Cocteau, Orphée - Scène IV et début de la scène V

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je suis en L1 lettres modernes et j'ai un commentaire composé à faire sur la scène IV et le début de la scène V d'Orphée de Jean Cocteau. J'ai déjà quelques idées mais j'aimerai avoir des conseils car je dois parler pendant 30 minutes devant toute la "classe" et je pense que les pistes auxquelles j'ai pensé ne me permettront pas de tenir aussi longtemps et de présenter un travail de qualité.

Orphée et Eurydice on accueilli un cheval chez eux, Orphée le couvre d'attentions au détriment de sa femme. Cette dernière quant à elle, est persuadée que ce cheval ne leur apportera que des ennuis. Elle demande de l'aide à Heurtebise pour se débarasser de l'animal. Quand Heurtebise s'apprête à l'empoisonner, Orphée rentre chez lui. Les deux complices font alors diversion, c'est alors qu'un phénomène étrange se produit …
Scène IV

Orphée
J'ai oublié mon acte de naissance. Ou l'ai-je mis ?

Eurydice
En haut de la bibliothèque, à gauche. Veux-tu que je le cherche ?

Orphée
Reste assise. Je le trouverai bien moi-même (Il passe devant le cheval, le caresse, prend la chaise sur laquelle Heurtebise se tient debout et l'emporte. Heurtebise reste dans sa pose, suspendu en l'air. Eurydice étouffe un cri. Orphée, sans s'apercevoir de rien, monte sur la chanse devant la bibliothèque, dit "Le voilà", prend l'acte de naissance descend de la chaise, la reporte à sa place sous les pieds d'Heurtebise et sort.)
Scène V

Eurydice
Heurtebise. M'expliquerez-vous ce prodige!

Heurtebise
Quel prodige?

Eurydice
Vous n'allez pas me dire que vous ne vous êtes aperçu de rien et qu'il est naturel qu'un homme sous lequel on ôte une chaise reste suspendu en l'air au lieu de tomber.

Heurtebise
Suspendu en l'air ?

Eurydice
Jouez la surprise, je vous ai vu. Vous teniez en l'air. Vous restiez en l'air à cinquante centimètres du sol. Il y avait le vide autour.

Heurtebise
Vous m'étonnez beaucoup.

Eurydice
Vous êtes demeuré une bonne minute entre terre et ciel.

Heurtebise
C'est impossible.

Eurydice
Justement parce que c'est impossible, vous me devez une explication.

Heurtebise
Vous prétendez que je me tenais sans support entre le plancher et le plafond ?

Eurydice
Ne mentez pas, Heurtebise! Je vous ai vu, de mes yeux vu. J'ai eu toutes les peines du monde à étouffer un cri. Dans cette maison de fous, vous étiez mon dernier refuge, la seule personne qui ne m'effrayait pas, auprés de laquelle je retrouvais mon équilibre. Mais on a beau vivre avec un cheval qui parle, un ami qui flotte en l'air devient forcément suspect. Ne m'approchez pas! Jusqu'à nouvel ordre, même votre lumière dans le dos me donne la chair de poule. Expliquez-vous, Heurtebise: je vous écoute.

Heurtebise
Je n'ai pas à me défendre. Ou je rêve, ou vous avez rêvé.

Eurydice
Oui, en rêve, il arrive qu'on fasse ce que vous avez fait, mais nous ne dormions ni l'un ni l'autre.

Heurtebise
Vous devez être le jouet d'un mirage entre mes vitres et les vôtres. Il arrive que les objets mentent. J'ai vu à la foire une dame nue marcher au plafond.

Eurydice
Il ne s'agissait pas d'une machine. C'était beau et atroce. L'espace d'une seconde je vous ai vu comme un accident et beau comme l'arc-en-ciel. Vous étiez le cri d'un homme qui tombe par la fenêtre et le silence des étoiles. Vous me faites peur. Je suis trop franche pour ne pas vous le dire. Si vous voulez vous taire, taisez-vous; mais nos rapports ne peuvent plus être les mêmes. Je vous croyais simple, vous êtes compliqué. Je vous croyais de ma race, vous êtes de celle du cheval.

Heurtebise
Eurydice, ne me torturez pas… Vous avez une voix de somnambule. C'est vous qui me faites peur.

Eurydice
N'employez pas le système d'Orphée. Ne retournez pas les rôles. N'essayez pas de me faire croire que je suis folle.

