Concernant "il est probable", J. Cellard (dans son ouvrage sur le subjonctif) fait même descendre l'emploi de l'indicatif jusqu'à "assez probable", y compris. Ainsi le passage de l'indicatif au subjonctif se ferait-il entre assez probable et peu probable.
Il est assez probable que M. N… nous répondra dans les jours qui viennent.
Il est peu probable que M. N… nous réponde dans les jours qui viennent.
L'emploi du subjonctif est commandé, pour une part non négligeable, par notre instinct de la langue et pour, l'autre part, par des règles…
Bonjour,
Merci Jehan et Roméo pour vos réponses.
Pour essayer de résumer et d’y voir plus clair, je repars de mon premier message :
Au départ je pensais que le subjonctif se mettait quand l’évènement décrit par la subordonnée relative était virtuel.
- Je veux que tu viennes -- « tu viennes » est virtuel, il n’existe que dans ma volonté, et si cela se réalise, ce sera dans le futur.
Sur la base de vos réponses, et après avoir lu toutes les pages de cette discussion, j’ai l’impression que ce critère de virtualité peut être retenu, mais doit être élargi.
La virtualité permet d’expliquer l’emploi du subjonctif pour :
- les verbes tels que « vouloir » :
Je veux que tu viennes – on met « tu viennes » au subjonctif car c’est potentiel
- les prépositions de temps telle que « Avant que », « Jusqu’à ce que «
Je vais ranger les outils avant qu’il ne fasse nuit – on met du subjonctif car ce n’est pas réel à ce moment
Par contre : après que + indicatif, car l’évènement de la subordonnée est dans le passé, donc déjà réalisé, connu.
- le but : pour que, afin que …
Je dois l’aider pour qu’il réussisse – subjonctif car c'est potentiel, dans le futur, éventuellement.Par contre : Parce que + indicatif, car une cause est nécessairement dans le passé par rapport à sa conséquence.
- La négation pour les verbes tels que « Penser »
Je pense qu’elle est jolie
Je ne pense pas qu’elle soit jolie
- les propositions relatives, quand le verbe est du type de « vouloir »:
J’ai besoin d’un pull qui me tienne bien chaud – on ne sait pas si ce pull existe ou, en tout cas, on ne parle d’un pull en particulier, pas d’un pull réel pour le moment
Par contre : je vois un pull qui me tiendra chaud – le pull est là, réel
Puis, en élargissant, on peut également expliquer :
- la probabilité : plus le fait est probable, plus il devient « réel » -- on passe du subjonctif à l’indicatif.
Je doute qu’il vienne
Il est peu probable qu’il vienne
Il est assez probable qu’il viendra
Je suis sûr qu’il viendra --- ce n’est pas vraiment « réel » mais ça l’est pour nous, dans notre jugement
Il semble qu’elle soit là / IL me semble qu’elle et là. (L’emploi du pronom « me » rend le jugement un peu plus solide, à mon sens)
- la cause inopérante, dont parlait Jehan :
Il va travailler bien qu'il soit malade
« »Il est malade » est réel, mais inopérant. La réalité du fait est nié (Il va travailler quand même) donc le fait « il est malade » est, en quelque sorte, virtuel.
Il reste un cas (mais sans doute y en a-t-il d’autres) que je n’arrive pas à faire « rentrer » dans cette logique de la virtualité, c’est celui des verbes de jugement qualitatifs :
- Je suis content que tu sois là
- Je trouve bizarre qu’elle ait dit cela.
Jehan vous m’avez répondu sur ce cas, suite à mon premier message, en me disant : « Le subjonctif s'utilise quand l’interprétation que l’on fait de l’action, le point de vue, que l’on a sur elle, passe avant le constat pur de l’action »
A ce stade, je me pose les questions suivantes :
- Voyez-vous d’autres cas qui, comme les verbes de jugements qualitatifs, ne rentre pas dans l’explication par la virtualité ?
