Bonsoir,
J'ai une explication linéaire à faire sur un extrait d'Archives du Nord de Marguerite Yourcenar et j'aimerais éclaircir quelques petites choses.
Alors, premièrement, je ne comprends pas pourquoi à certains moments il y a une apparition de la première personne, du "je". Ensuite, je n'arrive pas à bien percevoir la métaphore du temps "surface agitée sous laquelle se cachent l'océan immobile et les courants qui traversent celui-ci". De quoi parle-t-elle? Ensuite, comment s'appelle cette figure de style "machines qui débitent en série de l'inutile ou du néfaste, des gadgets ou des armements"?
Voici le texte :
J'ai une explication linéaire à faire sur un extrait d'Archives du Nord de Marguerite Yourcenar et j'aimerais éclaircir quelques petites choses.
Alors, premièrement, je ne comprends pas pourquoi à certains moments il y a une apparition de la première personne, du "je". Ensuite, je n'arrive pas à bien percevoir la métaphore du temps "surface agitée sous laquelle se cachent l'océan immobile et les courants qui traversent celui-ci". De quoi parle-t-elle? Ensuite, comment s'appelle cette figure de style "machines qui débitent en série de l'inutile ou du néfaste, des gadgets ou des armements"?
Voici le texte :
L’enfant qui vient d’arriver au Mont-Noir est socialement une privilégiée; elle le restera. Elle n’a pas fait, du moins jusqu’au moment où j’écris ces lignes, l’expérience du froid et de la faim; elle n’a pas au moins jusqu’ici, subi la torture; elle n’aura pas sauf au cours deMerci beaucoup.
sept ou de huit ans tout au plus, “gagné sa vie” au sens monotone et quotidien du terme; elle n’a pas, comme des millions d’êtres de son temps, été soumise aux corvées concentrationnaires, ni, comme d’autres millions qui se croient libres, mise au service de machines qui débitent en série de l’inutile ou du néfaste, des gadgets ou des armements. Elle ne sera guère entravée, comme tant de femmes le sont encore de nos jours, par sa condition de femme, peut-être parce que l'idée ne lui est pas venue qu'elle dût en être entravée. Des contacts, des exemples, des grâces (qui sait?), ou un enchaînement de circonstances qui s'allonge loin derrière elle, lui permettront d'engranger une image du monde moins incomplète que celle que sa petite tante Gabrielle de 1866 consignait sur son gros carnet. Elle tombera et se relèvera sur ses genoux écorchés; elle apprendra non sans efforts à se servir de ses propres yeux, puis, comme les plongeurs, à les gardes grands ouverts. Elle tentera tant bien que mal de sortir de ce que ses ancêtres appelaient le siècle, et que nos contemporains appellent le temps, le seul temps qui compte pour eux, surface agitée sous laquelle se cachent l'océan immobile et les courants qui traversent celui-ci. Par ces courants, elle essayera de se laisser porter. Sa vie personnelle, pour autant que ce terme ait un sens, se déroulera du mieux qu’elle pourra à travers tout cela. Les incidents de cette vie m’intéressent surtout en tant que voies d’accès par lesquelles certaines expériences l’ont atteinte. C’est pour cette raison
et pour cette raison seulement que je les consignerai peut-être un jour, si le loisir m’en est donné et si l’envie m’en vient. Mais il est trop tôt de parler d’elle, à supposer qu’on puisse parler sans complaisance et sans erreur de quelqu’un qui nous touche inexplicablement de si près. Laissons-la dormir sur les genoux de Mme Azélie, sur la terrasse qu’ombragent les tilleuls; laissons ses yeux suivre le vol d’un oiseau ou le rayon de soleil qui bouge entre deux feuilles. Le reste est peut-être moins important qu’on ne croit.



