Les mots qui fâchent

Langue française

395 réponses · Page 10 / 20

@Lucretius:
C'est exactement ce qui m'énerve. Des mots et des expressions transposés tels quels du vocabulaire anglo-saxon au français, sans aucun souci de pertinence ou d'utilité.
Mais qu'en dit l'avocat du diable?

@lachgar:
Très bonne idée! Pourquoi ne pas créer une discussion à ce sujet? =D
L'avocat du diable (hyark, hyark) 😜 pourrait répondre que l'expression est plus concise que "être significatif", "vouloir dire quelque chose", ou même "avoir un sens".
Quel autre équivalent proposeriez-vous ?

Et il y a d'autres expressions formées de façon analogue, mais qui n'ont pas, elles, la malchance d'avoir été calquées sur l'anglais : faire ventre, faire obstacle, faire autorité, faire pendant, faire mal…

De plus, l'expression "faire sens" a déjà existé en ancien français : elle signifiait "agir sensément". Pourquoi ne pourrait-on pas l'utiliser avec un nouveau… sens ?
J'aime bien l'expression "faire sens" parce qu'elle rappelle la convention qui est à l'origine de ce que certains appellent la réalité parce qu'ils ont oublié cette convention et n'en tiennent pas compte.
Pratiquement, tout le monde parle de la réalité, pense en utilisant ce concept, et construit sa pensée en la référant à la réalité. On ne se pose plus alors la question de ce qui donne un sens à ses propos parce qu'on suppose que la même convention est adoptée et utilisée par ses interlocuteurs.
Mais dés qu'on sort du cercle où la vérité révélée, transmise par prêche ou enseignement, est admise par tous, la question de ce qui fait sens pour son interlocuteur devient fondamentale.
Par exemple, quand j'étais à Khartoum, je suis tombé sur des ouvriers qui utilisaient une machine à composer en reversant le contenu des casses contenant les caractères d'imprimerie pour faire des tas et travailler au sol, assis en tailleur. Pour les convaincre de faire autrement, il fallait chercher les arguments qui aient du sens pour eux.
Le même problème se pose très souvent en France. Par exemple, les comptables sont parfois obsédés par la recherche des erreurs, et j'en ai trouvé qui, à deux, récopiaient séparément les comptes à partir d'un même livre, puis comparaient entre eux leurs écritures. Quand on distingue l'éthique de la morale, on remarque très souvent que les uns prennent un mot dans le sens que les autres donnent à l'autre mot et réciproquement, etc…
Putakli a écrit :[…] Par exemple, les comptables sont parfois obsédés par la recherche des erreurs, et j'en ai trouvé qui, à deux, récopiaient séparément les comptes à partir d'un même livre, puis comparaient entre eux leurs écritures. […]
C'est quoi, copier ?
C'est sûr… Moins on est concis dans la formulation de ce qui tombe sous le sens, plus le risque de faire une faute de frappe augmente !
Le problème du complexe des langues est beaucoup plus grave pour d'autres langues que je connais. Je pense à l'arabe par exemple.
Je pense qu'une langue a du génie et qu'il s'agit ou de respecter son génie, quitte à ce qu'elle reste pauvre ou la "prostituer." L'anglais shakespearien n'a quasiment plus rien à voir avec l'anglais que tout le monde parle ou doit parler. Tenez, pourquoi la langue française, en dehors des doublages des films américains, semble peu faite pour le cinéma? elle me semble faite beaucoup plus pour le théâtre. elle est moins faite pour la chanson que pour la poésie (Brel, Brassens, Gainsbourg…poètes ou chanteurs?)
En deux mots:
Le français est aristocratique
L'anglais est bourgeois
Admettez que c'est le comble!
Affaire de gros complexes de l'histoire.
P.S.
J'aime pas ticketing
j'adore billetterie
j'aime pas enchères (et en os)
j'adore criée
j'aime pas ringard
j'adore vieux jeu
has been, j'aime pas non plus
Jehan a écrit :C'est sûr… Moins on est concis dans la formulation de ce qui tombe sous le sens, plus le risque de faire une faute de frappe augmente !
Ben ça, alors ! Je pensais que c’était encore un de ces mots que seules nos élites utilisent (décideurs, manadgeurs, conseilleurs, und so weiter) et que l’humble locuteur lambda ne connaît pas. Car moins je comprends le discours, plus je suis convaincu qu’il est très savant. Bon, tu me rassures. Putakli est comme nous tous : il fait des fautes de frappe. Mais si, en revenant de Khartoum, il avait eu l'humilité de vérifier l'orthographe de son message, celle-là lui aurait été signalée et il aurait pu ainsi la corriger. Le temps qu’a duré ma méprise, je ne me serais pas senti aussi nul !

