Le trait d’union et l’impératif
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Bonsoir, Michel.
Dans le fragment du « Bon Usage » que j’ai sous les yeux, Grevisse examine successivement les phrases « Ce paquet, je le ferai prendre », « Ne le laissez pas prendre » et, deux lignes plus loin, « Faites-le prendre ». Il n’étudie pas la phrase "Faites(-) lui prendre cette route ».
Et il met dans ce cas également un trait d'union avant le pronom COD du verbe faire, auxiliaire conjugué de la forme factitive. Où est le problème ?
Faites les vous expliquer », ne devrait-on pas aussi considérer que « les » est un COD de la locution verbale « faire expliquer », et donc écrire « Faites-les vous expliquer », contrairement aux dires d’Anne?
Je pense qu'Anne, au début de son message, avait seulement en tête le deuxième trait d'union, qui effectivement n'a pas lieu d'être, et que c'est par simple étourderie (ce qui arrive à tout le monde) qu'elle a écrit qu'il ne fallait aucun trait d'union.
D'ailleurs, l'extrait de Grevisse qu'elle cite est fort explicite.
Un lecteur attentif aura rectifié de lui-même.
Comment déterminer si le pronom personnel se rapporte ou non à l'infinitif ? En mettant la phrase à l'indicatif ! Les pronoms situés avant le verbe conjugué se rapportent à celui-ci et seront donc liés par trait d'union à l'impératif.
Appliquons donc cet excellent procédé, que vous pourrez suggérer à vos enfants :
Laissez-les vous expliquer → Vous les laissez vous expliquer.
Et non
"Vous laissez les vous expliquer."Faites-les vous expliquer → Vous les faites vous expliquer.
Et non
"Vous faites les vous expliquer"
Le
les est bien COD de "Faites" ou de "Laissez",
et non COD de "expliquer".
De même dans la phrase « venez le lui dire », pourquoi ne considérerait-on pas que « le » est le COD d’une locution verbale « venir dire » ?
Venez le lui dire → Vous venez le lui dire.
Et non
Vous le venez lui dire.
Ici, pas de trait d'union :
le est bien
COD de l'infinitif, et non COD de "venez".
Ici, d'ailleurs, "venir" a ici son sens plein et n'est pas un semi-auxiliaire comme il peut l'être pour le passé proche ("venir de dire"). Grosse différence avec le "faire" du factitif.
Bonsoir, cher Jehan.
Je vous remercie pour votre dernier message.
Je vais l'étudier, ainsi qu'un certain nombre d'articles que je viens de trouver sur Internet. Je vous recontacterai ensuite.
Cordialement et respectueusement. Bonjour Jehan.
Je ne suis pas certain, tout d’abord, que nous nous soyons bien compris, car plusieurs des phrases citées à l’impératif sont susceptibles d’interprétations diverses.
Si j’écris "Faites-les vous expliquer", dans le sens de "Incitez ces personnes à vous expliquer", alors "les" représente "ces personnes". À l’indicatif, la phrase correspondante est celle que vous avez donnée "Vous les faites vous expliquer".
Si j’écris "Faites-lui vous les expliquer", dans le sens de "Convainquez cette personne de vous expliquer ces exercices", alors "lui" représente "cette personne" et "les" représente "ces exercices". À l’indicatif, la phrase correspondante pourrait être
"Vous lui faites vous les expliquer".
Si j’écris maintenant "Faites vous les expliquer" dans le sens de "Faites qu’on vous explique ces exercices", alors "les" représente "ces exercices". Sur le modèle de ce que je viens de dire, la phrase correspondante serait "Vous faites vous les expliquer". Ce ne serait pas "Vous vous les faites expliquer", comme on aurait tendance à le croire et comme le croyait Junayme dans sa première intervention. D’ailleurs, si cette phrase "Vous vous les faites expliquer" devait prévaloir, il y aurait deux traits d’union dans "Faites vous les expliquer".
Examinons de même la phrase "Faites-lui le retirer" dans le sens "Faites que cette personne retire ce paquet", alors "lui" représente "cette personne" et "le" représente "ce paquet". À l’indicatif, la phrase correspondante serait "Vous lui faites le retirer".
