L’anacoluthe

Langue française

63 réponses · Page 2 / 4

Bonjour,
Jehan a écrit :
Une anacoluthe est une figure de construction qui consiste en une rupture de la cohésion syntaxique. La phrase n'a pas la construction à laquelle on se serait attendu, mais reste compréhensible.

Ici, l'anacoluthe est la partie soulignée de cette phrase :
"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé."

La construction syntaxique normale de la partie soulignée aurait dû être en effet : "Si le nez de Cléopâtre eût été plus court…"
Je suis tombé par hasard sur votre site, et j'ai été surpris par la réponse du modérateur. Je suis d'accord avec la définition de l'anacoluthe, mais il me semble que la rupture syntaxique tient dans le fait que nous avons 2 sujets différents dans la phrase : le nez de Cléopatre et la face de la terre.
Il me semble que c'est là que se situe la rupture. Le fait que le nez se trouve avant ou après le verbe dans la 1ère syntagme, comme le propose le modérateur ne modifie rien et ne réduit pas l'anacoluthe. La phrase normale pourrait être " Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, aurait changé toute la face de la terre ." Ici je viens de supprimer l'anacoluthe.
Bonjour.

Votre manière d'effacer l'anacoluthe est certes valable (encore que vous soyez obligé de modifier la fonction de "la face du monde", qui devient COD).
"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé."

"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, aurait changé toute la face de la terre."

Mais la mienne l'est tout autant :
"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé."
Ici, comme le dit MartinP, "le nez de Cléopâtre" n'est aucunement sujet… De quel verbe serait-ce le sujet ? Cet élément n'a justement aucune fonction dans la phrase. Les sujets des deux propositions de cette phrase sont "il" et "toute la face de la terre".

"Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé."
Une subordonnée de condition avec sujet "le nez" au lieu du pronom "il". Plus aucune rupture syntaxique, plus d'élément sans fonction grammaticale. L'anacoluthe est bien réduit.
Vous avez tous les deux raison, en fait, mais vous ne vous expliquez pas de la même façon!
Bonjour à tous,

Curieux de découvrir de nouvelles figures de style, j'ai à peu près trouvé mon bonheur sur cette page :
https://www.etudes-litteraires.com/bac-francais/figures-de-style
Cependant, j'ai des questions à vous poser sur deux exemples rencontrés dans le cours. Pourriez-vous formuler l'effet produit par :

- L'hypallage dans « Phèdre mourait, Seigneur, et sa main meurtrière / Éteignait de ses yeux l’innocente lumière. » Pour cette phrase, comme l'affirmait l'auteur du cours, le lecteur se serait plutôt attendu à l'expression « la lumière de ses yeux innocents ». Mais outre cela, je ne vois rien d'intéressant à dire. D'ailleurs, je n'ai pas été très convaincu par l'explication de cet exemple : je crois qu'on parle plutôt d'une personne innocente et donc le GN "yeux innocents" me semble tout aussi 'étrange' que "l'innocente lumière" pour le sens.

- L'anacoluthe dans « Vous voulez que ce Dieu vous comble de bienfaits / Et ne l’aimer jamais ? » Quelle est la rupture produite ? L'infinitif "aimer" est bien COD du verbe "vous voulez" tout comme la complétive introduite par "que". Pourquoi ne pourrait-on pas mettre deux COD après un verbe ? À titre d'exemple, on dit bien "Je veux manger et boire". À moins que ce ne soit l'emploi d'un infinitif en COD après la complétive qui provoque une "rupture de construction" ? Enfin, quel est l'utilité de ce procédé dans cette phrase ?

Tout éclaircissement serait le bienvenu !

Merci d'avance.

HS : désolé pour la présentation des listes, je ne sais pas encore me servir du code du forum.
Bonsoir.

Pour l'exemple d'hypallage
Selon le TLf, une des définitions d'innocent est
Qui n'est pas souillé par le mal, le péché. (…)
[En parlant d'une apparence, d'une manière d'être générale] Cœur, œil, regard, visage, air innocent; âme innocente; âge innocent.
On s'attend donc davantage à voir des yeux qualifiés d'innocent qu'à voir une lumière qualifiée d'innocente… Et l'innocence paraît ainsi d'autant plus éclatante.

