Tout d'abord, Bonjour. Je tiens à m'excuser si je recrée une discussion pour ces trois textes: j'ai eu beau rechercher dans le forum, les discussions à ce sujet, bien qu'elles m'aient servis partiellement, n'ont pas répondu totalement à mes questions.
J'ai donc ce corpus de trois textes:
Voltaire, Le Nez
Calvino, Le vicomte pourfendu
Saint-Lambert, L'Abenaki.
Je vous réecrit les trois textes:
Questions:
1) Relever dans ce corpus les textes qui offrent au lecteur une leçon implicite. Reformulez cette leçon pour les textes concernés.
Pour cette question, j'hésite quelque peu: elle semble dire que tous les textes ne sont pas concernés, or j'ai trouvé une morale à chacun.
Pour Zadig, si je ne me trompe pas, Voltaire critique l'avarice d'Azora:
La veuve du ruisseau voulait s'assurer le paradis (on suppose) en faisant la promesse aux dieux qu'elle resterait auprès du tombeau tant que l'eau coulait à côté: ainsi elle a détourné le ruisseau, et a alors réalisé sa promesse puisqu'elle est restée jusqu'à ce que l'eau ne coule plus. Cela a prodigieusement énervé Azora.
Azora, elle, voulait l'argent que Zadig a légué à Cador, et elle était prête à profaner le tombeau de son défunt mari, ceci afin de sauver Cador et d'avoir plein d'argent.
Je suppose que la morale est bien là ?
Ensuite, pour le vicomte, j'ai beaucoup plus de mal… Je dirai que le vicomte veut être tellement Bon qu'il tombe dans l'excès inverse et fait alors le mal, sans réellement s'en rendre compte, mais je ne pense pas que ceci soit la réponse attendue…Un peu d'aide serait la bienvenue pour ce texte-ci.
Enfin, pour l'Abenaki, je dirai, là encore je suppose, que la leçon réside dans le fait que l'officier anglais est partagé "entre deux pères"…mais je n'arrive pas à dégager complètement cette leçon…Là encore, votre aide serait la bienvenue, s'il vous plaît.
2) Dégagez à partir de ce corpus quelques caractéristiques propres au genre du conte philosophique
Ici, quelques problèmes également. Me parle-t-on du fameux "Plaire et instruire", ou est-ce que cela va plus loin ?! Après quelques recherches internet et dans mes cours (principalement), j'ai pu voir que le conte philosophique est caractérisé par le fait qu'il soit imaginaire (ici, on pourrait alors citer le vicomte pourfendu qui, normalement, ne pourrait survivre), qu'il contienne une morale (en plein dedans!), et qu'il fait une critique de la société.
Ces trois caractéristiques sont facilement trouvables dans Zadig, (Le Nez), mais j'ai plus de difficulté pour les deux autres.
Le vicomte pourfendu est bien entendu imaginaire, il contient une morale (que je n'arrive pas véritablement à dégager) et il critique une société balancée entre le bien et le mal (Le vicomte représente la société) ?
L'abénaki n'est pas véritablement imaginaire, sa morale est très vague d'après moi, et je ne voit pas où peut se situer sa critique de la société.
Voilà ma réflexion, mes excuses si cela vous paraît trop long, j'espère que vous pourrez m'aider! Merci d'avance.
J'ai donc ce corpus de trois textes:
Voltaire, Le Nez
Calvino, Le vicomte pourfendu
Saint-Lambert, L'Abenaki.
Je vous réecrit les trois textes:
Le Nez
Zadig ou la Destinée est le premier conte philosophique publié par Voltaire. Bien avant sa publication, Voltaire s'était déjà vu disgracié des cours royales de France et d'Angleterre pour sa liberté de ton et de pensée. Zadig lui permit de transposer sur un plan fictif le fruit de son expérience. le personnage principal, un jeune Babylonien, affronte les aléas imposés par la Providence pour parvenir à une sagesse qui passe par une acceptation du mal qui semble nécessaire à l'ordre du monde. Zadig est un conte à part entière, mais il est composé de chapitres qui peuvent se lire de manière autonome. "Le nez" en est le second chapitre.
Un jour, Azora revint d'une promenade, tout en colère et faisant de grandes exclamations.
"Qu'avez vous, lui dit-il, ma chère épouse? Qui vous peut mettre ainsi hors de vous-même? - Hélas ! dit-elle, vous seriez comme moi, si vous aviez vu le spectacle dont je viens d'être témoin. J'ai été consoler la jeune veuve Cosrou, qui vient d'élever, depuis deux jours, un tombeau à son jeune époux auprès du ruisseau qui borde cette prairie. Elle a promis aux dieux, dans sa douleur, de demeurer auprès de ce tombeau tant que l'eau de ce ruisseau coulerait auprès. - Eh bien ! dit Zadig, voilà une femme estimable qui aimait véritablement son mari ! - Ah ! reprit Azora, si vous saviez à quoi elle s'occupait quand je lui ai rendu visite! - A quoi donc, belle Azora ? - Elle faisait détourner le ruisseau. " Azora se répandit en des invectives si longues, éclata en reproches si violents contre la jeune veuve que ce faste de vertu ne plut pas à Zadig.