Si j’écris maintenant "Faites le retirer", sur le modèle de ce que je viens de dire, la phrase correspondante serait "Vous faites le retirer". Ce ne serait pas "Vous le faites retirer". Il n'y aurait donc pas de trait d'union dans "Faites le retirer".
Tout ceci, pour expliquer que, sauf fausses interprétations de ma part, la correspondance entre phrases à l’impératif et phrases à l’indicatif n’est pas nécessairement évidente.
Ensuite, examinons la phrase "Laisse-le-moi lire", où "le" représente "un roman". À l’indicatif, cela donnerait "Tu me laisses le lire". À l’indicatif "me" se trouve donc avant le verbe conjugué, et "le" se trouve après. Le problème est que, à l’impératif, "le" se trouve avant "moi" ; doit-on, dans une telle configuration, mettre deux traits d’union dans "Laisse-le-moi lire" ?
J’en viens maintenant à la question des patronymes, et je ne partage pas complètement votre point de vue. Si des gens croient que saint Pierre et saint Paul ont jadis résidé à Moscou, en quoi en seraient-ils détrompés par le fait qu’une église s’y appelle « la basilique des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul-aux-Portes-de-la-Yaouza » ? Ils en concluront, tout aussi bien, que ce nom n’a pas été choisi au hasard.
Je vous prie de m’excuser si j’ai dit de sottises. La discussion peut éclairer des lecteurs.
Cordialement et respectueusement.
Bonjour Michel,
Vous avez écrit :
Ensuite, examinons la phrase "Laisse-le-moi lire", où "le" représente "un roman". À l’indicatif, cela donnerait "Tu me laisses le lire". À l’indicatif "me" se trouve donc avant le verbe conjugué, et "le" se trouve après. Le problème est que, à l’impératif, "le" se trouve avant "moi" ; doit-on, dans une telle configuration, mettre deux traits d’union dans "Laisse-le-moi lire" ?
Oui, vous avez le choix entre :
- Impératif + trait d'union + pronom complément de l'infinif + trait d'union + pronom complément de l'impératif →
Laisse-le-moi lire.
- Impératif + trait d'union + pronom complément de l'impératif + (
pas de trait d'union) + pronom complément de l'infinitif →
Laisse-moi le lire.
D’ailleurs, si cette phrase "Vous vous les faites expliquer" devait prévaloir, il y aurait deux traits d’union dans "Faites vous les expliquer".
Oui, mais plus probablement :
Faites-les-vous expliquer.
Source : Grevisse et Hanse.
Muriel
Bonjour, Michel.
Pour compléter les réponses de Muriel :
Examinons de même la phrase "Faites-lui le retirer" dans le sens "Faites que cette personne retire ce paquet", alors "lui" représente "cette personne" et "le" représente "ce paquet". À l’indicatif, la phrase correspondante serait "Vous lui faites le retirer".
"Faites-lui le retirer" n'est pas une phrase correcte. On écrira et on dira "
Faites-le-lui retirer". (Indicatif :
Vous le lui faites retirer.)
Si j’écris maintenant "Faites le retirer", sur le modèle de ce que je viens de dire, la phrase correspondante serait "Vous faites le retirer". Ce ne serait pas "Vous le faites retirer". Il n'y aurait donc pas de trait d'union dans "Faites le retirer".
Si, il en faut bien un dans ce sens aussi.
Faites-le retirer. (
le censé donc désigner la personne qui doit retirer quelque chose)
Vous faites le retirer serait du charabia.
Il faudrait bien :
Vous le faites retirer.
Dans ce sens,
Faites-lui retirer. (Indicatif :
Vous lui faites retirer ) serait beaucoup moins ambigu.
Et plus naturel avec en plus un complément précisant la chose retirée :
Faites-le retirer ce paquet.
Mais là aussi, on dirait plutôt :
Faites-lui retirer ce paquet.
Indicatif :
Vous lui faites retirer ce paquet.J’en viens maintenant à la question des patronymes, et je ne partage pas complètement votre point de vue. Si des gens croient que saint Pierre et saint Paul ont jadis résidé à Moscou, en quoi en seraient-ils détrompés par le fait qu’une église s’y appelle « la basilique des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul-aux-Portes-de-la-Yaouza » ? Ils en concluront, tout aussi bien, que ce nom n’a pas été choisi au hasard.
