Dans la première phrase,
que prend la place de
jusqu'à ce que, qui
exige le subjonctif. Donc, rien d'étonnant.
Dans la seconde, le deuxième
si introduit une coordination de deux conditions :
s'il avait été moins tard et que j'aie eu le temps. Quand on utilise
que pour reprendre la conjonction
si, dans une langue recherchée on utilise le subjonctif. (Voir le fil
Reprise d'une conjonction de subordination par que.) Dans cette phrase-ci, l'auteur aurait même pu utiliser le plus-que-parfait du subjonctif, pour le faire correspondre au plus-que-parfait
avait été.
… ou s’il avait été moins tard et que j’eusse eu le temps d’aller et de revenir.
L'utilisation du subjonctif passé au lieu du plus-que-parfait est aussi tout à fait normal de nos jours.
De "Les Misérables":
Une fois Cosette couchée, Jean Valjean et Fauchelevent avaient, comme on l'a vu, soupé d'un verre de vin et d'un morceau de fromage devant un bon fagot flambant; puis, le seul lit qu'il y eût dans la baraque étant occupé par Cosette, ils s'étaient jetés chacun sur une botte de paille.
C'était vraiment le seul lit qu'il y avait dans cette baraque (on le sait parce que Hugo, à ce point du récit, a déjà fait une description de la baraque; les personnes concerncées le savent également; point de doutes là-dessus). Je peux seulement m'expliquer que Hugo a laissé ouvert l'espace pour un point d'appréciation ici - parce que, quand même, Valjean et Fauchelevent se sont bel et bien couchés, même s'il n'y avait pas de lits, mais il y avait des bottes de paille qui ont servi de lits, qui étaient donc un peu comme un lit, donc c'est un point d'appréciation si on veut appeler ça un lit, une botte de paille - alors, c'est pourquoi ce n'est pas tout à fait sûr que ce fût le seul lit qu'il eût dans la baraque, le lit sur lequel Cosette s'est couché. C'est pourquoi c'est une appréciation personelle si on dit: le seul lit qu'il y êut dans la baraque; c'est pourquoi Hugo a employé le subjonctif ici.
Voilà la seule explication qui me vient à la tête (et qui ne me vienne pas, parce que c'est vraiment la seule). J'ai de doutes sur sa justesse. Dans tout cas, je ne doute pas que vous aurez des meilleures.
Le subjonctif est de règle dans les subordonnées relatives suivant un superlatif (C'est le plus beau livre qui soit… C'est le meilleur écrivain que je connaisse…) ou des expressions comme C'est le premier qui … le seul qui… le dernier qui… La grammaire Riegel écrit à propos de cet emploi: "Le subjonctif met l'accent sur le jeu des possibles et sur la sélection qui s'opère." Jeu des possibles évoqué par la relative au subjonctif, sélection restrictive exprimée par l'antécédent.
Le texte de Hugo étant au passé, la relative est au subjonctif imparfait.
Donc, toi-même, tu dois écrire :
Voilà la seule explication qui me vienne en tête.
Il ne t'est venu qu'une explication. Il aurait pu te venir bien d'autres explications, et qui sont demeurées virtuelles . Jeu des possibles : subjonctif.
Une grammaire de cette époque-là, celle de
Girault-Duvivier, me suggère une autre interprétation:
On met le verbe de la proposition subordonée au subjonctif … lorsque le pronom relatif correspond à l'un des adjectifs nul, aucun, premier, second, troisième, dernier, etc.; ou encore lorsqu'il se rapporte à quelque substantif ou adverbe qui a un sens negatif, tels que personne, peu, guère, rien, aucun, seul, dont, etc., etc.
En y prenant
seul avec un sens négatif, le sens de la phrase serait :
Il n'y avait pas de lit qu'ils pussent utiliser, Cosette en ayant pris le seul.Non, pas d'autre lit qu'ils pussent utiliser. Toutefois, "le seul" n'a pas en lui-même un sens négatif, mais un sens restrictif, et c'est ce sens qui annihile l'existence d'autres lits virtuellement possibles. C'est ce que je dis pour ma part en citant Riegel.
Au fait, je ne savais pas que "dont" était un adverbe ou un substantif, et de surcroît à sens négatif.
Curieuse, cette grammaire Girault-Duvivier… Une grammaire de pur constat formel pour le cas qui nous occupe, ne fournissant aucune justification réelle de l'emploi du subjonctif dans ce type de tournures.
Jehan a écrit :
Donc, toi-même, tu dois écrire :
Voilà la seule explication qui me vienne en tête.
Il ne t'est venu qu'une explication. Il aurait pu te venir bien d'autres explications, et qui sont demeurées virtuelles . Jeu des possibles : subjonctif.
Merci, Jehan.
Le subjonctif dans cette phrase…. d'autant plus que j'ai ajouté: "je ne doute pas que vous aurez des meilleures explications", donc j'ai effectivement envisagé l'existence d'autres explications, demeurées pour moi, pourtant, virtuelles.
Alors, même si, dans les phrases de ce tournure, le subjonctif est de règle.. en outre-passant la règle, pour exprimer une certitude absolue quant à l'inexistence d'autres explications (même si, dans ce cas, certitude effectivement erronée), n'aurais-je pu écrire: "C'est la seule explication qui me vient en tête et c'est absolument certain que c'est la seule explication qu'il y a. Point de doute possible là-dessus. Il n'y a pas d'autre explication." [?]
Avec un tel énoncé, je m'acharne contre le jeu de possibles et contre la possibilité même d'autres explications virtuelles. Pour renforcer encore cette intention, j'omets le subjonctif qui serait de règle: je vais au delà la règle en faveur de mon intention. Est-ce que ce serait possible?
