Exposé pour cours de grec sur Hélène

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8 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous et à toutes!


J’espère que vous allez bien! Cela fait bien longtemps malheureusement que je n’ai pas eu le plaisir de venir discuter avec vous sur ce forum passionnant! Il faut dire que l’année de première ne laisse pas beaucoup de temps, et celle de terminale, non-plus…
Mais il se trouve que j’ai un travail scolaire pour lequel de l’aide serait la bienvenue! Il s’agit d’un exposé, réalisé à deux pour le cours de grec, sur le thème: “Hélène”. Nous avons choisi ce sujet dans une liste exhaustive de possibilités, mais pas du tout par hasard: étant tous les deux passionnés de musique classique, et, plus particulièrement, d’opéra, nous baserons essentiellement l’exposé sur “La Belle Hélène” d’Offenbach.
Seulement, voilà: je crains que, nous laissant trop emporter par la finesse et la richesse du livret, de la musique, et des pointes contre les dérives du second Empire, nous en oublions ce qui est fondamental, à savoir, la valeur profonde du mythe dans la civilisation grecque antique. En effet, il n’est pas difficile de donner des détails “objectifs” et “officiels”: père et mère, frères et sœurs, même un gros extrait de l’arbre généalogique, mais, à la fin, cette question revient: en quoi est-elle autant digne d’intérêt? Allégorie de la beauté, de la séduction?
J’espère que lorsqu’on a dit cela on n’a pas tout dit… Alors, si quelqu’un qui s’y connaît, et s’il se dit: “C’est évident! Ils doivent centrer leur exposé sur___ ! Il faut explorer cette signification___ ! Tout l’intérêt de la chose, c’est ça:___ !”, et bien, si quelqu’un se reconnaît dans ces phrases, son avis sera, encore une fois, le bienvenu!
Hé hé, je serai très mauvais conseilleur pour centrer sur un aspect plus qu'un autre, dire Hélène, c'est ceci! Non pas pour moi.
Cela dit, je voudrais attirer l'attention sur Hélène telle qu'elle est présentée dans les oeuvres littéraires. Dans l'Iliade, elle est représentée sous la domination d'Aphrodite. A un moment donné, elle cherche à se révolter, et veut même quitter Pâris. C'est la déesse Aphrodite, qui protège Pâris, qui la reprend, la sermonne, et explique que sa puissance n'est pas à dédaigner. Hélène apparait donc comme un jouet d'Aphrodite. Somme toute, elle n'est que le "don" que fait Aphrodite à Pâris, suite à son jugement. Dans ce célèbre jugement, il y a la déesse souveraine, Héra, la déesse guerrière Athéna, et la déesse de l'amour Aphrodire. Georges Dumézil, dans Mythe et Épopée, voit dans ces trois figures, la représentations des trois "fonctions" qui se retrouvent dans les panthéons indo-européens. Fonction royale, fonction guerrière, fonction fertile. Pâris, fils de Priam, fait le mauvais choix, et trahit la fonction royale qu'il est censé représenter. Hélène n'est qu'un don qui signifie cette troisième fonction.
Comme cause de la guerre, comme séductrice sans scrupule etc. Hélène a suscité la haine. Dans la tragédie Oreste, d'Euripide, celui ci dans sa folie, a même l'intention de l'assassiner. Mais à côté de cette exsécration, il a existé un grand mouvement de défense. Gorgias est l'auteur d'une défense d'Hélène. Mais il s'agit surtout de prouver qu'on peut défendre n'importe quelle cause par le discours. Euripide fait une tragédie Hélène, qui la réhabilite complètement. Ce n'est pas la vraie Hélène qui a été enlevée par Pâris, mais un nuage fait à son nuage. De la sorte Hélène devient un mirage, l'image d'un désir inconsistant pour lequel les hommes se battent.
Le mythe d'Hélène a aussi été repris dans le Faust de christopher Marlowe, et dans la deuxième partie du Faust de Goethe. Hélène devient là le symbole plus romantique d'une femme de rêve, totalement inaccessible, sauf si l'on passe un pacte avec le diable. Cela enrichit le mythe, il me semble.
Voilà, c'est juste des pistes. L'important, il me semble, est de suivre l'évolution d'Hélène à travers les oeuvres.
Bonsoir!


Merci beaucoup! 🙂 Très intéressant… Nous ferons donc en sorte de ne pas négliger l'étude en diachronie!
Quant à L'Iliade, c'est la valeur de "jouet d'Aphrodite", qui vous paraît prépondérante? Serait-ce à dire que c'est le destin de tous les hommes? Ou alors que l'amour est détaché de toute morale, de toute "Raison"? À voir… 🙂
"Voilà, c'est juste des pistes. L'important, il me semble, est de suivre l'évolution d'Hélène à travers les oeuvres." Oui, grace à vous, nous insisterons dessus. Mais il me semble que la valeur initiale du mythe, celle que lui accordaient les premiers qui y ont pensé, si tant est que l'on puisse les identifier plus ou moins, doit avoir une importance au moins aussi importante que celle de son évolution… Et, là, mieux vaut ne pas se planter…