- Si non, est ce que ce cas des verbes qualitatifs, pourrait, peut-être en élargissant encore, intégrer la logique de virtualité ? (Car ce serait tout de même étonnant que, parmi tous les emplois du subjonctif, un seul cas soit tellement à part)
- Si non (si on ne peut pas expliquer ce cas par la virtualité) y ‘aurait (il deux logiques ?
- Ou bien : la logique de virtualité pourrait-elle être vue comme une sous-logique, incluse dans la définition que vous donniez Jehan, en parlant d’interprétation passant avant le constat de l’action. C’est d’ailleurs ce que vous suggériez, je crois, puisque vous avez commencé cette définition par « De manière générale, … ».
Mais alors, je ne vois pas très bien en quoi tous les cas listés ci-dessus peuvent s’expliquer par cette définition (par exemple : je l’aide pour qu’il réussisse », en quoi y a-t-il une interprétation passant avant le constat de l’action ?).
Merci encore pour vos réponses,
Cordialement,
Daniel
Par contre : après que + indicatif, car l’évènement de la subordonnée est dans le passé, donc déjà réalisé, connu.
je ne sais ce que diront les pro mais ce point me semble discutable.
"
Je vais ranger les outils après qu’il sera parti" ne me heurte pas, mais "
Je vais ranger les outils après qu’il soit parti" me semble également recevable.
Paulang, effectivement, quoi qu'on en dise, l'emploi du subjonctif me semble parfois pouvoir se défendre après
après que.
Voir ce que j'en écrivais sur ce forum, il y a six ans (message 22) :
https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/1954-apres-que-indicatif-ou-subjonctif-p3.htmlDaniel750 a écrit :Mais alors, je ne vois pas très bien en quoi tous les cas listés ci-dessus peuvent s’expliquer par cette définition (par exemple : je l’aide pour qu’il réussisse », en quoi y a-t-il une interprétation passant avant le constat de l’action ?).
Eh bien, on ne peut vraiment pas dire que l'on constate effectivement la réussite.
L'action de réussir reste purement virtuelle, je ne fais que l'envisager.
Cela dit, ma définition "
interprétation passant avant le constat de l'action" ne s'applique qu'aux cas où l'action est effective et constatable.
Dans les autres cas, on dira que l'action est simplement
envisagée par l'esprit, purement virtuelle et non constatée.
L'indicatif est recommandé par les grammairiens prescriptifs mais c'est une fait de langue que le subjonctif est largement répandu aujourd'hui au point de sembler la norme, quelles qu'en soient les causes (influence de "avant que" + subj.). C'est cependant un des rares points où les injonctions répétées de grammairiens me semblent avoir un certain effet, en tout cas sur la langue écrite : je trouve qu'on rencontre plus fréquemment l'indicatif qu'il y a une quarantaine d'années, mais ce n'est qu'une impression qui demanderait à être prouvée par une étude sur pièces.
Cette résistance de dernière minute de l'indicatif contre la progression fulgurante du subjonctif au XXe siècle semble se lire dans le graphique suivant :
[lien invalide]430625Capture.png][lien invalide]/430625Capture.png[/img][/url]
https://books.google.com/ngrams/graph?content=apr%C3%A8s+qu%27il+ait%2Capr%C3%A8s+qu%27il+a&year_start=1800&year_end=2009&corpus=7&smoothing=3&share=&direct_url=t1%3B%2Capr%C3%A8s%20qu%20%27%20il%20ait%3B%2Cc0%3B.t1%3B%2Capr%C3%A8s%20qu%20%27%20il%20a%3B%2Cc0salut tout le monde…
Ma question est la suivante: Comment et ou doit-on utiliser le mode subjonctif?
J'ai essayé d'avoir une réponse en cherchant dans plusieurs sites mais c'était souvent hyper compliquée.
Votre aide sera apprécié 🙂))
Bonsoir.
Il est vraiment difficile de te donner une réponse simple et générale.