Il avait un ami, nommé Cador, qui était un de ces jeunes gens à qui sa femme trouvait plus de probité et de mérite qu'aux autres: il le mit dans sa confidence, et s'assura, autant qu'il le pouvait, de sa fidélité par un présent considérable. Azora, ayant passé deux jours chez une de ses amies à la campagne, revint le troisième jour à la maison. Des domestiques en pleurs lui annoncèrent que son mari était mort subitement la nuit même, qu'on n'avait pas osé lui porter cette funeste nouvelle, et qu'on venait d'ensevelir Zadig dans le tombeau de ses pères, au bout du jardin. Elle pleura, s'arracha les cheveux, et jura de mourir. Le soir, Cador lui demanda la permission de lui parler, et il pleurèrent tous deux. Le lendemain, ils pleurèrent moins et dînèrent ensemble. Cador lui confia que son ami lui avait laissé la plus grande partie de son bien, et lui fit entendre qu'il mettrait son bonheur à partager sa fortune avec elle. La dame pleura, se fâcha, s'adoucit; le souper fut plus long que le dîner; on se parla avec plus de confiance. Azora fit l'éloge du défunt; mais elle avoua qu'il avait des défauts dont Cador était exempt.
Au milieu du souper, Cador se plaignit du'n mal de rate violent; la dame, inquiète et empressée, fit apporter toutes les essences dont elle se parfumait pour essayer s'il n'y en avait pas quelqu'une qui fût bonne pour le mal de rate; elle regretta beaucoup que le grand Hermès* ne fût pas encore à Babylone; elle daigna même toucher le côté où Cador sentait de si vives douleurs. "Êtes-vous sujet à cette cruelle maladie? li dit-elle avec compassion. - Elle me met quelquefois au bord du tombeau, lui répondit Cador, et il n'y a qu'un seul remède qui puisse me soulager: c'est de m'appliquer sur le côté le nez d'un homme qui soit mort la veille. - Voilà un étange remède, dit Azora. - Pas plus étrange, répondit-il, que les sachets du sieur Arnou contre l'apoplexie." Cette raison, joine à l'extrême mérite du jeune homme, détermina enfin la dame. "Après tout, dit-elle, quand mon mari passera du monde d'hier dans le monde du lendemain sur le pont Tchinivar, l'ange Asraël** lui accordera-t-il moins le passage parce que son nez sera un peu moins long dans la seconde vie que dans la première ?" Elle prit donc un rasoir; elle alla au tombeau de son époux, l'arrosa de ses larmes, et s'approcha pour couper son nez à Zadig, qu'elle trouva tout étendu dans la tombe. Zadig se relève en tenant son nez d'une main, et arrêtant le rasoir de l'autre. "Madame, lui dit-il, ne criez plus tant contre la jeune Cosrou; le projet de me couper le nez vaut bien celui de détourner un ruisseau."
*: Il s'agit du médecin de Memphis qui a soigné l'oeil blessé de Zadig dans le chapitre précédent.
**: l'Ange Asraël est préposé à saisir l'âme de ceux qui meurent.
Le vicomte pourfendu
Le vicomte Médard de Terralba s'est vu tranché en deux parties égales lors de la guerre contre les Turcs. Ses deux moitiés vivent dpeuis lors une existence autonome; l'Infortuné, la mauvaise moitié du vicomte, sème le désarroi autour de lui et propage la mort en pourfendant nombre de créatures qui passent à sa portée. Le Bon, son autre moitié, oeuvre pour le bien de ses semblables au-delà même de leurs attentes…
Les fréquentes visites du Bon à Préchampignon* n'étaient pas dues seulement à son attachement filial pour la nourrice, maus au fait qu'à ce moment-là, il se consacrait à secourir les lépreux. Immunisé contre la contagion (toujours, à ce qu'il semble, grâce aux cures mystérieuses des ermutes) il arpentait le village en s'informant minitieusement des besoins de chacun et en ne leur laissant pas de trêve tant qu'il ne s'était pas prodigué pour eux de toutes les façons. Souvent, sur son mulet, il faisait la navette entre Préchampignon et la masure du docteur Trelawney pour demander à celui-ci conseils et médicaments. Non que le docteur eût trouvé le courrage d'approcher maintenant les lépreux. Mais il semblait qu'il commençât à s'intéresser à eux, en prenant le bon Médard comme intermédiaire.