Pour l'exemple d'anacoluthe
Bien sûr qu'on peut mettre deux COD coordonnés après un verbe. Mais des COD de même nature. Deux GN, deux infinitifs, ou deux complétives. Mais ici, comme vous l'avez observé, on a une complétive coordonnée à un infinitif. De plus, le sujet de la complétive ( "ce Dieu") devient, sous la forme du pronom " l' ", COD de l'infinitif. La rupture de construction souligne encore davantage l'opposition entre les bienfaits dispensés par Dieu et l'absence d'amour à son égard…
Bonjour à tous et à toutes 🙂
Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,
Dans ce deuxième quintil du célèbre poème "La courbe de tes yeux" de Paul Eluard, peut-on présenter le deuxième vers en tant qu'hypallage dans le sens où "parfumés" s'associerait davantage aux "roseaux" (ou alors est-ce une simple synesthésie ?) ?
Ca m'agace d'avance, je vous remercie déjà ! ►
Bonsoir, Jérémy.

Je pencherais plutôt pour la synesthésie.
Un roseau, ça ne me semble pas spécialement parfumé…
Merci Jehan (moi j'en ai vu des parfumés ! 😉 )
(moi j'en ai vu des parfumés !)
Euh… Plutôt senti, alors.. À moins que tu ne sois synesthète ?
Cela dit, les roses sont plus souvent parfumées que les roseaux, tout de même… 🙂
Le clin d'oeil n'était pas innocent. Synesthète et j'assume ! 🙂
Quant aux roses plus parfumées que les roseaux, cela… mérite d'être pensé. ►
Je n'ai pas dit "plus" parfumées.
J'ai dit "plus souvent" parfumées…
Nuance. 🙂
L'anacoluthe de la phrase ne consiste-t-elle pas simplement en l'inversion du groupe verbale et du COD?

A savoir :

"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, {toute la face de la terre} {aurait changé}."

a été obtenu par la phrase :

"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, {aurait changé} {toute la face de la terre}."
Ou : Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, aurait changé toute la face de la terre.
Zut, je n'ai pas vu la date du message auquel je réponds!
b750 a écrit :L'anacoluthe de la phrase ne consiste-t-elle pas simplement en l'inversion du groupe verbale et du COD?

A savoir :

"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, {toute la face de la terre} {aurait changé}."

a été obtenu par la phrase :

"Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, {aurait changé} {toute la face de la terre}."
Tu évoques ici la genèse de cet anacoluthe, mais il n'en reste pas moins que "Le nez de Cléopâtre", dans la phrase de Pascal, reste sans fonction grammaticale!
L'anacoluthe en français, c'est très difficile à comprendre pour un étranger.
Quand même, je suis en train d'essayer de mon mieux.
Tous plus ou moins mortellement blessés, le premier a été tué sur le coup, le deuxième à son arrivée à l’hôpital. Caché dans un classeur, il n’a pu retrouver son dossier. Des trous dans sa culotte laissaient entrevoir une famille pauvre.
On dit qu'il y a l'anacoluthe dans ces phrases ; mais je n'arrive pas à la trouver.
Aidez-moi à la trouver, s'il vous plait.

Merci, d'avance.
L'anacoluthe n'est pas vue par tous le monde de la même façon. Il s'agit en principe de trouver une rupture syntaxique, mais tout le monde n'a pas la même conception de la syntaxe et ce qui fait rupture pour l'un ne le fait pas nécessairement pour l'autre. Pour ma part, les deux types d'anacoluthes que je suis habitué à considérer sont ceux illustrés par les exemples fameux :
« Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. »
« Et pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter. »

En gros, le début d'une phrase laisse supposer un premier sujet grammatical, la fin de la phrase a changé de sujet grammatical.