Il ne s'agit pas de détromper qui que ce soit, mais de mieux marquer visuellement la valeur de toponyme précis du lieu considéré, de distinguer par exemple saint Étienne et Saint-Étienne… Cela n'a rien de grotesque.
Bonsoir, Jehan et Muriel.
Je vous remercie pour vos messages, et vous prie de m'excuser de n'y avoir pas répondu plus tôt. J'étais accaparé par d'autres tâches.
Récapitulons. On écrit:
1) "Faites-les vous expliquer", dans le sens de "Incitez ces personnes à vous expliquer", où "les" représente "ces personnes"; la phrase correspondante à l'indicatif est "vous les faites vous expliquer";
2) "Faites-les-vous expliquer", dans le sens "Faites vous expliquer ces exercices", où "les" représente ces exercices; la phrase correspondante est "vous vous les faites expliquer";
3) "Faites-lui vous les expliquer", dans le sens de "Convainquez cette personne de vous expliquer ces exercices", où "lui" représente "cette personne" et "les" représente ces exercices;la phrase correspondante est "Vous lui faites vous les expliquer";
4) "Faites-le-lui retirer" dans le sens de "Faites que cette personne retire ce paquet", où "le" représente "ce paquet" et "lui" représente "cette personne"; la phrase correspondante est "Vous le lui faites retirer";
5) "Faites-le retirer" dans le sens de "Faites retirer ce paquet", où "le" représente "CE PAQUET"; la phrase correspondante est "Vous le faites retirer";
6) "Laisse-moi le lire" ou "laisse-le-moi lire" dans le sens de "Laisse-moi lire ce roman", où "le" représente ce roman; la phrase correspondante est "Tu me laisses le lire".
Je suppose maintenant qu'on écrit:
7) "Laisse-nous-en parler" dans le sens de "Laisse-nous parler de cette affaire", où "en" représente "cette affaire", et que la phrase correspondante est "Tu nous en laisses parler";
8) "Entendez-les la chanter" dans le sens de "Entendez-les chanter cette chanson", où "les" représente "ces gens-là, chanteurs" et "la" représente "cette chanson", et que la phrase correspondante est "Vous les entendez la chanter";
9) "Tiens-le-toi pour dit", où "le" représente "cet avertissement que je viens de te donner", et que la phrase correspondante est "tu te le tiens pour dit";
10) "Donnez-nous-en la raison", où "en" représente "de votre point de vue", et que la phrase correspondante est "vous nous en donnez la raison".
Maintenant, je reviens sur le problème des patronymes. Tout est question de probabilités.
a) Quelle est celle que dans un article sur "la basilique des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul-aux-Portes-de-la-Yaouza", en voyant écrit "la basilique des saints apôtres Pierre et Paul", le lecteur imagine qu'en fait la basilique s'appelle "la basilique Sainte-Marie", et que le journaliste ait voulu marquer que Pierre et Paul y avaient résidé?
b) Quelle est celle que la conformité aux règles nouvelles de typographie ait alourdi l'écriture dans ce cas?
c) Quelle est celle que le lecteur se fût trompé dans le temps où "le lexique des règles typographiques" n'existait pas?
Cordialement et respectueusement.
Bonsoir Michel,
Afin d'éviter un hors-sujet, la dernière partie de votre message pourrait, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, se poursuivre dans cette discussion :
Orthographe des noms propres. Merci d'avance.
Muriel
Bonsoir, Michel.
"Laisse-nous-en parler" dans le sens de "Laisse-nous parler de cette affaire", où "en" représente "cette affaire", et que la phrase correspondante est "Tu nous en laisses parler";
Non, car la phrase à l'indicatif est
"Tu nous laisses en parler."
Et la phrase à l'impératif est donc, sans liaison prononcée entre "nous" et "en" :
"Laisse-nous / en parler."
( = Laisse-nous parler
de cela. Le
en est complément de l'infinitif et non de "Laisse" )
En revanche, avec un sens différent de "laisser" :
Laisse-nous du gâteau… Laisse-nous-en
Tu nous en laisses.
Ici, le
en est bien complément de "laisser".
Et l'on entend la liaison : Laisse-nous(z)-en…
Toutes vos autres phrases sont correctement écrites et formulées.
