Voltaire et la tolérance

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je pose cette question par curiosité et j'en appelle à ceux qui ont une connaissance bien établie de la biographie de Voltaire. Dans ses œuvres, il veut montrer souvent qu'il va au-delà des préjugés et de la conception de l'homme dans son ensemble et non dans son individualité.

Passons, dans l'article « Tolérance » du "Dictionnaire philosophique", il dit : « C'est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre.

Je m'interroge sur la position de Voltaire, s'il a modéré cette opinion. Dans le cas contraire, je suis déçu du fait que Voltaire soit synonyme de tolérance, car ces propos citées sont d'une bassesse et d'un manque de convenance décapants.

Merci d'éclairer ma lanterne pour ceux qui connaissent des détails de cette étrange haine… Avis aux connaisseurs.

Cordialement vôtre.
Oui, certes, Voltaire n'est pas si tolérant que ça et ses propos infâmes ne visent pas seulement les Juifs.Il lui arrive aussi de traiter de la même manière d'autres nations ou religions.
La tolérance était une grande idée des Lumières et Voltaire ne pouvait faire autrement que de s'en emparer même si son autorité intellectuelle n'était plus à prouver.
Il a aussi combattu l'esclavage qu'il a dénoncé de manière virulente dans l'extrait de Candide "le Nègre de Surinam" et pourtant, un éminent spécialiste de Voltaire a révélé depuis peu que Voltaire aurait participé au commerce des esclaves car cela se faisait et que ça rapportait!
Ne nous offensons pas de cela, le grand Victor Hugo a aussi tenu des discours colonialistes à couper le souffle et très éloignés de ses thèses dans les Misérables ou contre la peine de mort.
N'oublions pas que ces deux hommes cherchaient la gloire et espéraient bien passer à la postérité et que leur nom soit à jamais associé à la nation française.
Mais doit-on s'offusquer d'une telle duplicité alors qu'elle est l'apanage de l'homme en général,inconstant, xénophobe, misanthrope et toujours désireux de se faire bien voir?Pourquoi un Voltaire ou un Hugo serait à l'abri de ce genre de dérives?
Ceci dit, mieux vaut parfois ne pas trop chercher car chaque auteur a ses travers et j'en connais plus d'un qui vivent aujourd'hui qui n'auraient pa réfuté les propos qui vous ont choqué!
Bonne lecture, malgré tout!
Non, Voltaire n'était pas si tolérant que le disent les textes. En effet, Voltaire avait des parts dans la Compagnie des Indes (commerce triangulaire). Cependant, Voltaire apparaît comme un grand défenseur de la liberté pour le XVIIIe, au sein d'une société tout à fait sclérosée par les préjugés, qu'ils soient de races, de valeurs, de sexe… Il faut toujours replacer les écrits dans leur contexte historique; alors à nos yeux il n'est pas le grand Tolérant, mais pour l'époque c'était un gigantesque pas en avant.
Je croyais moi-même qu'Hugo était l'homme le mieux pensant au monde… je veux dire: bon, bienveillant, égal pour tous.
Mais ce sont là des clichés dont il faut tôt ou tard se débarrasser: si un tel écrivain existait il faudrait encore qu'il fût bien talentueux pour rencontrer, au delà de notre approbation, le sentiment admiratif qui nous fait dire "c'est un auteur génial".
Je suppose que le problème vient de notre éducation littéraire: on a trop idéalisé les écrivains, on nous a servi une culture pasteurisée, et devant la réalité, nous sommes un peu embarrassés, mal à l'aise.
Si on aime vraiment les livres, on doit abandonner l'illusion d'une identification totale entre l'auteur et une cause. Il y a toujours des points où ça n'accroche pas. Il vaut mieux avoir une approche plus sélective: on trie chez un écrivain les idées justes et les idées fausses ou les préjugés.
Voltaire a écrit des pages parfaitement ignobles, sur les juifs notamment, qui lui vaudraient la correctionnelle de nos jours. Il a été par ses idées l'un des initiateurs de la Révolution, et on l'encense à ce titre, mais c'est bien Louis XVI, qui, un soir de chasse tardive, ayant croisé un cortège funéraire juif, s'étant enquis du pourquoi de cet enterrement nocturne en catimini, et s'étant entendu répondre que c'était la loi du royaume sur les juifs qui le voulait ainsi, ordonna peu après l'abolition de cette législation dégradante.