Alors, on pourrait toujours dire qu'il y a appréciation personnelle ici, parce que je trouve quelque chose "absolument certain" - mais, d'ailleurs, si je trouve qc. (ou pense etc.), je ne mets le subjonctif non plus, parce que mon opinion à moi n'est pas douteux pour moi (sinon, je ne la tenais pas).
Oui, l'indicatif est permis quand on veut vraiment présenter la chose comme un pur constat, sans référence à d'autres possibilités…
Exemple de Riegel : C'est la seule chambre qui est libre.
Mais il est la plupart du temps moins adéquat, comme le précise également Riegel.
Pourquoi le subjonctif dans cette phrase alors que nous viendrons demain n'exprime pas le doute ?
Nous viendrons demain que vous soyez là ou non.
merci
En l'occurrence, c'est la présence de l'interlocuteur qui est douteuse dans "que vous soyez là ou non".
De toutes façons, on ne peut réduire le rôle du subjonctif à l'indication du doute. Il y a des choses plus subtiles que cette règle n'explique pas, comme la différence je souhaite qu'il vienne / j'espère qu'il viendra.
C'est seulement la venue qui est considérée comme effective et certaine :
"
Nous viendrons demain" est au mode indicatif.
Mais la future présence des personnes auxquelles on s'adresse n'est qu'une possibilité parmi d'autres et n'est pas certaine, d'où le subjonctif :
…que vous soyez là ou non.
Il se peut qu'elles soient là, il se peut qu'elles ne soient pas là…
Tu avais posé presque la même question en novembre dernier.
Je t'avais répondu.
Avais-tu lu ma réponse ?
https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/31060-mode-subjonctif.htmlMerci de votre explication, mais j'ai tendance à penser que dans cette phrase (Nous viendrons demain que vous soyez là ou non.) on a deux propositions indépendantes.
1. Que vous soyez là ou non n'est pas une subordonnée complétive.
2. Que vous soyez là ou non n'est pas une subordonnée circonstancielle.
3. Ce n'est pas une subordonnée relative.
Dites-moi ce que vous en pensez ?
Merci
Ça ressemble à une subordonnée de concession.
J'en pense que la proposition "
que vous soyez là ou non" ne se suffit pas à elle-même comme c'est le cas pour une proposition indépendante. Elle ne peut exister seule.
Et même si elle était indépendante, cela ne changerait rien quand à la justification du subjonctif.
C'est une subordonnée circonstancielle hypothétique (marquant l'hypothèse, l'éventualité).
Ici, il y a même deux subordonnées circonstancielles coordonnées par "ou",
la seconde subordonnée étant elliptique :
que vous soyez là ou
non =
que vous soyez là ou
que vous ne soyez pas là.
Exemples donnés par le Petit Robert, article
que (conjonction) , § 5, "introduisant une proposition circonstancielle" :
♦ (milieu XII[sup]e[/sup] s.) (Hypothétique) « Que le tour du soleil ou commence ou s'achève » (Lamartine). « Qu'elle fût bien ou mal coiffée, Je l'admirais. C'était ma fée » (Hugo).
Alors c'est le verbe de la subordonnée qui détermine le subjonctif. Qu'en est-il de la règle qui dit que c'est le verbe de la principale qui détermine le mode de la subordonnée.
Merci
Ce n'est évidemment pas le verbe de la subordonnée qui détermine lui-même son propre mode !
Mais ce n'est pas toujours le verbe de la principale qui suscite le subjonctif dans la subordonnée.
Cette règle est valable par exemple dans le cas des subordonnées complétives :
Je sais qu'il est là. / Je veux qu'il soit là.
En revanche, pour les subordonnées circonstancielles, cela ne dépend pas du verbe de la principale, mais de la "circonstance" exprimée et de la conjonction introduisant ladite subordonnée circonstancielle.
Quand il est là…
Avant qu'il soit là…
Bien qu'il soit là…
Même s'il est là…
Pour qu'il soit là…
Parce qu'il est là…
Qu'il soit là ou non….
Bonjour,
est-ce que quelqu'un peut me dire pourquoi dans cette phrase on emploie le subjonctif ?
" De quelque côté que se portât notre regard, nous ne voyions que des ruines et un océan de flammes. "
Merci d'avance !
Bonjour et bienvenue.
Le subjonctif est d'usage dans ces tournures, il exprime l'indétermination et la multitude des possibilités : on peut porter le regard de n'importe quel côté…
Le subjonctifimparfait a été ici utilisé en raison de la concordance des temps (principale à l'imparfait de l'indicatif) :
" De quelque côté que se portât notre regard, nous ne voyions que des ruines et un océan de flammes. "
Avec une principale au présent de l'indicatif, nous aurions eu un subjonctifprésent dans la subordonnée, mais il aurait été moins visible, puisque homonyme de l'indicatif :
" De quelque côté que se porte notre regard, nous ne voyons que des ruines et un océan de flammes. "
Bonjour,
Je voudrais savoir si l´usage du subjonctif est-il justifié dans cette phrase. Si oui, qu´est-ce qui le justifierait ?
En effet, l'orientation implique un tronc commun, c'est-à-dire une période où les programmes soient identiques pour permettre d'observer les élèves avant de les orienter ver telle ou telle section.
Merci.
Si une telle période existe bien dans les faits, et qu'il s'agit d'un constat, il vaut mieux l'indicatif.
Mais le subjonctif se justifie si l'on veut mettre l'accent sur "ce qui devrait logiquement être", sans préciser si cela existe ou non.