Bonjour Tulip's,
Pour t'aider dans ta lecture, voici quelques pistes.
Mais d'abord je voudrais t'éviter une déception : tu ne pourras réduire un vrai texte poétique à une explication rationnelle.
La poésie est un jeu d'évocations, d'échos subtils pour faire naître un état de grâce. Il est donc normal que le texte te résiste et que tu sois frustré(e).
Apollinaire a de plus cherché à explorer des voies nouvelles, en particulier avec l'abandon de la ponctuation qui renforce l'ambiguïté de l'expression ou qui, du moins, nécessite une lecture encore plus attentive pour construire le sens.
D'abord, tu fais peut-être une erreur en considérant ces vers comme une seule pièce. Apollinaire a publié
Vitam impendere amori, avec la mention poèmes et dessins, Paris, Mercure de France, 1917. Cette plaquette a été illustrée par André Rouveyre. Cette alliance de dessins et de vers semble préparer
Calligrammes, qui paraîtra l'année suivante.
Le titre aussi peut te donner une indication
Vitam impendere amori signifie Consacrer sa vie à l'amour. Il s'agit donc de strophes qui peuvent être regroupées ou isolées pour construire des tableaux mais qui toutes ont pour unique objet d'évoquer l'amour souvent sur un ton élégiaque.
Pour ta première question :
O mains qu'enchaine la mémoire
et brulantes comme un bucher
ou le dernier des phenix noire
Perfection vient se jucher
Cette strophe se comprend en référence à la première
L'amour est mort entre tes bras
Te souviens tu de sa rencontre
il est mort tu la referas
Il s'en revient a ta rencontre
Phenix, l'oiseau qui renaît de ses cendres renvoie à "amour" et "mort". Cet amour "revient".
Phénix renvoie aussi au bûcher parce que l'amour-passion est une flamme qui brûle dans le langage précieux. Il faudrait développer aussi l'image des mains, cage qui emprisonne la mémoire et qui brûlent comme un bûcher.
Bref l'amour est comme un phenix, toujours renaissant au moment où il paraît mort. Cette renaissance est la conséquence de la disposition de l'âme à vouloir toujours aimer (vie et amour) mais aussi de l'art du poète qui immortalise ses amours éphémères.
Pour ta deuxième question :
Tu descendais dans l'eau si claire
Je me noyais dans ton regard
Le soldat passe elle se penche
Se détourne et casse une branche
Qui est elle ? d'abord remarque l'alliance de l'amour et de l'eau qui coule. Tu as là une évocation de la belle matineuse, de l'amour qui s'enfuit comme dans le
Pont Mirabeau, mais aussi l'assimilation du regard à l'eau comme dans
l'Invitation au voyage de Baudelaire… Tout cela pour t'indiquer qu'Elle renvoie plutôt à l'eau ou à la femme, image de l'eau enveloppante. Ainsi pourrait-on y percevoir un soupçon de jalousie envers le beau soldat qui passe, sollicitant le regard de la femme contemplée…
D'ailleurs la strophe suivante peut être lue comme une continuation de la précédente ou comme une unité autonome. Au choix, selon Apollinaire qui cultive l'ambiguïté.
Tu flottes sur l'onde nocturne
La flamme est mon coeur renversé
Couleur de l'écaille du peigne
Que reflete l'eau qui te baigne