Par bien d'autres points encore Voltaire était un personnage peu recommandable.
C'est lui qui a dit Le peuple n'a pas besoin d'être instruit, il a seulement besoin d'être guidé. Ben voyons…

Rendons-lui cette justice que l'affaire Calas, celle du chevalier de La Barre, etc., sont à son honneur. Et son style est divin…
Certes son style est divin, mais ses thèses défendues sont parfois très contestables en même temps que le personnage; en témoigne sa persécution puérile de Rousseau (jalousie?) et son ambivalence.
Sinon, je vous accorde à tous que la façon dont on idéalise tous les écrivains dits classiques et chez qui l'on ignore le rebut est assez problématique.
@Malk92
Et si on inversait la thèse? Dès que j'ouvre son livre sur les spectacles, je me sens moi-même harcelé par sa prose de censeur indigné, de zélateur patriotique. Aussi, est-ce bien Rousseau qui est persécuté? Et quand même cela serait, ne l'a-t-il pas cherché? Je m'excuse d'avance si cet argument populiste peut sembler sordide, mais Rousseau ressemble un peu trop à mon goût à l'enquiquineur qui se plaint d'être raillé ou poursuivi après avoir bavassé sur tous les sujets où il pouvait imposer son austère rigueur. Ne méritait-il pas au moins, de la part de Voltaire, l'indifférence qu'adresse l'hédoniste au puritain, le libertin au dogmatique?