Seulement, l'intention de mon oncle allait plus loin. Il ne se proposait pas seulement de soigner les corps des lépreux, mais aussi leur âme. Il était constamment au milieux d'eux à leur faire la morale: à fourrer le nez dans leurs affaires, à se scandaliser et à prêcher. Les lépreux ne pouvaient pas le souffrir. Finis les temps heureux et licencieux de Préchampignon! Avec ce gringalet tout de noir habillé juché sur une seule jambe, cérémonieux et prodigue en sentence, personne ne pouvait faire son bon plaisir sans être réprimandé en public, ce qui suscitait des méchancetés et des chocs en retour. Même la musique, à force d'entendre répéter qu'elle était futile, lascive, sans un bon sentiment pour l'inspirer, leur devint insupportable, et leurs bizarres instruments se couvrirent de poussière. Les lépreux n'ayant plus le soulagement de leurs ripailles se trouvèrent face à face avec leur maladie, et passèrent leurs soirées dans les pleurs et le désespoir.
-Des deux moitiés la bonne est pire que la mauvaise, commençait-on de dire à Préchampignon.
Mais ce n'était pas seulement chez les lépreux que l'admiration pour le Bon était en diminution
-Heureusement que son boulet de canon ne l'a coupé qu'en deux, disait tout le monde. S'il en avait fait trois morceaux, Dieu sait ce qu'il nous aurait fait voir!
Maintenant les huguenots** montaient également la garde contre luo parce qu'il avait perdu tout respect pour eux et venait à toute heure espionner le nombre de sacs qu'ils avaient dans leurs greniers et les sermonner sur les prix. Après quoi il racontait tout à la ronde et ruinait ainsi leur commerce.
C'est ainsi que les journées passaient à Terralba. Nos sentiments devenaient incolores et obtus parce que nous nous sentions comme perdus entre une vertu et une perversité également inhumaines.
*: Les lépreux, chassés des environs du château du Vicomte, mènent une vie libre et heureuse réunis au lieu-dit de Préchampignon.
**: Surnom péjoratif donné aux protestants par les catholiques.
L'AbenakiObjet d'étude: L'argumentation.
PENDANT les dernières guerres de l'Amérique une troupe de Sauvages Abenakis défit un détachement Anglais ; les vaincus ne purent échapper à des ennemis plus légers qu'eux à la course, et acharnés à les poursuivre, ils furent traités avec une barbarie dont il y a peu d'exemples, même dans ces contrées.
Un jeune Officier Anglais pressé par deux Sauvages qui l'abordaient la hache levée, n'espérait plus se dérober à la mort. Il songeait seulement à vendre chèrement sa vie. Dans le même temps un vieux Sauvage armé d'un arc s'approche de lui et se dispose à le percer d'une flèche ; mais après l'avoir ajusté, tout d'un coup il abaisse son arc, et court se jeter entre le jeune Officier et les deux Barbares qui allaient le massacrer; ceux-ci se retirèrent avec respect.
Le vieillard prit l'Anglais par la main, le rassura par ses caresses, et le conduisit à sa cabane, où il le traita toujours avec une douceur qui ne se démentit jamais ; il en fit moins son esclave que son compagnon ; il lui apprit la langue des Abenakis, et les arts grossiers en usage chez ces peuples. Ils vivaient fort contents l'un de l'autre. Une seule chose donnait de l'inquiétude au jeune Anglais, quelquefois le vieillard fixait les yeux sur lui, et après l'avoir regardé il laissait tomber des larmes.
Cependant au retour du printemps les Sauvages reprirent les armes & se mirent en campagne.
Le vieillard qui était encore assez robuste pour supporter les fatigues de la guerre, partit avec eux accompagné de son prisonnier.
Les Abenakis firent une marche de plus de deux cents lieues à travers les forêts ; enfin ils arrivèrent à une plaine où ils découvrirent un camp d'Anglais. Le vieux Sauvage le fit voir au jeune homme en observant sa contenance.
Voilà tes frères, lui dit-il, les voilà qui nous attendent pour nous combattre. Ecoute, je t'ai sauvé la vie ; je t'ai appris à faire un canot, un arc, des flèches, à surprendre l'orignal dans la forêt, à manier la hache, et à enlever la chevelure à l'ennemi. Qu'étais-tu, lorsque je t'ai conduit dans ma cabane ? Tes mains étaient celles d'un enfant, elles ne servaient ni à te nourrir, ni à te défendre, ton âme était dans la nuit, tu ne savais rien, tu me dois tout. Serais-tu assez ingrat pour te réunir à tes frères, et pour lever la hache contre nous ?