L'emploi du subjonctif est assez complexe.
Tu n'as pas de question plus précise à ce sujet (une phrase ou un exercice qui te pose problème, par exemple) ?
Hippocampe a écrit :C'est normal que tu ne l'aies pas trouvé.
D'où vient le fait qu'on utilise le subjonctif ?
C'est normal exprime un jugement, d'où le subjonctif.
Vraiment?
Pourtant dans la phrase suivante j'exprime un jugement: "Pour moi, il est évident que c'est un idiot". Pourquoi l'indicatif alors? A cause du caractère impérieux?
Bon, on s'éloigne un peu du sujet…
Pas un jugement, mais une certitude.
Oui… Souligner une évidence s'énonce comme une certitude, dire qu'une chose est normale est un jugement, un point de vue, une appréciation.
Où pourrait-on trouver la liste des situations qui appellent le subjonctif ?
Je connais l’interrogation, la négation, mais est-ce systématique, d'ailleurs ?
Bonjour,
après avoir consulté les quelques messages du forum sur le plus que parfait du subjonctif ainsi que le Grevisse,
pouvez-vous m'aider à bien comprendre la concordance des temps avec le plus que parfait du subjonctif ? à l'avance merci à tous:
Je connais les valeurs de base de ce mode mais j'ai des difficultés à former des phrases complexes avec de bonnes concordances de temps. Le Grevisse ne précise pas de quels temps du passé de l'indicatif il s'agit dans la proposition principale (en dehors de l'imparfait et du passé simple [p 1309 - 868]
Peut-on employer à l'actif et au passif dans la principale tous les temps du passé de l'indicatif ? c'est à dire l'imparfait, le passé simple, le passé composé, le plus-que-parfait mais aussi le passé antérieure et le futur antérieur ? bien sûr dans ce cas la principale serait formée avec des verbes de sentiment, de regret, de doute, de crainte ….
par exemple:
Je craignais qu'elle ne fût pas revenue avant mon départ
imparfait
J'ai craint qu'elle ne fût pas revenue avant mon départ
passé composé
Je craignis qu'elle ne fût pas revenue avant mon départ
passé simple
J'avais craint qu'elle ne fût pas revenue avant mon départ
plus que parfait
J'eus craint qu'elle ne fût pas revenue avant mon départ
passé antérieur
J'aurai craint qu'elle ne fût pas revenue avant mon départ
futur antérieur
À part la dernière phrase qui ne me convainc que moyennement, les autres sont correctes.
Après le futur antérieur, j'aurais plutôt utilisé un subjonctif passé…
Le futur antérieur n'est pas un temps du passé. Confusion avec le conditionnel passé ?
J'eus craint qu'elle ne fût pas revenue avant mon départ
Le passé antérieur dans la principale ne me convainc que moyennement.
Mis à part son emploi particulier pour exprimer la rapidité d'une action ponctuelle
(Et le drôle eut lapé le tout en un moment), le passé antérieur s'utilise en corrélation avec un autre verbe au passé simple pour exprimer une action antérieure. Ce qui n'est pas le cas ici.
J'aurais plutôt vu ici un plus-que-parfait du subjonctif (en emploi "conditionnel passé 2e forme") :
J'eusse craint qu'elle ne fût pas revenue avant mon départ.
Le passé antérieur est rare, encore plus dans une principale, mais pas impossible. Il y a alors un adverbe qui précise l'antériorité avec une action non exprimée : J'eus craint bientôt que…
Quel est le plus rare, le passé antérieur ou le plus-que-parfait du subjonctif ? Beaucoup de recherche pour pas grand chose…
Tout à fait d'accord : la première phrase proposée aurait été nettement plus convaincante avec "bientôt".
Cela dit, plus qu'une antériorité, ce passé antérieur-là exprime alors l'aspect accompli, comme si l'action était déjà achevée au moment même où elle a eu lieu : d'où l'expression de la rapidité.