Il n'y a pas de méchants ici, mais un antagonisme qui excède largement la petite querelle entre deux hommes du XVIIIème : Voltaire a écrit Le mondain, où il célèbre, entre autres, les arts, les lettres, la prospérité, le confort, voire une certaine mollesse. Rousseau, en comparaison, fait office de spartiate rigide et sévère. Il se réfère d'ailleurs ouvertement à l'antique ville de Sparte, dont il vante la retenue et la virilité quand Athènes, au même moment, s'abandonnait aux plaisirs. Voltaire veut établir un théâtre à Genève, Rousseau écrit un réquisitoire contre l'ouverture de ce type d'établissement et contre le théâtre lui-même, vecteur de corruption des bonnes mœurs; cependant, il présente plein d'indulgence pour l'alcool et les divertissements plus grossiers, plus mâles. C'est qu'il a pour idéal une vie rustique, laborieuse et zélée. Voltaire, qui reçoit un exemplaire de la lettre sur les spectacles, ne se soucie guère de répondre - il sait qu'il n'y a rien à répondre à cela-, il se contente de hausser les épaules: Rousseau critique les théâtres? Moi, j'en bâtis un. Réponse à la question de droit par la preuve du fait. Mépris de la philosophie au profit de l'action. Il est probable qu'un homme si droit et si grave en ait gardé une rancœur, car Rousseau - ce fut je crois sa faille - ne pouvait vivre dans l'indifférence d'un grand esprit. C'était un narcissique, il avait besoin qu'on approuve ses thèses, sans quoi il se sentait seul au monde, ignoré de tous. Le silence de Voltaire l'a peut-être, dans un premier temps, rassuré - car la querelle n'aurait pas eu d'issue - mais je suppose aussi que le fossé moral qui le séparait de son brillant et désinvolte rival l'angoissait, l'énervait, le mettait en rage. Il faut bien comprendre que ces deux hommes s'opposaient en tout, et cela n'est vivable que pour autant qu'on reste à distance respectueuse: le premier mouvement de Voltaire a été cet éloignement, interprété à juste titre comme un mépris. C'est Rousseau qui a haï Voltaire le premier. C'est la haine qui a opposé ses armes frénétiques, compulsives, obsessionnelles, paranoïaques à l'indifférence, la désinvolture et le persiflage joyeux. Et je comprends que Voltaire se fût senti irrité de l'influence morale qu'exerçait de plus en plus Rousseau, imprégnant les esprits de sa rigueur républicaine et contemptrice des arts.
Quand on regarde le traité de la tolérance, il s'agit moins de défendre l'idée de tolérance, que d'expliquer pourquoi le judaïsme et le christianisme sont intolérants et criminels. Il s'agit donc d'un pamphlet anti religieux. Voltaire n'a pas fait progresser l'idée de tolérance, elle avait très bien été définie et établie avant lui; on lui doit surtout une férocité critique envers la religion, qui a fait du bien à l'époque où il fallait affronter la puissance du clergé.
Il reste que les écrits de Voltaire ont nourri, par des arguments objectivement débiles, que je qualifierai de purements "sentimentaux", la colossale vague d'athéisme fanatique et persécuteur (pour le coup…) qui se déchaînera après 1789. Et c'est un des pères fondateurs de la haine antijuive moderne. Mais les révolutionnaires et leurs successeurs n'ont conservé de ses écrits que ce qui servait leur cause, passant sous silence tout le reste. Comme quelqu'un vient de le dire, ce type d'écrits vaudrait actuellement, sans l'ombre d'un doute, de lourdes condamnations pénales à leur auteur. Certains passages sont nauséeux et puants, rigoureusement indéfendables, je les mets sur le même plan que les thèses des négationnistes. Dans leur fond ils sont même bien pires, car ils incitent à la haine.
Noël a écrit :Il reste que les écrits de Voltaire ont nourri, par des arguments objectivement débiles, que je qualifierai de purements "sentimentaux", la colossale vague d'athéisme fanatique et persécuteur (pour le coup…) qui se déchaînera après 1789.
L'athéisme post-révolutionnaire fut à l'image de ce qu'avait été la religion anté-révolutionnaire : un fanatisme qui a fait des milliers de morts (et je crois bien que l'athéisme fut moins meurtrier). Cependant, croire que Voltaire était un athée pur et dur révèle le manque de connaissance de son œuvre, notamment ses écrits de fin de vie (Tout en Dieu, Il faut prendre un parti, Dieu et les Lettres de Memnius à Cicéron).
Comme quelqu'un vient de le dire, ce type d'écrits vaudrait actuellement, sans l'ombre d'un doute, de lourdes condamnations pénales à leur auteur. Certains passages sont nauséeux et puants, rigoureusement indéfendables, je les mets sur le même plan que les thèses des négationnistes.
Il faut, en littérature, remettre les écrits dans leur contexte. On ne peut pas dire : "aujourd'hui, on condamnerait…" car les idées ont changé. Il faudrait donc censurer les Tragiques d'Agrippa d'Aubigné, les poèmes anti-protestants de Ronsard, tous les textes qui prétendaient démontrer l'infériorité des "nègres"…
Il faudrait donc censurer les Tragiques d'Agrippa d'Aubigné, les poèmes anti-protestants de Ronsard, tous les textes qui prétendaient démontrer l'infériorité des "nègres"…
Tu ne crois pas si bien dire. Récemment la HALDE a fait un rapport sur l'image qui était donnée des minorités et des handicapés dans les manuels scolaires. Cette haute autorité signalait que les pays en voie de développement n'étaient considérés le plus souvent qu'en raison de leur pauvreté, que les infirmières étaient des femmes, les docteurs des hommes etc.
Et notamment, ils on considéré que le poème de Ronsard, Mignonne allons voir donnait une image, somme toute négative, des seniors.
Ne parlons pas de la Halde… :mad: Ils sont absurdes, ils s'indignent parce que les manuels scolaires représentent des familles uniquement hétérosexuels… Au risque de paraître homophobe, c'est la normalité qui veut cela. A un enfant, tu représentes un homme et une femme… Papa ou Maman. Les conséquences dans le cas inverse serait bien plus fâcheuses pour un enfant que dans le cas présent.