L'Anglais protesta qu'il aimerait mieux perdre mille fois la vie que de verser le sang d'un Abenaki.
Le Sauvage mit les deux mains sur son visage en baissant la tête, et après avoir été quelque-temps dans cette attitude, il regarda le jeune Anglais et lui dit d'un ton mêlé de tendresse & de douleur : As-tu un père ? Il vivait encore, dit le jeune homme, lorsque j'ai quitté ma patrie. Oh ! qu'il est malheureux ! s'écria le Sauvage ; et après un moment de silence il ajouta : Sais-tu que j'ai été père ?…. Je ne le suis plus. J'ai vu mon fils tomber dans le combat, il était à mon côté, je l'ai vu mourir en homme ; il était couvert de blessures, mon fils, quand il est tombé. Mais je l'ai vengé… Oui, je l'ai vengé. Il prononça ces mots avec force. Tout son corps tremblait. Il était presque étouffé par des gémissements qu'il ne voulait pas laisser échapper. Ses yeux étaient égarés, ses larmes ne coulaient pas. Il se calma peu-à-peu, et se tournant vers l'orient où le soleil allait se lever, il dit au jeune Anglais : Vois-tu ce beau ciel resplendissant de lumière ? As-tu du plaisir à le regarder ? Oui, dit l'Anglais, j'ai du plaisir à regarder ce beau ciel ? Eh-bien !… je n'en ai plus, dit le Sauvage, en versant un torrent de larmes. Un moment après il montre au jeune homme un manglier qui était en fleurs. Vois-tu ce bel arbre, lui dit-il ? as-tu du plaisir à le regarder ? Oui, j'ai du plaisir à le regarder. Je n'en ai plus, reprit le Sauvage avec précipitation, et il ajouta tout de suite : Pars, vas dans ton pays, afin que ton père ait encore du plaisir à voir le soleil qui se lève, et les fleurs du printemps.
Questions:
1) Relever dans ce corpus les textes qui offrent au lecteur une leçon implicite. Reformulez cette leçon pour les textes concernés.
Pour cette question, j'hésite quelque peu: elle semble dire que tous les textes ne sont pas concernés, or j'ai trouvé une morale à chacun.
Pour Zadig, si je ne me trompe pas, Voltaire critique l'avarice d'Azora:
La veuve du ruisseau voulait s'assurer le paradis (on suppose) en faisant la promesse aux dieux qu'elle resterait auprès du tombeau tant que l'eau coulait à côté: ainsi elle a détourné le ruisseau, et a alors réalisé sa promesse puisqu'elle est restée jusqu'à ce que l'eau ne coule plus. Cela a prodigieusement énervé Azora.
Azora, elle, voulait l'argent que Zadig a légué à Cador, et elle était prête à profaner le tombeau de son défunt mari, ceci afin de sauver Cador et d'avoir plein d'argent.
Je suppose que la morale est bien là ?
Ensuite, pour le vicomte, j'ai beaucoup plus de mal… Je dirai que le vicomte veut être tellement Bon qu'il tombe dans l'excès inverse et fait alors le mal, sans réellement s'en rendre compte, mais je ne pense pas que ceci soit la réponse attendue…Un peu d'aide serait la bienvenue pour ce texte-ci.
Enfin, pour l'Abenaki, je dirai, là encore je suppose, que la leçon réside dans le fait que l'officier anglais est partagé "entre deux pères"…mais je n'arrive pas à dégager complètement cette leçon…Là encore, votre aide serait la bienvenue, s'il vous plaît.
2) Dégagez à partir de ce corpus quelques caractéristiques propres au genre du conte philosophique
Ici, quelques problèmes également. Me parle-t-on du fameux "Plaire et instruire", ou est-ce que cela va plus loin ?! Après quelques recherches internet et dans mes cours (principalement), j'ai pu voir que le conte philosophique est caractérisé par le fait qu'il soit imaginaire (ici, on pourrait alors citer le vicomte pourfendu qui, normalement, ne pourrait survivre), qu'il contienne une morale (en plein dedans!), et qu'il fait une critique de la société.
Ces trois caractéristiques sont facilement trouvables dans Zadig, (Le Nez), mais j'ai plus de difficulté pour les deux autres.
Le vicomte pourfendu est bien entendu imaginaire, il contient une morale (que je n'arrive pas véritablement à dégager) et il critique une société balancée entre le bien et le mal (Le vicomte représente la société) ?
L'abénaki n'est pas véritablement imaginaire, sa morale est très vague d'après moi, et je ne voit pas où peut se situer sa critique de la société.
Voilà ma réflexion, mes excuses si cela vous paraît trop long, j'espère que vous pourrez m'aider! Merci d'avance.