Heurtebise
Eurydice, je vous jure …

Eurydice
Inutile, Heurtebise. J'ai perdu ma confiance en vous.
Je voulais insister sur le personnage d'Heurtebise, sur le surnaturel, puisque cette scène révèle le rôle "d'ange gardien" qu'il a dans la pièce. La relation entre ce dernier et Eurydice me semble aussi intéressante à analyser, est-il possible que leurs rapports s'apparentent sur quelque points à un adultère sans qu'il ne soit consommé pour autant ? Mon cours porte sur le mythe d'Orphée, ses réecritures, son évolution j'aurai voulu comparé cette version de Cocteau aux différents mythèmes puiqu'ici la passion entre Orphée et Eurydice n'est pas du tout mise en avant contrairement aux récits sources. Avez vous remarqué des points que je n'ai pas traité ? Des détails que j'aurai laissé de côté ?

Merci par avance
Voici ce que j'ai fait pour le moment, je n'ai pas encore fini … Qu'en pensez-vous ?

Introduction :

Le personnage d’Orphée, le mythe créé autour de ses pouvoirs et de ses malheurs ont inspiré de façon très inégale les différents domaines artistiques. La littérature, après Virgile et Ovide, est longtemps restée indifférente au poète de Thrace, mais un regain d’intérêt pour ce héros mythique est apparu au début du 20e siècle notamment avec la pièce de théâtre écrite par Jean Cocteau. Dans son œuvre littéraire, Cocteau prend pour objet le mythe d’Orphée. Cependant, cette œuvre n’est jamais antique ; son caractère intemporel est confirmé. On peut considérer Orphée non seulement comme une adaptation de la tragédie grecque mais aussi comme une œuvre plutôt rénovatrice qu’écrit Cocteau dans l’exaltation de l’art nouveau. Si l’Orphée de Cocteau suit les grandes lignes du mythe, il n’en n’est pas moins un modèle d’irrespect. Cocteau, fantaisiste et non conformiste n’hésite pas à parodier la légende d’Orphée, à la démythifier pour aboutir à une pièce profanatrice, provocatrice et pleine d’humour.

I/ Autour du mythe original d’Orphée

1- Un mythe tourné à la dérision

Cocteau semble refuser l’idée qu’on prenne sa pièce pour une œuvre comique comme en témoigne cette remarque: "La France déteste la poésie. Ce qui sauve mon Orphée, c’est que les Français la prennent pour une pièce comique", mais il admet: "La coupe, la refonte d’Antigone m’avait donné l’idée d’une pièce qui serait courte, avec un sujet qui serait très vaste. Et la pièce est venue toute seule, moitié farce, moitié méditation sur la mort". Malgré la volonté de l’auteur, le comique est bel et bien présent dans cette pièce et s’exprime parfois de façon symbolique, par des anachronismes vis à vis du mythe d’origine ou simplement par la réduction de l’histoire surnaturelle et légendaire d’Orphée à celle d’un drame domestique.
La scène qui nous intéresse aujourd’hui s’ouvre directement sur une phrase comique. Effectivement, Orphée fait allusion à son acte de naissance, et même si la plupart des versions du mythe font de Thrace le lieu de naissance d’Orphée, il n’existe aucune trace iconographique de la naissance ou de l’ascendance de ce dernier. A première vue, la présence d’un acte de naissance dans la pièce de Cocteau démythifie totalement son personnage éponyme. Pourtant, ce héros défini comme n’étant « ni homme, ni dieu » et comme étant le fils d’un dieu et d’une muse n’a jamais été divinisé, il est alors possible de se demander si Cocteau ne donne pas des indications sur la véritable nature d’Orphée, à l’inverse de parodier le héros. Mais certains témoignages prouvent qu’a son époque, Orphée était vu comme un demi-dieu, du fait de son prodige et du culte qui lui était accordé. On peut alors le dire, Cocteau nie la partie divine qui compose le personnage mythique, à des fins comiques.


