Le thème de la nuit dans différents textes

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour!
Pour la fin des vacances d'hiver, j'ai reçu un devoir maison type bac autour du romantisme (d'ailleurs, je suis en 2de). Quatre texte de corpus, dont:
A: Novalis, Hymnes à la nuit, 1800
B: Keats, Pourquoi ai-je ri cette nuit?, 1819
C: Lamartine, "Isolement" in Méditation Poétiques, 1820
D: Mickiewicz, "Les steppes d'Akerman" in Sonnets de Crimée, 1826

La question: Comment est traité le thème de la nuit dans les textes du corpus?

Dans Novalis la nuit est valorisée, personnifiée, la majuscule etc.
Dans Keats, elle est associée à la mort? Là je ne suis pas sure…

Voici mon problème - dans Lamartine et Mickiewicz, je ne vois presque pas du tout le thème de la nuit!

Corpus:
B. John Keats - Pourquoi ai-je ri cette nuit ?

Pourquoi ai-je ri cette nuit ? Nulle voix ne le dira;
Ni dieu ni démon à l'austère réplique
Ne daignera répondre du ciel ou de l'enfer
Alors, vers mon cœur d'homme je me tourne aussitôt
Ô mon cœur ! Nous voici, toi et moi, tristes et solitaires;
Dis-moi donc, pourquoi ce rire ? Ô mortelle douleur !
Ô ténèbres ! ténèbres ! Sans cesse il me faut gémir,
Pour questionner en vain et le ciel et l'enfer et mon cœur.
Pourquoi ce rire ? Je sais le bail consenti à mon être,
Mon imagination peut en atteindre les plus extrêmes félicités;
Et pourtant j'accepterais en ce minuit même de cesser de vivre,
Et de voir en lambeaux le pavois bariolé de ce monde;
La poésie, la gloire, la beauté, ce sont bien là des ivresses,
Mais plus grande ivresse est la mort _ la mort, suprême récompense de la vie.
C. Lamartine – L’Isolement

Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici, gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs,
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports,
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

Que le tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un œil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.

Quand je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire,
Je ne demande rien à l’immense univers.

Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m’enivrerais à la source où j’aspire ;
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l’Aurore,
Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !
Sur la terre d’exil pourquoi restè-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
D. Mickiewicz - Les steppes d'Akerman

Sur le sec, je navigue, en la steppe océane,
Verdure où mon char plonge et patauge - un canot!
Noyé de fleurs, dans l'herbe aux bruissements de flots;
J'évite les îlots corallins des bourianes.

La nuit déjà descend: ni chemin, ni kourgane.
Cherchant l'étoile au ciel, guide du matelot,
Vois-je luire un nuage? - ou c'est l'aube, bientôt?
Non: c'est le Dniepr qui brille, en phare d'Akerman!

Arrêtons! Quelle paix!… J'entends là-haut s'enfuir
Des hérons qu'un gerfaut ne saurait découvrir;
J'entends le papillon bercé sur le brin frêle,

La feuille, qu'un serpent lisse froisse sous soi.
Ce silence! - et je guette a tel point, qu'une voix
Du pays m'atteindrait… Repartons: nul n'appelle!
S'il vous plaît, pourriez-vous m'aider un peu?
Bonsoir Naupliosa,

Pour Mickiewicz, la nuit présente trois caractères :
- la perte des repères,
- la paix qui descend sur la terre,
- le silence qui exacerbe les sensations auditives…

Pour Lamartine, le coucher du soleil est vécu comme
- un redoutable moment de solitude et de tristesse,
- un moment qui n'apporte ni émerveillement, ni paix comme aux autres humains,
- un appel à quitter le monde des vivants…
Bonsoir Jean-Luc,
Merci beaucoup pour m'avoir répondu aussi rapidement!

Je pense mieux comprendre la question et mes textes. Par contre, d'après ce que je sais, les questions de corpus dans les sujets de ce type supposent une réponse structurée, prouvant la présence d'éléments communs à tous les textes… Est-ce possible qu'il s'agit ici de procéder texte par texte, ou devrais-je chercher à mettre mes réponses en commun?
Bonsoir,

Il faut effectivement regrouper les points communs comme le retour sur soi, l'introspection, le voisinage de la mort, la paix… en précisant à chaque fois, le ou les textes qui n'abordent pas cette thématique ou qui la colorent différemment.

Il faut aussi réserver un paragraphe aux textes qui se différencient nettement : par exemple, Lamartine qui n'évoque pas la nuit elle-même mais plutôt le coucher de soleil…
J'ai trouvé l'extrait de Novalis!

