Bonjour, je dois faire un commentaire sur le poème "éloge et pouvoir de l'absence" de Victor Segalen (issu du recueil Stèles).
Mais je trouve le poème relativement opaque et n'arrive pas véritablement a cerner de quoi il traite. C'est pourquoi j'ai du mal a dégager mes axes.
Quelqu'un saurait il me renseigner sur qui est TSIN CHE HOUANG (lempereur de chine dont il est question)? Je n'ai trouvé que peu de choses pouvant m'éclairer…
Merci d'avance.
Voici le texte en question:
Je ne prétends point être là, ni survenir à l'improviste, ni paraître en habits et chair, ni gouverner par le poids visible de ma personne,
Ni répondre aux censeurs, de ma voix ; aux rebelles, d'un oeil implacable ; aux ministres fautifs, d'un geste qui suspendrait les têtes à mes ongles.
Je règne par l'étonnant pouvoir de l'absence. Mes deux cent soixante-dix palais tramés entre eux de galeries opaques s'emplissent seulement de mes traces alternées.
Et des musiques jouent en l'honneur de mon ombre ; des officiers saluent mon siège vide ; mes femmes apprécient mieux l'honneur des nuits où je ne daigne pas.
Égal aux Génies qu'on ne peut récuser puisqu'invisibles, — nulle arme ni poison ne saura venir où m'atteindre.
bonjour bonjour!
je suis étudiante en lettres et je peux peut être te donner un petit coup de main, pas grand chose mais ce sera un début!
je dois aussi faire un commentaire sur ce poème, j'ai une amorce de plan et je cherce aussi de l'aide pour m'aider à m'orienter pour la fin de mon devoir
alors pour l'instant j'ai trouvé:
I- le poème, objet visible
a/ la "forme stèle"
b/le verset
c/la ponctuation
II- la "présence" de l'absence
a/pouvoir
b/éloge
c/une allégorie de la mort?
pour le reste je sèche, mais j'espère t'avoir un peu aidé quand même et aussi qu'une âme charitable passera par là et nous aidera tous les deux!
Dans un commentaire, il ne faut pas étudier séparément la forme et le fond, qui sont indissociables.
Effectivement il paraît assez évident qu'il faut parler du choix d'une écriture en prose, et je pense qu'il serait plutot judicieux d'en faire mention dans l'introduction, en problématisant à ce sujet ; la poésie est traditionnellement fondée sur une forme versifiée, or là, dans ce poème, l'auteur choisit non seulement une écriture prosaïque mais de plus, pas une forme fixe (strophes).
Se pose alors la question de la reconnaissance d'une écriture poétique. Néanmoins on peut remarquer que le texte recherche tout de meme un effet poétique (il faut donc cherche qu'elle est la musicalité, par les sonorité : allitérations, assonances, puisqu'il n'y a pas de rimes).
Exemples : allitérations en "t" et "tr" : "Mes deux cent soixante-dix palais tramés entre eux de galeries opaques s'emplissent seulement de mes traces alternées". Ou encore en "p" (consonne labiale) : Je ne prétends point être là, ni survenir à l'improviste, ni paraître en habits et chair, ni gouverner par le poids visible de ma personne".
Anaphores, qui donne un rythme au texte :"Je ne prétends point être là, ni survenir à l'improviste, ni paraître en habits et chair, ni gouverner par le poids visible de ma personne, Ni répondre aux censeurs, de ma voix…"
J'aurai parlé d'une sorte de paradoxe dans le texte : on a à la fois une affirmation voire une proclamation de l'absence, avec soit du vide, donc de l'imperceptible ("mon siège vide", "les nuits où je ne daigne pas") soit les reste d'un passage ("mes traces alternées") ; et l'omniprésence d'éléments concrets, palpables, tangibles, qui semblent montrer le narrateur comme humain ("habits et chair", "poids visible de ma personne", "oeil", "ongles", ect). Pourtant, celui ci se compare à une sorte d'être divin, donc immatériel, abstrait, incorporel, si ce n'est transcendant (comparaison avec un "génie").
