Les mots qui fâchent

Langue française

395 réponses · Page 3 / 20

L'avocat du diable ne défend pas tout… =)

Je ne prendrai pas la défense de "réouvrir", puisqu'on dit "rouvrir".

Mais ça n'empêche pas d'essayer de comprendre.
Peut-être réouvrir par analogie avec réopérer, réoccuper, réorchestrer, réorganiser ?
Peut-être parce que "réouverture" existe bien ?
Je voulais juste te taquiner, Jehan. 🙂
Je ne sais pas si "réouvrir" est dans le dictionnaire, mais je suis sûre que ça ne tardera pas! L'usage prime, après tout.
Un peu comme pour le verbe "aiguiser": maintenant, lorsqu'on prononce le "u", on se fait reprendre, si bien que je ne l'utilise plus; à la place je dis "affûter"…
Lis-moi mieux. Justement, je dis que le mot "réouverture" existe bel et bien ! Il est attesté depuis 1823, selon le Robert, et c'est le seul correct. Toi qui as horreur des barbarismes, tu ne dis pas la "rouverture", tout de même… =)
Tu as parfaitement raison Mettons ça sur le compte de la fatigue.
Et à propos de la prononciation de "aiguiser", quel est ton avis?
Izazie a écrit :[Jehan,] à propos de la prononciation de "aiguiser", quel est ton avis?
Son avis sera sans doute que la transcription phonétique donnée par le Robert indique que le u doit être prononcé, à quoi il ajoutera peut-être qu'aujourd'hui cette prononciation est pratiquement perdue… Inexorable évolution de la langue, qui fait qu'on ne parle plus latin.
Bonjour, Volapuk!
Y aurait-il quelque ironie dans cette dernière phrase? 😂
En tout cas, mon Larousse donne les deux prononciations, mais je l'ai acheté voilà au moins quinze ans.

Autre chose: les mots transposés directement de l'anglais, avec divers effets pervers.
- "actually", qui signifie "en fait", est "traduit" par "actuellement", le plus souvent avec le sens anglais.
- "definitely", dont le sens est "sans aucun doute", a créé une nouvelle mode, lui aussi: on met maintenant "définitivement" à toutes les sauces.
- "opportunity", qui veut dire "occasion", mais est hélas utilisé en ce sens en Français, alors que l'"opportunité" est en fait le caractère de ce qui est convenable ou approprié!
Bonjour.

Pour la prononciation effectivement fautive d' "aiguiser", je dirais que c'est plutôt une faute de lecture, par souci mal placé d'hypercorrection. Du temps où presque personne ne savait lire, je suppose qu'on prononçait correctement les u de "aiguiser" et de "gageure"… Et puis, on a appris à lire : ga, gue, gui, go, gu… heure, majeure, gageure… En somme on a eu tendance à généraliser abusivement des règles de lecture au lieu de s'attacher au sens et au mécanisme de suffixation, tout naturel à l'oral. Et c'est pour ça que le u d' Arlette Laguiller n'est plus prononcé non plus… Alors que l'aguiller était à l'origine un marchand d'aiguilles.
Bonjour Izazie.
Izazie a écrit :Bonjour, Volapuk!
Y aurait-il quelque ironie dans cette dernière phrase? 😂
Aucune. Pour revenir à aiguiser, j'ai le sentiment de ne l'avoir jamais entendu prononcé autrement que [egize]… Autant dire que ma prononciation dudit mot ne saurait te convenir, mais je pose là la question de la formation du langage… J'observe qu'il est peut-être le seul mot de sa catégorie (tous ceux commençant par aigui) à être prononcé ainsi… Pour la prononciation des semi-voyelles, il semble qu'il y ait une règle, mais ou je n'ai rien compris, ou elle n'est pas probante.

Je n'ai pas repéré actuellement dans le sens de en fait, mais tu as probablement raison. "En fait", précisément, parlons-en ! Plus une phrase sans qu'on l'entende, et parfois plusieurs fois dans la même phrase. Énervant !

Définitivement " à toutes les sauces " : pas repéré non plus. Serais-je si peu attentif à la façon dont parlent "les gens" ? Après tout, peut-être.

Pour opportunité, notre oiseau de nuit ne me démentira pas : caractère de ce qui est opportun (ce mot étant lui-même défini comme suit : qui vient à propos, favorable, propice), et aussi circonstance qui convient. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le Robert ! C'est pourquoi je ne devrais pas être démenti !
"notre oiseau de nuit ?!" 🆒

Je n'acquiesce pas forcément à tout ce que dit le Robert, faut pas croire…
Je sais aussi raisonner sur la langue par moi-même, quelquefois. 😜
Je vais éplucher ça.
Volapuk a écrit :
Izazie a écrit :Y aurait-il quelque ironie dans cette dernière phrase? 😂
Aucune.
Dommage…çela aurait été…opportun! 🙂

@Jehan:
Si on aborde le sujet des fautes commises par hypercorrection, on ouvre un vaste champ d'études!

