Hugo, Lucrèce Borgia, acte II, scène 6

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Salut je suis en première L et j'ai une lecture analytique a faire sur la pièce de Victor Hugo, acte 2 première partie scène 6 , question : quelle est la place du quiproquo dans cet extrait? J'ai choisi comme axes : Axe 1 l'amour maternel qui ressort en Lucrece Borgia et axe 2 l'ignorance suspicieuse de Gennaro qui ne connaît pas encore l'identité de ses parents.
mais je ne sais pas si c'est assez cible, vous pensez que vous pourriez m'aider? ce serait sympa merci !! =D Voila le texte sur lequel je dois travailler. Merci de m'aider =)
Dona Lucrezia, Gennaro. On voit toujours dans le compartiment Rustighello immobile derrière la porte masquée.

Dona Lucrezia. Gennaro ! -vous êtes empoisonné !

Gennaro. Empoisonné, madame !

Dona Lucrezia. Empoisonné !

Gennaro. J'aurais dû m'en douter, le vin étant versé par vous.

Dona Lucrezia. Oh ! Ne m'accablez pas, Gennaro. Ne m'ôtez pas le peu de force qui me reste et dont j'ai besoin encore pour quelques instans. -écoutez-moi. Le duc est jaloux de vous, le duc vous croit mon amant. Le duc ne m'a laissé d'autre alternative que de vous voir poignarder devant moi par Rustighello, ou de vous verser moi-même le poison. Un poison redoutable, Gennaro, un poison dont la seule idée fait pâlir tout italien qui sait l'histoire de ces vingt dernières années…

Gennaro. Oui, le poison des Borgia !

Dona Lucrezia. Vous en avez bu. Personne au monde ne connaît de contre-poison à cette composition terrible, personne, excepté le pape, Monsieur De Valentinois, et moi. Tenez, voyez cette fiole que je porte toujours cachée dans ma ceinture. Cette fiole, Gennaro, c'est la vie, c'est la santé, c'est le salut. Une seule goutte sur vos lèvres, et vous êtes sauvé !

Elle veut approcher la fiole des lèvres de Gennaro,

il recule.

Gennaro, la regardant fixement. Madame, qui est-ce qui me dit que ce n'est pas cela qui est du poison ?

Dona Lucrezia, tombant anéantie sur le fauteuil. ô mon dieu ! Mon dieu !

Gennaro. Ne vous appelez-vous pas Lucrèce Borgia ? -est-ce que vous croyez que je ne me souviens pas du frère de Bajazet ? Oui, je sais un peu d'histoire ! On lui fit accroire, à lui aussi, qu'il était empoisonné par Charles Viii, et on lui donna un contre-poison dont il mourut. Et la main qui lui présenta le contre-poison, la voilà, elle tient cette fiole. Et la bouche qui lui dit de le boire, la voici, elle me parle !

Dona Lucrezia. Misérable femme que je suis !

Gennaro. écoutez, madame, je ne me méprends pas à vos semblans d'amour. Vous avez quelque sinistre dessein sur moi. Cela est visible. Vous devez savoir qui je suis. Tenez, dans ce moment-ci, cela se lit sur votre visage que vous le savez, et il est aisé de voir que vous avez quelque insurmontable raison pour ne me le dire jamais. Votre famille doit connaître la mienne, et peut-être à cette heure ce n'est pas de moi que vous vous vengeriez en m'empoisonnant ; mais, qui sait ? De ma mère !

Dona Lucrezia. Votre mère, Gennaro ! Vous la voyez peut-être autrement qu'elle n'est. Que diriez-vous si ce n'était qu'une femme criminelle comme moi ?

Gennaro. Ne la calomniez pas. Oh ! Non ! Ma mère n'est pas une femme comme vous, Madame Lucrèce ! Oh ! Je la sens dans mon coeur et je la rêve dans mon ame telle qu'elle est ; j'ai son image là, née avec moi ; je ne l'aimerais pas comme je l'aime si elle n'était pas digne de moi ; le coeur d'un fils ne se trompe pas sur sa mère. Je la haïrais si elle pouvait vous ressembler. Mais non, non. Il y a quelque chose en moi qui me dit bien haut que ma mère n'est pas un de ces démons d'inceste, de luxure, et d'empoisonnement comme vous autres, les belles femmes d'à présent. Oh dieu ! J'en suis bien sûr, s'il y a sous le ciel une femme innocente, une femme vertueuse, une femme sainte, c'est ma mère ! Oh ! Elle est ainsi, et pas autrement ! Vous la connaissez, sans doute, Madame Lucrèce, et vous ne me démentirez point !

Dona Lucrezia. Non, cette femme-là, Gennaro, cette mère-là, je ne la connais pas !

