Bonjour, je suis en prépa littéraire et j'ai à faire une dissertation d'après cette citation de Voltaire…
D'après ce que j'ai compris, Voltaire associe raison et poésie, et substitue même la poésie à la raison… Ce qui peut paraître bizarre étant donné que la poésie coïncide généralemen plus avec une expression profonde du moi et des sentiments de l'auteur, considérations bien éloignées de toute reflexion dite "raisonnable".
Mais hormis cette approche plus que superficielle, j'éprouve les plus grandes difficultés à extraire de cette citation des données plus profonde et ainsi à batir un plan correct…
Si vous pouviez m'aider. Merci (P.S Sujet à traiter par rapport à l'histoire littéraire)
Bonsoir,
Voltaire est effectivement le tenant d'une poésie qui veut s'éloigner du sentimentalisme et des folies de l'imagination.
Son idéal est une poésie didactique et philosophique, une ornementation de la pensée.
Il a en particulier critiqué la poésie biblique pour ses délires.
Va voir ce lien.
Pour Voltaire, l’orient est le lieu de toutes les exagérations, de l’abus de l’imagination, en somme tout l’opposé de la mesure du rationalisme philosophique. Il en voit tous les dangers et les excès dans la
Bible notamment et s’emporte contre ces tissus d’absurdité sur lesquels pourtant se fonde notre croyance religieuse : collines qui bondissent, chronologie biblique, miracles… Voltaire n’aura de cesse de démontrer que la Bible n’est qu’un tissu d’affabulations incohérentes. Autant dire que Voltaire n’est pas sensible au genre poétique. Dans le
Taureau blanc de 1774, il se moque ouvertement des récits de l’ancien testament, avec l’histoire de la princesse égyptienne Amaside amoureuse d’un taureau blanc, en fait Nabuchodonosor victime d’un sortilège, gardé par une ménagerie particulière : serpent de la genèse, ânesse de Balaam, poisson de Jonas, chien de Tobie…
L'Orient, c'est donc le langage « fleuri », hyperbolique et outré : vois l'Épître dédicatoire de
Zadig à la sultane Shéraa « charme des prunelles, tourment des cœurs, lumière de l’esprit, je ne baise point la poussière de vos pieds, parce que vous ne marchez guère… »
Bonjour. Etudiante en lettres, j'aurai aimé savoir ce que vous avez pu dire dans votre dissertation. J'ai le même sujet à travailler.
J'ai quelques pistes tel que des citations :
- Opposition à Victor Hugo « La poésie n'est pas un ornement, elle est un instrument »
- Baudelaire : « la poésie n'a et ne peut pas avoir un autre but qu'elle-même ».
Je pensais à faire un plan de ce style :
I . Substitution de la poésie à la raison
II . Eloignement des sentiments et des folies de l'imagination
Merci d'avance pour votre aide. A part cela, je n'arrive pas à avancer.
Il faut prendre parti, de toute manière.
* D'un côté la poésie engagée (Hugo et d'autres) et didactique (Voltaire et d'autres)
* De l'autre la poésie lyrique, expression du moi, l'art pour l'art, etc.
Paradoxe apparent entre "ornement" et "raison" à traiter dans l'intro peut-être. Ou établir une problématique là-dessus.
Je te remercie. Je ne sais pas trop comment prendre le sujet. Je me pose des questions par rapport à la négation. Voltaire dit-il que la poésie embellie la raison? Ou bien la raison embellie la poésie?
Ou alors Voltaire affirmerait qu'il pense que la poésie ne rend pas la raison plus belle? Je suis perplexe avec la citation.
On n'aime guère la poésie au XVIIIe, sauf quelques exceptions (Delille par exemple). La poésie n'a qu'une fonction pour Voltaire : "embellir" la raison dans le sens de être au service de. Voir son poème sur le désastre de Lisbonne (TDT) par exemple. En soi, la poésie n'a aucun sens pour lui.
J’ai tout de même trouvé dans le DICTIONNAIRE DES LETTRES FRANCAISES, le 18e siècle (Fayard, deuxième édition 1995), un article où Voltaire (qui vénère Boileau et adore le génie du 17e siècle) tente de défendre la poésie en tant que telle et proteste contre Fontenelle et consorts qui voient l’essence de la poésie dans la difficulté surmontée des rimes, etc.
Non, dit Voltaire, «ce ne sont point des dactyles et des spondées qui plaisent dans Homère et dans Virgile ; ce qui enchante toute la terre, c’est l’harmonie chantante qui naît de cette mesure difficile. Quiconque se borne à vaincre une difficulté pour le seul mérite de la vaincre est un fou : mais celui qui tire, du fond de ces obstacles mêmes, des beautés qui plaisent à tout le monde est un homme très-sage et presque unique ». (Préface d’Œdipe, 1730).
Mais il admet qu’en ce siècle des Lumières, la poésie doit se rendre utile : « Plus une nation devient philosophe, plus les odes à enthousiasmer et qui n’apprennent rien aux hommes perdent de leur prix. » (Dictionnaire philosophique, article « Exagération »).
PS : je laisse le titre de l’ouvrage en majuscules, tel qu’il se présente au lecteur, pour éviter le casse-tête des minuscules et majuscules dans le titre (sujet d’une autre conversation récente)