Comment lever une ambiguïté de sens ?

Langue française

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour et bonne année.

Je viens de m'inscrire sur le site car la construction et l'analyse des phrases m'intéressent fortement et le sens d'une phrase me "turlupine". Je ne parviens à lever l'ambiguïté que je trouve, ni par l'analyse logique, ni par le sens. Est-il possible que certaines phrases puissent s'analyser de 2 façons et donc avoir 2 sens possibles?

Voici la phrase:
« Heureux chocolat, qui après avoir couru le monde, à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche ! »
Elle est de Brillat Savarin… et de saison!

J'y trouve 3 propositions: Heureux chocolat: p principale avec verbe sous-entendu.
après avoir couru le monde : p subordonnée infinitive.
le reste: p subordonnée relative.

Mon problème porte sur "à travers le sourire des femmes": doit-on le rattacher à l'infinitive ou à la relative?
Autrement dit, doit-on lire:
« Heureux chocolat,/ qui /après avoir couru le monde/, à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche ! » ou:
« Heureux chocolat,/ qui /après avoir couru le monde, à travers le sourire des femmes,/ trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche ! »
Je penche pour la 1ère solution car:
- la virgule après "monde" me paraît arrêter l'infinitive.
- la relative englobe ainsi toute l'action faite par les femmes.
Mais la 2nde interprétation ne me semble pas non plus incohérente car l'action est mondiale.

Quelqu'un peut-il m'éclairer sur l'analyse à retenir et, surtout, ses raisons. Ou bien y a-t-il réellement 2 sens possibles, sachant que par ailleurs je n'ai pas le contexte?

Merci d'avance!
Heureux chocolat, qui après avoir couru le monde, à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche !

"après avoir couru le monde" n'est pas une proposition subordonnée infinitive (car l'infinitif n'a pas d'agent distinct), mais un simple complément circonstanciel, où l'infinitif est utilisé de manière substantive.
"à travers le sourire des femmes" est un autre complément circonstanciel, et la virgule montre clairement qu'il est distinct du premier. Donc je rattache ce CC au verbe "trouve", mais simplement à cause de la virgule, car, quel que soit le verbe auquel on le rattache, c'est un non sens. Cela arrive quand on essaye de faire du style.
Merci beaucoup pour votre réponse!

Par contre, elle soulève chez moi une 2nde question.

Dans un 1er temps, je n'avais pas retenu de subordonnée infinitive, mais, du fait de l'ambiguïté du sens j'ai conclu à la présence de 2 verbes: de là l'infinitive. J'ai vérifié dans le Bescherelle grammaire, § 464 et 466. Et j'ai trouvé cet exemple au § 466,"Proposition infinitive à valeur circonstancielle":
"Il a eu une amande/pour avoir brûlé le feu."
Il m'a semblé du coup qu'il y avait une infinitive que je n'avais pas vue dans la phrase qui me préoccupe…D'autant qu'on aurait pu avoir: "après qu'il eut couru le monde".
Du coup, je ne sais pas comment reconnaître une infinitive à coup sûr!

Il faut dire que je me suis posé toutes ces questions après avoir conclu dans un 1er temps qu'en effet l'effet de style était peut-être discutable.

Est-ce que je me triture le cerveau à tort? Ce ne serait pas le 1ère fois!
A l'université, on m'a appris qu'une proposition infinitive était une forme de proposition complétive (jamais circonstancielle donc), qui dépendait toujours d'un verbe de perception, et que le propre d'une proposition infinitive était que le COD du verbe principal était distinct du sujet, et valait comme agent du verbe à l'infinitif.

Ex: j'entends siffler le train.

Le train est COD d'entendre, mais en même temps, on peut presque le considérer comme le sujet de siffler (c'est pourquoi on parle d'agent). Tant qu'un verbe n'a pas de sujet distinct du sujet de la principale, on ne peut le considérer comme centre d'une proposition.

La grammaire Bescherelle correspond probablement à des analyses un peu dépassées.
Re merci!

Il ne me reste qu'à me plaindre à Hatier: l'édition que j'ai est de 2006, donc pas si vieille! Je retiens votre règle, qui a le mérite d'être claire!
Et c'est d'ailleurs (à peu près ?) la même chose en latin 😉
La proposition subordonnée infinitive n'est introduite par aucun mot subordonnant ; son verbe est à l'INFINITIF ; le sujet de l'infinitif est à l'ACCUSATIF.

La proposotion infinitive peut être:
I- COMPLEMENT D'OBJET de
o verbes de déclaration, d'opinion, de connaissance ;
o verbes de sentiment ;
o certains verbes de volonté (velle, nolle, malle, cupere …)
II- SUJET de verbes impersonnels et de locutions impersonnelles.
III- APPOSITION à un pronom démonstratif neutre.
Précis de grammaire latine, MAGNARD
Et bien encore merci pour ces bases solides et documentées.
Ne peut-on pas comprendre que le chocolat a couru le monde à travers le sourire des femmes (sans virgule, ou avec une virgule inutile ou placée là mal à propos, cela arrive !), c'est à dire que de continent en continent, de pays en pays, ce nouveau venu a allumé le sourire de femmes appréciant ce nouveau venu ? Façon imagée, poétique et galante de montrer le succès universel de cette douceur, féminine s'il en est ?
Par pitié! J'avais renoncé, suite aux explications données, à la proposition infinitive CC "après avoir couru le monde", et vous me la réintroduisez! Sinon, comment expliquer que le verbe ait un complément s'il n'y a pas d'infinitive, donc pas de verbe? Au secours!
Où avez-vous lu que seul un infinitif noyau de proposition infinitive pouvait avoir un COD ?