Votre discussion sur les toponymes devient oiseuse.
Toutes les probabilités que vous évoquez seraient en pratique difficilement mesurables, étant surtout fonction du degré de subjectivité personnelle des différents lecteurs, qui n'est pas forcément le même que le vôtre. Je propose donc que nous en restions là sur ce (hors-)sujet.
Bonjour Jehan.
Je vous remercie pour vos réponses.
Cordialement et respectueusement.
Bonsoir Jehan.
Je crois comprendre que l'emploi des pronoms personnels en présence des verbes factitifs "faire" et "laisser", n'est pas le même que celui en présence des verbes non factitifs, et que cela explique en partie la manière de placer les traits d'union.
"Envoyez le chercher", où "le" représente "votre fils", signifie "envoyez quelqu'un partir à la recherche de votre fils".
"Envoyez-le chercher" signifie "envoyez votre fils entreprendre des recherches".
La différence des sens est marquée par l'emploi ou le non-emploi du trait d'union.
"Faites-le chercher" signifie "Faites que quelqu'un parte à la recherche de votre fils".
"Faites-lui chercher" signifie "Faites que votre fils entreprenne des recherches".
Ainsi, avec un verbe factitif, la différence de sens serait marquée non par le trait d'union, mais par le changement de pronom personnel, c'est-à-dire par la transformation du "le" de "envoyez-le chercher", en le pronom "lui" de "Faites-lui chercher".
Ce point de vue vous paraît-il exact?
Vous allez trouver ci-dessous une citation de Tallemant des Réaux. Pensez-vous que le "moi" de "Faites-le-moi venir" y soit un datif éthique?
Feu M. d’Épernon étant chez le feu Roi, le Roi dit à Marais, qui contrefait tout le monde : « Fais comme fait M. d’ Épernon, quand il est malade. − « Holà ! aucuns, faites-moi venir Blaise (c’était son bouffon). − Monseigneur, nous ne saurions. − Comment, à un homme de ma condition… − Il est mort, il y a deux mois. − Faites-le-moi venir nonobstant toutes choses. » M. d’Épernon riait du bout des dents.
Cordialement et respectueusement.
Bonjour, Michel.
Votre observation à propos des verbes factitifs sur le changement de sens marqué par le changement de pronom me semble pertinente.
En revanche, le changement de sens avec les verbes non factitifs ne se manifeste nullement par la présence ou l'absence de traits d'union.
Dans votre exemple, l'ambiguïté vient de ce que "le fils", représenté par "le", peut tout aussi bien être le sujet que l'objet de l'infinitif. Mais à l'impératif, on aboutit à la même écriture avec trait d'union :
Le fils est sujet de "chercher" : J'envoie le fils chercher. Je l'envoie chercher. Envoie-le chercher.
Le fils est objet de "chercher" : J'envoie chercher le fils par sa mère. Je l'envoie chercher. Envoie-le chercher.
On dissipe en général l'équivoque par l'utilisation de deux pronoms, le premier représentant le sujet de l'infinitif, le second son objet.
J'envoie chercher le fils par sa mère. Je l'envoie le chercher.
Envoie-lale chercher.
Quant à votre autre question :
Faites-le-moi venir.
Il ne s'agit pas ici d'un datif éthique, mais d'un datif étendu, appelé aussi complément d'intérêt.
Lequel, selon Riegel, "évoque une personne qui est indirectement intéressée par le processus dénoté par le verbe…" Exemples donnés par Riegel :
Sa femme lui a mijoté un bon coq au riesling.
Il m'a encore sali son blouson !
Jetez-moi un coup d'œil sur ce dossier.
Le datif éthique ne concerne que les pronoms de la 2e personne. Toujours selon Riegel, il s'interprète "comme une invitation directe au destinataire (littéralement pris à témoin) à s'investir affectivement dans l'action décrite. Aussi le rencontre-t-on surtout dans les phrases exclamatives et les constructions appréciatives. " Exemples donnés :
Au Mont Saint-Michel, la mer te monte à une de ces vitesses !
Il te lui a filé une de ces gifles !
Bonjour Jehan.
Je vous remercie pour votre message.
J'avais déjà remarqué, par une recherche électronique, que la graphie "Envoyez le chercher" (pour "envoyez quelqu'un à la recherche de "le") était fausse, en dépit de l'affirmation d'Alexandre Boniface dans sa "Grammaire française méthodique et raisonnée" (1844).
