourné dans tous les sens, examiné sous toutes les coutures, on se demande ce qui est une décision et ce qui n'en est pas, qui est qualifié pour prendre une décision et qui ne l'est pas, et, à propos de chaque problème, on se demande qui doit décider.
Comment désigner celui-ci mieux que comme le décideur ? Si c'est un néologisme, il a au moins le mérite d'être clair, bref, et compris de tous. Je ne vois pas ce qu'on peut trouver de mieux.
En ce qui me concerne, je ne trouve rien à redire au terme lui-même.
Cela dit, le terme ne désigne pas tant celui qui prend une décision particulière dans un cas particulier, mais plus souvent celui qui par sa fonction, son titre et tout le toutime, s'arroge volontiers le droit de prendre toutes les décisions à la place des sous-fifres. Des sous-fifres forcément moins compétents que lui, comme chacun sait.
La compétence n'est pas la même chose que la capacité à décider. On analyse la décision comme ce qui se produit au point de rencontre entre une information I1 qui arrive avec une information I2 qui est en mémoire. L'attribution du pouvoir de décider prend les deux en considération.
Il est vrai que quelquefois ce n'est pas fait rationnellement, mais dans les entreprises, c'est rare.
La compétence n'est pas la même chose que la capacité à décider.
C'est sûr, on peut faire preuve de compétence autrement qu'en décidant. Surtout dans le cas où le décideur prend des décisions en dépit du bon sens. Être investi d'un pouvoir de décision n'implique pas forcément qu'on prenne toujours des décisions adéquates…
Il est vrai que quelquefois ce n'est pas fait rationnellement, mais dans les entreprises, c'est rare.
Sans blague ? Si rare que ça ?
oui
Eh bien, tant mieux…
Jamais de dysfonctionnements dans les entreprises, donc !
Les décideurs.
Moi non plus, je n'aime pas le mot. A cause de son contenu presque toujours subjectif. Qui sont-ils, ces décideurs ? Ceux qui osent, ceux qui prennent des/les risques, ceux qui entreprennent (qui osent entreprendre), opposés à la piétaille, les "sous-fifres" – merci Jehan -, les "riscophobes", ceux qui subissent et qui ne savent rien faire d'autre qu'exécuter ce qu'on leur demande d'exécuter… Le sauveur de l'humanité contre l'imbécile heureux de la France d'en bas ! D'un côté les décideurs, et de l'autre les "louseurs" (c'est pour la rime, mais pas seulement). D'un côté ceux qui décident, et finalement se trompent , de l'autre ceux qui en subissent les conséquences. Je trouve au mot (son contenu, son signifiant) une espèce d'agressivité insultante et obscène.
Mais c'est très simple Jehan, les entreprises s'adaptent au marché, à la conjoncture , au temps qu'il fait etc avec des décisions successives.. Les entreprises ne font pas d'erreurs trop visibles de l'extérieur, vu la kyrielle de décisions successives sauf dans des cas rares où tout déborde comme avec les banques récemment. D'ailleurs le fin du fin est de faire payer les erreurs par quelqu'un d'autre : il y a eu un Lion qui montrait cet exemple il y a quelques années.
Savoir qui décide est déjà bien et on peut seulement espérer que des conseils avisés évitent de constantes catastrophes.
Le mot décideur ne me déplait pas, louser si. To loose donne le nom loser en anglais mais a louse (pluriel lice) est un pou.
Bonsoir à tous!
Toutes les précisions apportées plus haut à propos de "blanchiment" m'ont laissée littéralement assise. Mais il est toujours bon d'apprendre, c'est ce qui rend la vie intéressante!