Ici, pas de proposition infinitive, mais comme dit Lucretius, un CC avec un infinitif substantivé.
Et ce CC est CC de temps de la principale :

Le chocolat trouve la mort QUAND ? "après avoir couru le monde".

"après avoir couru le monde" = "après sa course autour du monde"

Et rien n'empêche cet infinitif d'avoir lui-même un COD :
"le monde", COD de "avoir couru"

Rien de confus ou de mystérieux là-dedans…
Noël a écrit :Ne peut-on pas comprendre que le chocolat a couru le monde à travers le sourire des femmes (sans virgule, ou avec une virgule inutile ou placée là mal à propos, cela arrive !), c'est à dire que de continent en continent, de pays en pays, ce nouveau venu a allumé le sourire de femmes appréciant ce nouveau venu ? Façon imagée, poétique et galante de montrer le succès universel de cette douceur, féminine s'il en est ?
Oui, il veut faire du style, mais l'effet est plutôt alambiqué Par ailleurs on peut aussi considérer comme très poétique et galant que le chocolat commence à mourir quand il passe à travers les lèvres souriantes des femmes, et s'extasier de l'audace du raccourci.
En fait, je ne pensais pas au COD sur lequel je n'avais pas réfléchi. Mais du coup, pourquoi un infinitif substantivé peut-il avoir un COD et non un CC?
:roll:
Je n'ai pas dit que l'infinitif était substantivé mais qu'il était utilisé de manière substantive (ou plus clairement, comme un substantif), on va dire que je coupe les cheveux en quatre, mais il y a une distinction importante.

L'infinitif quand il est substantivé, devient un nom à part entière, c'est à dire qu'il est précédé de l'article, et ne peut pas avoir de complément (COD ou autre).
Ex: Le manger et le dormir sont choses nécessaires.

L'infinitif est employé comme un substantif quand il prend dans la phrase une fonction nominale, mais contrairement au nom, il peut admettre des compléments.

Ex Manger des nouilles et dormir longtemps sont choses nécessaires.

L'infinitif est au centre d'une proposition infinitive à la condition expresse qu'il possède un agent propre, et clairement exprimé.
Cela ne se produit en français que dans les propositions complétives introduites par des verbes de perception:
Je sens la montarde me monter au nez.
La moutarde, COD de je sens, est agent de l'infinitif "monter". Par conséquent il y a une proposition.

Tous ces degrés tiennent au fait que l'infinitif est le mode par lequel le verbe se rapproche le plus du nom. Mais entre les divers emplois, il y a des nuances, il tendra dans certains cas plus nettement vers le verbe, et dans d'autres plus nettement vers le nom.
Et un infinitif substantivé peut très bien avoir aussi un CC !
Qui vous a dit le contraire ?
La preuve :

après avoir couru à toute vitesse (CC de manière)
après avoir couru dans le jardin (CC de lieu)
après avoir couru toute la matinée (CC de temps)
après avoir couru pour rattraper son retard (CC de but)
Lucretius a écrit :
L'infinitif est employé comme un substantif quand il prend dans la phrase une fonction nominale, mais contrairement au nom, il peut admettre des compléments.
C'est inexact ; le nom admet bien sûr lui aussi des compléments :

une course à vive allure
une course autour du monde
Ce sont des compléments du nom.
Je vais essayer de résumer :
- Pour qu’il y ait proposition infinitive, le COD du verbe principal doit être distinct du sujet, et valoir comme agent du verbe à l'infinitif. L’agent doit être clairement exprimé. Exemples donnés par Lucretius :
« J'entends siffler le train. » - « Je sens la moutarde me monter au nez. » (NB : j’ai bien peur d’y être pour quelque chose !)
- Par ailleurs, le verbe de la principale doit être un verbe de perception.
- Dans tous les autres cas, il n’y a pas de proposition infinitive, mais le verbe conserve sa faculté à avoir des compléments « de verbe », tels COD, CC.

Ces bases étant admises, mon ambiguïté de sens relevée au départ demeure ! Comment décider si «à travers le sourire des femmes » est CC de l’infinitif ou de « trouve » ? Dans ce cas, j’ai bien peur que la grammaire n’aide pas beaucoup, les virgules et le sens non plus…
Noël a tenté une interprétation, je me suis amusé pour le contredire à en sortir une autre, peut être même qu'on pourrait dire que l'ambiguïté est voulue, et que l'incertitude syntaxique vise à une polysémie délicieuse et goûtue.
Je ne suis pas convaincu que ce texte vaille qu'on s'y attarde, je préfère manger du chocolat que de lire des phrases boursouflées qui vantent ses mérites.
Vous êtes donc bien d'accord, bons ou mauvais effets de style, qu'une phrase peut donner lieu à plusieurs interprétations, sans qu'un argument décisif puisse être trouvé pour trancher?
Dans ce cas, ça me semble être le cas.
Bonjour, Lucretius.

A propos de l'infinitif, tu avais écrit :
Contrairement au nom, il peut admettre des compléments.
En bon français, cela veut bien dire que le nom, lui, n'admet pas de compléments…
Alors qu'il existe bien entendu des compléments de nom.
Tu aurais dû préciser :
"L'infinitif, contrairement au nom, peut admettre des COD."

Quant aux compléments de nom, sans être de véritables CC comme ceux que peut avoir l'infinitif, ils peuvent parfois se teinter d'une forte valeur circonstancielle :

la course autour du monde (nuance circonstancielle de lieu)