À quoi sert la littérature ?
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Grande question que voilà ! Il faudrait déjà définir le mot "littérature" peut-être pour y voir plus clair. Je me pose la question - même si j'ai mes convictions - suite à une phrase choquante entendue d'une seule oreille d'un certain Yann Moix : "la littérature ne sert à rien" ; voilà une phrase qui m'a choqué - car dite avec assurance, de façon vive et presque arrogante - surtout de la part d'un homme qui se prétend écrivain. Mais on retrouve bien "l'art est inutile" de Wilde qui m'avait causé le même effet. Non, je suis convaincu qu'à la lecture - par exemple - de "l'Etranger" de Camus que l'art comme la littérature ne sont pas inutiles. Que la littérature soutient la vie et s'intéresse à ce que nous sommes en traduisant un "esprit" que l'ordre commun aurait tendance à ne pas saisir. Que la littérature nous montre enfin des vérités complexes sur notre humanité.
Qu'en pensez-vous et quel est votre avis sur la question ?
en terminale lorsque j'avais étudié l'art en philosophie, le professeur nous avait également cité cette affirmation surprenante "l'art est inutile". sans savoir vraiment pourquoi, mon premier sentiment était de contredire cette affirmation: l'art comme la littérature ne servent pas à rien, sinon comment expliquer qu'ils soient si répandus, si important ds notre société? mais finalement il faut prendre ces affirmations d'un autre point de vue: le luxe de l'art comme de la littérature, c'est de ne prétendre à aucune utilité. "l'art pour l'art". lorsqu'un auteur écrit un livre il n'est pas obligé de le faire ds un but précis, de trouver une fonctionnalité à son livre, pas plus que lorsqu'on le lit. après, de cette création peut découler certains messages ou fonctions…
Voilà un avis nuancé auquel je suis tout à fait d'accord. Très pertinent. Merci. 🙂
En fait, je pense que "par essence", l'art s'intéresse à l'homme. Mais je peux me tromper.
Je crois qu'il faut prendre son parti. Il y a des camps qui se forment; on ne reste pas neutre. Depuis longtemps je considère les livres comme un moyen, par le biais de l'imagination, d'exprimer des vérités sur l'homme. L'explication du monde et l'expression des sentiments sont les deux buts que je lui ai assignée.
Mais au delà de cette idée, posée peut-être un peu brutalement, je crois qu'il faut remettre dans leur contexte tous les propos tenus sur l'art. Je conçois qu'à une époque marquée par l'engagement politique de Jean Paul Sartre ait succédée une autre époque revendiquant l'inutilité de la littérature, son aspect purement formel (le nouveau-roman). L'histoire des livres a souvent fonctionné de cette manière, comme entre pères et fils: des générations se prennent à rebrousse poil. Dans cette lutte, les tensions contraires aboutissent à des résolutions peu nuancées. Et ne parlons pas des suiveurs, qui filent en ligne droite dans une impasse, la tête montée par des idées bouillonnantes: les uns finissent par faire de la littérature de propagande, les autres s'adonnent à des jeux de cour sans conséquence.
Il faut aussi se demander si le mot "utilité" à l'ère capitaliste a encore le sens qu'il avait lorsqu'Horace parlait de joindre l'utile à l'agréable. Il entendait par là la connaissance des vices et des vertus alors qu'aujourd'hui on penserait plutôt à l'utilité économique et politique. De ce point de vue, il faut concéder que la littérature n'est pas de première utilité. Que produisent les écrivains qui puisse servir à faire tourner la machine? Quelle matière sort du travail de leurs mains?
L'utilité de la littérature c'est d'affiner les consciences, d'aiguiser la lucidité, et, peut-être est-ce encore plus important: d'augmenter la puissance des hommes, leur assurer une sorte d'appui spirituel qui les réconforte et les pousse à accroître leur volonté. Même les oeuvres les plus sombres offrent un baume, un plaisir, une satisfaction. Mais il y a un risque: à trop vouloir l'utilité morale, on peut verser dans la prêche, dans l'optimisme forcené et autoritaire, dans la loi déguisée par la fiction…revendiquer l'inutilité de la littérature, ce peut être en ce sens, un moyen d'empêcher l'asservissement de la libre pensée. On arrive alors à un paradoxe: revendiquer l'inutilité de la littérature n'est pas un acte gratuit, il vise d'une certaine manière à une utilité, jugée supérieure: celle de rester libre.