Ensuite, la représentation d'une société, avec des "censeurs", officiers", la polygamie ("mes femmes")…
Le narrateur bénéficie d'un statut honnorifique, dominant ("les musiques jouent en l'honneur de m..", "les officiers saluent m..", ainsi que "mes femmes apprécient mieux l'honneur des nuits") ; d'une grande richesse (mes deux cent soixantes dix palais) ; donc une indéniable puissance.
Là encore, ambiguité : une puissance, mais une faiblesse…? un effacement en tout cas. L'absence, l'immatérialité, rend invulnérable, inataquable, ce que redoute apparement le narrateur : "nulle arme ni poison ne saura venir où m'atteindre". Donc une crainte de la mort, parrallélement à une crainte de perte de pouvoir et d'autorité, peur d'être "récusé".
Une représentation du pouvoir, qui est monarchique. S'il y a des "rebelles" c'est qu'il n'y a admission d'aucune opposition au pouvoir en place ; par ailleurs le souverain excerce une autorité violente, voire cruelle, implacable, sans pitié ("un geste qui suspendrait les têtes à mes ongles").
L'empereur est absent mais il voit tout : des travers de sa société ("rebelles", "ministres fautifs"), aux célébrations de sa gloire ("des musiques jouent en l'honneur de mon ombre ; des officiers saluent mon siège vide") ; il semble être absent mais omniprésent.
Eloge de l'absence dans l'autorité, la souveraineté, le pouvoir : le règne dans l'absolu serait le règne par l'absence.
merci de ta réponse!
ça va bien m'avancer je pense.
je dissocie forme et fond car ce n'est pas un commentaire composé mais stylistique que je dois faire, je pense donc que c'est la meilleure approche…
en effet, je n'avait pas saisi toutes les allusions à une certaine société, peut-être cela pourrai être mon III, en plus ça permet de créer une ouverture sur une culture particulière!
merci encore, j'espère que ça aura aussi avancé l'autre élève en galère
Bonjour,
Il me semble que tout le poème montre comment l'absence/présence de l'empereur vise à le diviniser.
Comme un dieu, il est rendu présent par des substituts, on lui rend un culte, il est surtout différent, inaccessible…
Cette divinisation renforce son pouvoir par l'omniprésence secrète, l'impression qu'il voit tout, sait tout… Ainsi s'insinue la crainte sacrée pour une ombre surhumaine…
et que pensez-vous des "Génies"?
je ne saisis pas trop à quoi il correspondent… aux Djinn orientaux? ça me semble quand même étrange…
Cette page pourrait te donner la solution. C'est
ici.
Pour mieux connaître le premier empereur chinois, tu peux regarder
https://www.herodote.net/Qin_Shi_Huangdi_260_av_J_C_210_av_J_C_-synthese-228.php là. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il est devenu un personnage mythique. De plus il s'est fait connaître par son pouvoir tyrannique. Regarde l'exposition qui vient de lui être consacrée à Paris.
Effectivement il paraît assez évident qu'il faut parler du choix d'une écriture en prose, et je pense qu'il serait plutot judicieux d'en faire mention dans l'introduction, en problématisant à ce sujet ; la poésie est traditionnellement fondée sur une forme versifiée, or là, dans ce poème, l'auteur choisit non seulement une écriture prosaïque mais de plus, pas une forme fixe (strophes).
Attention, ce n'est pas de la prose, ce sont des versets: le verset peut-être considéré comme un vers libre, c'est-à-dire un vers sans métrique définie ; toutefois, le retour à la ligne, usage poétique s'il en fut, est pratiqué de manière non-arbitraire : le blanc du texte définit un sens particulier, ainsi qu'un souffle, un rythme du texte.
Merci pour vos réponses et suggestions.
Moi j'avais pensé parler des duos abstrait et concret, absence et présence.
J'avais aussi pensé faire une partie sur l'absence comme une puissance (l'absence conférent un statut indétronable au pouvoir).
Pour cela je pensais étudier les champs lexicaux et montrer que le pouvoir est présent par toutes les évocations d'un grand respect.
Et je pensais également, pour parler de l'éloge, souligner le fait que l'empereur a ici un statut quasi divin.
Je ne me suis pas encore organisée sous forme de plan, mais ces pistes vous semblent elles convenir?
En tout cas, merci pour votre aide.