La grand-salle

Langue française

8 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

savez-vous pourquoi l'on dit "la grand-salle"

et non pas "la grande-salle"?
Bonjour.

Anciennement, la forme du féminin de "grand" était identique à celle du masculin. Cet ancien féminin a été conservé dans d'assez nombreuses expressions figées : grand-mère, grand-route, grand-rue, grand-croix, grand-faim, grand-chose, grand-peine, grand-soif, grand-messe, grand-voile…
Oui, et cela est dû à l'origine du mot. Grand vient de grandis, is, e, adjectif de la deuxième classe, donc épicène. Il y a une foule d'adjectifs issus de la 2° classe, et qui sont épicènes en ancien français. Ensuite la terminaison a été refaite sur le modèle des adjectifs issus de la première classe (bonus, a, um > bon, bonne).
Oui, c'est vrai, cette explication étymologique est convaincante.

Cela dit, la plupart des adjectifs latins épicènes ont donné en français
des adjectifs terminés par -e même au masculin :
gracilis → grêle humilis → humble fragilis → frêle,
amabilis → aimable, facilis → facile, etc.

Les adjectifs latins en -is ayant abouti à un masculin / féminin
terminé par une consonne (comme "grand")
me semblent - sauf erreur - nettement moins nombreux.
Je ne vois guère que :
viridis → vert
brevis → bref
fortis → fort

Et à la différence de ce qui s'est passé pour "grand",
les autres formes féminines sans "e"
ne semblent pas avoir laissé de vestiges.
Bonjour,

Un document intéressant ici : Pourquoi dit-on grand-mère et non grande-mère ?

Muriel
Jehan a écrit :Cela dit, la plupart des adjectifs latins épicènes ont donné en français
des adjectifs terminés par -e même au masculin :
gracilis → grêle humilis → humble fragilis → frêle,
amabilis → aimable, facilis → facile, etc.
Oui, un adjectif de la deuxième classe peut donner un adjectif épicène en "e" (quelle est leur proportion? je l'ignore). Dans les exemples que tu proposes, il y a deux cas qui se présentent.
1° les mots issus oralement d'anciens proparoxytons : dans le suffixe -ilis, le premier i est bref, ce qui fait que l'accent remonte obligatoirement à l'antépénultième. Or la règle phonétique dit que lorsqu'un mot est accentué sur l'antépénultième en latin, par la suite, la pénultième atone chute, mais la syllabe finale ne chute pas (contrairement aux finales de paroxytons), et il se développe en français un "e" central, qui deviendra le "e" muet.
(gracilis gle, humilis humble, fragilis frêle - en gras la lettre accentuée)
2° les mots d'emprunt: quand on emprunte un adjectif au latin, il est courant -je ne dis pas non plus que c'est nécessaire- de mettre un "e" à la place de la désinence. Il est d'usage de rendre le suffixe -abilis, par le suffixe -able, le suffixe -ibilis par le suffixe -ible.

Si on cherche ailleurs des vestiges des anciens épicènes consonantiques, ils existent dans les adverbes en -emment, -amment. Ces adverbes sont formés de l'adjectif au féminin suivit de ment. Bonnement, petitement, etc.
Mais si on dit couramment, et non courantement, c'est qu'en ancien français, les adjectifs en -ant, étaient épicènes (Jehan, il faudrait ajouter tous ces mots à ta liste, avec vert, fort et d'autres). Cela dit, on trouve grandement et non gramment. Ça n'a ni queue ni tête.
Merci de tes savantes précisions.

C'est vrai que ces adverbes en -amment et -emment sont des traces de l'ancienne forme féminine sans -e final. Mais que je sache, ni vert, ni bref, ni fort, ni aucun adjectif en -ant ou -ent ne s'emploient désormais sans -e au féminin.

Seule exception donc : l'adjectif "grand", dans les expressions citées.
C'est tout ce que j'ai voulu dire.
Oui on est d'accord.