Revenons à tes exemples :
Tous plus ou moins mortellement blessés, le premier a été tué sur le coup, le deuxième à son arrivée à l’hôpital.
La première partie de la phrase laisse supposer que le sujet grammatical sera "ils". La deuxième partie montre deux autres sujets singuliers. C'est bien une anacoluthe sous ce rapport-là.

Caché dans un classeur, il n’a pu retrouver son dossier.
La première partie de la phrase laisse supposer que le sujet grammatical sera ce qui est le "caché dans le classeur", à savoir le dossier, mais celui-ci se retrouve en fait COD dans la deuxième partie, le sujet grammatical a changé et est devenu "il" (une personne). C'est vraiment le type même de l'anacoluthe, comme "Pleurés du vieillard, …"

Des trous dans sa culotte laissaient entrevoir une famille pauvre.
Là, il n'y a pas d'anacoluthe selon mes définitions, volontairement limitées à des questions de "sujet grammatical". Peut-être la rupture à observer est-elle le fait que "une famille pauvre" se rapporte non pas au sujet de la phrase "des trous dans la culotte" mais au possesseur masqué derrière le "sa" ?
En fait, cette phrase est souvent citée dans les "bêtisiers" journalistiques, par son côté un peu ridicule, sur le plan de l'image : "des trous dans sa culotte laissaient entrevoir …" Ce début de phrase pourrait laisser entendre qu'il sera suivi de "la peau sale de ses cuisses" ou "un slip en lambeaux" ou quelque chose de ce genre, c'est-à-dire un aspect physique visible à travers les trous de la culotte. Au contraire, on passe à une considération morale "une famille pauvre". Il y a donc un certaine rupture dans l'image. C'est peut-être ça qu'on a voulu qualifier d'anacoluthe ici, mais ce n'est pas à mon sens une anacoluthe grammaticale.
Cela dit, tout dépend de la définition exacte qu'on retient pour l'anacoluthe.
lamaneur a écrit :« Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé. »
C'est vraiment subtil, l'anacoluthe.
--- Ici, j'hésite entre 'subtil' et 'subtile' à cause de 'l'ancoluthe' postposé(sans hésitation)…
Donc, dans "(Le temps), s'il fait beau cet après-midi, je sortirai.", il y a une sorte d'anacoluthe.

Merci, lamaneur.
Je la comprendrai doucement et lentement …

Amicalement.
"(Le temps), s'il fait beau cet après-midi, je sortirai."

Si tu ne mets pas "le temps", il n'y a pas d'anacoluthe, parce que "s'il fait beau …" est une subordonnée, placée en tête, mais c'est une syntaxe normale.
Si tu mets "le temps", alors la phrase serait plutôt :
"Le temps, s'il est beau cet après-midi, je sortirai."
Oui, là, c'est une superbe anacoluthe.
Comme tu dis, c'est subtil, l'anacoluthe. "Subtil" s'accorde au masculin/neutre avec "c'" mis pour "ce". C'est joli, une fleur. C'est petit, ta chambre.
Grâce à ceci(cette explication) cela (l'anacoluthe) m'est devenu beaucoup plus clair.
J'aime beaucoup la manière dont tu expliques les choses ! 🙂

Merci une fois encore, et je te souhaite une très bonne soirée.
Est-il éventuellement acceptable de dire une phrase de ce genre :"La France, elle est un beau pays"?
Serait-ce par hasard une anacoluthe ou une figure de style de ce genre?
Je pose cette question car j'ai entendu ce matin un chroniqueur sur France Culture vers 7h35 qui s'est exprimé au moins 4 fois de la sorte en 3 minutes… : "Le…, il …" ou : "La…, elle…".
Il faudrait que je parvienne à faire un copié/collé de l'adresse du podcast.
Moi, je ne l'appelle pas anacoluthe mais dislocation à gauche, avec le sujet "La France" mis en prolepse.
Les définitions de l'anacoluthe diffèrent selon les auteurs. Certains y rangent la dislocation, d'autres non. Pour ma part, je trouve qu'il n'y a pas vraiment la rupture que j'attends d'une anacoluthe.