Les mots qui fâchent

Langue française

395 réponses · Page 1 / 20

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Que diriez-vous de discuter ici des mots que vous n'aimez pas?
Barbarismes, emplois à contresens, néologismes inutiles, voire traductions inutiles de néologismes nécessaires.

Par exemple, à moins que les caractéristiques de l'espèce aient radicalement changé, je doute que vous puissiez acheter du fromage à un fromager; mieux vaut s'adresser au crémier.

On pourrait aussi discuter du pour et du contre, et remettre certaines idées reçues en place.
Ainsi, je déteste le mot "générer", qui nous a envahis depuis quelque trente ou quarante ans. Il est mis à toutes les sauces, remplaçant une quantité incroyable d'autres verbes plus précis. Il sonne "culturé", il fait professionnel, alors que, pour moi du moins, ce n'est qu'un mot fourre-tout pour parleurs pressés. Une calamité qui appauvrit la langue
.

Je croyais que ce verbe était un néologisme, venu en droite ligne de l'anglais "generate" Or il est attesté depuis au moins le début du dix-neuvième siècle! (voir TLF)

Qu'en pensez-vous?
Et quelles sont vos propres bêtes noires?
Oh, oh… Je crois que ça va plaire à Lucretius. Il me semble me souvenir qu'il avait participé à un fil de ce genre, et qu'il a toute une "liste noire" de mots ou d'expressions qu'il s'abstient d'utiliser.
Il te le confirmera sans doute.

C'est sûr, nous avons tous des mots ou expressions que nous aimons plus ou moins, pour des des raisons fort diverses. Et nos aversions comme nos attirances sont souvent bien moins "raisonnées", justement, qu'on pourrait le croire…
Mais enfin, ça donnera sûrement l'occasion de discussions passonnantes autant que passionnées !
Sans hésitation:

SOLUTIONNER!!!
Sans hésiter davantage :
- au niveau de, dénoncé depuis longtemps déjà, par exemple par Alfred Sauvy, qui se demandait quand on entendrait un éleveur dire : " Au niveau de mes vaches…" (mais on a sans doute fait mieux depuis) ;
- gérer, mis à toutes les sauces à la suite des cabinets comptables et des entreprises (et même employé absolument) : " Mon C.A. est proche de zéro, mais je gère mon stress. " ;
- donc voilà qui termine presque invariablement le discours (radio et télé) de ceux qui n'ont rien à dire, foutebolleux et autres grands sportifs en particulier : " Si on avait mieux joué et si les autres avaient joué moins bien, j'veux dire, donc voilà. "
A suivre.

P.S. Il y a encore des fromagers en Haute-Savoie (où le mot est même souvent un patronyme).
Vaste sujet !

En ce qui me concerne, mes bêtes noires sont les expressions suivantes : "comme par exemple" où "comme" signifie "par exemple"
et le verbe "revisiter".

D'accord aussi pour le "solutionner" qui est insupportable
On commence à entendre "acter" avec le sens de mettre en oeuvre.
Et "initier", utilisé dans son sens Anglais de "commencer". Encore un mot fourre-tout qui appauvrit la langue.
Trouvé dans un mémoire d'expertise-comptable :
" L'impact financier des risques sociaux dans l'entreprise […] " ;
" L'expert-comptable a assisté à l'impact de tous les évènements importants de l'entreprise " ;
" La qualité des informations comptables impacte directement sur les comptes. " (incontestablement le plus beau) ;
" Le nombre d'adhérents fait connaître l'impact de la section […] " ;
" Un outil de présentation des projets avec leur impact financière (sic) ".

Après autant d'impacts, je suis mort (de rire, mais pas seulement).
J'ai souligné aussi outil, qui fait nettement plus intelligent que moyen et donne certainement l'apparence d'une plus grande compétence…

Pour acter, initier, solutionner, pris dans les sens que vous indiquez, entièrement d'accord : à rejeter sans condition. Où et comment résister ? Partout, contre tous les déviants. La dérision est un excellent moyen : cool >>> ridicool !
" Textoter "

Je n'arrive pas à expliquer pourquoi, tout simplement je n'aime pas ce mot !

PS : J'attends Lucretius impatiemment. =)
"Nutritionniste" ("Diététicien" ne faisait pas assez chic? :roll🙂
Dénutri, malnutri, et autres horreurs…
Tiens, si je me faisais l'avocat du diable, 😉
pour le "solutionner", qui est un peu la "tarte à la crème"
des allergies langagières ?

Que lui reproche-t-on ?
La façon dont on l'a formé ?
Son inutilité, puisqu'on a "résoudre" ?

Pourquoi utiliser fermer, puisqu'on a clore ?
Pourquoi utiliser entourer, puisqu'on a ceindre ?
Pourquoi utiliser importer, puisqu'on a chaloir ?