Je ne pense pas que l'art s'intéresse "par essence à l'homme". Quelles sont les premières manifestations d'art (connues) ? Les peintures rupestres et les bijoux (et certainement quelques instruments de musique). Pourquoi ?
Apparemment, les premières peintures rupestres servaient à conjurer la grâce de la divine Nature, pour Manger, pour obtenir des forces naturelles une bonne chasse. (Je grossis un peu)
Les autres arts sont nés de l'ennui de l'homme.
On dit souvent que la chasse aux mammouths a permis à l'homme d'obtenir tout ce dont il a besoin : os (pour bâtir, s'outiller), fourrures, viandes, etc. Cette manne a conduit l'homme à se réunir, et à "s'ennuyer" ensemble. De là : découverte de la musique, des jeux, des fables peut-être, etc.
Eh oui, je pense que l'art est né un jour d'ennui.
Bien sûr, c'est plus complexe que cela. Car nous pouvons penser que l'art avait aussi un objectif social, voire commercial. Notamment les bijoux.
Bref, il est difficile de savoir si l'art sert ou non à quelque chose. Mais s'il existe encore aujourd'hui, et avec une présence aussi forte, aussi fascinante, aussi prégnante, c'est bien parce que l'homme ne peut pas s'en passer, et en cela, il est peut-être originellement inutile (on peut vivre sans, non ?) mais il est pour toujours nécessaire.
Don Félix a écrit :revendiquer l'inutilité de la littérature, ce peut être en ce sens, un moyen d'empêcher l'asservissement de la libre pensée. On arrive alors à un paradoxe: revendiquer l'inutilité de la littérature n'est pas un acte gratuit, il vise d'une certaine manière à une utilité, jugée supérieure: celle de rester libre.
Voilà une phrase magique. C'est un réel plaisir de la comprendre, car elle retourne bien les conceptions qu'avait Wilde par exemple. Joli paradoxe.
Eh oui, je pense que l'art est né un jour d'ennui.
Là aussi, même si le constat mérite d'être discuté, ce n'est pas totalement faux, comme si l'art était en quelque sorte la matérialisation de l'ennui chez l'homme, vue à grande échelle.
Mais s'il existe encore aujourd'hui, et avec une présence aussi forte, aussi fascinante, aussi prégnante, c'est bien parce que l'homme ne peut pas s'en passer, et en cela, il est peut-être originellement inutile (on peut vivre sans, non ?) mais il est pour toujours nécessaire.
Je trouve cette remarque fine.
Merci à tous et à toutes.
spikelady1 a écrit :en terminale lorsque j'avais étudié l'art en philosophie, le professeur nous avait également cité cette affirmation surprenante "l'art est inutile".
"Que dites-vous ?… C'est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !
Non ! non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !"
Edmond Rostand,
Cyrano de Bergerac
"Le premier homme de la préhistoire qui composa un bouquet de fleurs fut le premier à quitter l'état animal ; il comprit l'utilité de l'inutile."
(Le livre du Thé)Très joli Krystyna.
Je voudrais en venir à un sujet proche : je pense que, comme beaucoup, je subis les railleries - ici de mon oncle - lorsqu'il me demande "A quoi sert ce que tu étudies ?" (je suis en fac, troisième année de Lettres Modernes) et je n'ai jamais vraiment pu lui en mettre dans les dents. Alors si jamais vous aviez un argutie, je suis preneur. Histoire d'en finir une bonne fois pour toutes avec de telles railleries !