Hymnes à la nuit - Novalis.
(Il manque, ici, un paragraphe concernant la Lumière)
Loin d’elle je me détourne vers l’ineffable, la sainte, la mystérieuse Nuit. Le monde est loin — sombré dans l’abîme — à sa place tout n’est plus que solitude et désert. Un souffle de mélancolie fait frissonner les fibres de mon âme. Je voudrais tomber en gouttes de rosée et me mêler à la cendre. — Lointains souvenirs, vœux juvéniles, rêves de l’enfance, joies vaines, espoirs fugitifs d’une longue vie, tous viennent à moi, vêtus de gris, comme les brouillards du soir au soleil couché. La Lumière est allée planter dans d’autres contrées ses tentes de joie. Ne reviendra-t-elle jamais vers ses enfants qui espèrent son retour avec la foi de l’innocence ?
Quel est ce pressentiment que je sens sourdre sous mon cœur et qui résorbe cette molle atmosphère de tristesse ? Aurais-tu, toi aussi, quelque complaisance pour nous, sombre Nuit ? Sous ton manteau, qu’est-ce donc que tu portes ? Quel est cet invisible aimant qui s’empare de mon âme ? Un baume précieux coule goutte à goutte de la gerbe de pavots que tu tiens dans ta main. Tu relèves les ailes appesanties de l’âme. Un obscur, un ineffable émoi nous saisit — plein d’effroi et de joie, je vois s’incliner vers moi un grave visage tout empreint de douceur et de recueillement et, sous une forêt de boucles emmêlées, je reconnais les traits de la Mère en son gracieux printemps. Qu’elle me semble pauvre et puérile, à présent, cette Lumière — heureux et béni l’adieu du jour ! — Ainsi donc, c’est parce que la Nuit détourne de toi tes fidèles que tu as semé dans l’espace infini ces globes lumineux, destinés à proclamer ta toute-puissance — à annoncer ton retour — au temps où tu es loin ? Plus divins que les étoiles scintillantes nous semblent les yeux infinis que la Nuit a ouverts en nous. Leur regard porte bien au-delà des astres les plus pâles d’entre tes armées innombrables — sans faire appel à l’aide de la Lumière, ils percent les profondeurs d’un cœur aimant, emplissant d’une volupté indicible l’espace qui est au-dessus de l’espace.
Célébrons la Reine de l’univers, sublime messagère des mondes sacrés, prêtresse d’un céleste amour — Elle t’envoie vers moi — tendre amoureuse — gracieux soleil de la Nuit — c’est à présent que je veille — que je suis mien et tien à la fois — tu m’as révélé que la Nuit, c’est la vie — tu m’as fait homme. — Consume mon corps de la flamme spirituelle, et que réduit en une aérienne substance je me mêle à toi d’union plus intime, afin que dure pour l’éternité notre nuit de noces.
Finalement, j'ai quelque chose comme cela:

Le retour sur soi a travers une réflexion sur la nuit:
-Chez Novalis avec l'effroi, l'émoi, la joie du héros et sa sensation de "voir plus" grâce à la Nuit
-Chez Keats avec la douleur, la tristesse, la solitude du héros, sa volonté de mourir à minuit
-Chez Lamartine avec la tristesse et la solitude de nouveau, puis avec son indifférence et le "vide" de sa vie.
-Chez Mickiewicz ?

La nuit associée a la paix:
-Chez Novalis avec la douceur et le recueillement du visage de la Nuit, …. (il me manque des idées)
-Chez Keats ?
-Chez Lamartine avec la description du paysage délicate et paisible, douceur du soir, en fait tout l'oeuvre est très paisible.
-Chez Mickiewicz avec le silence profond, les quelques bruits de la nature.

La nuit et la mort:
-Chez Novalis, rien.
-Chez Keats, le champs lexical de la mort, le fait de parler du ciel et de l'enfer (donc de l'au-delà), le fait d'exprimer sa volonté de mourir cette nuit,
-Chez Lamartine le fait de parler de soi comme d'un mort, et de mentionner les lieux lointains très romantiques 🙂
-Chez Mickiewicz, rien.

Finalement, le fait de valoriser la nuit et de l'opposer au jour dans Novalis, Lamartine (qui n'oppose pas ces deux thèmes) et Mickiewicz.

Ai-je oublie quelque chose? C'est peut-être un peut trop pour une petite question de corpus? D'ailleurs, elles me posent toujours le plus de problèmes…
Chez Novalis et Mickiewicz, il y a en plus la nostalgie de l'enfance ou de la patrie, la peur de l'oubli dans le sommeil.

La nuit reste au-delà de la paix qui descend, le monde de l'angoisse diffuse de se perdre, de se diluer, de perdre son identité. Le sommeil a été appelé la petite mort. Chez Novalis, cette crainte est dominée par l'appel à la fusion, à une intimité extatique devant la pureté cachée du monde, à la veille amoureuse en mémoire de Sophie (sa très jeune fiancée morte très vite). Tout se passe comme si, la nuit rendant inopérantes les informations sensorielles, le poète était appelé à pénétrer intuitivement le secret de l'univers. Relève l'oxymore "soleil de la nuit" qui désigne peut-être la lune et ses mystères.
Où est-ce-que tu vois, chez Novalis, la peur de l'oubli dans le sommeil?
Un baume précieux coule goutte à goutte de la gerbe de pavots que tu tiens dans ta main.
Le pavot, la fleur opiacée dispense l'oubli ou l'apaisement. Novalis souhaite l'apaisement de sa douleur, mais en même temps lutte dans la veille pour retrouver l'esprit de Sophie.
J'ai l'impression de ne pas comprendre ce texte parfaitement.
Ce n'est pas grave, j'essaierais de construire quelque chose avec ce que j'ai.
Merci beaucoup pour ton aide et ton temps,
Aleksandra.