Lachgar a écrit : La langue française, en dehors des doublages des films américains, semble peu faite pour le cinéma. Elle me semble faite beaucoup plus pour le théâtre. elle est moins faite pour la chanson que pour la poésie (Brel, Brassens, Gainsbourg…poètes ou chanteurs ?)
Ce n'est sûrement qu'une impression (« semble »). Pour les chanteurs, qu'ils soient aussi poètes, sans doute, mais ce ne sont quand même pas nos poètes majeurs. Et les trois n'ont connu le succès que comme chanteurs, pas comme poètes. Les textes de Brassens, qui est mon préféré, sont faits pour être chantés. Simplement récités (essayez !), je trouve que la plupart passent mal.
C'est vrai que Brassens (mon préféré aussi ! =) fignolait des chansons à musique et texte inséparables l'un de l'autre.
Notons qu'il a aussi très bien su mettre en musique (et ainsi popularisé) plusieurs poèmes de quelques "vrais" poètes.
A propos de faire sens :
l'expression n'est pas plus concise que le français avoir un sens ou donner un sens. Il ne s'agit que de grammaire et un article ne compte pas vraiment. En anglais un mot abstrait ne prend pas d'article sauf cas particulier alors qu'en français les articles sont en général très utiles pour ajouter de la précision. D'autre part o make est différent de to do : c'est faire au sens matériel et non pas abstrait. Donner un sens est plus porteur d'image que le banal faire, et au final on sent bien un effort intellectuel de création d'une autres réalité plutôt qu'une simple astuce technique . Les approches sont différentes suivant les langues et dans ce cas précis je choisirai sans hésiter l'expression française donner un sens ou mieux encore donner du sens.

Par ailleurs la richesse des langues est un plaisir à savourer, on peut donc aimer tous les mots que l'on souhaite.
Si le mot "concis" a un sens, "faire sens" est tout de même un petit poil plus concis que "donner un sens"…

Je ne sais pas si en français les articles sont toujours très utiles pour ajouter de la précision, mais le nombre de locutions verbales bien françaises dans lesquelles on se passe d'article est assez considérable.

Le verbe "faire" en français peut être tout autant porteur d'image que "donner". Et ce sont tous deux sont des verbes aussi banals (disons polyvalents) l'un que l'autre.

On donne un sens à une réalité, on lui en attribue un, on l'interprète, alors qu'elle n'a peut-être rien demandé.
En revanche, une réalité qui fait sens, cela suggère que c'est la dynamique même de la réalité qui suscite une interprétation.

Ce n'est donc pas le même sens… =)

Quant à "avoir" un sens… Tu parles d'un verbe dynamique !
Personnellement, j'ai toujours eu un problème avec l'expression "sans doute" qui signifie "peut-être".
Là est le problème, comment "sans doute" peut exprimer l'incertitude alors que logiquement cette expression devrait signifier "je n'ai pas de doute à ce sujet."
Pourquoi ce contre-sens ?

Je vous avoue que je ne pense pas avoir été clair,
c'est en espérant que vous m'ayez compris que je vais me coucher x)
Bonsoir.

Le premier sens de l'expression "sans doute" a bien été "certainement".
Mais son sens s'est affaibli, et elle ne signifie plus que "vraisemblablement", "probablement", "apparemment".
Ce n'est pas tout à fait un contresens : la certitude est moins complète, mais on est tout de même presque sûr.
Davantage qu'avec "peut-être"…

Ce qui fait que pour exprimer sans ambiguïté la certitude vraiment complète, on doit écrire de nos jours "sans aucun doute" ou "sans nul doute".
Bonjour Jehan

Dans l'exemple choisi la réalité ne faisait jaillir aucun sens nouveau, rien ne changeait le travail , les ouvriers gardaient leurs habitudes précédentes, la machine n'avait pas de sens pour eux. Il fallait donc bien que des mots replacent le travail dans une réalité qui prenne en compte l'aspect technique, il fallait donc bien donner un nouveau sens.