À commencer par "qui", trop souvent remplacé à mauvais escient par "qu'il"…
Exemple: "C'est ce qu'il se passe quand on confond "qui" et "qu'il".

Ou le prétentieux "amuse-bouche" au lieu d'"amuse-gueule"…

Sans parler de l'hilarant "Pomme de terre douce" pour "patate douce"…
Volapuk a écrit:
Pour acter, initier, solutionner, pris dans les sens que vous indiquez, entièrement d'accord : à rejeter sans condition. Où et comment résister ? Partout, contre tous les déviants. La dérision est un excellent moyen : cool >>> ridicool !
L'ennui, c'est que çà part généralement tout seul, et dans des circonstances où il ne le faudrait pas.
Quand j'étais conseil d'entreprise et que le Président d'une très grande entreprise m'a demandé de solutionner un problème, je lui avais proposé plusieurs solutionnations. Récemment, hospitalisé en qualité de malade, entendant un médecin dire à son patron que le diagnostic qu'il proposait n'était qu'une conjoncture, j'ai rectifié "conjecture", ce qui a obligé le patron à prendre mon parti. Mais c'était intempestif et involontaire.
Je crois que le besoin de rectifier tient à ce qu'on écoute avec tellement d'attention qu'on a quelque peu l'impression de parler soi-même et qu'on corrige comme si on se corrigeait soi-même. Il serait plus indiqué d'écouter en tolérant les écarts de langage et ne pas se croire en classe de français.
Jehan a écrit :"notre oiseau de nuit ?!" 🆒

Je n'acquiesce pas forcément à tout ce que dit le Robert, faut pas croire…
Je sais aussi raisonner sur la langue par moi-même, quelquefois. 😜
Je vais éplucher ça.
Oiseau de nuit : grand-duc, Jehan, grand-duc, mais dans le sens le plus noble du mot ! Si ce que tu as l'intention d'éplucher, c'est la règle (si c'en est une) de prononciation des semi-voyelles, je suis intéressé par tes explications, auxquelles je ne ferai aucune objection.
Putakli a écrit :Il serait plus indiqué d'écouter en tolérant les écarts de langage et ne pas se croire en classe de français.
Il n'est pas question de se croire en classe de français. L'écart de langage, effectif ou supposé, on ne peut pas éviter de le percevoir comme tel au moment même où il est commis. Mais le plus souvent, même pour des choses simples, je commence par chercher dans mes livres s'il y a vraiment eu écart de langage ou pas : j'ai quelquefois eu des surprises… Pour les fois où l'on en est certain, c'est le contexte qui fait qu'on reprend ou pas. Le plus souvent, on ne sera pas en situation d'intervenir. Mais le jour où, dans le cadre du travail et alors que nous n'étions que tous les deux, j'ai entendu un conseil d'entreprise (que Putakli me pardonne) dire un interview, je lui ai appris que c'était féminin. En présence de tiers, je n'aurais pas fait de remarque : ça ne part pas tout seul, de façon si irréfléchie que ça !
En attendant, tolérons, tolérons, mais ne nous étonnons plus de quoi que soit !
Quand je parlais d' "éplucher ça", je faisais simplement référence au sens pris par "opportunité", puisque c'est à ce propos que tu faisais référence au Robert. Mais je pourrai essayer aussi de dégager dans la foulée d'éventuelles règles de prononciation des semi-voyelles, puisque tu sembles interrogatif à ce sujet. Et si tu as des objections à faire après mes réponses, ne t'en prive surtout pas. Il ne manquerait plus que ça.

A propos de l' "oiseau de nuit", je n'avais pas du tout mal pris cette appellation… Je me demandais simplement si c'était bien moi qu'elle visait. Je me couche souvent tard, c'est vrai… Mais je veille rarement jusqu'aux aurores. Cela dit, être bombardé grand-duc comme ça, c'est rudement chouette ! 😉
Jehan a écrit : " […] être bombardé grand-duc comme ça, c'est rudement chouette ! " 😉

Excellent : j'en ris franchement !
Retour sur aiguiser
Mea culpa !
C'est plus compliqué que je ne pensais.
Le Robert, tout comme le Larousse, à ma grande surprise, signalent seulement è-ghi-zé,
que je pensais moi aussi fautif.
Le Littré, lui, préconise exclusivement è-gui-zé,, avec u prononcé, qui est la prononciation du XVIIe.
Mais en précisant toutefois qu'un dictionnaire du XVIIIe siècle n'indiquait qu' "è-ghi-zé"… Qu'y comprendre ?
Le TLF, quant à lui, ne prend pas parti et donne plusieurs références permettant les deux prononciations.

