Pontus de TYARD (1521-1605)Et un poème du début du XXI° siècle …
Père du doux repos, Sommeil, père du Songe
Père du doux repos, Sommeil, père du Songe,
Maintenant que la nuit, d'une grande ombre obscure,
Fait à cet air serein humide couverture,
Viens, Sommeil désiré et dans mes yeux te plonges.
Ton absence, Sommeil, languissamment allonge
Et me fait plus sentir la peine que j'endure.
Viens, Sommeil, l'assoupir et la rendre moins dure,
Viens abuser mon mal de quelque doux mensonge.
Ja le muet silence un escadron conduit
De fantômes ballants dessous l'aveugle nuit :
Tu me dédaignes seul qui te suis tant dévot.
Viens, Sommeil désiré, m'environner la tête,
Car, d'un voeu non menteur, un bouquet je t'apprête
De ta chère morelle et de ton cher pavot.
Patrick Joquel
poème
Lille
1
Tous feux éteints. Des autos somnolent. Paupières baissées. Des appartements dorment. Pas un chat dans la rue. Pas un chien sous les réverbères. Nul ne me voit marcher. Personne.
Changement d’heure et de décor. Boulevard. Des stores automatiques s’enroulent. Des autos klaxonnent. Clignent des yeux. Sur les vitres de la ville glisse mon image. Le trottoir grouille de personnes. Y’en a t-il une qui me regarde
?
Le distributeur de billets a-t-il conscience de ma présence
?
Et le platane mutilé, que perçoit-il de moi
?
Le goudron sent-il mon poids d’âme et de chair
?
Suis-je le seul à croire à mon existence
?
Et cela suffit-il pour vivre
?
2
Qui s’amuserait à compter les briques de Lille
?
Et les kilomètres de ses gouttières
?
Et le nombre et la surface de ses pavés
?
A définir le seuil de pollution canine tolérable
?
A partir de combien de décibels une ville devient-elle nuisible
?
Qu’est ce qu’une ville
?
©Patrick JOQUEL
déambulations ; inédit 2005