Je suis bien d'accord, on a plus d'une expression à disposition en français avec des implications différentes même si dans ce cas je préfère donner du sens à faire sens. Faire sens me fait penser au jargon de psychologie. =)

J'ai pris concis dans un sens large sinon" a un sens" est encore plus court ! 😂

Pour les articles j'aurais dû préciser que je songeais aux traductions anglais/français : il y a eu des cas où cela a déjà posé des difficultés au niveau du sens (encore), la présence ou non d'articles en français pouvant modifier l'interprétation des textes en anglais.
Peut-être que vous pensez comme une vache regarde passer un train. Sans doute, vous n'êtes pas sur les rails.
(J'ai engraissé les mots pour éviter que ce ne soit lu à contre sens)
Euh…pourrait-on essayer de ressusciter ce malheureux fil? En évitant les crêpages de chignon et les remarques assassines, de préférence… 😜
(Je ne dis cela pour personne en particulier.)

Bref…
J'ai encore lu quelque part "un résidant" au lieu d'un "résident"…grrr…
Mais pourquoi ce grrr.., Izazie ?

Un résidant peut très s'écrire au sens d' "habitant" (depuis 1415 si j'en crois le Robert). Exemple donné : "Les résidants d'une maison de retraite.". On parle aussi, depuis 1846, du membre résidant d'une académie ou d'une société savante, par opposition à correspondant.
Quant au TLF, il définit ainsi notre résidant :
Personne qui réside habituellement dans un lieu. Synon. habitant. Le lieu où il est résidant, où elle était résidante (Ac.). Que ces exils [les changements de couvent] soient redoutés par les résidants de Solesmes, cela prouve qu'ils se trouvent bien dans leur abbaye (HUYSMANS).
Naturellement, je te rassure, le mot résident existe lui aussi !
Lui aussi dans le sens d'habitant d'un ensemble d'habitations, bien sûr.
Mais aussi au sens plus large de "Personne établie dans un autre pays que son pays d'origine".

Je cède à nouveau la parole au TLF pour conclure :
Rem. 1. La répartition entre résidant et résident est moins tranchée dans l'usage que dans les ouvrages de grammaire. On constate cependant qu'au sens de "personne qui réside dans un pays qui n'est pas son pays d'origine", la graphie résident l'emporte très largement; mais, p. ex. : "L'assistant peut bénéficier des prestations familiales (…) si ses enfants résident en France et s'il a reçu une carte de résidant ordinaire ou de résidant privilégié" (Encyclop. éduc., 1960, p. 326). 2. L'empl. du mot en informatique est un anglicisme, dont la graph. la plus cour. est résident (mais résidant dans Le Garff 1975).
Bonjour~ !

Je veux savoir la signification exacte de 'sans mauvais jeu de mot', que je trouve souvent mis entre parenthèses.
J'en sais, je crois, le sens de chaque mot, de 'jeu de mot', et de 'mauvais jeu de mot' ; mais pas de 'sans mauvais jeu de mot' entre parenthèses.

Veuillez, s'il vous plait, changer ce syntagme prépositionnel en une proposition subordonnée pour mieux comprendre.
J'espère que ma question soit compréhensible.
Ça veut dire qu'il y a, dans la phrase énoncée, ce qui pourrait être considéré comme un jeu de mots, et même un jeu de mots de mauvais goût, alors que c'est plutôt par coïncidence qu'on a utilisé ces mots. C'est un peu l'équivalent du britannique "no pun intended".
En fait, le jeu de mots est parfois plus ou moins volontaire, et on utilise cette expression à la fois pour faire remarquer le jeu de mots et pour s'en dédouaner.
Il y a quelques exemples d'utilisation qui illustrent cela dans cette page. Par exemple, celui-ci :
l'obésité infantile […]est un problème global et - sans mauvais jeux de mots - en pleine croissance.
Le fait d'avoir précisé "sans mauvais jeu de mots" (je préfère le singulier), veut dire que le locuteur s'est rendu du comique (involontaire ?) de la rencontre entre "obésité" et "en pleine croissance", et a donc préféré avertir l'auditeur.

P.-S. : Tu as écrit : J'espère que ma question soit compréhensible.
Il faut : J'espère que ma question est compréhensible.
ou bien : Je souhaite que ma question soit compréhensible.
Cette différence de construction entre "espérer" et "souhaiter" est un des pièges de la langue française.
Merci, lamaneur.
Maintenant je comprends la signification et l'usage de l'expression "sans mauvais jeu de mot".
Et je souhaite que tu reconnaisses, sans mauvais jeu de mot, ma sincère reconnaissance. 🙂

Cordialement.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :Et je souhaite que tu reconnaisses, sans mauvais jeu de mot, ma sincère reconnaissance. 🙂 .
Bravo Hwang, tu as parfaitement su joindre l'exemple au précepte, ou l'acte à la parole.

P.-S. Comme il faut généralement plusieurs mots pour pouvoir jouer avec, on préfère écrire sans jeu de mots (jeu au singulier, mots au pluriel).