La littérature, un moyen de se sentir mieux ?

Entraide scolaire

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir, voilà, j'ai un gros problème qui me dérange vraiment.
J'ai une dissert à faire sur ce sujet: (je suis en hypokhâgne)
"La littérature est toujours, même quand les écrivains expliquent comment ils se sentent mal ou pourquoi il faut se sentir mal, une façon de se sentir mieux. Claude Roy ". Et voilà, j'ai détecté plusieurs problèmes qui me bloquent énormément.
- d'une, comment C Roy peut-il nier le chagrin ou le malheur comme toute source de littérature, puisque aller mieux signifie mieux qu'avant, cela inclue donc un mal-être antérieur ! Donc quelqu'un qui écrit et qui se sent mieux grâce à la littérature, s'est forcément sentit mal avant, donc C Roy se contredit dans sa phrase; a moins qu'il ne s'agisse pas de la genèse d'un ouvrage mais bien d'un point de vue de lecteur … Je suis complètement bloquée pour ça déjà.
-Ensuite, c'est le terme de Toujours. Pour être schématique, si la littérature était TOUJOURS un moyen de se sentir mieux, alors on donnerait à écrire ou à lire à tous les dépressifs, et tout irait mieux!
Ce que je veux dire, c'est que je ne vois pas comment ne pas envisager que la littérature n'aide pas… Bien des auteurs sont morts suicidés en dépit de leur génie!
- 3èmement, je ne sais pas du tout comment établir un plan sur ce sujet, je m'arrache les cheveux depuis plusieurs heures, & j'en ai vraiment, vraiment, vraiment marre.
Un peu d'aide me remonterait le moral.


Merci !!

Claime
Bonsoir,

Je ne suis pas sûr qu'il se contredise véritablement en disant cela… Cela reste à confirmer !

"La littérature est toujours, même quand les écrivains expliquent comment ils se sentent mal ou pourquoi il faut se sentir mal, une façon de se sentir mieux" Claude Roy.

On peut la réduire ainsi: "La littérature est toujours une façon de se sentir mieux". C'est le "toujours", n'accordant aucune contradiction, aucune modération, qui portera, je crois, à discussion et donc à dissertation ! On peut repérer certains mots-clés:

toujours = la littérature serait un moyen exclusivement tourné vers une fonction libératrice. Ce serait le rôle capital, primordial de la littérature.
se sentir mieux = accepter une réalité difficile, se libérer… C'est la fonction catharsique !

Puis la seconde partie de cette phrase: "même quand les écrivains expliquent comment ils se sentent mal ou pourquoi il faut se sentir mal". Il faut comprendre pourquoi est-ce que l'auteur fait cette précision, pourquoi il ne se contente pas de dire "la littérature est toujours une façon de se sentir mieux" ! Quelques mots-clés:

expliquent comment ils se sentent mal = Analyse introspective, se comprendre, comprendre ses douleurs pour s'en détacher. Mesure également le poids d'une souffrance qui, sous la forme d'un aveu, s'estompe après l'écriture.

pourquoi il faut se sentir mal = C'est plus complexe, plus difficile à cerner ! Le "il faut" implique une notion de contrainte extérieure, d'obligation… Peut-être veut-il souligner le poids de la conscience qui ronge une personne et qui, par la communication, se libère et libère l'individu… Comprendre le pourquoi, c'est connaître la raison de ses tords sans doute !

En gros, on te demande si la littérature est exclusivement (= toujours) l'expression des douleurs ! On pourrait formuler, à mon avis, la problématique ainsi: La littérature n'a-t-elle qu'une fonction catharsique, son seul but est-il réellement de libérer l'auteur ? Ou encore: L'auteur n'écrit-il que pour se libérer de ses maux ?

Pour le développement, il devrait en partie découler de ta problématique, si problèmes, n'hésite pas, j'essaierais de te conseiller, si j'en suis capable bien sûr 😜 !

Ce n'est qu'une opinion, attends confirmation, précisions !
Zadek
Bonsoir Claime,

Tu as raison de dissocier l'opinion du lecteur et celle de l'auteur.
Mais pour l'auteur, le fait de confier sa souffrance à la page blanche peut constituer un soulagement.
Tu sais sans doute aussi que certains auteurs (je pense notamment à Musset) ont beaucoup apprécié la veine élégiaque jusqu'à cultiver le dolorisme.
Claude Roy prétend donc que la littérature est toujours une thérapie. C'est bien là que résident les limites du sujet. Si Baudelaire a écrit "Sois sage ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille…", Mallarmé ou l'Art pour l'art ont-ils eu besoin de la poésie pour soigner un mal-être ?
d'abord merci pour tous ces détails, c'est adorable.
Mais vous pensez donc bien qu'il s'agit dans ce sujet d'une réflexion sur la fonction de l'écriture et non pas de la lecture ?
Vous pensez donc que la problématique devrait simplement s'axer sur la fonction de l'écriture ?
Je n'y avais pas pensé (honte à moi), mais le sujet ne se prononce pas dans ce domaine ! Sans doute te faudra-t-il développer les deux axes, auteur et lecteur… Une catharsis et pour l'auteur, et pour le lecteur qui, tout deux, à travers la littérature déchaînent leurs passions. Pourquoi pas !

