Construction spécifique de certains verbes

Langue française

14 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour

Quelle différence sémantique faut-il voir entre :

il est devenu chanteur / il est devenu un chanteur

il est devenu chanteur de music-hall / il est devenu un chanteur de music-hall

il s'est transformé en singe / il s'est transformé en un singe

la réunion se transforme en bagarre générale / la réunion se transforme en une bagarre générale

J'observe du reste qu'on ne peut pas toujours choisir d'insérer un article :

il s'est comporté en voleur, mais on ne dira jamais "il s'est comporté en un voleur" ; par contre , il pourra se comporter "comme un voleur" …

il est devenu un chanteur connu, mais on ne saurait dire "il est devenu chanteur connu"

Existe-t-il une explication, une règle ?
Bonsoir.

Se comporter en voleur.

Quand la prépostion "en" introduit un complément CC de manière, comme ici, pas d'article.
D'ailleurs, d'une manière générale, l'article est souvent absent après cette préposition.

Et on ne dit pas vraiment :
La réunion se transforme en une bagarre générale.
Ni d'ailleurs : Il s'est transformé en un singe.

ll est devenu chanteur / Il est devenu un chanteur.
Si l'on tient à trouver une nuance : la formulation sans article est plus générale, plus "abstraite".

Tant que ce qui complète le nom est une caractérisation objective ("de music-hall"), les deux tournures sont utilisables :
Il est devenu chanteur de music-hall / Il est devenu un chanteur de music-hall.

Cela semble moins aisé quand le nom est qualifié de façon plus subjective et personnalisée ("connu").
Il est devenu un chanteur connu.
Il est devenu chanteur connu.


Mais peut-être y aura-t-il d'autres analyses…
Bonsoir,

Je pense qu'il faut considérer plusieurs choses :
- présence d'un verbe d'état ou assimilé ;
- présence d'un verbe pronominal à sens réfléchi qui signale un état ou un glissement d'état ;
- présence d'un complément de l'attribut ; présence d'un complément de l'attribut mais qui, en fait, qualifie le sujet ;
- présence d'un pronom personnel sujet ou d'un présentatif.

Ici :
il est devenu chanteur / il est devenu un/le/ce chanteur [que tout le monde s'arrache].
on omet l'article devant l'attribut non complété ni précisé / on le met devant l'attribut complété d'une qualité se rapportant au sujet (même s'il y a ellipse du complément). On met l'article si le sujet est un présentatif.
On dit :
- Que fait ce monsieur ? → Il est professeur ; C'est un professeur.
- Qui est ce monsieur ? → C'est (il est) le professeur (sous-entendu : de ma fille, de la classe de français, de guitare, etc.) ; C'est (il est) un des professeurs de l'école ; C'est (il est)un professeur remarquable ; C'est (il est) le meilleur professeur du lycée, etc.

Il me semble qu'on sent la différence ici :
- Il est devenu roi ; il est devenu unbon roi ; il est devenu le roi ! [sous-entendu, des Français : il n'y en a qu'un].

Ici, par exemple :
la réunion se transforme en bagarre générale / la réunion se transforme en une bagarre générale
il faudrait :
- La réunion se transforme en bagarre générale / la réunion se transforme en une bagarre générale [qui surprend tout le monde].

Tout cela demande à être peaufiné…

Muriel
Merci de vos réponses, Muriel et Jehan.
Dans une revue traitant d'architecture, je trouve : "La porte médiévale a été surmontée en beffroi."
Il ne me semble pas que la construction "surmonter en" soit correcte, mais comment l'expliquer ?
Je pense que l'auteur a voulu insister sur le changement de destination principale du monument : une fois surélevée, la porte devient principalement un beffroi.
Bonsoir.

Je pense que ton analyse est la bonne.
Il y a eu télescopage sémantique entre "La porte a été surmontée d'un beffroi." et "La porte a été transformée en beffroi.", avec pour résultat cette formulation bâtarde. Bâtarde, mais tout de même compréhensible. La preuve !
J'aime beaucoup "télescopage sémantique", je n'y avais pas pensé. Eh bien… merci Jehan !
Bonsoir,

Je suis complètement d'accord avec Jehan, cela n'empêche pas le sens. Mais quand même, le journaliste aurait pu faire attention… =)

Muriel
"La porte a été surmontée en beffroi".

Pour conclure (?), peut-on qualifier cette construction de "barbarisme" ? On me permettra de rappeler, avec modestie et légèrement en marge du sujet premier de la discussion, ce que disent Riegel, Pellat & Rioul :
- une phrase peut être grammaticale mais asémantique (D'incolores idées vertes donnent furieusement) ;
- une phrase peut être, au contraire, interprétable mais agrammaticale (Lui être intelligent beaucoup… ou La porte a été surmontée en beffroi) ;
- pour mémoire, certaines peuvent être à la fois agrammaticales et asémantiques (Bière le avec je perroquets).