2-Des éléments du mythes restés intacts

Il est cependant impossible de nier le fait que l’œuvre suive les grandes lignes du mythe. Certes, Cocteau trouve toujours le moyen de détourner le mythe pour en faire une œuvre à son image, c’est à dire une œuvre fantaisiste. Cependant certains éléments parfois implicites et sous entendu restent intacts et renvoient le lecteur ou le spectateur de la pièce au mythe d’origine.
Dans la scène IV, Cocteau fait allusion à une chaise qui nous renvoie directement au mythe ancien d'Orphée. En effet, dans les versions les plus courantes du mythe, le chantre de Thrace est installé sur un rocher allant du plus shématique, au plus naturaliste. Orphée est parfois assis sur un siège sans dossier comme dans la version d’Oudna, parfois sur un siège à dossier et à accoudoir comme dans la version d’Alberca, parfois sur un trône parmi les rochers comme dans la version de Badajoz et bien d’autres qu’il ne serait pas intéressant pour nous de citer. Il faut savoir que dans la mythologie, la chaise a par définition une signification particulière : celui qui y siège est porteur de droit divin, d’une puissance supérieure, il est l’égal des dieux ou dieux lui-même. Ici, Orphée est debout sur sa chaise. Inconsciemment il domine, il est supérieur. Le fait qu’Heurtebise et Orphée soient alternativement debout sur cette chaise peut souligner une certaine compétition entre les deux hommes. Reste à savoir s’il s’opposent pour l’amour d’Eurydice ou par désir de puissance.
La lumière qui se trouve dans le dos d’Heurtebise renvoie aussi à une interprétation mythologique. En effet, la lumière à toujours été associée à la joie du cœur et de l’âme, à la plénitude, au bonheur, à l’éveil du désir de dieu et de la foi, en clair, à la pure manifestation de la divinité elle-même. Elle est le symbole de la vie, et plus précisement de la vie éternelle. Elle est la force qui combat la puissance des ténèbres. Associée à Heurtebise, elle lui accorde la place qu’Orphée avait dans les anciennes versions du mythe, celle d’un personnage ayant une part de divinité. […]
Heurtebise fait allusion à une vitre, qui le séparerait d’Eurydice. Il révèle ainsi sa propre nature puisque cette vitre, au même titre que le miroir est la porte d’entrée de l’au delà et plus précisement des Enfers. Par définition, le miroir est le reflet de soi-même, le reflet qui permet d’accéder à la conaissance de sa propre personne mais aussi à la connaissance d’autre chose, d’un monde inconnu et nouveau. Au delà d’être le passage entre le réel et l’au delà, le miroir est la porte de la connaissance, celui qui la franchit doit en ramener quelque chose qui aura nourrit son fort intérieur. Orphée en ramenera Eurydice, mais aussi la connaissance d’un espace jusqu’alors inconnu.


II/ La place du surnaturel

1- Le rôle d’Heurtebise

2- Le cheval : un symbole important

Dans la mythologie le cheval est très symbolique. Il est la monture des dieux à laquelle on attribue de mystérieux et parfois de dangereux pouvoirs. C’est aussi la figure des ténèbres qui est associé à la mort et aux instincts destructeurs. Le cheval représente le passage de la mort à la vie car aucune porte ne lui est fermée, toutes les frontières sont abolies pour cet animal et celui qui le monte.
Dans le mythe original, Orphée charme les animaux, la nature et les hommes par son chant prodigieux. Chez Cocteau, le chant du poète n’est pas le thème principal de la pièce, il est même possible de dire que dans l’œuvre, Orphée est un poète en mal d’inspiration et il semble que ce soit le cheval qui lui redonne espoir en ses talents de poète. Cependant, le cheval qui dans les anciennes versions du mythe était un des animaux charmés et en admiration devant le poète, est, chez Cocteau en opposition avec ce dernier. Pire même, il le trompe en lui laissant penser qu’il est en quelque sorte sa muse alors qu’il ne sera simplement qu'un messager de la mort.
Quand Eurydice associe Heurtebise au cheval, nous pouvons nous rendre compte que cette dernière à pris conscience de l’aspect surnaturel des deux protagonistes. Cependant elle associe Heurtebise au mal, alors qu’il s’avérera que ce dernier va se présenter comme l’ange gardien du couple, contrairement au cheval, qui, messager d’Aglaonice sera synonyme de malheur.

III/ Les relations paradoxales entre les personnages

1- Orphée et Eurydice

En se saisissant de l’histoire et du mythe d’Orphée, Cocteau ne s’intéresse pas à ce qui attire habituellement l’attention. L’amour immense d’Orphée pour Eurydice, qui pousse le poète à descendre chez les morts pour arracher sa bien aimée des mains des dieux infernaux a complétement disparu notamment dans les deux scènes qui nous intéressent. Tout au long de la pièce, la relation d’Orphée et d’Eurydice se résume à des disputes conjugales, très loin de leur amour idéal représenté dans les anciennes versions du mythe. Dans les scènes IV et V, leur relation n’est basé que sur le mensonge, la tromperie. Eurydice préfère se confier à Heurtebise plutôt qu’à son mari ce qui pousse le lecteur et le spectateur à se poser des questions sur la nature des relations entre les personnages.


2- Eurydice et Heurtebise