Encore merci!
Si on veut voir le plus près de l'origine, il faut regarder particulièrement l'Iliade, et notamment deux passages: celui du dialogue entre Aphrodite et Hélène, et celui des commentaires des vieillards troyens, tous admiratifs.
De ces deux passages, il apparait que Hélène n'est pas une salope, pour parler vulgairement, mais qu'elle obéit à une nécessité divine qui la dépasse. Par ses attributs: beauté, séduction, par son rapport avec la déesse, elle est évidemment sous l'autorité d'Aphrodite, et c'est une chose primordiale.
Elle est devenue un grand mythe, parce qu'elle est une figure érotique, et que cet érotisme provoque la guerre. On peut là dessus se référer à l'adultère entre Arès et Aphrodite, qui symbolise le même lien entre la pulsion érotique et la pulsion guerrière. Il me semble d'ailleurs que cette histoire est aussi racontée dans l'Iliade.
C'est un personnage qui a quelque chose de divin, mais ce divin qui est en elle, elle le subit. Hélène est en quelque sorte un personnage tragique.
🙂 Merci beaucoup! C'est très clair, et très intéressant!

Bonne soirée, à bientôt!
Bonjour!


Je suppose que vous voulez parler plus précisément de ce passage:
Et la divine Aphroditè, s'étant faite semblable à une vieille femme habile à tisser la laine, et qui la tissait pour Hélénè dans la populeuse Lakédaimôn, et qui aimait Hélénè, saisit celle-ci par sa robe nektaréenne et lui dit:

- Viens ! Alexandros t'invite à revenir. Il est couché, plein de beauté et richement vêtu, sur son lit habilement travaillé. Tu ne dirais point qu'il vient de lutter contre un homme, mais tu croirais qu'il va aux danses, ou qu'il repose au retour des danses.

Elle parla ainsi, et elle troubla le coeur de Hélénè mais dès que celle-ci eut vu le beau cou de la Déesse, et son sein d'où naissent les désirs, et ses yeux éclatants, elle fut saisie de terreur, et, la nommant de son nom, elle lui dit :

- Ô mauvaise ! Pourquoi veux-tu me tromper encore ? Me conduiras-tu dans quelque autre ville populeuse de la Phrygiè ou de l'heureuse Maioniè, si un homme qui t'est cher y habite ? Est-ce parce que Ménélaos, ayant vaincu le divin Alexandros, veut m'emmener dans ses demeures, moi qui me suis odieuse, que tu viens de nouveau me tendre des pièges ? Va plutôt ! abandonne la demeure des Dieux, ne retourne plus dans l'Olympos, et reste auprès de lui, toujours inquiète ; et prends-le sous ta garde, jusqu'à ce qu'il fasse de toi sa femme ou son esclave ! Pour moi, je n'irai plus orner son lit, car ce serait trop de honte, et toutes les Troiennes me blâmeraient, et j'ai trop d'amers chagrins dans le coeur.

Et la divine Aphroditè, pleine de colère, lui dit :

- Malheureuse ! crains de m'irriter, de peur que je t'abandonne dans ma colère, et que je te haïsse autant que je t'ai aimée, et que, jetant des haines inexorables entre les Troiens et les Akhaiens, je te fasse périr d'une mort violente !?
Il signifie qu'Hélène prend conscience qu'elle n'est qu'un jouet des Dieux, et qu'elle cherche à se révolter, sans succès, c'est bien cela?

Donc, d'un point de vue philosophique, peut-on dire qu'il y a comme une dimension prométhéene (d'autant plus qu'il est coutûme de considérer que l'Iliade et l'Odyssée constitue les passage de l'âge des Dieux à celui des hommes, l'Iliade étant le temps des héros, non?), ainsi qu'une tendance très pessimiste, comme à condidérer que "nous serions semblables à des pierres que l'on jette, qui prennent conscience de leur mouvement pendant qu'elles volent, mais qui, en faît, ne font que subir, et souffrir, contrairement à ce qu'elles pensent: agir", cette phrase étant une d'un professeur de philosophie qui nous expliquait une doctrine… j'ai oublié laquelle(!) ?
Oui, c'est bien à ce passage que je pensais. Il y a un accès de révolte, mais qui ne va pas durer: Hélène cède à la puissance divine. Je ne trouve pas qu'Hélène soit Prométhéenne, car elle ne se révolte pas jusqu'au bout, qu'elle ne se caractérise ni par une ruse, ni par un art hors du commun (si ce n'est celui de séduire, mais c'est peut être l'art que Prométhée justement ne maitrise pas). Je dirais même que cette révolte passagère ne sert qu'à mettre en évidence la puissance des dieux.
L'Iliade correspond bien au temps des héros, situé par Hésiode entre l'âge de bronze et le nôtre. Mais ce mythe des races ne s'accorde pas avec le mythe prométhéen dans la chronologie; il s'agit de mythes d'origine très différente; Hésiode rapporte les deux, mais a du mal à les articuler ensemble.
Si je me réfère simplement à la généalogie, Prométhée est très éloigne des héros de l'Iliade.
Bonsoir,


Merci pour la réponse!
Je ne trouve pas qu'Hélène soit Prométhéenne, car elle ne se révolte pas jusqu'au bout, qu'elle ne se caractérise ni par une ruse, ni par un art hors du commun (si ce n'est celui de séduire, mais c'est peut être l'art que Prométhée justement ne maitrise pas).
En faît, même de cet art là, elle n'en est pas actrice, mais elle subit sa propre capacité fortuite à séduire, donc… Et c'est en cela, avant tout, qu'elle est un jouet des Dieux…