Gennaro. Mais devant qui est-ce que je parle ainsi ? Qu'est-ce que cela vous fait à vous, Lucrèce Borgia, les joies ou les douleurs d'une mère ! Vous n'avez jamais eu d'enfans, à ce qu'on dit, et vous êtes bien heureuse. Car vos enfans, si vous en aviez, savez-vous bien qu'ils vous renieraient, madame ? Quel malheureux assez abandonné du ciel voudrait d'une pareille mère ? être le fils de Lucrèce Borgia ! Dire ma mère à Lucrèce Borgia ! Oh ! …

Dona Lucrezia. Gennaro ! Vous êtes empoisonné ; le duc, qui vous croit mort, peut revenir à tout moment ; je ne devrais songer qu'à votre salut et à votre évasion, mais vous me dites des choses si terribles que je ne puis faire autrement que de rester là, pétrifiée, à les entendre.

Gennaro. Madame…

Dona Lucrezia. Voyons ! Il faut en finir. Accablez-moi, écrasez-moi sous votre mépris ; mais vous êtes empoisonné, buvez ceci sur-le-champ !

Gennaro. Que dois-je croire, madame ? Le duc est loyal, et j'ai sauvé la vie à son père. Vous, je vous ai offensée, vous avez à vous venger de moi.

Dona Lucrezia. Me venger de toi, Gennaro ! -il faudrait donner toute ma vie pour ajouter une heure à la tienne, il faudrait répandre tout mon sang pour t'empêcher de verser une larme, il faudrait m'asseoir au pilori pour te mettre sur un trône, il faudrait payer d'une torture de l'enfer chacun de tes moindre plaisirs, que je n'hésiteraispas, que je ne murmurerais pas, que je serais heureuse, que je baiserais tes pieds, mon Gennaro ! Oh ! Tu ne sauras jamais rien de mon pauvre misérable coeur, sinon qu'il est plein de toi ! -Gennaro, le temps presse, le poison marche, tout à l'heure tu le sentirais, vois-tu ! Encore un peu, il ne serait plus temps. La vie ouvre en ce moment deux espaces obscurs devant toi, mais l'un a moins de minutes que l'autre n'a d'années. Il faut te déterminer pour l'un des deux. Le choix est terrible. Laisse-toi guider par moi. Aie pitié de toi et de moi, Gennaro. Bois vite, au nom du ciel !

Gennaro. Allons, c'est bien. S'il y a un crime en ceci, qu'il retombe sur votre tête. Après tout, que vous disiez vrai ou non, ma vie ne vaut pas la peine d'être tant disputée. Donnez.
Bonsoir Rubia,

Ces pistes sont bonnes, mais elles répondent imparfaitement à la question "quelle est la place du quiproquo dans cet extrait?"

En effet tu as traité seulement le quiproquo comme révélateur moral ou psychologique, l'affrontement entre le vice, le crime et la vertu. (partie 2)

Il faudrait examiner préalablement son intérêt pour la tension dramatique, le déroulement et l'accélération de l'action. (partie 1)

Enfin, il y a le choix éminemment romantique de l'alliance des contraires qui constitue le projet de la pièce : "dans votre monstre, mettez une mère […] et le monstre qui faisait peur fera pitié, et cette âme difforme deviendra presque belle à vos yeux." (partie 3)

Finalement le quiproquo permet de mettre en valeur les aspects mélodramatiques de la pièce avec son hystérie et ses invraisemblances.
Merci Beaucoup Jean-Luc tu relève des choses que je n'avais pas vu dans le texte. En relisant on remarque le contraste entre
Lucrece Borgia et Gennaro. Elle tente d'accélérer la situation alors que lui s'attarde. Pour l'axe 2 je pourrais donc parler de ce contraste.
Et dans l'ace 3 Victor Hugo fait ressortir la femme, la mère qui est en Lucrece Borgia, Gennaro est en effet le seul qui peut la rendre si faible.
Le monstre devient alors particulièrement fragile face a Gennaro .
Mais je devrais aussi parler du dialogue de sourd entre les deux protagonistes ( qui constituait une partie de mon axe 1 ) . Lucrece Borgia tente de faire passer un message qui n'arrive pas jusqu'à Gennaro.
Merci pour ton analyse j'ai maintenant beaucoup plus de choses a dire dans mes axes ! =) =)
bonjour
moi je suis en M1 et je prépare une explication de cette scène
mais je ne sais pas vraiment quelles sont les caractéristiques du Mélodrame dans cette scène et comment je peut en profiter pour enrichir l'idée de la contadiction dans le dialogue de Gennaro et Lucrèce dans cette scène et dans la pièce entière
merci d'avance 🙂
Bonsoir,

Ce drame d'Hugo tire sur le mélodrame.
Regarde les caractéristiques du mélodrame https://www.etudes-litteraires.com//pedago/uburoi/melodrame.html et essaie d'en repérer certaines dans la scène que tu dois analyser :
- hystérie des sentiments,
- antithèses,
- invraisemblances,
- machinations,
- retournement de situation…