Je ne peux qu'être d'accord avec les messages précédents. Sans, bien sûr, vouloir offenser Putakli, ni l'entreprise qui l'emploie; d'ailleurs il ne faut jamais généraliser, et il existe toujours des exceptions qui confirment la règle! (deux lieux communs en une seule phrase, je suis en forme, ce soir! )
Ce que je reproche à tous ces mots, c'est leur laideur, les erreurs ou l'illogisme qui ont fait apparaître; leur omniprésence, qui fait qu'on a du mal à se rappeler les mots parfaitement valables qu'ils ont remplacés; leur contenu, ou les valeurs qu'ils véhiculent, comme l'explique Volapük.
Mais surtout, je leur reproche de n'être que des palliatifs à l'ignorance.
Je ne dis pas que l'ignorance soit un crime: personne ne peut tout connaître! Mais ces mots sont créés par prétention. Pas question d'admettre que l'on ignore quelque chose, que l'on doive chercher ses mots, voire qu'on parle comme tout le monde!
Plus un mot est ronflant, plus celui qui l'utilise cherche à noyer le poisson. Un incompétent crée des néologismes. Pas quelqu'un qui sait de quoi il parle.
"Ce qui ce conçoit bien s'énonce clairement."
Sauf après 1 heure du matin.
Entendu ce soir, une fois de plus: complexifier.
Comme son nom l'indique.
Bonjour, Izazie.
C'est ce que je dis depuis le début du fil : notre allergie à certains mots vient moins souvent de leur forme même ("Décideur" me paraît beaucoup plus clair et simple dans sa forme qu' "ordonnateur") que des valeurs qu'ils véhiculent et des pratiques qu'ils évoquent.
"complexifier" n'est pas un strict synonyme de "compliquer", puisqu'il gomme toute nuance péjorative.
Il peut avoir toute sa place dans un discours scientifique ou technique dans lequel l'appréciation subjective propre à "compliquer" ne serait pas de mise.
"compliquer" suppose une appréciation personnelle.
"complexifier" décrit un phénomène objectif, c'est un constat.
Ce qui ne veut pas dire, c'est vrai, qu'il faille l'employer à tout bout de champ rien que pour faire semblant d'être érudit. Mais il a son utilité dans certains domaines bien circonscrits.
Essayons (essayons…) de relancer la discussion avec " titrisation ". La première fois que j'ai rencontré le mot (dans une revue professionnelle très sérieuse), je l'ai trouvé très laid. Évidemment, il n'était pas dans les dictionnaires.
Aujourd'hui, je le trouve toujours aussi laid (notion subjective, Jehan, je sais !), mais je lui trouve aussi de plus en plus de ressemblances avec "tripatouillage " – qui est très beau et très parlant – en même temps qu'un côté extrêmement suggestif du bruit que font les titres plus ou moins pourris (hedge funds ou autres) quand on les mélange et qu'ils finissent par vous exploser à la figure.
Eh bien, titrisation est succinctement défini dans le Robert 2009, et daté de 1987 : "Mobilisation par une banque des créances qu'elle détient."
Dès 2001, c'était déjà défini un peu plus longuement dans le petit Larousse : "Opération par lesquelles les établissements bancaires cèdent leurs créances à des organismes, dits fonds communs, qui émettent des titres négociables sur le marché; transformation, par cette opération, des créances bancaires en titres."
Je n'ai pas compris grand-chose. Les explications de Wikipedia sont plus prolixes, mais je n'ai pas compris davantage de quoi il retournait exactement. Donc, "tripatouillage", oui, pourquoi pas ? 😜
Bonjour Jehan
Titrisation
anglais : securitisation
"Technique substituant à des formules de crédit bancaire des formules de titres négociables ou de contrats portant sur ces titres, émis dans le public soit par création d'instruments financiers (par exemple billets de trésorerie), soit par transformation d'un crédit en emprunt obligataire (par exemple crédit hypothécaire transformé en obligations hypothécaires), soit par transformation en parts d'organismes de placement en valeurs mobilières (O.P.C.V.M.) créés spécialement à cet effet (fonds commun de créances - F.C.C.)."