Parce que c'est une tendance naturelle de la langue
de remplacer des verbes du 3e groupe à conjugaison complexe
par des synonymes à conjugaison régulière :
escondre a été remplacé par cacher,
tistre par tisser, surexir par ressusciter…

Quant à la formation du mot…
Pas plus choquante que celle d' additionner (alors qu'on a déjà ajouter),
sélectionner (alors qu'on a déjà trier),
confectionner (alors qu'on a déjà fabriquer),
affectionner (alors qu'on a déjà apprécier, chérir),
fractionner (alors qu'on a déjà diviser).

Pourquoi crier haro sur le seul "solutionner" ?
Mais si l'on supprimait tous ces dérivés en -tionner d'un coup,
ça ne risquerait pas d'appauvrir la langue ?
Polémiquons un peu, sinon ça va finir en énumération de détestations et de phobies individuelles !
Jehan a écrit :Pourquoi crier haro sur le seul "solutionner" ? Mais si l'on supprimait tous ces dérivés en -tionner d'un coup, ça ne risquerait pas d'appauvrir la langue ?
Il ne semble pas qu'on crie haro sur le seul solutionner : il y a déjà du monde !
Résolu, 6 lettres, s'écrit comme ça se prononce ; plus compliqué que solutionné, 10 dont une consonne redoublée que certains s'empresseront d'omettre, et pas forcément par inadvertance ?
Pour les autres verbes de ta fort jolie liste, qui a parlé de les jeter ? Non non ! Remarquons d'abord qu'ils n'ont jamais tout à fait le même sens que leurs soi-disant synonymes. C'est une raison suffisante pour les garder. Mais quand je cherche solutionner dans le Petit Robert, devine ce que je trouve ? Résoudre, point !!!

C'est seulement pour animer - à ta suite et sans animosité - la discussion ! En attendant, j'ajoute à ma liste l'imbécile bouster (ou booster ?) : "N'attendez plus pour bouster vos revenus". Et le grotesque loser (ou louser), quoiqu'il soit peut être le seul mot apte à caractériser vraiment tous ceux qui, à 50 ans, n'ont pas une R… mais je m'égare !
Bonsoir, Volapuk. =)

Il ne m'a certes pas échappé qu'ici l'on criait haro sur d'autres mots que solutionner…
Mais j'ai voulu dire que parmi les nombreux verbes en -tionner, c'était tout de même lui la tête de turc des puristes !

D'accord, solutionner a exactement le même sens que résoudre.
Tout comme à un certain moment, tisser et tistre furent rigoureusement interchangeables…

Cela dit, quand deux synonymes "parfaits" cohabitent assez longtemps sans que l'un évince l'autre, il est bien rare qu'à la longue ne se créent pas naturellement des nuances d'emploi, de registre.

D'accord, le participe solutionné est plus compliqué à écrire que résolu. Mais comme tous les verbes en -tionner s'écrivent avec deux n, on risque assez peu d'en oublier un.
En revanche, au présent, les verbes en -soudre n'ont pas les mêmes terminaisons que la majorité des verbes en -dre. Je trouve que c'est une difficulté plus notable.
Bonsoir Jehan.

Rien à redire. Tout cela est à la fois fort juste et fort bien dit. Alors, à la suite : que penser de " collaborateur " employé pour " salarié " ?
Et en attendant une éventuelle réponse, " textoter ", ça sort d'où, ça veut dire quoi ?
Bonsoir, Jehan et Volapuk!

J'ai dû chercher sur le net pour "textoter", (probablement parce que je n'ai pas de portable! 😜) et ce néologisme signifie "envoyer un message par texto".
Au passage, on peut comprendre que Corrigezmoitouts n'aime pas ce verbe, qui est parfaitement hideux.

À propos de "solutionner", les arguments de Jehan sont parfaitement valides, bien sûr. D'ailleurs lutter contre ces nouveaux mots n'est qu'un combat d'arrière garde.

N'empêche.
Outre que c'est un doublon qui n'a même pas l'excuse d'apporter une nouvelle nuance par rapport à résoudre, au contraire de l'affreux "visionner" par rapport à "regarder", "solutionner" est lourd et laid. D'accord, c'est un argument purement esthétique, mais plus le style est épuré, plus le texte est clair et compréhensible.