Merci Muriel et Jehan.
En l'occurrence, la phrase incriminée présente malgré tout une bien faible dose d'agrammaticalité… Juste une préposition mal-t-à propos. 😉
Bonjour Volapuk,

Barbarisme, je ne sais pas ; mais incohérence : oui.

Pour reprendre les formulations de Jehan :
- Si la porte est surmontée d'un beffroi : il y a deux éléments, la porte et le beffroi qui la surmonte ;
- Si la porte est transformée en beffroi : il n'y a plus qu'un élément, un beffroi.

C'est pour cela que le résultat de "La porte a été surmontée en beffroi" est impossible à visualiser, ni à comprendre… Est-ce une "(ex)porte-beffroi", ou une "porte + un beffroi" ?

Muriel
Bonsoir Muriel.

Qu'au cas d'espèce on croie comprendre ce que l'auteur a voulu dire (mais comment en être sûr, n'est-ce pas ?) ou qu'on décide que la phrase est peu compréhensible, outre l'évidente nécessité qu'il est souhaitable qu'elle le soit (à peu près), l'autre vraie question, pour moi, dans un forum de langue française, reste de savoir si la construction (en l'occurrence surélever + en) en est grammaticalement acceptable ou pas.

Mais que penser d'une plate-forme rocheuse tombant en falaise (autre cas rencontré dans mes [mauvaises] lectures) ? La construction de tomber + en est évidemment possible (une nappe tombant en larges plis, une rivière tombant en cascade etc.) Mais si le sens d'une plate-forme rocheuse tombant en falaise, est limpide, la construction, elle ne me convient pas. Encore, me semble-t-il, un "télescopage sémantique" (j'aime !) douteux. Est-ce seulement subjectif ?
Bonsoir Volapuk,

Dans tous les dictionnaires consultés (TLF, Littré, Grand Robert), ne se trouvent que des exemples (pour l'acception concernée de surmonter) utilisant les prépositions de et par.

Pour moi, en est fautif (j'accepterais plus facilement avec).

► TLF surmonter ; Littré surmonter.

Par contre, votre lapsus :
[…] reste de savoir si la construction (en l'occurrence surélever + en) en est grammaticalement acceptable ou pas.
Surélever en ne me dérange pas : Cette discrète maison a été surélevée en maison bourgeoise, (parce que la totalité est concernée : il y a transformation).

Pour votre nouvel exemple, je crois qu'effectivement c'est déjà plus subjectif.
La rigueur voudrait peut-être qu'on dise :
- Une fin/une extrémité de plate-forme rocheuse tombant en falaise ;
- Une plate-forme rocheuse finissant en falaise
.

Muriel
Qu'il me soit permis, en deux mots, d'exposer mon cas ici, même si ce n'est pas l'endroit, afin que vous compreniez le sens de mes interventions. J'ai peu de doutes quand j'écris, tant sur l'orthographe et le sens précis des mots que j'emploie, que sur l'organisation des phrases (syntaxe). Surtout, je pratique le doute permanent et je suis très vigilant (ce qui ne m'a pas empêché de laisser passer occurrence avec un seul c, c'est gentil de ne l'avoir pas relevé.)
C'est ce que j'entends ou que je lis qui éveille chez moi, à longueur de journées, incertitudes et interrogations. Bien sûr, j'ai quelques livres. Mais ils ne disent que la règle, ce qu'il faut dire/écrire, jamais ou rarement - d'abord évidemment parce que c'est sans limites - ce qu'on ne peut pas dire/écrire. Aussi, qu'une tournure ou une construction qui choque ma conscience de la langue ( surmonter en…) soit absente des dictionnaires ou des grammaires n'est pas pour moi la preuve absolue qu'il y a "faute"… De telles incertitudes sont insupportables ! Et j'ai beaucoup de questions à poser !

Vous n'avez pas relevé "ocurrence", mais mon lapsus ne vous a pas échappé ! Voilà à quoi me conduisent mes interrogations et mes doutes ! Surmonter en, vous dites clairement non et cette réponse me convient parfaitement. C'est une incertitude de moins.
Pour surélever en, je ne suis convaincu ni par votre exemple ni par votre explication, mais je ne polémiquerai pas ! On peut toutefois en discuter.
Pour une plate-forme rocheuse tombant en falaise, évidemment, j'ai une idée. Vous semblez préférer finissant (moi aussi). Du point de vue du sens, il me semble en effet qu'il y a un gouffre (si j'ose dire) entre les deux. Dans le second cas, la différence plate-forme rocheuse / falaise est bien indiquée : effectivement, ce n'est pas la même chose. Dans le premier, la distinction n'est pas correctement établie (la falaise ne serait que la continuation de la plate-forme rocheuse sous une autre forme : incohérent…)
Je me suis demandé, je me demande encore, pourquoi on n'a pas plutôt écrit : "une plate-forme rocheuse surplombant une falaise" ou "une plate-forme rocheuse entourée de falaises". Simple, non ? Trop, sans doute.

Merci pour vos réponses, pertinentes et instructives.