En gros cela veut dire que la banque transforme un produit en un autre bien plus fluide et ouvert à tous. Les risques se trouvent éparpillés. Le mot est devenu célèbre mais il existe depuis longtemps. Je trouve la formation du mot conforme à l'idée : on change quelque chose en titre facilement vendable.
.
J'en soumets un autre à votre sagacité:
"innovant" qui remplace "novateur", je me demande bien pourquoi.
Merci pour les précisions, Portia.
Mais je ne suis vraiment pas doué en vocabulaire financier…
Peut-être un tort, par les temps qui courent ?
Il me semble que seul novateur peut s'appliquer aux personnes, aux facultés et aux productions de l'esprit : un peintre novateur, un talent novateur, une théorie novatrice… ( plutôt qu'innovante).
Tandis qu'innovant est seul applicable à des objets, à des créations concrètes : un matériau innovant… (et non pas novateur).
En fait d'après le TLF novateur peut s'appliquer aux choses mais l'économie s'est emparée de l'innovation sous toutes ses coutures et c'est ainsi que innovant a gagné le match.
Si on relit l'article novateur du TLF, on y parle certes de choses, mais le seul exemple donné est le mot "mutations", qui est un nom de processus.
On parle aussi juste au-dessus d' "attribut, de manifestation de la personne", et ces noms sont des termes généraux de productions de l'esprit créateur : pensée, musique, peinture novatrices…
Novateur s'applique donc bien parfois à des choses, mais pas tellement à des objets concrets et individualisés.
En dépit de tout ce que pourront dire les coupeurs de cheveux en quatre, il arrive que parfois on se serve de la langue pour dire quelque chose. C'est ainsi que quand on se trouve dans des situations complexes, il faut décider, et que cela conduit souvent à choisir celui qui décidera. Qu'on l'appelle un décideur ne préjuge pas de la qualité de sa décision, et encore beaucoup moins de sa compétence, car son opinion personnelle n'est pas en cause, mais seulement le fait de trancher.
Décider, c'est prendre le risque de se tromper, et tous les décideurs le savent. Mais quand on est en position de décider, il faut le faire. Souvent, les problèmes simples ont été résolus à des échelons subalternes, et ceux qui remontent sont des problèmes où les raisons pour sont égales aux raisons contre. Mais, si on ne tranche pas, tout est paralysé, comme quand on bute devant un obstacle: faut-il le contourner par la droite ou par la gauche ? Il n'est pas très important que l'on choisisse l'un ou l'autre, mais si on ne tranche pas, on reste bloqué devant l'obstacle.
C'est d'une incroyable stupidité d'imaginer qu'il ne puisse pas y avoir d'erreurs ni dans une entreprise, ni ailleurs. Mais dans une entreprise, comme ailleurs, le problème de la décision se pose, et ce qu'on peut en dire est que dans une entreprise on le pose en raison du fait qu'entreprendre fait surgir le problème de la décision que la routine masque.
Je ne conteste pas tout cela.
Ce sont d'ailleurs des évidences.
Bien sûr que la prise de décision est nécessaire.
Bien sûr que les décideurs ne sont pas forcément compétents.
Où avons-nous écrit le contraire ?
Ce qu'il y a, c'est que ce sont presque toujours les mêmes, compétents ou pas,
qui se proclament "décideurs".
Les autres n'étant bons qu'à être des "obéisseurs"…
J'ai tout compris ! Être un "décideur", ça consiste, au moment de décider, à prendre une pièce de monnaie, à la jeter en l'air, et à choisir la décision A ou la décision B suivant le côté sur lequel elle tombe !
C'était "les mots qui fâchent", suite !
Pour être plus sérieux et moins provocateur, c'est continuellement comme cela pour tout le monde. Combien de "réussites" dues à la bonne "décision", c'est à dire, en réalité au hasard, pile ou face, autant de chances de faire le bon choix que de risques de faire le mauvais, sans plus de raisons objectives pour l'un que pour l'autre ?
Allez ! Un mot qui me fâche vraiment : nandicapé (Un nandicapé, des zandicapés).