Cordialement,
Zadek

P.-S.Je rappelle que je suis qu'en première, je n'ai pas le niveau d'hypokhâgne ! Méfiez-vous de mon jugement…
Bonjour.

Je pense qu'il faut développer les deux axes. Surtout qu'il dit "ou qu'il faut se sentir mal", ce qui implique une volonté de réaction du lecteur. De plus, il parle de la littérature, et non de l'écriture en particulier.
Ouaou, en première… Chapeau ! J'ai un peu honte du coup! haha.

Merci beaucoup, tout cela fourmille en moi, et je pense que d'ici peu, j'aurais trouvé la problématique qui est en train de se construire.
Je donne des nouvelles.
Merci 🙂
"La littérature est toujours, même quand les écrivains expliquent comment ils se sentent mal ou pourquoi il faut se sentir mal, une façon de se sentir mieux. Claude Roy ". La littérature regroupe tous les écrits considérés comme artistiques, je pense, et c'est simplement pour essayer de t'aider, car je suis loin d'être certaine de tout ce que je dit, que ici Claude Roy veut exprimer deux choses. dans un premier temps il cherche a expliquer que l'écrituer permet à l'auteur lui même d'exterioriser le mal grouillant en eux, et à essayer de l'expliquer. De cette maniere le lecteur comprend la cause d'un mal quelconque, ce qui lui permet de relativiser sur sa condition, de se remettre en question, de comparer sa condition. La littérature est un art, c'est la représentation de la beauté, une chose belle peut exprimer le mal, le bonheur, la violence…elle reste toujours un objet de jouissance. Pour moi, quand un écrivain explique comment il se sent mal, il me fait comprendre que chacun a des tourments, plus ou moins durs, et de ce fait, je me sens bien, comme en lisant les poémes de Baudelaire ( exemple le Speel, sans être originale…) que je trouve fantastiques. Et pour le " pourquoi il faut se sentir mal", les écrivains expliquent pourquoi il faut exiter le fait de se sentir mal, car même si tout va bien, il subsiste une part d'inachevé qui peut nous faire sentir mal, le fait de rechercher la faille , me semble le meilleur moyen, de se sentir mieux. Nous sommes libéré des poids enfouis en nous.
Je pense que tu peux parler d'autres formes d'art, comme la musique ou la peinture, qui peuvent trés bien exprimer le fait de se sentir mal.
Je ne sais pas si tout cela t'aidera,( je suis en premiere, mon niveau en français n'est donc pas égal au tiens, mais un avis supplémentaire peut toujours aider) j'avais simplement envie d'écrire, j'aime tellement cela. Je te souhaite bonne chance!


PS: Comme plan j'aurais fait comme Zadek. L'effet sur l'auteur et celui sur le lecteur, et peut être une troisieme ou les deux se fusionnent, il faudrait que je reflechisse plus longtemps pour trouver un plan plus pertinent.



" Doux présent du présent
Fraicheur de la nuit
Chaleur de ma vie "



Prevert
MERCI! J'espère pour vous que vous irez en prépa, parceque vous allez vous éclater sérieusement ! vous m'avez beaucoup aidée, je vous ferais part de l'aboutissement des recherches communes. N'hésitez pas à parler encore & encore.
bravo.
Bises Voici mon introduction (premier jet)