Il faut expliquer à ton oncle que les études de lettres ne concernent pas que la littérature ; nous apprenons également la langue française, et finalement, c'est elle qui importe.Nous apprenons différentes façons de lire, de l'utilitaire au poétique. Nous combattons contre l'illetrisme grandissant, et nous faisons en sorte que tout à chacun sache lire, et, si possible, puisse lire ce qu'il souhaite et ce qui conforme à sa sensibilité.
personnellement je suis aussi en troisième année de lettres modernes et j'aurais peut être tendance à partager l'opinion de ton oncle ds le sens où, par rapport à des études de médecine ou de droit par exemple, à quoi sert (concrètement) un élève de lettres? à la limite ds la perspective d'être prof, on peut le voir comme une envie de contrer la regression de la langue française et de la culture G… c'est également la base de nombreux métiers (politique, journalisme…). mon manque de conviction ne me permet pas de te fournir de bons arguments, j'en suis dslé, mais peut être peux tu simplement lui répondre que les lettres modernes te permettent de faire ce qu'il te plait vraiment, c'est déjà pas mal… 😉
Que fait ton oncle dans la vie ?
Eh bien, mon oncle est un tout jeune retraité, ancien directeur d'une banque renommée, qui, affirme-t-il, déteste les chiffres - reste assez obscur sur son parcours universitaire : aurait fait quatre années de psycho puis deux ans dans un truc de formation pro en entreprises… 😀
spikelady1, je lui réponds ce que tu me conseilles en effet. Mais je crains que répondre comme Mozart ferait de moi un pédant auprès de lui. 😜
Je suis ici par hasard. La question du sujet est interessante et elle propose des réponses diverses et toutes les unes aussi suceptibles d'en apporter d'interessants points de vue que les autres. Je suis en 1ere année d'anglais et j'ai un cour mineur de lettres modernes et c'est de loin la matiere qui me passionne le plus, au point d'en delaisser les autres et me fondre dans tous les bouquins des auteurs que j'étudie en classe.
A quoi sert la litterature? cela je pense n'appartient qu'a celui qui s'adonne a elle meme, a celui qui écrit ou celui qui aime la lire. dans un sens elle ne sert pas a grand chose, je me suis toujours demandé pourquoi on s'adonner a lire une autobiographie?a lire la vie de quelqu'un alors que la notre est aussi interessante et ininteressante. Mais celui qui écrit l'histoire de sa vie a écrit lui, c'est par la que tient le sens de la litterature. Tant qu'on écrit on donne un sens a ce qu'on écri et tant qu'on li on donne un sens a ce qu'a été écri _ si on écrit, c'est pour lire, simplement pour lire. sinon ca on écrirait et on brulerait nos écrits.on cuisine pour manger de meme qu'on écrit pour lire.
J'aime beaucoup l'idée que l'art est né dans l'ennui de l'homme,ca tient ca part de vérité. Je pense aussi que la litterature s'efforce grandement d'etre le temoin de l'humanité et de sa société _ a travers toutes oeuvres,poésies,romans,essais philosophiques ou autres.. on y trouve un témoignage de l'homme par l'homme.
La litterature est aussi inutile. un bel exemple est le livre de Philippe Delerm: La Premiere Gorgé de Biere et Autres Plaisirs Minuscules _ mais le sens de la litterature n'appartient qu'a ceux qui la construisent_a ceux qui l'écrivent,a ceux qui la lise, ou a ceux qui la critique..
Mais je pense et j'en suis sur, la litterature est le meilleur moyen de s'ouvrir l'esprit. On est intelligent que lorsque l'on est cultivé. Le cerveau est un muscle,plus on l'exerce plus il grossit,et le meilleur moyen d'y travailler c'est de faire des calculs arithmétiques(comme me l'a dit un prof de maths du college). _ Cependant l'esprit, meme s'il dépend du cerveau, est la liberté meme du cerveau,la liberté de l'homme lui meme, parce que lui meme ne dépend que du cerveau. Et la litterature… c'est autant l'expression de l'esprit que l'elargissement de l'esprit. _ Alors quand les étudients de medecines me parlent avec un air supérieur parce qu'ils croient que la litterature ne sert a rien et que leurs calcules les rendent plus intelligents…je ris a l'interieure de moi!