Je garde le plus piquant pour la fin.
Il semble bien qu' aiguille, issu du latin ac?c?la, se soit normalement prononcé à l'origine è-gu-yeu,
et que le i de la graphie ill ne se soit prononcé que plus tard… par erreur de lecture ! On n'en sort pas…
Jehan a écrit :Retour sur aiguiser
Le Robert, tout comme le Larousse, à ma grande surprise, signalent seulement è-ghi-zé, que je pensais moi aussi fautif.[…] Qu'y comprendre ?
Si je peux me permettre, Jehan, ton Robert, quelle année ?
- Mon grand Robert, de 1985, indique seulement è-gui-zé (en reprenant ta transcription phonétique) : comme Littré.
- Un petit Robert, de 1989, indique è-g(u)i-zé : il semble déjà considérer que la prononciation du u se perd et devient par conséquent facultative.
- Quelques années plus tard, sans doute (?), ton Robert considère probablement que la prononciation du u s'est complètement perdue (je n'ai pour les années récentes que le Robert de poche qui ne donne pas la phonétique) et n'indique plus que è-ghi-sé.

Et maintenant, deux mots énervants : quelque part et interpeller comme dans " ça m'interpelle quelque part. "
Je crois que les psys sont responsables du quelque part avec leur manie de chercher d'où çà vient et de figurer des topologies.
Quelques expressions agaçantes…
- l'utilisation du verbe "faire" au sens de "visiter", qui transforme les touristes en bâtisseurs et artistes surdoués : "A Paris, j'ai fait le Panthéon, le Louvre, le musée d'Orsay. À la fin de la journée, j'étais épuisé." Certes!
- l'utilisation au sens métaphorique du verbe "parler" à toutes les sauces : "ça vous parle?", "ça" pouvant désigner une œuvre d'art, une explication, bref n'importe quoi qui soit dépourvu de langage.
Ce qui m'ennuie particulièrement c'est la nouvelle habitude de garder les mots anglais pour les titres de films , il y a même une variante très récente, un titre anglais avec sa traduction par exemple " the watchmen : les gardiens". Il n'y a rien de passionnant ou d'unique dans tous ces titres. Cela dénote une sorte de hiérachie : Welcome vaut plus que Bienvenue.
Trialph a écrit :Quelques expressions agaçantes…
- l'utilisation du verbe "faire" au sens de "visiter", qui transforme les touristes en bâtisseurs et artistes surdoués : "A Paris, j'ai fait le Panthéon, le Louvre, le musée d'Orsay. À la fin de la journée, j'étais épuisé." Certes! […].
Je me demande si, au lieu que "faire" remplace purement & simplement "visiter", il n'y a pas en réalité une sorte d'ellipse du complément dans la locution "faire la visite", en même temps que - société de consommation et de compétition oblige - la traduction de l'accomplissement d'une tâche, obligatoire pour afficher sa culture et son standing en comparaison avec ceux des autres. Et en disant qu'on a "fait" le Panthéon, le Louvre et/ou Orsay, on avoue inconsciemment qu'on ne les a pas vraiment visités, mais qu'on y est passé pour pouvoir les rayer de la liste et surtout, surtout, pouvoir dire au voisin, qui les a faits l'an passé, qu'on les a faits aussi. Alors, en sortant du Louvre, on prend sa liste et, en face de Louvre (entre le Panthéon et Orsay), on écrit : fait. Ou encore plus simplement, on barre : Louvre.
Mais, n'est-ce pas, tout cela n'est qu'une hypothèse.
Portia a écrit :Ce qui m'ennuie particulièrement c'est la nouvelle habitude de garder les mots anglais pour les titres de films […] Cela dénote une sorte de hiérachie : Welcome vaut plus que Bienvenue.
Pour Welcome, son réalisateur, Philippe Lioret, s'en est expliqué ce matin même lors d'une émission de radio. Si j'ai bien compris, on voit dans le film un paillasson (sic) sur lequel est marqué "WELCOME" et c'est ce paillasson qui a donné son nom au film ! Essayez de trouver un paillasson avec "BIENVENUE"… Au cas d'espèce, la faute en est donc aux fabricants de paillassons et non au réalisateur du film !