Littérature, remède ou transcription du mal-être de son auteur ? Le critique littéraire Claude Roy affirme lui que la littérature possède des vertus curatives. Pour lui, c’est « une façon de se sentir mieux », malgré l’opiniâtreté avec laquelle certains auteurs affirment qu’il « faut se sentir mal ». Le mal-être des écrivains nous est en effet bien fameux, on ne peut pas parler de littérature sans penser au lieu commun du « poète maudit », celui qui boit et qui écrit les plus beaux vers que l’Humanité ait jamais connus pour oublier qu’il est incompris. En réalité, Claude Roy concède aux auteurs la nécessité de se sentir mal, et n’y oppose pas la fin curative de la littérature. Il s’agit pour lui d’une complémentarité. Comprenons, il est évident que beaucoup d’auteurs ont écrit pour aller mieux, mais ce que Claude Roy prétend, c’est que la littérature est toujours un moyen d’aller mieux. Il semble qu’on puisse lui donner raison, puisque la fonction cathartique de la littérature est effective, même quand elle n’est pas exprimée par l’auteur. Mais que dire alors de ceux qui ne se sont jamais sentis délivrés ? Ceux qui sont morts malgré la magnificence de leurs textes ? Il faut donc considérer les propos de Claude Roy dans ce sens :
Premièrement, la littérature est toujours une manière d’extérioriser les sentiments de l’auteur, de s’en détacher, donnant naissance à du beau avec du laid, du joyeux, du triste ou de l’euphorique. Deuxièmement, s’il « faut se sentir mal », c’est alors que la raison d’être de la littérature est la frustration du poète qui se voudrait démiurge, et la « façon d’aller mieux » la tension qui existe entre l’auteur et sa quête d’idéal, ne résidant bien que dans la démarche, et non dans l’aboutissement qui demeurera impossible à atteindre. Enfin, dans littérature, il n’est pas seulement question d’écriture, mais aussi de lecture. Il semble donc que le mot « toujours » qu’utilise Claude Roy prenne de son ampleur s’il est considéré l’aide non négligeable que la littérature apporte à ses lecteurs dans la résolution de certains de leurs problèmes, notamment en apportant un outil de comparaison, et parfois même, des solutions.


😀
Bonjour,
Je trouve cette discussion très intéressante. La littérature peut être considérée comme une façon de se suicider - par exemple dans le cas de Sarah Kane ou Alexandra Pizarnik ou Artaud, mais aussi comme l'accomplissement d'une vocation et dans la mesure où il y a une véritable réalisation, cela apporte le bien de faire oeuvre - mais c'est la même chose pour la peinture, la musique etc. L'intervention de la psychanalyse "cure de mots" a brouillé les notions. Actuellement on parle d'écriture cathartique, en niant la question esthétique, des critères, en fait le but semble de vouloir remplacer ce que la tradition littéraire nous a apporté par une vague idéologie de l'écriture où cathartique perd le sens noble grec pour devenir un synonyme de thérapie - il y a même des modes d'emplois et des institutions qui enseignent des techniques, comme également l'art thérapie etc. Dans ces détournements plus ou moins honnêtes il y a la négation de ce qu'Anais Nin appelait "la réalité de l'artiste". En niant l'artiste pour en faire (seulement) un névrosé, il est clair qu'on le rend encore plus malade.
Une autre référence est ce qu'on a appelé la "critique psychanalytique", qui consiste justement à plonger dans l'inconscient textuel - si je peux me permettre l'expression.
J'espère avoir contribué au débat
Tu interviens certes cinq ans après… Mais merci de ta contribution ! 🙂
beharrebecca a écrit :La littérature peut être considérée comme une façon de se suicider - par exemple dans le cas de Sarah Kane ou Alexandra Pizarnik ou Artaud, mais aussi comme l'accomplissement d'une vocation et dans la mesure où il y a une véritable réalisation, cela apporte le bien de faire oeuvre.
Ce que vous dites m'interpelle. Je me permets de connecter votre propos à ce texte-ci :
Romain Gary a écrit :Je sentis qu'il fallait me dépêcher, qu'il me fallait en toute hâte écrire le chef-d'œuvre immortel, lequel, en faisant de moi le plus jeune Tolstoï de tous les temps, me permettrait d'apporter immédiatement à ma mère la récompense de ses peines et le couronnement de sa vie. Je m'attelai d'arrache-pied à la besogne.
[…]
Le monde s'était rétréci pour moi jusqu'à devenir une feuille de papier contre laquelle je me jetais de tout le lyrisme exaspéré de l'adolescence. Et cependant, en dépit de ces naïvetés, ce fut à cette époque que je m'éveillai entièrement à la gravité de l'enjeu et à sa nature profonde. Je fus étreint par un besoin de justice pour l'homme tout entier, quelles que fussent ses incarnations méprisables ou criminelles, qui me jeta enfin et pour la première fois au pied de mon œuvre future, et s'il est vrai que cette aspiration avait, dans ma tendresse de fils, sa racine douloureuse, tout mon être fut enserré peu à peu dans ses prolongements, jusqu'à ce que la création littéraire devînt pour moi ce qu'elle est toujours, à ses grands moments d'authenticité, une feinte pour tenter d'échapper à l'intolérable, une façon de rendre l'âme pour demeurer vivant.
Romain Gary, La Promesse de l'aube, 1960.