Bref, on pourra pas vraiment dire a quoi sert concretement la litterature, pour juger il faut gouter toute facon!
Ce qui est le plus triste c'est que la litterature a notre époque est en train de mourir, de disparaitre! plus de mouvement litteraire en cour… on peut preserver la litterature du passé, mais il faudrait relancer carement la litterature!… _ j'ai l'espoir qu'un nouveau mouvement naisse.. si d'autre partage mon ressentiment…? 🙂
"Un seul beau vers a fait plus de bien au monde que tous les chefs-d’œuvre de la métallurgie."
(Anatole France)
"Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi."
(Jean Cocteau, Discours à l'Académie)
Je suis également là par hasard (décidément 😀). C'est d'ailleurs très amusant parce que je suis tombée sur ce forum en faisant une recherche pour une oeuvre que j'étudie et à force de ne rien trouver, je me posais justement la question : "bon sang mais à quoi ça sert la littérature ?" Je suis en deuxième année de Lettre Modernes.
Il se trouve que cette question est l'une des premières qu'abordent les professeurs lorsque l'on arrive en faculté de Lettres (en tout cas, dans mon université, c'est le cas). J'avais été très surprise en constatant que, sur le coup, je ne pouvais pas donner de réponse à cela. Mais mon professeur nous a cité la réponse d'une élève qu'elle avait eu quelques temps plus tôt :
"La littérature, ça sert à être libre". J'ai trouvé ça magique et évident.
En philosophie, on me disait que la liberté, c'était en quelques sortes respecter les règles. Paradoxal ? Pas exactement. Prenez la loi de l'apesanteur : il faut la comprendre pour pouvoir la maîtriser et passer outre. Si vous voulez sauter du haut d'une tour, peut-être que vous changerez d'avis en sachant que l'apesanteur vous tuerait.
La littérature c'est d'abord un plaisir pour moi, je l'avoue. Mais ça m'apprend aussi beaucoup de choses. En littérature aussi il y a des règles. Des règles de lecture, des règles d'écriture. C'est idiot à dire mais depuis que je suis en fac de Lettres, j'ai appris à lire. A lire vraiment (lecture active). Ce que beaucoup de gens ne savent pas faire. Du coup, ça m'aide à comprendre ce que l'auteur veut vraiment me dire. Et comprendre, c'est être libre, je pense.
Maintenant, à tous ceux qui pensent que la littérature ne sert à rien : à quoi ça sert de regarder les informations à la télévision ? A quoi ça sert de peindre des tableaux ? A quoi ça sert de réussir sa vie ? A quoi ça sert d'être là, d'ailleurs ?
La littérature, ce n'est pas plus inutile qu'autre chose. Mais je pense que les littéraires auront toujours à se battre et à défendre leurs idées contre les scientifiques. C'est une lutte millénaire 😜
Au contraire il faut rétablir l'alliance littéature/sciences, telle que la vivait un Léonard de Vinci…
je suis nouveau sur ce site qui m'a vraiment intéresser :/
a mon avis la littérature nous aide a communiquer a la facon des grand savant
"Un bon poète n'est pas plus utile a l'état qu'un bon joueur de quille"
Racan
Les pages d'un livre futilement déssiné
Des taches d'encres bien définies
Ces arabesques les plus sensées
D'une inutilité dérangeante
Figent a tout jamais les intenables pensées
Immortellement dérisoires
A en apaiser le moi
Quant au surmoi outragé
Les complaisances s'y plaisent
Sans savoir vraiment pourquoi
Je ne peux m'empêcher d'écrire
Je ne peux m'empêcher de lire
Comme je ne peux empêcher ma mort
Littérature Frivole
Pour Yohan
"Un bon poète n'est pas plus utile a l'état qu'un bon joueur de quille"
Racan
Je crois que c'est plutôt à François de Malherbe (1555-1628), poète de Cour, qu'on prête ce bon mot.