Cordialement et respectueusement. Bonjour Jehan.
On lit, dans Le Conjugueur : "Pour déterminer si un pronom personnel se rapporte ou non au verbe, il faut mettre la phrase à l'indicatif. Les pronoms situés avant le verbe conjugué se rapportent à celui-ci et seront donc liés par des traits d'union à l'impératif."
Ce conseil n'est-il pas, en bonne partie un leurre? car il faut savoir, par exemple, qu’à "Envoie-le chercher", où "le" est objet de la recherche, correspond à l’indicatif "Tu l’envoies chercher", et non "Tu envoies le chercher". De même faut-il savoir qu’à "Faites-les-lui expliquer, ces exercices", où "les" représente "ces exercices", correspond "Vous les lui faites expliquer", et non "Vous lui faites les expliquer", et encore moins "Vous faites les lui expliquer" Enfin, il faut savoir qu'à "Faites-lui vous les expliquer" correspond "Vous lui faites vous les expliquer".
Ces difficultés sont examinées, peut-être plus complètement que par M. Grevisse, dans la thèse de Fabrice Marsac "Les Constructions infinitives régies par un verbe de perception" (pages 18 à 20).
Pour positionner convenablement les traits d'union, faut-il avoir préalablement lu des thèses de grammaire ou connaître à fond la "Grammaire méthodique" de Riegel? Si tel devait être le cas, je vois mal mes enfants se conformer prochainement aux règles.
Qu'en pensez-vous?
Cordialement et respectueusement.
Bonjour, Michel.
Comme vous diriez, c'est une affaire de probabilité : dans la très grande majorité des cas, le procédé de Grevisse et du Conjugueur s'applique aisément. Pourquoi toujours se polariser sur les formes les plus improbables ? Et ne sous-estimez pas des enfants de l'âge des vôtres : ils énonceront spontanément "Tu l'envoies chercher" ou "Vous les lui faites expliquer",et non "Tu envoies le chercher" ou "Vous faites les lui expliquer", formes qu'ils n'ont sûrement jamais entendues, étant donné votre langage très probablement toujours châtié…
Inutile non plus de leur asséner par exemple un "datif d'intérêt" ou un "datif éthique" tirés de Riegel pour leur apprendre à orthographier "Faites-le-moi venir"…
Bonjour Jehan.
Je vous remercie pour votre réponse, mais je ne partage pas votre point de vue.
Une formulation telle que "Cette marchandise, envoyez(-)me(-)la livrer demain" n'a rien d'improbable. Quelle serait alors la phrase correspondante à l'indicatif: "Vous envoyez me la livrer demain" ou "Vous me l'envoyez livrer demain"?
Ici, "la" est bien l'objet de l'infinitif, comme dans "votre voiture, envoyez-la chercher sur-le-champ".
Où mettriez-vous les éventuels traits d'union?
Cordialement et respectueusement.
Bonjour, Michel.
Certes, cette formulation n'a rien d'improbable, mais relève d'un langage non surveillé, un peu relâché.
Et la formulation familière spontanée à l'indicatif sera bien sûr :
"Vous me l'envoyez livrer demain" (cf. "Vous me la faites livrer demain") et non "Vous envoyez me la livrer demain" (ou "Vous faites me la livrer demain").
Envoyez-me-la livrer demain. (Vous me l'envoyez livrer demain.)
Envoyez-la-moi livrer demain. (Vous me l'envoyez livrer demain.)
Bonjour Michel,
Vous avez écrit :
Une formulation telle que "Cette marchandise, envoyez(-)me(-)la livrer demain" n'a rien d'improbable. Quelle serait alors la phrase correspondante à l'indicatif: "Vous envoyez me la livrer demain" ou "Vous me l'envoyez livrer demain"?
Ici, "la" est bien l'objet de l'infinitif, comme dans "votre voiture, envoyez-la chercher sur-le-champ".
Où mettriez-vous les éventuels traits d'union?
Jehan a raison, vous vous compliquez la vie à force de complications inutiles…
Je vous remets un extrait de mon message n° 23 :
[…] vous avez le choix entre :
- Impératif + trait d'union + pronom complément de l'infinif + trait d'union + pronom complément de l'impératif → Laisse-le-moi lire.