Bref, ce n'est pas le sujet, sinon je ne suis pas tellement d'accord quand un membre dit que Voltaire croit en Dieu, du fait qu'il en (ou lui) parle ne signifie pas qu'il a fait la réflexion qui mène à la croyance en Dieu. Il s'agit là plus d'un symbole.
Malk92 a écrit :Bref, ce n'est pas le sujet, sinon je ne suis pas tellement d'accord quand un membre dit que Voltaire croit en Dieu, du fait qu'il en (ou lui) parle ne signifie pas qu'il a fait la réflexion qui mène à la croyance en Dieu. Il s'agit là plus d'un symbole.
Je ne sais pas si vous parlez de moi, mais je n'ai jamais dit que Voltaire crut en Dieu à la fin de sa vie. Je voulais juste dire qu'il n'a pas toujours été athée, et qu'il a évolué vers un déisme assez particulier, puisqu'il pensait à la fin de sa vie que l'athéisme pur et dur amènerait forcément à l'anarchie, ce que ne voulais pas Voltaire, qui plaidait pour une monarchie "intelligente". On peut consulter à ce propos la thèse d'un de mes professeurs, François Bessire, La Religion dans la correspondance de Voltaire.
Voltaire a toujours pensé qu'il existait un Dieu, grand artisan du monde, ou plutôt grand horloger, mais que les cultes rendus par les religions, étaient de grotesques superstitions. Il n'était ni pieux, ni athée.
Le déisme de Voltaire était une idéologie de lâche, du bon propriétaire bourgeois qu'il était se vautrant dans le confort.
Malk92 a écrit :« C'est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre.
Je m'étonne que ces lignes de Voltaire, et les nombreuses autres de la même farine, soient encore publiables en toute liberté. Peut-être parce que Voltaire est le pilier idéologique de la République ? Imaginez les ravages que ces textes, parés du prestige attaché au nom de Voltaire, pourraient faire dans nos banlieues, où la violence antisémite est déjà quotidienne. « C’est vrai, quoi, m’sieur l’juge, Voltaire a dit que ce sont des vermine, on l’a vu à l’école ! » Avez-vous songé à l’usage que pourraient en faire des esprits malveillants ?
Lucretius a écrit :Voltaire a toujours pensé qu'il existait un Dieu, grand artisan du monde, ou plutôt grand horloger, mais que les cultes rendus par les religions, étaient de grotesques superstitions. Il n'était ni pieux, ni athée.
Voltaire, de même que Rousseau et Hugo croient en Dieu, ce qui ne les empêche pas de s'attaquer aux religions et à leurs ravages immémoriaux (qui peut se vanter d'avoir fait autant de morts que la religion (quelle qu'elle soit)? Il n'est pas incompatible de croire en un créateur et de rejeter en bloc les récupérations, les tirages de couverture qu'en ont fait et qu'en font toujours les exégètes et autres extrémistes de tout poil (pour servir leurs intérêts plus que pour les idées). En cela, je suis tout à fait d'accord avec Lucretius.

Hugo (sur son lit de mort) : Je refuse l'oraison de toutes les Eglises, je crois en Dieu.
Imaginez les ravages que ces textes, parés du prestige attaché au nom de Voltaire, pourraient faire dans nos banlieues, où la violence antisémite est déjà quotidienne. « C’est vrai, quoi, m’sieur l’juge, Voltaire a dit que ce sont des vermine, on l’a vu à l’école ! » Avez-vous songé à l’usage que pourraient en faire des esprits malveillants ?

On pourra rétorquer je suppose, que ni les lois, ni les mentalités n'étaient les mêmes du temps de Voltaire. Le fait est qu'il a été censuré, non comme nous le ferions de nos jours au nom de la lutte contre les discriminations, mais au nom de la piété. Aujourd'hui, tous les textes de l'époque, et pas seulement ceux qui sont devenus de grandes références, donnent un aperçu des idées de l'époque, et à ce titre, leur publication est importante pour suivre l'histoire des mentalités, ne serait ce que pour en condamner certains aspects, et pour ne pas retourner dans les mêmes erreurs.
Noël a écrit :Peut-être parce que Voltaire est le pilier idéologique de la République ?
Mais Voltaire n'était pas républicain!!!! Ce sont des idioties. Citez-moi un texte, un seul, où Voltaire veut détruire la monarchie, et nous reparlerons. Voltaire n'a jamais voulu donner de pouvoir au peuple, qu'il trouvait trop sot pour savoir ce qui était bon pour lui; celui-ci devait être "guidé". Si pour vous, c'est cela la république… Au contraire, un auteur comme Sade était, lui, réellement républicain (cf. Français, encore un effort si vous voulez être républicains).
Mais je voulais dire, bien entendu, que Voltaire et les "Lumières" sont, et je le maintiens, le pilier idéologique de notre république. Nos gouvernants ont d'ailleurs fait mentionner les Lumières dans le projet de constitution européenne. Soutenir que l'idéologie Voltairienne n'a pas inspiré les idéologues républicains est une ânerie crasse, que Voltaire ait été républicain ou non, là n'est pas la question.