Et puis il y a la question plus large de la pure et simple compréhension de notre langue.
Si on apprend à un enfant (ou à un étranger apprenant notre langue) à dire "résoudre" plutôt que "solutionner", on lui ouvre du même coup un vaste champ, celui des mots issus de "solvere".
Tous ces verbes en -soudre, tous les noms en -lution, sont reliés d'une façon ou d'une autre. Connaître ces relations permet de comprendre les évolutions et glissements de sens, de mieux comprendre la langue, et même de deviner le sens de mots de cette famille lorsqu'on les rencontre pour la première fois.
C'est d'ailleurs tout l'intérêt de l'étymologie et de la connaissance des racines latines, grecques..ou pré-romanes… n'est-ce pas, Jehan? 😉

"solutionner", lui, n'est relié qu'à solution. Vous parlez d'une richesse…
Bonjour,

Discussion intéressante !

Je n'apprécie pas trop également solutionner surtout qu'il se traduit plus souvent par pallier que par résoudre

Celui qui me déplaît le plus, je crois que c'est clôturer à la place de clore. Clôturer une réunion … quel travail ! Les trous, les pieux, les jambes de force, les tendeurs, le fil, le grillage …

Ah, si, un autre : "Interdit de circuler sur la bande d'arrêt d'urgence" figurant sur les panneaux autoroutiers. J'attendais un "Interdiction de circuler sur la bande d'arrêt d'urgence" ou "Il est interdit de circuler sur la bande d'arrêt d'urgence" ou un simple "Circulation interdite sur la bande d'arrêt d'urgence"

Et ce qui m'horripile : l'A trente et un pour l'A31. Bon sans mais il s'agit d'UNE autoroute ! Donc l'A trente et une non ?
Ça rejoint une question déjà posée il n'y a pas très longtemps, et il me semble qu'il n'y a pas de faute à dire : l'autoroute trente et un. De même on dira plutôt la section un, que la section une. Un quand il est variable renvoie plus à l'adjectif qualificatif, (ex: dieu est un, la théologie est une, etc.) qu'à l'adjectif numéral.
Izazie a écrit :
"solutionner", lui, n'est relié qu'à solution. Vous parlez d'une richesse…
Mais comme solution est relié lui-même à tous ceux que tu cites, solutionner n'est pas isolé non plus : c'est juste un maillon supplémentaire de la chaîne… Le petit dernier de la lignée ! Rien qui n'empêche de faire de la généa… de l'étymologie si on le désire.

Moi aussi, je préfère les mots courts et simples, et les sonorités agréables. Mais je pense que tu t'en rends compte comme moi, le "beau son" est une notion très subjective. Le sens du mot infléchit notre appréciation.

Un terme moderne et d'emploi technique sera jugé bien plus "affreux" qu'un mot populaire et traditionnel à sonorité très proche.
Sinon, pour quelle autre raison les sons de "visionner" seraient-il jugés plus laids que ceux de "vermillonner", de "papillonner", de "pigeonnier" ou de "tisonnier" ?

Victor Hugo (insensible à la sonorité des mots, c'est bien connu ) a écrit en 1866 "une maison visionnée" au sens de "maison hantée". A la fin du XIXe siècle, le verbe a pris le sens d' "avoir des visions, halluciner". Puis il signifia "voir un film en tant que spectateur, dans une salle". Ce n'est que plus récemment qu'on l'employa dans diverses acceptions techniques. Vous avez dit "techniques" ? Quelle horreur, ma chère…

Et pourquoi "textoter" serait-il plus laid à l'oreille que "tripoter" ou "tapoter"? Si d'aucuns le trouvent laid, c'est simplement qu'il évoque une pratique moderne par eux jugée de mauvais aloi…

Moi, je le trouve très expressif. La répétion des trois t vous a des airs d'harmonie imitative.
Entendez-vous les doigts textotant à tâtons sur toutes les touches ?
Sans compter que "textote", ça rime riche avec "litote"…
Bonsoir,

Mes bêtes noires : "supporter" une équipe de XXXX, et "au jour d'aujourd'hui"….
eh bien moi je ne supporte pas qu'au jour d'aujourd'hui on ne dise pas soutenir son équipe préférée
Et je pense que je n'ai pas fini de vous rendre visite …
poissone a écrit :Bonsoir,

Mes bêtes noires : "supporter" une équipe de XXXX, et "au jour d'aujourd'hui"….
eh bien moi je ne supporte pas qu'au jour d'aujourd'hui on ne dise pas soutenir son équipe préférée
Et je pense que je n'ai pas fini de vous rendre visite …
Cela se discute. Quand j'entends un grand sportif déclarer : "Je remercie ceux qui m'ont aidé et supporté ", je me dis que si le sens du mot n'avait pas dérivé comme vous le déplorez, ceux qui l'ont supporté, surtout eux, n'auraient jamais été remerciés, alors qu'ils sont pourtant les plus méritants !

"EDIT" : J'ai, il est vrai sans le laisser paraître, pris supporter dans son sens "normal", non dérivé de l'anglais !