- Impératif + trait d'union + pronom complément de l'impératif + (pas de trait d'union) + pronom complément de l'infinitif → Laisse-moi le lire. […]
Cela s'applique à tous les cas où le complément de l'impératif est aussi le sujet de l'infinitif, or, dans vos deux exemples, il n'y a pas de complément de l'impératif, il suffit donc de supprimer la partie en gras :
Impératif [ + trait d'union + pronom complément de l'impératif ]+ (pas de trait d'union) + pronom complément de l'infinitif , ce qui donne :
-
envoyez me la livrer demain = envoyer
qui ou quoi ? (non renseigné, donc pas de complément)
quoi faire ? : me livrer cette marchandise demain = me la livrer demain) ;
-
votre voiture, envoyez la chercher sur-le-champ = envoyer
qui ou quoi ? (non renseigné, donc pas de complément)
faire quoi ? chercher votre voiture sur-le-champ = la chercher sur-le-champ).
Dans le premier exemple, le doute n'est pas permis puisque, s'il y avait un complément de l'impératif, il serait évidemment sous la forme tonique « moi ».
Dans le second, si vous joigniez le pronom « la » à
envoyer, vous en feriez le sujet de
chercher.
Reste le problème avec le verbe
faire, Hanse dit ceci (
Nouveau Dictionnaire des difficultés du français moderne, 5e édition, page 300) :
[…] Il n'y a pas lieu d'hésiter après faire. Le, la, les sont en première position : Faites-la-leur envoyer. Fais-le-moi savoir. Faites-le-lui comprendre. On met un second trait d'union parce que les deux pronoms forment avec l'impératif un seul groupe phonétique.
Décider des traits d'union dans vos exemples du message n° 25, au hasard celui-ci, est difficile :
1) "Faites-les vous expliquer", dans le sens de "Incitez ces personnes à vous expliquer", où "les" représente "ces personnes"; la phrase correspondante à l'indicatif est "vous les faites vous expliquer";
Cette phrase, avec un COD, correspondrait en fait à :
Faites expliquer quelque chose à vous par eux → Faites-le (= quelque chose) expliquer à vous par eux → Faites-
le-vous expliquer
par eux → Faites-
le-leur vous expliquer.
Avec votre ellipse du COD, cela donnerait :
Faites[-le ]-leur vous expliquer = Faites-leur vous expliquer.
Muriel
Cher Jehan et Chère Muriel, bonsoir.
Je vous remercie pour vos messages, dont je viens de prendre connaissance. Je n'ai malheureusement pas eu le loisir, aujourd'hui, d'étudier plus avant le problème.
Le cas où l'agent de l'infinitif prend la forme pronominale est examiné dans la thèse de Fabrice Marsac à laquelle j'ai fait référence.
Le cas qui m'embarrasse est celui où il n'est pas fait référence à l'agent de l'infinitif. A cet égard, je crains que le raisonnement de Muriel, qui voudrait qu'il se traite par analogie avec celui où l'agent est désigné, soit erroné.
Il est certain qu'on écrit "Votre voiture, envoyez-la chercher sur- le-champ" et très probable qu'on écrive, comme Jehan l'a indiqué, "Cette marchandise, envoyez-me-la livrer demain".
Je commence peut-être à mieux comprendre.
Cordialement et respectueusement.
Michel a écrit : Il est (…) très probable qu'on écrive, comme Jehan l'a indiqué, "Cette marchandise, envoyez-me-la livrer demain".
Je commence peut-être à mieux comprendre.
Pas moi !
Je n'ai pas dit que ça s'écrivait… C'est, comme j'ai indiqué plus haut, du parler relâché, avec inversion de l'ordre des pronoms. Mais pour répondre à Michel, il fallait bien que je l'écrive…
Ce qui m'étonne c'est la forme atone des pronoms, et non leur ordre :
Ouvre-moi cette porte => cette porte, ouvre-la-moi.
Cela arrive dans le parler relâché…
Témoin ce refrain d'une chanson burlesque de Fernandel :
Oh, oh, redis-le-me !
Redis-le-me, mignonne
Oh, oh, redis-le-me !
Redis-le-me, si tu veux